Lettres écrites d'Égypte et de Nubie en 1828 et 1829

Chapter 11

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La poésie n'en est pas très-brillante; probablement l'air faisait passer la chanson; du reste, elle est convenable à la circonstance dans laquelle on la chantait, et elle me paraîtrait déjà fort curieuse quand même elle ne ferait que constater l'antiquité du _bis_ qui est écrit à la fin de la première et de la troisième ligne. J'aurais voulu en trouver la musique pour l'envoyer à notre respectable ami le général de La Salette; elle lui aurait fourni quelles données de plus pour ses savantes recherches sur la musique des anciens.

Le tombeau voisin de celui-ci est plus intéressant encore sous le rapport historique. C'était celui d'un nommé _Ahmosis, fils de Obschné, chef des mariniers_, ou plutôt _des nautoniers_: c'était un grand personnage. J'ai copié dans son hypogée ce qui reste d'une inscription de plus de trente colonnes, dans laquelle cet Ahmosis adresse la parole à tous les individus présents et futurs, et leur raconte son histoire que voici: Après avoir exposé qu'un de ses ancêtres tenait un rang distingué parmi les serviteurs d'un ancien roi de la XVIe dynastie, il nous apprend qu'il est entré lui-même dans la carrière nautique dans les jours du roi _Ahmosis_ (le dernier de la XVIIe dynastie légitime); qu'il est allé rejoindre le roi à Tanis; qu'il a pris part aux guerres de ce temps, où il a servi _sur l'eau_; qu'il a ensuite combattu dans le Midi, où il a fait des prisonniers de sa main; que, dans les guerres de l'an VI du même Pharaon, il a pris un riche butin sur les ennemis; qu'il a suivi le roi Ahmosis lorsqu'il est monté par eau en _Éthiopie_ pour lui imposer des tributs; qu'il se distingua dans la guerre qui s'ensuivit; et qu'enfin il a commandé des _bâtiments_ sous le roi _Thouthmosis Ier_. C'est là, sans aucun doute, le tombeau d'un de ces braves qui, sous le Pharaon Ahmosis, ont presque achevé l'expulsion des Pasteurs et délivré l'Égypte des Barbares.

Pour ne pas trop allonger l'article d'Éléthya, je terminerai par l'indication d'un tombeau presque ruiné; il m'a fait connaître quatre générations de grands personnages du pays, qui l'ont gouverné sous le titre _sou-ten-si_ de _Sowan_ (princes d'Éléthya), durant les règnes des cinq premiers rois de la XVIIIe dynastie, savoir: Aménothph Ier (Aménoftep), Thouthmosis Ier, Thouthmosis II, Amensé et Thouthmosis III (Moeris), auprès desquels ils tenaient un rang élevé dans leur service personnel, ainsi que dans celui des reines Ahmosis-Ataré et Ahmosis, femmes des deux premiers rois nommés, et de Ranofré, fille de la reine Amensé et soeur de Moeris. Tous ces personnages royaux sont successivement nommés dans les inscriptions de l'hypogée, et forment ainsi un supplément et une confirmation précieuse de la Table d'Abydos.

Le 3 mars, au matin, nous arrivâmes à _Esnéh_, où nous fûmes très-gracieusement accueillis par Ibrahim-Bey, le mamour ou gouverneur de la province; avec son aide, il nous fut permis d'étudier le grand temple d'Esnéh, encombré de coton, et qui, servant de magasin général de cette production, a été crépi de limon du Nil, surtout à l'extérieur. On a également fermé avec des murs de boue l'intervalle qui existe entre le premier rang de colonnes du pronaos, de sorte que notre travail a dû se faire souvent une chandelle à la main, ou avec le secours de nos échelles, afin de voir les bas-reliefs de plus près.

Malgré tous ces obstacles, j'ai recueilli tout ce qu'il importait de savoir relativement à ce grand temple, sous les rapports mythologiques et historiques. Ce monument a été regardé, d'après de simples conjectures établies sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond, comme le plus _ancien_ monument de l'Égypte: l'étude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est, au contraire, le plus _moderne_ de ceux qui existent encore en Égypte; car les bas-reliefs qui le décorent, et les hiéroglyphes surtout, sont d'un style tellement grossier et tourmenté qu'on y aperçoit au premier coup d'oeil le point extrême de la décadence de l'art. Les inscriptions hiéroglyphiques ne confirment que trop cet aperçu: les masses de ce pronaos ont été élevées sous l'empereur _César Tibérius Claudius Germanicus_ (l'empereur Claude), dont la porte du pronaos offre la dédicace en grands hiéroglyphes. La corniche de la façade et le premier rang de colonnes ont été sculptés sous les empereurs _Vespasien_ et _Titus_; la partie postérieure du pronaos porte les légendes des empereurs _Antonin_, _Marc Aurèle_ et _Commode_; quelques colonnes de l'intérieur du pronaos furent décorées de sculptures sous _Trajan_, _Hadrien_ et _Antonin_; mais, à l'exception de quelques bas-reliefs de l'époque de _Domitien_, tous ceux des parois de droite et de gauche du pronaos portent les images de _Septime Sévère_ et de GÉTA, que son frère Caracalla eut la barbarie d'assassiner, en même temps qu'il fit proscrire son nom dans tout l'empire; il paraît que cette proscription du tyran fut exécutée à la lettre jusqu'au fond de la Thébaïde, car les cartouches noms propres de l'empereur _Géta_ sont tous _martelés_ avec soin; mais ils ne l'ont pas été au point de m'empêcher de lire très-clairement le nom de ce malheureux prince; l'EMPEREUR CÉSAR GÉTA, _le directeur_.

Je crois que l'on connaît déjà des inscriptions latines ou grecques dans lesquelles ce nom est martelé: voilà des légendes hiéroglyphiques à ajouter à cette série.

Ainsi donc, l'antiquité du pronaos d'Esnéh est incontestablement fixée; sa construction ne remonte pas au delà de l'empereur Claude; et ses sculptures descendent jusqu'à _Caracalla_, et du nombre de celles-ci est le fameux zodiaque dont on a tant parlé.

Ce qui reste du naos, c'est-à-dire le mur du fond du pronaos, est de l'époque de _Ptolémée Épiphane_, et cela encore est d'hier, comparativement à ce qu'on croyait. Les fouilles que nous avons faites derrière le pronaos nous ont convaincus que le temple proprement dit a été rasé jusqu'aux fondements.

Cependant, que les amis de l'antiquité des monuments de l'Égypte se consolent: _Latopolis_ ou plutôt ESNÉ (car ce nom se lit en hiéroglyphes sur toutes les colonnes et sur tous les bas-reliefs du temple) n'était point un village aux grandes époques pharaoniques; c'était une ville importante, ornée de beaux monuments, et j'en ai découvert la preuve dans l'inscription des colonnes du pronaos.

J'ai trouvé sur deux de ces colonnes, dont le fût est presque entièrement couvert d'inscriptions hiéroglyphiques disposées verticalement, la notice des fêtes qu'on célébrait annuellement dans le grand temple d'Esnéh. Une d'elles se rapportait à la commémoration de la dédicace de l'ancien temple, faite par le roi Thouthmosis III (_Moeris_); de plus il existe, et j'ai dessiné dans une petite rue d'Esnéh, au quartier de Cheïk-Mohammed-Ebbédri, un jambage de porte en très-beau granit rose, portant une dédicace du Pharaon Thouthmosis II, et provenant sans doute d'un des vieux monuments de l'_Esnéh_ pharaonique. J'ai aussi trouvé à _Edfou_ une pierre qui est le seul débris connu du temple qui existait dans cette ville avant le temple actuel bâti sous les Lagides; l'ancien était encore de _Moeris_, et dédié, comme le nouveau, au grand dieu _Har-Hat, seigneur d'_HATFOUH (Edfou). C'est donc Thouthmosis III (Moeris) qui, en Thébaïde comme en Nubie, avait construit la plupart des édifices sacrés, après l'invasion des _Hykschos_, de la même manière que les Ptolémées ont rebâti ceux d'Ombos, d'Esnéh et d'Edfou, pour remplacer les temples _primitifs_ détruits pendant l'invasion persane.

Le grand temple d'Esnéh était dédié à l'une des plus grandes formes de la divinité, à Chnouphis, qualifié des titres NEV-EN-THO-SNÉ, _seigneur du pays d'Esnéh, créateur de l'univers, principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes_, etc. A ce dieu sont associés la déesse Néith, représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de _Menhi_, _Tnébouaou_, etc., et le jeune Hâke, représenté sous la forme d'un enfant, ce qui complète la Triade adorée à Esnéh. J'ai ramassé une foule de détails très-curieux sur les attributions de ces trois personnages auxquels étaient consacrées les principales fêtes et panégyries célébrées annuellement à Esnéh. Le 23 du mois d'Hathyr, on célébrait la fête de la déesse _Tnébouaou_; celle de la déesse _Menhi_ avait lieu le 25 du même mois; le 30, celle d'_Isis_, tertiaire des deux déesses précitées. Le 1er de Choïak, on tenait une panégyrie (assemblée religieuse) en l'honneur du jeune dieu Hâke, et ce même jour avait lieu la panégyrie de Chnouphis. Voici l'article du calendrier sacré sculpté sur l'une des colonnes du pronaos: «A la néoménie de Choïak, panégyries et offrandes faites dans le temple de Chnouphis, seigneur d'Esnéh; on étale tous les ornements sacrés; on offre des pains, du vin et autres liqueurs, des boeufs et des oies; on présente des collyres et des parfums au dieu Chnouphis et à la déesse sa compagne, ensuite le lait à Chnouphis; quant aux autres dieux du temple, on offre une oie à la déesse Menhi, une oie à la déesse Néith, une oie à Osiris, une oie à Khons et à Thôth, une oie aux dieux Phré, Atmou, Thoré, ainsi qu'aux autres dieux adorés dans le temple; on présente ensuite des semences, des fleurs et des épis de blé au seigneur Chnouphis, souverain d'Esnéh, et on l'invoque en ces termes,» etc. Suit la prière prononcée en cette occasion solennelle, et que j'ai copiée, parce qu'elle présente un grand intérêt mythologique.

C'est aux mêmes divinités qu'était dédié le temple situé au nord d'Esnéh, dans une magnifique plaine, jadis cultivée, mais aujourd'hui hérissée de broussailles qui nous déchirèrent les jambes, lorsque, le 6 mars au soir, nous allâmes le visiter, en faisant à pied une très-longue course du Nil aux ruines, que nous trouvâmes tout nouvellement dévastées; ce temple n'est plus tel que la Commission d'Égypte l'a laissé; il n'en subsiste plus qu'une seule colonne, un petit pan de mur et le soubassement presque à fleur de terre: parmi les bas-reliefs subsistants j'en ai trouvé un d'Évergète Ier et de Bérénice sa femme; j'ai reconnu les légendes de Philopator sur la colonne; celles d'Hadrien sur une partie d'architrave; et sur une autre, en hiéroglyphes tout à fait barbares, les noms des empereurs Antonin et Vérus. Le hasard m'a fait découvrir, dans le soubassement extérieur de la partie gauche du temple, une série de captifs représentant des peuples vaincus (par Évergète Ier, selon toute apparence), et, à l'aide des ongles de nos Arabes, qui fouillèrent vaillamment malgré les pierres et les plantes épineuses, je parvins à copier une dizaine des inscriptions onomastiques de peuples gravées sur l'espèce de bouclier attaché à la poitrine des vaincus. Parmi les nations que le vainqueur se vante d'avoir subjuguées, j'ai lu les noms de l'_Arménie_, de la _Perse_, de la _Thrace_ et de la _Macédoine_; peut-être encore s'agit-il des victoires d'un empereur romain: je n'ai rien trouvé d'assez conservé aux environs pour éclaircir ce doute.

Le 7 mars au matin, nous fîmes une course pédestre dans l'intérieur des terres, pour voir ce qui restait encore des ruines de la vieille _Tuphium_, aujourd'hui _Taôud_, située sur la rive droite du fleuve, mais dans le voisinage de la chaîne arabique et tout près d'_Hermonthis_, qui est sur la rive opposée. Là existent deux ou trois salles d'un petit temple, habitées par des fellahs ou par leurs bestiaux. Dans la plus grande subsistent encore quelques bas-reliefs qui m'ont donné le mythe du temple: on y adorait la Triade formée de Mandou, de la déesse Ritho et de leur fils Harphré, celle même du temple d'Hermonthis, capitale du nome auquel appartenait la ville de _Tuphium_.

A midi nous étions à _Hermonthis_, dont j'ai parlé dans la lettre que j'écrivis après avoir visité ce lieu lorsque nous remontions le Nil pour aller à la seconde cataracte. Nous y passâmes encore quelques heures pour copier quelques bas-reliefs et des légendes hiéroglyphiques qui devaient compléter notre travail sur _Erment_, commencé à notre premier passage au mois de novembre dernier. Ce temple n'est encore qu'un _mammisi_ ou _eimisi_ consacré à l'accouchement de la déesse _Ritho_, construit et sculpté, comme le prouvent tous ses bas-reliefs, en commémoration de la reine Cléopâtre, fille d'Aulétès, lorsqu'elle mit au monde _Césarion_, fils de Jules César, lequel voulut être le _Mandou_ de la nouvelle déesse _Ritho_, comme Césarion en fut l'_Harphré_. Du reste, c'était assez l'usage du dictateur romain de chercher à compléter la _Triade_, lorsqu'il rencontrait surtout des reines qui, comme Cléopâtre, avaient en elles quelque chose de divin, sans dédaigner pour cela les joies terrestres.

Une courte distance nous séparait de _Thèbes_, et nos coeurs étaient gros de revoir ses ruines imposantes: nos estomacs se mettaient aussi de la partie, puisqu'on parlait d'une barque de provisions fraîches, arrivée à Louqsor, à mon adresse. C'était encore une courtoisie de notre digne consul général, M. Drovetti, et nous avions hâte d'en profiter. Mais un vent du nord, d'une violence extrême, nous arrêta pendant la nuit entre Hermonthis et Thèbes, où nous ne fûmes rendus que le lendemain matin 8 mars, d'assez bonne heure.

Notre petite escadre aborda au pied du quai antique déchaussé par le Nil, et qui ne pourra longtemps encore défendre le palais de _Louqsor_, dont les dernières colonnes touchent presque aux bords du fleuve. Ce quai est évidemment de deux époques; le quai _égyptien_ primitif est en grandes briques cuites, liées par un ciment d'une dureté extrême, et ses ruines forment d'énormes blocs de 15 à 18 pieds de large et de 25 à 30 de longueur, semblables à des rochers inclinés sur le fleuve au milieu duquel ils s'avancent. Le quai en pierres de grès est d'une époque très-postérieure; j'y ai remarqué des pierres portant encore des fragments de sculptures du style des bas temps, et provenant d'édifices démolis.

Notre travail sur _Louqsor_ a été terminé (à très-peu près) avant de venir nous établir ici, à _Biban-el-Molouk_, et je suis en état de donner tous les détails nécessaires sur l'époque de la construction de toutes les parties qui composent ce grand édifice.

Le fondateur du _palais de Louqsor_, ou plutôt _des_ palais de Louqsor a été le Pharaon _Aménophis-Memnon_ (Aménothph III), de la XVIIIe dynastie. C'est ce prince qui a bâti la série d'édifices qui s'étend du sud au nord, depuis le Nil jusqu'aux quatorze grandes colonnes de 45 pieds de hauteur, et dont les masses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salles intérieures, colonnes au nombre de cent cinq, la plupart intactes, on lit, en grands hiéroglyphes d'un relief très-bas et d'un excellent travail, des dédicaces faites au nom du roi Aménophis. Je mets ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres, qui ne diffèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins.

«La vie! l'Hôrus puissant et modéré, régnant par la justice, l'organisateur de son pays, celui qui tient le monde en repos, parce que, grand par sa force, il a frappé les Barbares; le roi SEIGNEUR DE JUSTICE, bien aimé du Soleil, le fils du Soleil AMÉNOPHIS, modérateur de la région pure (l'Égypte), a fait exécuter ces constructions consacrées à son père Ammon, le dieu seigneur des trois zones de l'univers, dans l'Oph du midi; il les a fait exécuter en pierres dures et bonnes, afin d'ériger un édifice durable; c'est ce qu'a fait le fils du Soleil AMÉNOPHIS, chéri d'Ammon-Ra.»

Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor; mes inscriptions ne sont pas sans verbe comme les inscriptions grecques expliquées par M. Letronne, et qu'on a chicanées si mal à propos; je puis lui annoncer à ce sujet que je lui porterai les _inscriptions dédicatoires égyptiennes_ des temples de _Philae_, d'_Ombos_ et de _Dendérah_, où le verbe _construire_ ne manque jamais.

Les bas-reliefs qui décorent le palais d'_Aménophis_ sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion de Thèbes, qui étaient: 1° Ammon-Ra, le dieu suprême de l'Égypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement à Thèbes, sa ville éponyme; 2° sa forme secondaire, Ammon-Ra générateur, mystiquement surnommé _le mari de sa mère_, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu _Pan_ égyptien, mentionné dans les écrivains grecs; 3° la déesse _Thamoun_ ou _Tamon_, c'est-à-dire _Ammon femelle_, une des formes de Néith, considérée comme compagne d'Ammon générateur; 4° la déesse Mouth, la grand'mère divine, compagne d'Ammon-Ra; 5° et 6° les jeunes dieux Khous et Harka, qui complètent les deux grandes Triades adorées à Thèbes, savoir:

_Pères._ _Mères._ _Fils._

Ammon-Ra. Mouth. Khons.

Ammon générateur. Thamoun. Harka.

Le Pharaon est représenté faisant des offrandes, quelquefois très-riches, à ces différentes divinités, ou accompagnant leurs _bari_ ou arches sacrées, portées processionnellement par des prêtres.

Mais j'ai trouvé et fait dessiner dans deux des salles du palais une série de bas-reliefs plus intéressants encore et relatifs à la personne même du fondateur. Voici un mot sur les principaux.

Le dieu Thoth annonçant à la reine _Tmauhemva_, femme du Pharaon _Thouthmosis IV_, qu'Ammon générateur lui a accordé un fils.

La même reine, dont l'état de grossesse est visiblement exprimé, conduite par Chnouphis et Hathôr (Vénus) vers la chambre d'enfantement (le _mammisi_); cette même princesse placée sur un lit, mettant au monde le roi _Aménophis_; des femmes soutiennent la gisante, et des génies divins, rangés sous le lit, élèvent l'emblème de la vie vers le nouveau-né.--La reine nourrissant le jeune prince.--Le dieu Nil peint en _bleu_ (le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en _rouge_ (le temps de l'inondation), présentant le petit Aménophis, ainsi que le petit dieu Harka et autres enfants divins, aux grandes divinités de Thèbes.--Le royal enfant dans les bras d'Ammon-Ra, qui le caresse.--Le jeune roi institué par Ammon-Ra; les déesses protectrices de la haute et de la basse Égypte lui offrant les couronnes, emblèmes de la domination sur les deux pays; et Thoth lui choisissant son grand nom, c'est-à-dire son prénom royal, _Soleil seigneur de justice et de vérité_, qui, sur les monuments, le distingue de tous les autres _Aménophis_.

L'une des dernières salles du palais, d'un caractère plus religieux que toutes les autres, et qui a dû servir de chapelle royale ou de sanctuaire, n'est décorée que d'adorations aux deux Triades de Thèbes par Aménophis; et dans cette salle, dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire emboîté dans le premier, et dont voici la dédicace, qui en donne très-clairement l'époque, tout à fait récente en comparaison de celle du grand sanctuaire: «Restauration de l'édifice faite par le roi (chéri de Phré, approuvé par Ammon), le fils du Soleil, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Ammon-Ra, gardien des régions des Oph (Thèbes); il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi Soleil, seigneur de justice, le fils du Soleil AMÉNOPHIS, modérateur de la région pure.»

Ainsi, ce second sanctuaire remonte seulement à l'origine de la domination des Grecs en Égypte, au règne d'Alexandre, fils d'Alexandre le Grand, et non ce dernier, ce que prouve d'ailleurs le visage enfantin du roi, représenté, à l'extérieur comme a l'intérieur de ce petit édifice, adorant les Triades thébaines. Dans un de ces bas-reliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la _ville de Thèbes_ personnifiée sous la forme d'une femme, avec cette légende:

«Voici ce que dit Thèbes (Toph), la grande rectrice du monde: Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes); nous t'avons donné KÉMÉ (l'Égypte), terre nourricière.»

La déesse Thèbes adresse ces paroles au jeune roi Alexandre, auquel Ammon générateur dit en même temps: «Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament.»

On ne trouve que cette seule partie moderne dans le vieux palais d'Aménophis: car il ne vaut la peine de citer le fait suivant que sous le rapport de la singularité. Dans une salle qui précède le sanctuaire, existe une pierre d'architrave qui, ayant été renouvelée sous un Ptolémée et ornée d'une inscription, produit, en lisant les caractères qu'elle porte, une dédicace bizarre, en ce qu'on ne s'est point inquiété des vieilles pierres d'architrave voisines, conservant la dédicace primitive; la voici:

1re _pierre moderne_. «Restauration de l'édifice faite par le roi Ptolémée, toujours vivant, aimé de Ptha.»--2e _pierre antique_. «Monde, le Soleil, seigneur de justice, le fils du Soleil Aménophis, a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père Ammon, etc.»

L'ancienne pierre, remplacée par le Lagide, portait la légende: «L'Aroëris puissant, etc., seigneur du monde, etc.» On ne s'est point inquiété si la nouvelle légende se liait ou non avec l'ancienne.

C'est aux quatorze grandes colonnes de Louqsor que finissent les travaux du règne d'Aménophis, sous lequel ont cependant encore été décorées la deuxième et la septième des deux rangées, en allant du midi au nord. Les bas-reliefs appartiennent au règne du roi _Hôrus_, fils d'Aménophis, et les quatre dernières au règne suivant.

Toute la partie nord des édifices de Louqsor est d'une autre époque, et formait un monument particulier, quoique lié par la grande colonnade à l'_Aménophion_ ou palais d'Aménophis. C'est à Rhamsès le Grand (Sésostris) que l'on doit ces constructions, et il a eu l'intention, non pas d'embellir le palais d'Aménophis, son ancêtre, mais de construire un édifice distinct, ce qui résulte évidemment de la dédicace suivante, sculptée en grands hiéroglyphes au-dessous de la corniche du pylône, et répétée sur les architraves de toutes les colonnades que les cahuttes modernes n'ont pas encore ensevelies.

«La vie! l'Aroëris, enfant d'Ammon, le maître de la région supérieure et de la région inférieure, deux fois aimable, l'Hôrus plein de force, l'ami du monde, le roi (Soleil gardien de vérité, approuvé par Phré), le fils préféré du roi des dieux, qui, assis sur le trône de son père, domine sur la terre, a fait exécuter ces constructions en l'honneur de son père, Ammon-Ra, roi des dieux. Il a construit ce Rhamesséion dans la ville d'Ammon, dans l'Oph du midi. C'est ce qu'a fait le fils du Soleil (le fils chéri d'Ammon-Rhamsès), vivificateur à toujours.»

C'est donc ici un monument particulier, distinct de l'Aménophion, et cela explique très-bien pourquoi ces deux grands édifices ne sont pas sur le même alignement, défaut choquant remarqué par tous les voyageurs, qui supposaient à tort que toutes ces constructions étaient du même temps et formaient un seul tout, ce qui n'est pas.

C'est devant le pylône nord du _Rhamséion _de Louqsor que s'élèvent les deux célèbres obélisques de granit rose, d'un travail si pur et d'une si belle conservation. Ces deux masses énormes, véritables joyaux de plus de 70 pieds de hauteur, ont été érigées à cette place par Rhamsès le Grand, qui a voulu en décorer son _Rhamesséion_, comme cela est dit textuellement dans l'inscription hiéroglyphique de l'obélisque de gauche, face nord, colonne médiale, que voici: «Le Seigneur du monde, Soleil gardien de la vérité (ou justice), approuvé par Phré, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de son père Ammon-Ra, et il lui a érigé ces deux grands obélisques de pierre, devant le Rhamesséion de la ville d'Ammon.»