Part 9
Le printemps ramena sur la côte basque nos deux transfuges: Odette et Georges. Transfuge est un grand mot. Odette et Georges appartiennent à cette espèce d’hommes et de femmes qui ne sont à peu près nulle part chez eux et qui possèdent, ici et là, des châteaux ou des maisons pour ne se plaire que dans des hôtels. Mais j’appelai transfuges Odette et Georges quand ils débarquèrent à Saint-Jean-de-Luz, après cinq mois d’absence, et ils furent flattés d’un pareil titre. En réalité, je ne me réjouissais pas de leur retour. Je prévoyais que la bande joyeuse de l’été précédent, ou une bande nouvelle toute semblable à l’ancienne, s’abattrait sur nous. Et déjà je regrettais que s’achevât ce morne printemps pluvieux qui avait succédé sans transition à un pluvieux hiver si morne. Il pleuvait lorsque Georges, riant aux éclats derrière Odette, reparut dans notre petite maison de Guéthary. Mais ils ne savaient pas, eux qui nous arrivaient de Nice et que cette pluie amusait,--car tout les amuse,--ils ne savaient pas que nous étions, nous, saturés de bruine, de vent, d’ondées, de bourrasques et d’humidité. Ils riaient, comme toujours. Ils avaient mille histoires à nous conter. Cependant, Georges, à peine assis, se levait, courait au phonographe que nous n’avions pas ouvert depuis cinq mois, et nous infligeait l’affreuse nostalgie d’un charleston barbare joué à la diable par un orchestre de nègres. J’aurais, du moins, aimé qu’on me laissât jouir en silence de cette horrible musique. Odette parlait. Elle parlait des amis et des amies qu’elle avait invités. Elle parlait des plaisirs qu’elle se préparait. Elle parlait. Et Georges, qui ne l’écoutait que d’une oreille, veillait à ce que le phonographe ne se tût pas. Mais Michelle et moi ne disions rien. Nous n’avions rien à dire.
XCII
La bande joyeuse reparut à l’appel d’Odette. Elle recommença ses folies. Mais ces folies me semblèrent moins fraîches, moins jeunes. Il leur manquait le charme de la nouveauté. Elles ne m’étonnaient plus. Elles me pesèrent vite. Je ne pouvais pas songer, naturellement, à fermer ma porte, ni à refuser toutes les invitations que l’on me faisait. D’autant que Michelle, moins rétive que l’an dernier, n’avait pas l’air de partager ma lassitude. Je prétextai, pourtant, des migraines qui tinrent plus d’une fois à distance les fous trop encombrants. Mais je ne pouvais pas les éviter tous les jours. J’avais quelque pitié, je l’avoue, de Michelle, que cette distraction ranimait. Pitié, néanmoins, n’est pas non plus le mot juste. Je voulais seulement que Michelle ne se crût pas enchaînée de trop près à son dévouement de toutes les heures. A la Pergola de Saint-Jean-de-Luz, pour qu’elle osât danser, si la danse la récréait, je dansai d’abord avec elle. M’était-il donc si désagréable de danser? Non point. En pratiquant ce que j’avais blâmé, je comprenais ce que ne comprennent pas les censeurs inexorables. Il m’arriva même, je l’avoue aussi, certain jour, de danser avec plaisir. Aurai-je le courage de descendre au fond de ma pensée? Oui. Je dansai, un jour, avec plaisir, parce que le Jacques de l’an dernier n’était pas de la bande, cette année. Je serrais Michelle contre moi, pour m’affirmer qu’elle m’appartenait. Je ne pensais pas que d’autres avaient loisir de la regarder. Il me suffisait que Jacques ne fût pas là. Qui n’a pas aimé, qui donc ne fut pas jaloux, sourirait. Je souris, ce soir, mais avec une nuance d’amertume. Je ne souriais pas. J’étais ému comme au temps de nos fiançailles. Mais à quoi pensait Michelle? J’y songe à présent. Je n’y songeais pas. Comme nous sommes égoïstes! Jacques n’était pas là. Je dansais avec plaisir.
XCIII
Le couple férocement joyeux que forment Odette et Georges a tant de puissance entraînante qu’on lui cède sans s’en apercevoir. Ils désirent, on obéit. Aux premières migraines que j’avais prétextées, et dont ils ne furent pas dupes, ils s’étaient bien gardés d’opposer une protestation quelconque. Mais quoi! Mes migraines, puisqu’il en était, devaient-elles suspendre toute la vie dans ma maison? Ils n’avaient pas tort. Une fois, deux fois, ils m’enlevèrent Michelle. Jamais Michelle ne me quittait. Elle me quitta. Je précise que je fus obligé de l’y pousser: elle refusait. Quand elle rentrait, elle me détaillait les moindres incidents de sa journée. Et il y avait de la fièvre dans ses propos comme dans sa voix. On eût dit qu’elle cherchait à se faire pardonner des fugues que j’encourageais. Il s’agissait, en effet, de si peu! Mais Michelle, qui s’était peut-être amusée comme les autres, et sans moi, éprouvait le besoin de s’en justifier en ne me cachant rien de tout ce qu’elle avait vu, entendu, ou fait. De mon côté, je mentirais, si je prétendais qu’il m’était absolument indifférent que Michelle me quittât même pour quelques heures. Jalousie? Non, puisque Jacques n’était pas là et que je ne redoutais que lui, sans savoir pourquoi ni si j’avais raison de le redouter. Une inquiétude vague m’irritait. Ces promenades en voiture, avec les fous de la bande, j’en craignais les pires issues. Et puis, je le répète, Michelle ne m’avait jamais quitté, sinon pour motif urgent. J’étais habitué à sa présence de tous les moments, que mon infirmité réclamait. Je ne pouvais plus me passer d’elle. J’attendais son retour avec impatience. Prévoyais-je ce que serait l’un de ces retours? Prévoyais-je qu’elle rentrerait, un soir, à la maison, accompagnée par Jacques?
XCIV
Nous sommes les esclaves de nos habitudes, de notre caractère, de notre réputation. Quand Jacques n’était pas là, je feignais des migraines et laissais Michelle libre de suivre ou de ne pas suivre la bande joyeuse. Quand Jacques eut complété la bande, je ne pus pas ne pas continuer d’agir comme j’agissais, et de feindre encore des migraines pour échapper à ce qu’on nomme des parties de plaisir, et d’accorder à Michelle la même liberté. Mais ce que furent alors pour moi ses escapades, je ne me sens pas le courage de l’analyser ici. A cette heure où je n’ai pas recouvré le sang-froid nécessaire, j’aurais honte de tout confier au papier bienveillant, même pour moi seul. Et j’aurais peur d’offenser Michelle, ma chère Michelle, qui ne mérita peut-être jamais les soupçons les plus légers. Mais Jacques était trop séduisant. Il l’était avec trop d’assurance à la fois et de simplicité. Je crois qu’il n’a pas voulu séduire Michelle. Il est moralement trop propre pour que je le suspecte. Oserai-je, cependant, écrire qu’il pouvait séduire malgré lui? Tous les raisonnements chancellent devant mes présomptions. Écrirai-je que, Jacques ayant repris sa place dans la bande joyeuse où, d’ailleurs, il n’était pas d’une joie excessive, Michelle se montrait moins loquace, au retour de ses escapades? Et le silence n’est-il pas quelquefois plus grave que de graves paroles? Or, si Jacques était trop séduisant, Michelle est trop franche, et de la même façon, avec assurance et simplicité. J’ai donc peut-être le droit de me demander pourquoi elle évitait de parler de Jacques. Tous les éloges qu’elle m’eût faits de lui, toute la sympathie qu’elle lui eût vouée ouvertement, toute l’amitié qu’elle n’eût pas dissimulée, tout valait mieux pour moi que son silence. Le silence, pour un aveugle, est plein d’embûches.
XCV
Michelle, Michelle aimée, ma chère Michelle, tu ne liras pas ces pages. N’importe! Je m’adresse à toi comme si tu devais me lire. Michelle, je viens de consigner, dans mes feuillets douloureux, des choses pénibles et le fond même de ma peine. Je ne suis peut-être que la victime de mon imagination. Je te supplie de ne pas me condamner. Je fus, je suis très malheureux. Rappelle-toi, Michelle. Rappelle-toi l’artilleur blessé pour qui tu fus, à l’hôpital de Saint-Jean-de-Luz, quand il avait le bras brisé, une infirmière compatissante. C’est sur tes yeux que son regard s’est posé, lorsqu’il reprit l’usage de ses sens. C’est peut-être à cause de tes yeux qu’il t’aima tout de suite. Et lorsqu’il t’aima, Michelle, ma chère Michelle, parce qu’il est timide, ce fier soldat que tu admirais, il n’osa plus te regarder. Maladroit que je fus! Je n’osais plus te regarder. Un matin, j’ai osé regarder furtivement tes mains: j’y cherchais une bague qui avait tourmenté ma nuit. Un autre jour, ici, dans le vestibule de cette maison qui est devenue notre maison, comme je repartais pour la bataille à cause de toi qui me dédaignais, j’ai voulu revoir tes yeux que je n’avais vus qu’une fois. Tu ne me dédaignais plus, je l’ai compris: mais tu détournas la tête, et je n’ai pas revu tes yeux. Michelle, Michelle aimée, ma chère Michelle, je n’ai jamais revu tes yeux. Songe à cela, si tu songeais à me condamner. Quand je me penche sur toi, sans regard, mais le front tendu comme si je devais te voir quand même, songe, Michelle, que je ne vois ni ta tristesse, ni ton contentement, ni ton amour, ni ton appréhension peut-être, que sais-je! Songe, Michelle, que je ne vois rien, que je n’ai rien vu depuis que tu m’as permis de t’aimer, et que je ne verrai rien jamais, jamais. C’est tout mon crime.
XCVI
Je triche. J’essaye de me dérober au dessein, que je me proposais en commençant, de fixer sur le papier, par des mots, ces épingles, le brouillard de mes sentiments. L’entreprise était, sans doute, au-dessus de mes forces. J’ai reculé devant des précisions qui auraient peut-être détruit mon inquiétude. J’ai reculé pour ma mère. J’ai reculé pour Michelle. Le temps me manquerait si je voulais me ressaisir et ne plus me dérober. Mais à quoi bon! Je sais ce que je sais, et je ne sais rien. Et qui peut se vanter de savoir quelque chose? La bande joyeuse que la terrible et charmante Odette entraîne à sa suite n’a pas de si décevants soucis. Il m’est, du moins, expédient de le présumer. Elle vit, la bande joyeuse. Que lui fait le reste? Ce matin, elle était ici. Demain, elle sera là-bas. Où? Ils verront. Ils voient. Ils vivent. Ils ne savent pas ce que c’est que de vivre et de voir. Ils vivent. Ils sont heureux. Peut-être. Il faut toujours que je glisse un peut-être dans mes noires réflexions. Eux ne s’embarrassent pas de ces scrupules. Ils ont des voitures, ils roulent, ils courent, ils dansent, ils s’amusent, ils s’ennuient, ils arrivent, ils s’en vont. Ils ignorent que, derrière eux, ils laissent une femme qui vivait aussi, mais autrement, avant de les connaître, et que le bruit de leurs chansons émeut peut-être encore dans sa retraite, au fond de la Bretagne. Ils ignorent que, derrière eux, ils laissent un homme que la guerre avait mutilé et que leur turbulence a meurtri. Ils sont heureux. Ils méritent de l’être. Qui mérite d’être malheureux? Celui-ci, ou celui-là? Et pourquoi? Au fond de sa Bretagne natale, Michelle prie dans l’église de son enfance. Elle retrouve peut-être la paix que nous avions perdue. Je ne saurai pas si elle l’a retrouvée. Elle ne me le dira pas. Je ne l’interrogerai pas. Nous resterons dans la nuit. La bande joyeuse court, chante, et danse.
XCVII
Comme l’an dernier, la bande joyeuse s’est dispersée à la fin de septembre. Odette rêvait d’un voyage en Italie, Jacques attendait un ordre d’embarquement. Il attendait, satisfait d’avance de la destination qu’on lui donnerait. Quand l’ordre l’atteignit, la bande se préparait à fuir. Lui ne s’en alla que le lendemain, avec Odette et Georges. Il rejoignit son bateau à Toulon, et rien ne l’attirait ni à Paris, ni ailleurs, car il n’a plus de famille. Ce fut un départ sans éclat. Odette, Georges et Jacques, dans la même voiture, Odette conduisant, s’arrêtèrent, au passage, à Guéthary. On but du porto. Georges tint à nous faire entendre un ultime fox-trot et s’empara du phonographe. Puis, ils partirent, comme s’ils partaient pour une simple excursion. Michelle et moi les avons accompagnés jusqu’à la grille. La grille était tiède sous ma main. Un soleil d’automne basque mettait aux vacances de la bande joyeuse un beau point final. J’ai erré dans le jardin. Michelle était rentrée. Le déjeuner fut morne, comme avaient été mornes tout notre hiver et tout notre printemps. Michelle ne prononça que quelques paroles sans importance. L’après-midi, elle s’enferma dans la lingerie avec la vieille Joséphine. Et le dîner fut morne comme le déjeuner. Michelle se taisait. Moi aussi. J’aurais peut-être dû parler. C’est le soir que Michelle me lit d’ordinaire les journaux. Ce soir-là, je la priai de ne rien lire, prétextant une migraine, une de ces migraines dont je m’étais tant servi pendant le séjour de la bande joyeuse. Michelle ne répondit pas. La nuit s’annonçait douce et calme, à peine fraîche. Je n’avais aucunement envie de dormir. J’allai, néanmoins, me coucher. Michelle lisait _Le Roi Lépreux_. Je lui baisai la main. Elle l’avait froide.
XCVIII
Le lendemain matin, Michelle était souffrante.
--Ne t’inquiète pas, me dit-elle. Ce n’est pas grand’chose.
Mais pendant six jours elle fut silencieuse. Elle ne se plaignait pas. Je la sentais triste. Je comprenais, ou je croyais comprendre. Le septième jour, j’avais décidé d’employer le seul remède efficace: j’engageai Michelle à changer d’air. Elle protesta. Je fis semblant de me fâcher. La discussion ne s’éternisa pas. Michelle est partie. Elle est partie depuis un mois. Je lui avais ordonné le repos absolu. Elle ne m’a écrit qu’une fois par semaine, de courts billets en braille, auxquels j’ai répondu sans m’étendre davantage. J’ai peut-être eu tort. Je le saurai peut-être demain. C’est demain que Michelle devrait revenir. Reviendra-t-elle? Je ne sais pas. Le drame qui fut le nôtre, ne le fut-il que dans mon imagination d’aveugle? Je voudrais le croire. S’il fut réellement, que pense Michelle depuis un mois, et que va-t-elle faire? A quoi va-t-elle se résoudre? Écoutera-t-elle la voix de la bande joyeuse, qui l’appelle vers tout ce que je ne puis, moi, lui offrir? Ou bien, fidèle à elle-même, reviendra-t-elle près de moi, qui ai besoin d’elle? La nuit est noire autour de moi. Je pense à ma mère, dont je n’ai pas de nouvelles. Je pense à Michelle, qui fut, pendant dix années, le soutien et la grâce de ma vie. Je pense à Georges, emporté dans le tourbillon d’Odette. Je pense à Jacques qui navigue vers ses rêves. Je pense à mon père qui est mort héroïquement après avoir sacrifié l’affection de sa femme et de son fils. Comme la nuit est noire autour de moi! Et que me réserve demain? Aurai-je, demain, le télégramme que j’espère, oui, que j’espère de Michelle?
XCIX
J’ai reçu, ce matin, la visite d’un ami que je n’attendais pas. A peine pensais-je à lui de temps en temps, sans oser me demander ce qu’il était devenu. Nous avions achevé nos études ensemble, à la Sorbonne, et une camaraderie assez étroite nous unissait. C’était une de ces camaraderies d’adolescence qui n’ont besoin que de fort peu pour se transformer en amitié durable. Mais nous nous étions séparés à l’heure du service militaire. Notre camaraderie se relâcha, s’estompa.
Vint la guerre.
Depuis la guerre, je n’ose pas me demander ce que sont devenus tel et tel condisciples d’enfance. J’ai su que plusieurs ont été tués. Je ne veux rien savoir des autres. Je crains qu’il ne me faille creuser trop de tombes dans ma mémoire. L’ami de ce matin, je ne l’attendais plus. Il est entré en criant mon nom, et j’ai tout de suite reconnu sa voix. Mais il cria:
--Pierre, Pierre, où es-tu?
Et je connus alors qu’il est aveugle comme moi. Sa mère l’accompagnait. Elle nous mena l’un vers l’autre. Je tendis les mains en avant, les posai sur les épaules de mon ami, serrai de toute mon émotion. Mais lui ne répondait pas à mon élan, et je dénouai mon accolade en laissant glisser mes mains le long de ses épaules. Je reculai: sous mes mains, les manches de son manteau étaient vides. Le malheureux a perdu les deux yeux et les deux bras, au Chemin des Dames, en 1917. Pendant plus d’une heure, nous avons causé. Il était content de me présenter à sa mère. Moins timoré que moi, il me questionnait.
--«Et ta mère? me disait-il. Et ton père?
Je lui parlai plus longuement de ma femme. Il ne s’étonna pas de ce qu’elle fût absente. Il n’est pas marié. Il me dit:
--«Tu as de la chance.
Et, peu après:
--«Être aveugle, ce n’est rien».
Sa mère, à l’écart, près de la fenêtre, retenait des sanglots: je l’entendais. Ils sont partis en désirant que je leur présente Michelle, plus tard. Nous nous sommes embrassés maladroitement. Mais suis-je sûr de me trouver aussi malheureux qu’hier?
C
Je me promenais dans le jardin, après le déjeuner que Joséphine m’avait servi sans m’interroger. Car elle sait que Michelle était partie pour un mois, et le mois s’achève ce soir. J’étais encore tout ému par la visite de mon ami. On a sonné à la grille. J’ai couru. On m’apportait un télégramme. J’ai appelé Joséphine, qui lit difficilement. Michelle revient ce soir par le sud-express. J’ai eu tant de joie tout à coup que j’ai cru que mes yeux allaient s’ouvrir. Mes yeux demeurent fermés. Mais Michelle revient. Elle revient. Il faudra que je lui dise... Que faut-il que je lui dise? Si j’osais, tout ne deviendrait-il pas plus simple? Mais Michelle est secrète. Que me dira-t-elle? Et si je l’ai soupçonnée sans ombre de motif? Si j’ai construit de toutes pièces ce drame où j’étouffais? Peut-être vaut-il mieux que je ne dise rien. Peut-être. Peut-être. Peut-être toujours. Demain, dimanche, j’irai, avec Michelle, à la messe de dix heures. Elle priera. Je mêlerai mon credo fragile aux credos retentissants des Basques de la tribune. Je chanterai, les yeux fermés. Et puis, nous rentrerons à la maison par le chemin qui descend vers la mer. Michelle me guidera. Je la suivrai, les yeux fermés. Nous reprendrons notre vie commune et nos travaux. J’ai cessé mes recherches sur les origines du Christianisme. Je voudrais écrire les aventures du corsaire Pellot: Michelle s’y intéressait. Nous n’aurons qu’à utiliser mes fiches; elles sont dans le troisième cartonnier de gauche. Mais peut-être Michelle préférera-t-elle un autre sujet. Que m’importe à moi? Je ferai ce qu’il lui plaira. Elle revient. Tout le reste est sans importance. Et quant à ces pages où j’ai noté tant bien que mal ma confession, je vais les enfouir dans le dernier cartonnier de droite, avec les fiches concernant _La Vie de Jésus_: Michelle ne l’ouvrira pas.
FIN
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 20 AVRIL 1928 PAR PAUL DUPONT A CLICHY (SEINE)
ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
EXTRAIT DU CATALOGUE
ALAIN-FOURNIER. Miracles, avec une introduction de Jacques Rivière. Correspondance avec Jacques Rivière. Le Grand Meaulnes, illustré par Galanis. Maurice BEDEL. Jérôme 60° latitude nord, roman (PRIX GONCOURT 1927). Louis CODET. César Capéran, roman. La Fortune de Bécot, roman. La Petite Chiquette, roman. Louis l’Indulgent, roman. Poèmes et chansons. Edmond FLEG. L’Enfant prophète, roman. Georges GIRARD. Les Vainqueurs, roman (PRIX DE LA RENAISSANCE 1925). La Jeunesse d’Anatole France (Collection “Les Documents Bleus”). La Vie de Lazare Hoche (Collection “Vie des Hommes Illustres”). Boîte de singe (Collection “Une Œuvre, Un Portrait”), épuisé. Charles PÉGUY. Mystère de la charité de Jeanne d’Arc. Notre patrie. Morceaux choisis (Poésie). Morceaux choisis (Prose). Œuvres complètes. Jean PELLERIN. Le Bouquet inutile, poèmes. La Romance du retour (Collection “Une Œuvre, un Portrait”), épuisé. Valmy BAISSE. Les Grands Magasins (Collection “Les Documents Bleus”).
EN PRÉPARATION:
Maurice BEDEL. Molinoff Indre-et-Loire, roman. Louis CODET. La Rose du jardin, roman. Edmond FLEG. La Vie de Moïse (Collection “Vies des Hommes Illustres”). Georges GIRARD. La Belle Occasion, roman. La Dictature du prolétariat, roman.