Les Touâreg du nord

Part 13

Chapter 132,280 wordsPublic domain

NOTA. — Cette série de tableaux a été dressée principalement en vue de mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’après lesquels les altitudes ont été déterminées.

M. O. Mac Carthy, dont la précision comme météorologue est justement appréciée, a bien voulu mettre à ma disposition ses observations correspondantes au niveau de la mer à Alger. On peut donc considérer l’ensemble des altitudes comme aussi exactes que possible, au moyen d’observations barométriques.

Quant aux détails qui vont suivre sur la température, l’hygrométrie, la pression atmosphérique, les vents, la lumière, l’electricité, ils ont été empruntés à l’ensemble de mes observations météorologiques.

En général, excepté dans les marches ou dans le cas de maladie, j’ai fait quatre observations, souvent cinq, par jour : une avant le lever du soleil, une après son coucher, et deux ou trois dans la journée.

J’ai toujours veillé au bon fonctionnement de mes instruments, et toutes les observations que je livre à la publicité sont ramenées à zéro et corrigées des erreurs des instruments.

_Températures._

_Instruments employés_ : Les divers thermomètres dont j’ai fait usage sont :

Des thermomètres Baudin : no 204, no 329, no 660, no 663 ; no 665 pour les _minima_, et no 662 pour les _maxima_ ;

Des thermomètres Salleron : nos 300 et 302 ;

Un thermomètre Fastré, qui m’a été envoyé par M. Mac Carthy avec la note _très-bon_.

En voyage, le 18 décembre 1860, à Timelloûlen, j’ai pu contrôler la marche de ces divers instruments au moyen de la glace fondante. De plus, j’ai comparé tous mes thermomètres avec l’étalon Baudin, une première fois à Tougourt, le 29 février 1860, et une seconde fois à Serdélès, le 2 mai 1861.

TEMPÉRATURE DE L’AIR : L’ensemble de mes observations sur la température de l’air donne les constatations suivantes :

_Marche diurne_ : Dans la journée, le plus grand abaissement de la température a lieu le matin avant le lever du soleil, et la plus grande élévation entre deux et trois heures de l’après-midi.

Un tableau, ci-après (voir le § _Pression atmosphérique_, page 121), indique la marche des différents thermomètres, de 15 en 15 minutes, entre le lever et le coucher du soleil. Il peut être considéré comme donnant approximativement la marche diurne moyenne.

_Variations suivant les saisons_ : Quelles que soient la latitude et l’altitude, dans tout le Sahara, du moins sur le versant Nord du plateau central, les températures les plus basses sont obtenues de décembre à mars, et les plus hautes de juin à septembre. C’est ce que démontre le journal météorologique de mon voyage, complété par celui que tient M. J. Auer à Tougourt.

_Influences_ : L’altitude et l’éloignement de la mer, bien plus que la latitude, exercent une influence sur le thermomètre.

Si l’on compare la température du plateau du Tasîli des Azdjer, d’un degré et quart au Nord du tropique du Cancer, avec celle de Tougourt, ville située à huit degrés plus au Nord, et sous l’influence probable de la Méditerranée, on trouve rarement chez les Azdjer les fortes chaleurs de l’Ouâd-Rîgh, mais, en revanche, on constate même dans les vallées abritées du Tasîli des gelées inconnues ou exceptionnelles dans l’Ouâd- Rîgh.

Chez les Touâreg même, suivant l’altitude des lieux, il y a de grandes différences : entre la température du Ahaggâr, où les neiges persistent pendant trois mois de l’année, et celle du Tasîli, où elles durent à peine quelques jours ; entre les plateaux élevés, où l’on retrouve la végétation de la côte européenne de la Méditerranée, et les basses dépressions des plaines, en contre-bas des montagnes, où la végétation désertique s’allie à celle des tropiques.

_Extrêmes de température_ : Ils sont fournis par les deux chiffres suivants :

_Maximum_ + 44°,6, à Mourzouk, les 5 et 26 juillet 1861 ;

_Minimum_ − 2°,1, à Timelloûlen, le 18 décembre 1860.

La plus grande amplitude des oscillations thermométriques constatée dans mon voyage chez les Touâreg a donc été de 46°,7.

_Maxima_ (saison d’été) : Les observations comprises entre les dates du 7 juin au 7 juillet et du 27 juillet au 11 août 1861 ont été faites à Mourzouk, les autres en route sur divers points. (Voir, pour les stations correspondantes, le tableau général qui précède.)

1860.

8 août 42°,2

9 » 40 ,6

10 » 40 ,7

11 » 40 ,8

12 » 41 ,6

13 » 42 ,3

14 » 41 ,8

15 » 40 ,1

16 » 40 ,2

4 septembre 40 ,4

1861.

24 mai 40 ,5

25 » 40 ,3

10 juin 41 ,0

19 » 37 ,8

20 » 38 ,2

21 » 37 ,8

22 » 37 ,6

23 » 36 ,1

25 » 38 ,1

26 » 38 ,8

28 » 42 ,5

29 » 39 ,4

30 » 39 ,0

1 juillet 40 ,0

2 » 41 ,3

3 » 42 ,4

4 » 44 ,3

5 » 44 ,6

16 » 40 ,6

17 » 40 ,5

18 » 41 ,7

26 » 44 ,6

27 » 42 ,6

28 » 42 ,6

_Maxima_ (saison d’hiver) : Je regrette de ne pas avoir de série d’observations maxima pour la saison d’hiver. Il sera facile d’y suppléer approximativement par les indications du thermomètre fronde, dans les observations générales quotidiennes.

_Minima_ (saison d’hiver) : Je n’ai que peu d’observations de minima de la température en hiver. Je donne ci-dessous le nombre des jours où j’ai observé la congélation de l’eau.

1860.

17 décembre − 2°,0

18 » − 2 ,1

28 » + 1 ,9

1861.

11 janvier Eau gelée.

12 » Id.

13 » Id.

14 » Id.

15 » Id.

16 » Id.

20 » Id.

22 » Id.

10 mars Id.

11 » Id.

12 » Id.

_Minima_ (saison d’été) : Ces observations appartiennent toutes à l’année 1861, savoir :

20 juin 18°,6

21 » 19 ,7

22 » 20 ,9

23 » 19 ,2

24 » 17 ,5

26 » 16 ,6

27 » 17 ,6

30 » 22 ,4

2 juillet 23 ,6

3 » 28 ,6

4 » 23 ,4

5 » 24 ,4

25 » 21 ,6

26 » 25 ,2

30 » 23 ,1

7 août 20 ,6

8 » 22 ,4

9 » 20 ,6

10 » 21 ,2

Si, pour la saison d’été, je compare le chiffre le plus bas de la température de l’air, 16°,6, obtenu le 26 juin à Mourzouk, avec le chiffre le plus élevé, 44°,6, constaté dans la même localité et dans la même année, les 5 et 26 juillet, je trouve une différence de 28° à quelques jours d’intervalle.

TEMPÉRATURE DU SOL : Les observations relatives à la température du sol ont été prises à l’ombre et au soleil, en hiver et en été.

_Maxima à l’ombre_ : Pendant le jour, pas d’observations faute de temps, mes instants étant pris par d’autres études.

_Minima à l’ombre_ : Toutes les observations qui suivent ont été faites, le thermomètre étant recouvert d’une légère couche de sable ou de terre.

_Saison d’hiver._

1860.

14 décembre − 3°,0

28 » − 1 ,4

1861.

10 janvier − 1 ,4

11 » − 0 ,4

12 » − 0 ,4

16 » − 2 ,4

19 » − 2 ,2

22 » − 4 ,7

25 » − 3 ,2

26 » − 3 ,2

27 » + 1 ,3

30 » + 1 ,1

_Saison d’été._ — 1861

12 août 20°,8

13 » 18 ,3

14 » 18 ,9

15 » 23 ,3

16 » 21 ,5

19 » 19 ,6

20 » 23 ,6

21 » 20 ,6

22 » 24 ,6

24 » 18 ,6

25 » 20 ,6

26 » 18 ,1

27 » 20 ,8

28 » 19 ,6

30 » 19 ,9

1 septembre 18 ,7

2 » 19 ,1

3 » 16 ,6

4 » 19 ,8

5 » 18 ,6

7 » 14 ,2

8 » 15 ,1

9 » 21 ,6

10 » 15 ,3

11 » 14 ,0

12 » 18 ,1

13 » 16 ,3

15 » 19 ,8

_Maxima au soleil_ : L’ombre n’existant pas dans le Sahara, ni pour le sol ni pour les plantes qu’il nourrit, ni pour les hommes ni pour les animaux qui l’habitent, il était important de déterminer, dans les différentes saisons, la température du milieu au soleil.

C’est à ce besoin que correspondent les deux séries d’observations qui suivent :

_Saison d’hiver._ — 1861.

18 janvier. 29°,00, la température de l’air à l’ombre étant 17°,8

19 » 26 ,05 » » » 17 ,35

22 » 30 ,15 » » » 16 ,6

31 » 19 ,8 » » » 14 ,0

14 février. 39 ,65 » » » 29 ,35

_Saison d’été._ — 1860 et 1861.

13 avril. 42°,55, la température de l’air à l’ombre étant 31°,85

20 juin. 58 ,22 » » » 42 ,52

28 » 65 ,12 » » » 38 ,62

20 juillet. 65 ,12 » » » 37 ,50

» » 66 ,42 » » » 38 ,32

La moyenne de la différence des températures est de 9°,89 pour la saison d’hiver et de 23°,1 pour la saison d’été.

Si, à défaut d’observations quotidiennes de la température du sol au soleil, j’ajoute la moyenne différentielle de 23°,1 aux températures de l’air pendant les journées des 5 et 26 juillet 1861, soit 44°,6, = 67°,7 ; si j’augmente ce dernier chiffre de − 4°,7, minimum du sol le 22 janvier, j’obtiens un total de 72°,4 représentant l’écart annuel entre les extrêmes de la température du sol, et cet écart ne saurait être un maximum.

On s’étonne moins alors si la flore et la faune d’un pareil climat sont limitées à des espèces créées pour lui ; on comprend comment Hérodote a pu dire que la chaleur consume les hommes et _le fonds même de la contrée_. Il faut, en effet, des roches très-dures et très-compactes pour résister à des dilatations de − 5° à + 67°,7. Bien certainement, les extrêmes constatés dans une seule année ne représentent pas les extrêmes absolus d’une période centenaire. Probablement l’écart est souvent de 75° et peut-être de 80°.

TEMPÉRATURE DES PUITS ORDINAIRES : J’ai apporté le plus grand soin à la constatation de la température des puits et de leur profondeur, en vue d’aider à la détermination de la moyenne de la température annuelle de chaque contrée.

Voici, pour chaque région, les résultats constatés :

_Dunes de l’’Erg._

Tempé Profon -rature. -deur.

{ Bîr-es-Soûk 23°,5 12m,5 { { Bîr-el-Djâma’ 23 ,2 10 ,2 El-Ouâd (16 juin) { { Bîr-Oulâd-Khalîfa 23 ,5 12 ,1 { { Bîr-el-Azâzla 23 ,4 14 ,6

{ Bîr-djâma’-el-Gharbî 21 ,9 7 ,3 { { Bîr-djâma’-el-Akhouân 21 ,7 6 ,2 Gomâr (19 juin) { { Bîr-sîdi-’Abd-er-Rahman 22 ,2 6 ,5 { { Bîr-tâbet-Cheria’a 21 ,6 6 ,6

{ Premier puits (14 juillet) 22 ,7 3 ,9 { Mouï-el-Ferdjân { Deuxième puits (_id._) 22 ,6 3 ,4 { { Premier puits (21 juin) 21 ,7 3 ,9

Mouïet-el-Kâid (15 juillet) 22 ,3 6 ,5

Choûchet-el-Guedhâm (28 juillet) 23 ,1 13 ,7

Bîr-ez-Zouâit (29 juillet) 23 ,5 14 ,8

Mâleh-ben-’Aoûn (30 juillet) 22 ,7 13 ,3

Moûï-er-Rebah (31 juillet) 21 ,8 8 ,8

El-’Ogla (_id._) 22 ,8 10 ,4

Ma’atîg (1er août) 23 ,7 20 ,6

Berreçof (2 août) 23 ,2 23 ,0

_Plateau de Tînghert._

{ Premier puits (16 décembre) 17 ,7 1 ,3 Timelloûlen { { Deuxième puits (20 décembre) 17 ,3 3 ,3

_Vallée des Igharghâren._

Asouîtar (26 janvier) 11 ,4 4 ,0

_Vallée de l’Ouâdi-el-Gharbi._

In-Tafarat (15 mai) 22 ,7 4 ,2

Oubâri (18 mai) 20 ,3 2 ,5

Brêg (20 mai) 24 ,2 1 ,2

{ 21 mai 23 ,4 } { } Takertîba { 22 mai 25 ,7 } 10 ,0 { } { 27 mai 23 ,8 }

_Dunes d’Edeyen._

Mandara (28 mai) 23 ,5 ?

{ 29 mai 22 ,4 4 ,0 Gabr’aoûn { { 30 mai 22 ,5 1 ,8

Bîr-en-Nechoûa’ 22 ,4 2 ,4

Bîr-el-Wouchka 23 ,7 2 ,5

Bîr-Sâlah-ber-Rekheyyis (16 août) 25 ,5 2 ,9

Gourmêda (19 août) 22 ,0 2 ,8

Oumm-el-’Abîd (21 août) 24 ,9 1 ,2

Gottefa (26 août) 24 ,7 3 ,7

’Aïn-el-Hamâm (2 septembre) 24 ,2 1 ,5

TEMPÉRATURE DES SOURCES : Je donne comparativement la température de l’air au moment de l’observation.

Ghadâmès (9 décembre) 30°,15, la température de l’air étant 17°,7

Tâdjenoût (29 janvier) 11 ,95 » » » 13 ,1

Ahêr (23 février) 20 ,35 » » » 26 ,6

Serdélès (4 mai) 25 ,55 » » » 21 ,4

Ganderma (11 juillet) 22 ,55 » » » 24 ,4

Ayâl-Slîmân (_id._) 25 ,05 » » » 24 ,4

Bel-Hasan (13 juillet) 23 ,95 » » » 37 ,0

M. Isma’yl-Boû-Derba avait antérieurement constaté les températures de trois autres sources, au pied N. du Tasîli, que je n’ai pas visitées, savoir :

’Aïn-Tabelbâlet (10 septembre) 23°,0, l’air étant 30°,0

’Aïn-el-Hadjâdj (12 _id._ ) 24 ,0 » 35 ,0

Tihoûbar (24 _id._ ) 26 ,0 » 35 ,0

La source de Ghadâmès est thermale ; il y en a d’autres d’ailleurs dans le pays.

TEMPÉRATURE DES PUITS ARTÉSIENS : Dans le voisinage des dunes les puits artésiens sont très-nombreux, car dans le seul district de l’Ouâd-Rîgh, il y en a 335 qui arrosent 600,000 palmiers ; dans l’oasis d’Ouarglâ, il y en a aussi en quantité. Pour le groupe de l’Ouâd-Rîgh, je me bornerai à donner la température de quelques puits seulement.

Tempé Profon -rature. -deur.

{ { Premier puits 24°,71 57m,0 { ’Aïn-Bâ-Mendîl { { { Deuxième puits 24 ,75 58 ,10 { { ’Aïn-el-Amîra 24 ,83 57 ,95 { { { Premier Puits 24 ,40 54 ,0 Tougourt { ’Aïn-Boû-’Alem { { { Deuxième puits 24 ,82 52 ,0 { { ’Aïn-Azaz 24 ,75 53 ,0 { { ’Aïn-el-Bîr 23 ,85 64 ,0 { { ’Aîn-es-Soûk 24 ,65 55 ,0

{ ’Aïn-Mellâha 24 ,85 39 ,0 Merhayyer { { ’Aïn-Battâh 24 ,91 39 ,0

Ouarglâ (nombreux puits, pas d’observations).

Ihanâren (l’un des puits) 24 ,95 1 ,25

{ Un puits 26 ,42 5 ,50 Serdélès { { Un autre puits 26 ,52 5 ,50

M. Isma’yl-Boû-Derba a trouvé, le 25 septembre, une température de 26° pour le puits d’Ihanâren et le même chiffre pour le puits artésien de Timâssanîn (6 septembre) ; mais j’ignore s’il a tenu compte des corrections à faire à son thermomètre.

TEMPÉRATURE DES EAUX PLUVIALES : Le 25 août 1861, à Gottefa, la pluie qui tombait me paraissant aussi chaude que celle des bains ordinaires, j’en déterminai la température, qui se trouva être à 29°,4, celle de l’air étant seulement de 25°,52.

TEMPÉRATURE DES RHEDÎR OU FLAQUES D’EAU : Le 3 juin, la température de l’air étant 29°,95, le thermomètre plongé dans l’eau du Rhedîr de Setîl marqua 21°,8.

TEMPÉRATURE MOYENNE MENSUELLE DE L’AIR A TOUGOURT. — M. le lieutenant J. Auer, commandant supérieur de la garnison indigène de Tougourt, fait des observations thermométriques depuis son installation dans la capitale de l’Ouâd-Rîgh. A mon arrivée dans le Sahara, j’ai calculé les moyennes de 42 mois de ses observations, et je crois utile de les publier pour permettre la comparaison entre un climat encore sous l’influence maritime de la Méditerranée et celui tout continental des hauts plateaux qu’habitent les Touâreg.

Le thermomètre à alcool de M. Auer était exposé au Nord, à l’ombre, dans un courant d’air. M. Renou, secrétaire de la Société météorologique, craint qu’un thermomètre à alcool, exposé dans une embrasure de fenêtre, ne donne des chiffres trop élevés de plusieurs degrés.