Les technologies et le livre pour tous

Chapter 6

Chapter 63,672 wordsPublic domain

Fondé en janvier 2000 pour prendre la suite de l'Open eBook Initiative, l'OeBF (Open eBook Forum) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (85 participants en 2002) dans l'optique de développer le format OeB (open ebook) et l'OeBPS (open ebook publication structure). Le format OeB devient un standard qui sert lui-même de base à de nombreux formats, par exemple LIT (pour le Microsoft Reader) ou PRC (pour le Mobipocket Reader). En avril 2005, l'Open eBook Forum devient l'International Digital Publishing Forum (IDPF) et le format OeB laisse la place au format ePub.

Outre le format PDF (non basé sur l'OeB puisque créé en 1993) et le format LIT (basé sur l'OeB), le troisième grand format est le format PRC, lisible sur le Mobipocket Reader et destiné en priorité aux appareils mobiles tels que PDA, téléphones et smartphones. Créée en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket, basée à Paris, se spécialise d'emblée dans la lecture et la distribution sécurisée de livres numériques sur assistant personnel (PDA). Le Mobipocket Reader est "universel", c'est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel (Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan, Psion, etc.). En avril 2002, la société lance un Mobipocket Reader pour ordinateur. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe les premiers smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader est de 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires. Le système de gestion des droits numériques est le Mobipocket DRM System. En avril 2005, Mobipocket est racheté par la grande librairie en ligne Amazon.com.

1999: AUTEURS NUMERIQUES

[Résumé]

Jean-Paul, auteur hypermédia et webmestre des Cotres furtifs, relate en août 1999: "L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation." De nombreux genres voient le jour: sites d'écriture hypermédia, oeuvres de fiction hypertexte, romans multimédias, hyper-romans, etc. Jean-Pierre Balpe, chercheur et écrivain, lance le premier mail-roman francophone en 2001. Cette expérience renforce sa "conviction que les technologies numériques sont une chance extraordinaire du renouvellement du littéraire." Le texte fusionne aussi de plus en plus avec l'image et le son.

[En détail]

Voici trois expériences, relatées par Murray Suid, auteur de livres pédagogiques, Jean-Paul, webmestre d'un site hypermédia, et Jean-Pierre Balpe, auteur d'un mail-roman.

= Livres pédagogiques

Murray Suid vit à Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il est l'auteur de livres pédagogiques, de livres pour enfants, d'oeuvres multimédias et de scénarios. Dès septembre 1998, il préconise une solution choisie depuis par de nombreux auteurs. "Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en partie dans le cyberespace, explique-t-il. L'auteur peut ainsi aisément l'actualiser et le corriger, alors qu'auparavant il devait attendre longtemps, jusqu'à l'édition suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprimée. J'utiliserai peut-être ce nouveau support si les livres deviennent multimédias. Pour le moment, je participe au développement de matériel pédagogique multimédia. C'est un nouveau type de matériel qui me plaît beaucoup et qui permet l'interactivité entre des textes, des films, des bandes sonores et des graphiques qui sont tous reliés les uns aux autres."

Un an après, en août 1999, il ajoute: "En plus des livres complétés par un site web, je suis en train d'adopter la même formule pour mes oeuvres multimédias - qui sont sur CD-ROM - afin de les actualiser et d'enrichir leur contenu." Quelques mois plus tard, l'intégralité de ses oeuvres multimédias est sur le réseau, et le matériel pédagogique auquel il contribue est conçu non plus pour diffusion sur CD-ROM, mais directement pour diffusion sur le web. D'entreprise multimédia, la société de logiciels éducatifs qui l'emploie devient une entreprise internet.

= Site hypermédia

Jean-Paul, auteur hypermédia et webmestre des Cotres furtifs, relate en août 1999: "L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte..."

En juin 2000, il se penche sur l'apport de l'hyperlien dans son travail: "La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l'imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas changé ma vie, mais mon rapport à l'écriture. On n'écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (...) Depuis, j'écris (compose, mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées. (...)

C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais. Le maître mot y est "chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent, à vue, comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui tâtonne, se cherche, se déprend, se reprend. Avec évidemment le risque souligné par les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien n'est sûr. Il n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est un problème qui concerne le contrôle de l'information. Pas la transmission des émotions."

= Mail-roman

Jean-Pierre Balpe est directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8, chercheur et écrivain. Il lance le premier mail-roman francophone en 2001. Pendant très exactement cent jours, entre le 11 avril et le 19 juillet 2001, il diffuse quotidiennement un chapitre de Rien n'est sans dire auprès de cinq cents personnes - sa famille, ses amis, ses collègues, etc. - en intégrant les réponses et les réactions des lecteurs. Racontée par un narrateur, l'histoire est celle de Stanislas et Zita, qui vivent une passion tragique déchirée par une sombre histoire politique. "Cette idée d'un mail-roman m'est venue tout naturellement, raconte l'auteur en février 2002. D'une part en me demandant depuis quelque temps déjà ce qu'internet peut apporter sur le plan de la forme à la littérature (...) et d'autre part en lisant de la littérature "épistolaire" du 18e siècle, ces fameux "romans par lettres". Il suffit alors de transposer: que peut être le "roman par lettres" aujourd'hui?"

Jean-Pierre Balpe tire plusieurs conclusions de cette expérience: "D'abord c'est un "genre": depuis, plusieurs personnes m'ont dit lancer aussi un mail-roman. Ensuite j'ai aperçu quantité de possibilités que je n'ai pas exploitées et que je me réserve pour un éventuel travail ultérieur. La contrainte du temps est ainsi très intéressante à exploiter: le temps de l'écriture bien sûr, mais aussi celui de la lecture: ce n'est pas rien de mettre quelqu'un devant la nécessité de lire, chaque jour, une page de roman. Ce "pacte" a quelque chose de diabolique. Et enfin le renforcement de ma conviction que les technologies numériques sont une chance extraordinaire du renouvellement du littéraire."

2000: YOURDICTIONARY.COM

[Résumé]

yourDictionary.com est co-fondé par Robert Beard en février 2000, dans le prolongement de son ancien site, A Web of Online Dictionaries, créé dès 1995. En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence, répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300 langues. Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le portail propose une section spécifique (Endangered Language Repository) consacrée aux langues menacées d'extinction. D'après l'encyclopédie Ethnologue: Languages of the World, publiée par SIL International et disponible gratuitement sur le web, il existerait 6.912 langues dans le monde.

[En détail]

yourDictionary.com est co-fondé par Robert Beard en février 2000, dans le prolongement de son ancien site, A Web of Online Dictionaries, créé dès 1995. En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence, répertorie 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300 langues. Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le site propose une section spécifique (Endangered Language Repository) consacrée aux langues menacées d'extinction.

Robert Beard explique en janvier 2000: "Les langues menacées sont essentiellement des langues non écrites. Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le monde sont à la fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer à la perte de l'identité des langues et j'ai même le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d'Indiens d'Amérique contactent des linguistes pour leur demander d'écrire la grammaire de leur langue et les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la fois accessible et très précieux d'expression culturelle."

Caoimhín Ó Donnaíle est professeur d'informatique à l'Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l'île de Skye, en Ecosse. Il dispense ses cours en gaélique écossais. Il indique pour sa part en mai 2001: "En ce qui concerne l'avenir des langues menacées, l'internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l'internet constituera une aide irremplaçable."

Caoimhín est également le webmestre du site de l'institut, bilingue anglais-gaélique, qui se trouve être la principale source d'information mondiale sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour European Minority Languages, une liste de langues européennes minoritaires elle aussi bilingue anglais-gaélique, avec classement par ordre alphabétique de langues et par famille linguistique. Il ajoute: "Nos étudiants utilisent un correcteur d'orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. (...) Il est maintenant possible d'écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du logiciel de navigation Opera. C'est la première fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en gaélique."

Publiée par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics), l'encyclopédie Ethnologue: Languages of the World existe à la fois en version web (gratuite), sur CD-ROM (payant) et en version imprimée (payante). Barbara Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e éditions), relate en janvier 2000: "Il s'agit d'un catalogue des langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres termes utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d'autres informations socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues." En avril 2007, cette encyclopédie répertorie 6.912 langues selon plusieurs critères (pays, nom de la langue, code de la langue attribué par le SIL, famille de langues), avec moteur de recherche.

2000: BIBLE DE GUTENBERG EN LIGNE

[Résumé]

En novembre 2000, la version numérique de la Bible de Gutenberg est mise en ligne sur le site de la British Library. Datée de 1454 ou 1455, cette Bible est le premier ouvrage imprimé par Gutenberg dans son atelier de Mayence, en Allemagne. Sur les 180 exemplaires d'origine, 48 exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library en possède deux versions complètes et une partielle. En mars 2000, dix chercheurs et experts techniques de l'Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon Telegraph and Telephone Communications) viennent travailler sur place pendant deux semaines pour numériser les deux versions complètes, légèrement différentes.

2000: DISTRIBUTED PROOFREADERS

[Résumé]

Distributed Proofreaders (DP) est lancé en octobre 2000 par Charles Franks pour aider à la numérisation des livres du domaine public. Le site web permet la correction partagée en fragmentant les livres en pages pouvant être relues par des correcteurs différents. Destiné à intensifier la production de livres pour le Projet Gutenberg, grande bibliothèque numérique mondiale au format texte, Distributed Proofreaders en devient rapidement la principale source. A titre indicatif, il est suggéré de relire une page par jour. Cela semble peu, mais une page multipliée par des milliers de volontaires représente un chiffre considérable. En 2003, une moyenne de 250 à 300 relecteurs quotidiens permet de produire entre 2.500 et 3.000 pages par jour, ce qui représente deux pages par minute. En 2004, la moyenne était de 300 à 400 relecteurs quotidiens produisant entre 4.000 et 7.000 pages par jour, à savoir quatre pages par minute. Distributed Proofreaders produit 3.000 livres en février 2004, 5.000 livres en octobre 2004, 7.000 livres en mai 2005, 8.000 livres en février 2006 et 10.000 livres en mars 2007.

[En détail]

Conçu en octobre 2000 par Charles Franks pour contribuer à la numérisation des livres du domaine public, Distributed Proofreaders (DP) permet la correction partagée en fragmentant les livres en pages pouvant être relues par des correcteurs différents. Destiné à intensifier la production de livres pour le Projet Gutenberg, grande bibliothèque numérique mondiale au format texte, Distributed Proofreaders en devient rapidement la principale source. Il est officiellement affilié au Projet Gutenberg en 2002.

La progression est rapide. En 2003, une moyenne de 250 à 300 relecteurs quotidiens permet de produire entre 2.500 et 3.000 pages par jour, ce qui représente deux pages par minute. En 2004, la moyenne est de 300 à 400 relecteurs quotidiens produisant entre 4.000 et 7.000 pages par jour, à savoir quatre pages par minute. Distributed Proofreaders produit un total de 3.000 livres en février 2004, 5.000 livres en octobre 2004, 7.000 livres en mai 2005, 8.000 livres en février 2006 et 10.000 livres en mars 2007. A cette date, 700 volontaires se connectent chaque jour et 3.000 volontaires se connectent chaque mois. Les volontaires n'ont aucun quota à respecter. A titre indicatif, il est suggéré de relire une page par jour. Cela semble peu, mais une page multipliée par des milliers de volontaires représente un chiffre considérable.

En janvier 2004 est lancé en parallèle Distributed Proofreaders Europe (DP Europe) pour alimenter le site du Projet Gutenberg Europe (PG Europe). Créé à l'initiative du Projet Rastko, basé à Belgrade (Serbie), DP Europe est calqué sur le site original de Distributed Proofreaders, pour gérer la relecture partagée de PG Europe. Dès ses débuts, DP Europe est un site multilingue, qui prend en compte les principales langues nationales. Grâce à des traducteurs volontaires, le site de DP Europe est disponible en 12 langues en avril 2004 et 22 langues en mai 2008. L'objectif à moyen terme est d'atteindre 60 langues, avec prise en compte de toutes les langues européennes. DP Europe comptabilise 100 livres numérisés en mai 2005, et 500 livres numérisés en octobre 2008.

2000: PUBLIC LIBRARY OF SCIENCE

[Résumé]

La Public Library of Science (PLoS) est fondée en octobre 2000 par un groupe de chercheurs des universités de Stanford et de Berkeley, en Californie. Son premier objectif est de contrer les publications spécialisées aux prix prohibitifs en regroupant tous les articles scientifiques et médicaux au sein d'archives en ligne en accès libre. Mais la réponse des éditeurs concernés n'est guère enthousiaste, et ce projet n'aboutit pas. La Public Library of Science met ensuite en oeuvre son deuxième objectif, et devient un éditeur non commercial de périodiques scientifiques et médicaux en ligne, selon un nouveau modèle d'édition en ligne basé sur la diffusion libre du savoir. Le premier numéro de PLoS Biology sort en octobre 2003. PLoS Medicine est lancé en octobre 2004. Trois nouveaux titres voient le jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS Computational Biology et PLoS Pathogens. Ils sont suivis par PLoS Clinical Trials en mai 2006 et PLoS Neglected Tropical Diseases en octobre 2007.

[En détail]

A l'heure de l'internet, il paraît assez scandaleux que le résultat de travaux de recherche - travaux originaux et demandant de longues années d'efforts - soit détourné par des éditeurs spécialisés s'appropriant ce travail et le monnayant à prix fort. L'activité des chercheurs est souvent financée par les deniers publics, et de manière substantielle en Amérique du Nord. Il semblerait donc normal que la communauté scientifique et le grand public puissent bénéficier librement du résultat de ces recherches.

Dans le domaine scientifique et médical par exemple, 1.000 nouveaux articles sont publiés chaque jour, en ne comptant que les articles révisés par les pairs. Se basant sur ce constat, la Public Library of Science (PLoS) est fondée en octobre 2000 à San Francisco à l'initiative de Harold Varmus, Patrick Brown et Michael Eisen, enseignants-chercheurs dans les universités de Stanford et de Berkeley, en Californie. Le but de PLoS est de contrer les pratiques de l'édition spécialisée en regroupant tous les articles scientifiques et médicaux au sein d'archives en ligne en accès libre. Au lieu d'une information disséminée dans des millions de rapports et des milliers de périodiques en ligne ayant chacun des conditions d'accès différentes, un point d'accès unique permettrait de lire le contenu intégral de ces articles, avec moteur de recherche multi-critères et système d'hyperliens entre les articles.

Pour ce faire, PLoS fait circuler une lettre ouverte demandant que les articles publiés par les éditeurs spécialisés soient distribués librement dans un service d'archives en ligne, et incitant les signataires de cette lettre à promouvoir les éditeurs prêts à soutenir ce projet. La réponse de la communauté scientifique internationale est remarquable. Au cours des deux années suivantes, la lettre ouverte est signée par 30.000 chercheurs de 180 pays différents. La réponse des éditeurs est nettement moins enthousiaste, mais plusieurs éditeurs donnent leur accord de principe pour une distribution immédiate des articles publiés par leurs soins, ou alors une distribution dans un délai de six mois. Dans la pratique, toutefois, même les éditeurs ayant donné un accord de principe formulent nombre d'objections au nouveau modèle proposé, si bien que le projet d'archives en ligne ne voit finalement pas le jour.

Un autre objectif de la Public Library of Science est de devenir elle-même éditeur. PLoS fonde donc une maison d'édition scientifique non commerciale qui reçoit en décembre 2002 une subvention de 9 millions de dollars US de la part de la Moore Foundation. Une équipe éditoriale de haut niveau est constituée en janvier 2003 pour lancer des périodiques de qualité selon un nouveau modèle d'édition en ligne basé sur la diffusion libre du savoir. Le premier numéro de PLoS Biology sort en octobre 2003, avec une version en ligne gratuite et une version imprimée au prix coûtant (couvrant uniquement les frais de fabrication et de distribution). PLoS Medicine est lancé en octobre 2004. Trois nouveaux titres voient le jour en 2005: PLoS Genetics, PLoS Computational Biology et PLoS Pathogens. PLoS Clinical Trials voit le jour en 2006. PloS Neglected Tropical Diseases est lancé en octobre 2007 en tant que première publication scientifique consacrée aux maladies tropicales négligées. Ces maladies affectent les populations pauvres aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Tous les articles de ces périodiques sont librement accessibles en ligne, sur le site de PLoS et dans PubMed Central, le service public et gratuit d'archives en ligne de la National Library of Medicine (Etats-Unis), avec moteur de recherche multi-critères. Les versions imprimées sont abandonnées en 2006 pour laisser place à un service d'impression à la demande proposé par la société Odyssey Press. Ces articles peuvent être librement diffusés et réutilisés ailleurs, y compris pour des traductions, selon les termes de la licence Creative Commons, la seule contrainte étant la mention des auteurs et de la source. PLoS lance aussi PLoS ONE, un forum en ligne permettant de publier des articles sur tout sujet scientifique et médical.

Le succès est total. Trois ans après les débuts de PLoS en tant qu'éditeur, PLoS Biology et PLoS Medicine ont la même réputation d'excellence que les grandes revues Nature, Science ou The New England Journal of Medicine. PLoS reçoit le soutien financier de plusieurs fondations tout en mettant sur pied un modèle économique viable, avec des revenus émanant des frais de publication payés par les auteurs, et provenant aussi de la publicité, de sponsors et d'activités destinées aux membres de PLoS. PLoS oeuvre aussi pour que ce modèle économique incide d'autres éditeurs à créer des revues du même type ou à mettre les revues existantes en accès libre.

2001: WIKIPEDIA

[Résumé]

Lancée en janvier 2001 à l'initiative de Jimmy Wales et Larry Sanger (Larry quitte ensuite l'équipe), Wikipedia est une encyclopédie gratuite écrite collectivement et dont le contenu est librement réutilisable. Elle est immédiatement très populaire. Sans publicité, et financée par des dons, cette encyclopédie coopérative est rédigée par des milliers de volontaires (appelés Wikipédiens), avec possibilité de corriger et de compléter les articles. Les articles restent la propriété de leurs auteurs, et leur libre utilisation est régie par la licence GFDL (GNU free documentation license). En décembre 2004, Wikipedia compte 1,3 million d'articles rédigés par 13.000 contributeurs dans 100 langues. Deux ans après, en décembre 2006, elle compte 6 millions d'articles dans 250 langues, et elle est l'un de dix sites les plus visités du web. En mai 2007, la version francophone fête ses 500.000 articles. A la même date, Wikipedia compte 7 millions d'articles dans 192 langues, dont 1,8 million en anglais, 589.000 en allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en espagnol.

[En détail]

Créée en janvier 2001 à l'initiative de Jimmy Wales et Larry Sanger (Larry quitte ensuite l'équipe), Wikipedia est une encyclopédie gratuite écrite collectivement et dont le contenu est librement réutilisable.