Les technologies et le livre pour tous
Chapter 1
Produced by Al Haines
TECHNOLOGIES ET LIVRE POUR TOUS
MARIE LEBERT
Nouvelle version
NEF, University of Toronto, 2008
Copyright © 2008 Marie Lebert
Du Projet Gutenberg en 1971 à l'Encyclopedia of Life en 2007, 38 étapes avec résumé et description plus détaillée. Ce dossier est disponible aussi en anglais, avec un texte différent. Les deux versions sont disponibles sur le NEF <http://www.etudes-francaises.net/dossiers/technologies.htm>.
Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies dans le monde du livre, des autres médias et des langues. Elle est l'auteure des ouvrages Les mutations du livre (2007) et Le Livre 010101 (2003). Tous ses livres et dossiers sont publiés par le NEF (Net des études françaises), Université de Toronto, et sont librement disponibles en ligne sur le NEF <http://www.etudes-francaises.net>.
Ce dossier doit beaucoup à toutes les personnes ayant accepté de répondre à mes questions, dont certaines pendant plusieurs années. La plupart des entretiens sont disponibles sur le NEF <www.etudes-francaises.net/entretiens/index.htm>.
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TABLE
Introduction
1968: ASCII 1971: Projet Gutenberg 1974: Internet 1977: UNIMARC 1984: Copyleft 1990: Web 1991: Unicode 1993: Online Books Page 1993: Format PDF 1994: Premier site de bibliothèque 1994: Des titres gratuits / payants 1995: Amazon.com 1995: Presse en ligne 1996: Palm Pilot 1996: Internet Archive 1996: Enseignement et internet 1997: Publication numérique 1997: Dictionnaires en ligne 1997: Convergence multimédia 1998: Gallica 1998: Bibliothécaires numériques 1998: Web multilingue 1999: Format Open eBook 1999: Auteurs numériques 2000: yourDictionary.com 2000: Bible de Gutenberg en ligne 2000: Distributed Proofreaders 2000: Public Library of Science 2001: Wikipedia 2001: Creative Commons 2002: Cours du MIT gratuits 2004: Projet Gutenberg Europe 2004: Google Books 2005: Open Content Alliance 2006: WorldCat gratuit 2007: Citizendium 2007: Encyclopedia of Life
INTRODUCTION
Michael Hart fonde le Projet Gutenberg en 1971. Il écrit en 1998: "Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement." (entretien du NEF)
Tim Berners-Lee invente le web en 1990. Il écrit en 1998: "Le rêve derrière le web est un espace d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant l'information. Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien une ébauche qu'une réalisation très sophistiquée. Deuxième partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser, donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble." (The World Wide Web: A very short personal history)
here was a second part of the dream, too, dependent on the web being so generally used that it became a realistic mirror (or in fact the primary embodiment) of the ways in which we work and play and socialize. That was that once the state of our interactions was on line, we could then use computers to help us analyse it, make sense of what we are doing, where we individually fit in, and how we can better work together."
John Mark Ockerbloom crée l'Online Books Page en 1993. Il écrit en 1998: "Je me suis passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. (...) Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre." (entretien du NEF)
Voici le voyage virtuel que nous allons suivre:
1968: Le code ASCII est le premier système d'encodage informatique. 1971: Le Projet Gutenberg est la première bibliothèque numérique. 1974: L'internet prend son envol. 1977: L'UNIMARC est créé en tant que format bibliographique commun. 1984: Le copyleft est une adaptation du copyright pour les logiciels. 1990: Le web fait ses débuts. 1991: L'Unicode est un système d'encodage universel pour toutes les langues. 1993: L'Online Books Page est le premier répertoire de livres gratuits. 1993: Le format PDF est lancé par Adobe. 1994: Le premier site de bibliothèque est mis en ligne. 1994: Les éditeurs utilisent le web comme outil de marketing. 1995: Amazon.com est la première grande librairie en ligne. 1995: La grande presse se met en ligne. 1996: Le Palm Pilot est le premier assistant personnel. 1996: L'Internet Archive est créée pour archiver le web. 1996: De nouvelles méthodes d'enseignement sont à l'étude. 1997: L'édition en ligne commence à se généraliser. 1997: Des dictionaires sont mis en ligne gratuitement. 1997: La convergence multimédia est le sujet d'un colloque. 1998: Gallica est le secteur numérique de la Bibliothèque nationale de France. 1998: Le web devient multilingue. 1998: Les bibliothécaires numériques font carrière. 1999: L'Open eBook (OeB) sera le format standard des livres numériques. 1999: Certains auteurs se mettent au numérique. 2000: yourDictionary.com est créé en tant que portail pour les langues. 2000: La Bible de Gutenberg est mise en ligne. 2000: Distributed Proofreaders oeuvre pour le Projet Gutenberg. 2000: La Public Library of Science (PLoS) lancera des revues scientifiques gratuites. 2001: Wikipedia est la première grande encyclopédie collaborative. 2001: La licence Creative Commons rénove le droit d'auteur sur le web. 2003: Le MIT OpenCourseWare met les cours du MIT à la disposition de tous. 2004: Le Projet Gutenberg Europe débute une bibliothèque multilingue. 2004: Google Print laisse la place à Google Books. 2005: L'Open Content Alliance (OCA) lance une bibliothèque universelle publique. 2006: Le catalogue collectif WorldCat devient gratuit. 2007: Citizendium promeut une encyclopédie collaborative "fiable". 2007: L'Encyclopedia of Life répertoriera toutes les espèces végétales et animales.
[La plupart des citations sont des extraits des Entretiens du NEF.]
1968: ASCII
[Résumé]
Publié par l'ANSI (American National Standards Institute) en 1968, aux débuts de l'informatique, avec actualisation en 1977 et en 1986, le code ASCII (American standard code for information interchange) est un code standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par "1000001", B est traduit par "1000010", etc.). Les 128 caractères comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles, à savoir les touches du clavier anglais ou américain. L'ASCII permet donc uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Par la suite, des variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La variante pour le français est définie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1).
[En détail]
Le premier système d'encodage informatique est l'ASCII (American standard code for information interchange). Publié par l'American National Standards Institute (ANSI) en 1968, avec actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par "1000001", B est traduit par "1000010", etc.). Les 128 caractères comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles, le tout correspondant aux touches du clavier anglais ou américain.
L'ASCII permet uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Il ne permet pas de prendre en compte les lettres accentuées présentes dans bon nombre de langues européennes, et à plus forte raison les systèmes non alphabétiques (chinois, japonais, coréen, etc.). Ceci ne pose pas de problème majeur les premières années, tant que l'échange de fichiers électroniques se limite essentiellement à l'Amérique du Nord. Des variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La variante pour le français est définie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1). Mais le passage de l'ASCII original à ses différentes extensions devient vite un véritable casse-tête, y compris au sein de l'Union européenne, les problèmes étant entre autres la multiplication des variantes, la corruption des données dans les échanges informatiques ou encore l'incompatibilité des systèmes, les pages ne pouvant être affichées que dans une seule langue à la fois.
Avec le développement du web, l'échange des données s'internationalise de plus en plus. On ne peut plus se limiter à l'utilisation de l'anglais et de quelques langues européennes, traduites par un système d'encodage datant des années 1960. Publié pour la première fois en janvier 1991, l'Unicode est un système d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue utilisés. L'Unicode peut traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d'écriture de la planète.
L'ASCII garde toutefois une place prépondérante. Dénommé à juste titre le plus petit dénominateur commun, l'ASCII sur sept bits est le seul format compatible avec 99% des machines et des logiciels, et pouvant être converti dans d'autres formats. Il sera toujours utilisé quand d'autres formats auront disparu, à commencer par les formats éphémères liés à quelques tablettes de lecture commercialisées depuis 1999 et déjà disparues du marché. Il est l'assurance que les documents survivront aux changements technologiques des prochaines décennies ou même des prochains siècles. Il n'existe pas d'autre standard aussi largement utilisé, y compris l'Unicode, ce jusqu'en 2008, date à laquelle les deux systèmes d'encodage sont également représentés sur le web.
1971: PROJET GUTENBERG
[Résumé]
Fondé par Michael Hart en juillet 1971 alors qu'il était étudiant à l'Université d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de diffuser gratuitement par voie électronique le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public. Il est le premier site d'information sur un internet encore embryonnaire, qui débute véritablement en 1974 et prend son essor en 1983. Vient ensuite le web (sous-ensemble de l'internet), opérationnel en 1991, puis le premier navigateur, qui apparaît en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se généralise, le Projet Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement international. Au fil des ans, des centaines d'oeuvres sont patiemment numérisées en mode texte par des milliers de volontaires. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues. Le Projet Gutenberg Europe débute en janvier 2004. Le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000 titres en décembre 2006 et celle des 25.000 titres en avril 2008.
[En détail]
Si le livre imprimé a cinq siècles et demi, le livre numérique n'a pas encore 40 ans. Il est né avec le Projet Gutenberg, créé en juillet 1971 par Michael Hart pour diffuser gratuitement sous forme électronique les oeuvres littéraires du domaine public. Site pionnier à tous égards, le Projet Gutenberg est à la fois le premier site d'information sur un réseau encore embryonnaire et la première bibliothèque numérique. Longtemps considéré par ses détracteurs comme totalement irréaliste, le Projet Gutenberg compte 30.00 titres en novembre 2008, avec des dizaines de milliers de téléchargements quotidiens. A ce jour, personne n'a fait mieux pour mettre les classiques de la littérature mondiale à la disposition de tous, ni pour créer à moindres frais un immense réseau de volontaires de par le monde, sans gâchis de compétences ni d'énergie.
Les vingt premières années, Michael Hart numérise lui-même les cent premiers livres, avec l'aide occasionnelle de telle ou telle personne. Lorsque l'utilisation du web se généralise au milieu des années 1990, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international. Tout en continuant de numériser des livres, Michael coordonne désormais le travail de dizaines puis de centaines de volontaires de par le monde. Les collections atteignent 1.000 livres en août 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en décembre 2000 et 4.000 livres en octobre 2001.
Trente ans après ses débuts, le Projet Gutenberg fonctionne à plein régime. La barre des 5.000 livres est franchie en avril 2002, celle des 10.000 livres en octobre 2003, celle des 15.000 livres en janvier 2005, celle des 20.000 livres en décembre 2006 et celle des 25.000 livres en avril 2008, avec 340 nouveaux livres par mois, 40 sites miroirs dans de nombreux pays, plusieurs dizaines de milliers de téléchargements par jour et des dizaines de milliers de volontaires toutes équipes confondues.
Qu'ils aient été numérisés il y a trente ans ou qu'ils soient numérisés maintenant, tous les livres sont numérisés en mode texte, en utilisant l'ASCII (American standard code for information interchange) original sur sept bits, avec des règles précises pour le formatage. Grâce à quoi les textes peuvent être lus sans problème quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel utilisés, y compris sur un PDA ou sur une tablette de lecture. Libre ensuite à chacun de convertir les livres dans d'autres formats, après avoir vérifié que les oeuvres sont également du domaine public dans le pays concerné.
En janvier 2004, le Projet Gutenberg essaime outre-Atlantique avec la création du Projet Gutenberg Europe. A la mission originelle s'ajoute le rôle de passerelle entre les langues et les cultures, avec de nombreuses sections nationales et linguistiques. Tout en conservant la même ligne de conduite, à savoir la lecture pour tous à moindres frais, par le biais du texte électronique gratuit, indéfiniment utilisable et reproductible. Et, dans un deuxième temps, la numérisation de l'image et du son, dans le même esprit.
1974: INTERNET
[Résumé]
Apparu en 1974, l'internet se développe rapidement à partir de 1983. L'internet est un vaste réseau informatique opérant à l'échelle mondiale et reliant une multitude de sous-réseaux au moyen d'un même protocole (IP: internet protocol), ce protocole permettant à des ordinateurs différents de communiquer entre eux. Le réseau internet regroupe les réseaux publics, réseaux privés, réseaux commerciaux, réseaux d'enseignement, réseaux de services, etc., opérant à l'échelle planétaire pour offrir d'énormes ressources en information, communication et diffusion. Vinton Cerf est souvent appelé le père de l'internet parce qu'il crée en 1974 (avec Bob Kahn) le protocole TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol), à la base de tout échange de données. En 1992, Vinton Cerf fonde l'Internet Society (ISOC), un organisme international visant à promouvoir le développement de l'internet. Quelque trente ans après les débuts de l'internet, "ses trois pouvoirs - l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi infini" (Le Monde, 19 août 2005).
[En détail]
Apparu en 1974, l'internet est d'abord un phénomène expérimental enthousiasmant quelques branchés. A partir de 1983, il relie les centres de recherche et les universités. Suite à l'apparition du web en 1990 et du premier navigateur en 1993, il envahit notre vie quotidienne. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent sur les livres, les journaux, les affiches et les publicités. La presse s'enflamme pour ce nouveau médium. La majuscule d'origine d'Internet s'estompe. Internet devient l'internet, avec un "i" minuscule. De nom propre il devient nom commun, au même titre que l'ordinateur, le téléphone, le fax et le minitel. La même remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout simplement le web.
Mais comment définir l'internet autrement que par ses composantes techniques? Sur le site de l'Internet Society (ISOC), organisme international coordonnant le développement du réseau, A Brief History of the Internet propose une triple définition. L'internet est: (a) un instrument de diffusion internationale, (b) un mécanisme de diffusion de l'information, (c) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.
Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio, ordinateur), l'internet révolutionne de fond en comble le monde des communications. Il représente l'un des exemples les plus réussis d'interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement d'une infrastructure de l'information, dans le cadre d'un réel partenariat entre les gouvernements, les entreprises et les universités.
Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), organisme international de normalisation du web, Bruce Sterling décrit le développement spectaculaire de l'internet dans Short History of the Internet. L'internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires et les télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre de machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D'abord présent dans l'armée et dans les instituts de recherche, l'internet déferle dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est également pris d'assaut par le secteur commercial.
Bruce Sterling s'intéresse aux raisons pour lesquelles on se connecte à l'internet. Une raison majeure lui semble être la liberté. L'internet est un exemple d'"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de société régissant l'internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comités de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'égale à égale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ni politiques mais strictement techniques. Malgré tous les efforts des "dinosaures" politiques et commerciaux, il est difficile à quelque organisme que ce soit de mettre la main sur l'internet. C'est ce qui fait sa force.
On y voit aussi une réelle solidarité. Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), relate en juin 1998: "J'ai commencé à utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique, littérature... Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J'avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J'ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J'ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème!"
En janvier 1998, lors d'un entretien avec Annick Rivoire, journaliste du quotidien Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que l'internet ouve la voie à une forme d'intelligence collective: "Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie."
D'après Timothy Leary, philosophe adepte du cyberespace dès ses débuts, le 21e siècle verrait l'émergence d'un nouvel humanisme, dont les idées-force seraient la contestation de l'autorité, la liberté de pensée et la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par la vulgarisation de l'ordinateur et des technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (éditions du Lézard, 1998), il écrit: "Jamais l'individu n'a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l'âge de l'information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente exclu."
Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur, on assiste à une transformation radicale de la nature même de l'information. L'information contenue dans les livres reste la même, au moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie l'information la plus récente qui, elle, est en constante mutation. Vinton Cerf co-invente avec Bob Kahn en 1974 le protocole TCP/IP, à la base de tout échange de données sur le réseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le développement de l'internet, il explique: "Le réseau fait deux choses (...): comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est maintenue isolée."
1977: UNIMARC
[Résumé]
Créé en 1977 par l'IFLA (International Federation of Library Associations), le format UNIMARC (universal machine readable cataloging) est un format universel permettant le stockage et l'échange de notices bibliographiques au moyen d'une codification des différentes parties de la notice (auteur, titre, éditeur, etc.) pour traitement informatique. Ce format permet de favoriser les échanges de données entre les différents formats MARC existants, qui correspondent chacun à une pratique nationale de catalogage (INTERMARC en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux Etats-Unis, CAN/MARC au Canada, etc.). Les notices dans le format MARC d'origine sont d'abord converties au format UNIMARC avant d'être converties à nouveau dans le format MARC de destination. UNIMARC peut également être utilisé comme "modèle" pour le développement de nouveaux formats MARC.
[En détail]