Part 3
Pour défendre leur sacrement de pénitence, il y a des curés qui ont l’aplomb de soutenir que, grâce à la confession, pas mal de voleurs ont restitué ce qu’ils avaient dérobé.
D’abord, il ne suffirait pas d’avancer cela; il faudrait encore le prouver. J’ai souvent entendu faire valoir cet argument; mais à ma connaissance jamais aucun curé n’a cité un fait précis.
Si des voleurs ont rendu l’argent dérobé, à la suite d’une visite au confessionnal, que messieurs les prêtres les nomment!
--Ah! voilà. Ils ne nommeront personne, cela leur est défendu. Il y a le secret de la confession.
Quel procédé commode pour toujours avoir raison! On articule un fait à l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne. Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence, il a fait opérer des restitutions; seulement, il ne peut pas, à son grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les circonstances de l’aventure.
Soit.--Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de monsieur l’abbé; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les émettre.
Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse le moins du monde; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt.
A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les confesseurs de leurs femmes?
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Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient dit:
--Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer, vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de votre faute.
Voilà ce qui arrive en fait de restitution; mais on avouera que, si le voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe.
La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé,--il existe encore,--qui a opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent qui leur avait été pris.
Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt; tout récemment, il était à la tête d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales.--Voici quel était son manège: quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait tout ce qui se trouvait à sa portée; il ne se gênait pas; si l’on ne s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait l’argent ou les objets dérobés; comment se douter que monsieur le curé était le voleur? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce langage:
--Monsieur le commissaire, pas plus tard que ce matin, un de mes pénitents est venu se confesser à moi et m’a remis cette somme qu’il a dérobée, il y a quelques jours à Untel. Vous comprendrez, monsieur le commissaire, que les devoirs de mon sacerdoce sacré m’interdisent de la façon le plus absolue de vous dévoiler le nom de ce malheureux pécheur; tout ce que je puis vous affirmer, c’est que l’infortuné était sous le coup des plus vifs remords. Aussi, je vous prie d’intercéder pour lui auprès de M. Untel afin qu’il retire sa plainte; vous lui rendrez son argent; et moi, de mon côté, je prierai Dieu pour que ce pécheur repentant ne succombe plus à la tentation.
Ce n’était pas plus malin que cela. L’affaire s’arrangeait à l’instant; les volés étaient heureux de rentrer en possession de leur bien; on soupçonnait Pierre, Paul ou Jacques; mais en revanche, monsieur le curé se faisait une réputation exceptionnelle de probité.
Malheureusement pour le saint homme, il abusa un peu trop du procédé; si bien que dans une affaire assez grave qu’il n’était plus temps d’étouffer, un substitut incrédule persista, malgré la restitution, à faire son enquête; ce qui amena la découverte du pot-aux-roses, et la condamnation de monsieur l’abbé Cameigt à sept années de réclusion. Le procès a été jugé tout récemment par la cour d’assises de Perpignan.
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Les curés, du reste, sont connus pour être forts pour encaisser, mais durs à la détente. On voit pas mal de monacos entrer chez eux, mais on n’en voit pas beaucoup sortir.
Tenez, j’ai encore entre les mains un petit travail écrit par un ecclésiastique, qui traite la question de la confession, et je vous certifie que M. le théologien ne conseille pas du tout, mais là pas du tout, de restituer l’argent mal acquis.
Ce traité de la confession est l’ouvrage d’un de nos contemporains. L’auteur vit encore, puisque le journal qui les publie au fur et à mesure n’en est qu’à sa quatrième année d’existence.
Ce journal est rédigé spécialement pour les prêtres et par des prêtres.
Voici son titre:
Le _Journal du Presbytère_, fondé et rédigé d’après le programme des assemblées catholiques, organe des congrégations religieuses, des pèlerinages, des cercles catholiques et de toutes œuvres pies. Nouvelles et _Instructions religieuses_. Paraissant tous les jeudis: bureaux et administration du journal, 4, rue Chauchat, à Paris.
Le numéro que j’ai sous les yeux porte la date du 10 juin 1880. Vous voyez que ce n’est pas vieux.
Dans ce numéro, je lis l’avis suivant:
--«L’administration du _Journal du Presbytère_ s’est assuré la collaboration et le concours zélé de théologiens érudits et de casuistes aussi expérimentés que prudents, afin de répondre, à bref délai, à toutes les difficultés ou consultations du domaine théologique, telles que: _Cas de conscience_, questions de dogme, de _morale pratique_, etc.»
Nous allons un peu voir comment les calotins de nos jours entendent la morale pratique et comment ils traitent les cas de conscience. On ne pourra pas récuser ma citation; je crois qu’elle ne saurait être plus précise.
Voici donc de quelle façon le moniteur des confessionnaux envisage la question si délicate du chantage, qui est une des manières les plus odieuses d’escroquer de l’argent.
Sous le titre _Théologie morale et pratique_, l’abbé Olivier Piquand écrit ceci:
On nous demande quelle doit être, pour un confesseur, la solution à donner dans le cas suivant:
Justine, témoin d’un crime que Calixte, son maître, vient de commettre, menace de le dénoncer s’il ne porte à cent francs ses gages qui jusque-là n’étaient que de quatre-vingts francs, et ne s’oblige à la garder toujours à son service. Justine, ayant du regret d’avoir imposé à son maître ces conditions onéreuses, se présente au tribunal de la pénitence et s’accuse de ce qu’elle croit être une faute.
PRINCIPES
La crainte grave qui a fait une si forte impression sur l’esprit d’un homme qu’elle ne lui a pas laissé la liberté ni donné le temps de réfléchir à l’obligation qu’il contractait, rend le contrat nul et invalide; car elle a ôté à cet homme le libre consentement de sa volonté, en lui ôtant le loisir d’être attentif à ce qu’il fait; or, il ne peut y avoir de contrat valide où il n’y a point de libre consentement de la volonté...
Voilà qui est parfaitement raisonné, direz-vous.
Attendez!
Un prêtre ne serait pas un prêtre si, après avoir par hasard dit deux mots de vrai, il ne tombait pas immédiatement dans quelque effronté mensonge.
Mais, ajoute l’abbé Olivier Piquand, la crainte grave, venue d’un principe intérieur ou d’une cause étrangère nécessaire et naturelle, n’annule point, par elle-même, ni les contrats, ni les promesses... La crainte, qui naît d’une cause libre, mais juste, n’annule point un contrat, parce que celui qui contracte par cette crainte, quoiqu’il paraisse en quelque manière agir malgré lui, consent cependant véritablement; il est libre de ne pas consentir...
Admirez-vous la subtilité?
La crainte est volontaire dans sa cause: il en est le principe, elle vient de lui plus que de personne; il y a donné sujet; en commettant la faute, il s’est soumis à la peine ordonnée par les lois; il a donné droit au magistrat de l’obliger, par autorité supérieure, de contracter, et c’est librement et de son plein gré qu’il prend ce parti, pour éviter la peine qu’il subirait s’il y manquait.
Ceci posé, nous disons que le confesseur de Justine n’a aucune restitution à ordonner ni à imposer à sa pénitente: son maître a été déterminé par une crainte juste et il a contracté avec pleine et entière liberté.
Ainsi, c’est bien entendu, quand un individu a spéculé sur l’intérêt qu’un autre individu a à cacher une faute, l’Église l’approuve et ne lui ordonne pas de restituer.
Cela est écrit, cela est signé par un ecclésiastique, que ses collègues en soutane qualifient de: théologien érudit, casuiste aussi expérimenté que prudent. Telle est la _morale pratique_ de la religion que nos magistrats se font une gloire de pratiquer.
Et, qu’on le remarque bien, cette théorie n’est pas une théorie isolée. C’est la doctrine même du clergé. Un prêtre ne peut pas traiter publiquement des questions de théologie ou de casuistique sans l’autorisation de son évêque. Le _Journal du Presbytère_ est imprimé avec l’approbation de Mgr Guibert, archevêque de Paris,--Hippolyte, dans l’intimité.
Voilà donc comment le confessionnal favorise la restitution de l’argent mal acquis. Non seulement la confession ne fait pas rendre gorge aux escrocs; mais encore, elle autorise la plus vile des malhonnêtetés, le chantage.
Or, du moment que les prêtres reconnaissent le chantage comme une spéculation très légitime, je vous laisse à penser si ces gredins doivent l’exploiter pour leur compte à l’égard des imbéciles dont le sacrement de pénitence leur livre les secrets!
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Par le sacrement de pénitence, c’est-à-dire par la confession, le prêtre pervertit de bonne heure l’esprit des enfants, pénètre les mystères des alcôves, intrigue, escroque, séduit les jeunes filles et mortifie les maris sans que ceux-ci aient jamais le droit de se plaindre.
Dans la haute société, dans ce qu’on est convenu d’appeler le grand monde, les dames ne se contentent pas d’avoir un confesseur,--il leur faut, par dessus le marché, un directeur de conscience. Le confesseur n’est plus qu’en sous ordre: madame lui débite à la sacristie tout ce qu’elle veut. Le directeur de conscience, lui, a ses grandes et petites entrées à la maison; il est l’ami par excellence de madame, il dirige toutes ses actions, il a sur elle un empire absolu.
Le métier de directeur a toujours été très bon en France; mais en Italie et en Espagne surtout, c’est un état. Ce titre est une sauvegarde, même contre le mari.
Le directeur entre; il bénit en passant le débonnaire époux; il marche à l’appartement de madame; il laisse ses sandales ou ses babouches en dehors; il ferme ou ne ferme pas la porte; ces sandales sont les colonnes d’Hercule, défense de les passer. Il est démontré que madame est en conférence avec le Saint-Esprit.
Un mari espagnol, qui se gardait bien de dire, mais qui pensait que le Saint-Esprit a fait jadis une espièglerie notoire,--ce mari, nous raconte Voltaire, perça un trou au-dessus de l’appartement de madame, curieux de savoir ce que le Saint-Esprit faisait avec elle.
Il vit... Je ne sais trop ce qu’il vit, mais il se fâcha et très fort. Il descendit armé d’un bâton, passa bravement les colonnes d’Hercule et chassa le directeur en lui frictionnant vivement l’omoplate.
Après quoi, il rentre chez madame, l’accable de reproches, et en marchant de long en large, selon la coutume des hommes exaspérés, il s’embarrasse les pieds dans une culotte qui n’était pas la sienne, ni celle du Saint-Esprit.--Pièce de conviction qui alimente sa colère pendant une bonne heure; pendant une bonne heure il exhale son courroux, gesticulant avec la culotte, faisant de grands bras, proférant des blasphèmes épouvantables contre madame et contre le Saint-Esprit; et, durant ce temps, une procession marchait bénignement et vint s’arrêter à sa porte.--Le chef du couvent voisin marchait en tête et dit au mari stupéfait:
--Nous possédons dans le trésor de notre monastère la culotte de saint Pancrace, qui guérit de la stérilité les femmes qui la baisent. Frère Boniface, dans un accès de zèle l’a soustraite de la sacristie pour la faire baiser à madame; rendez-nous la culotte de saint Pancrace!
La procession était escortée de quelques estaffiers de la Très Sainte Inquisition, qui marchaient les yeux baissés, le chapelet à la main et l’épée au côté. On ne discute pas avec ces gens-là. Le mari rendit la culotte de saint Pancrace; on l’emporta en grande cérémonie, accrochée au haut d’une croix; on la plaça dans la chapelle de la Vierge, et, depuis, les femmes stériles l’entourent d’_ex-voto_.
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Nous en avons fini avec les directeurs de conscience. Quel que soit le nom qu’ils portent, les confesseurs ne valent pas cher. Quant au sacrement de pénitence, même pratiqué sérieusement, il ne vaut rien du tout.
Où sont donc les avantages de la confession? Pour ma part, je ne vois à cette institution que des inconvénients qui devraient la faire abolir; mieux que cela, provoquer des peines sévères contre les individus qui se permettraient d’exercer l’infâme métier de confesseur.
N’oublions pas que le moine dominicain Politien de Montepulciano, qui empoisonna l’empereur Henri VIII d’Allemagne dans une hostie, l’avait absous la veille pour qu’il communiât le lendemain; que les assassins des Sforce et des Médicis s’étaient préparés au meurtre par la confession; que Louis XI, quand il avait commis un grand crime, demandait pardon à la petite Notre-Dame de plomb, qu’il portait à son bonnet, allait à confesse et dormait tranquille; que Jaurigny, assassin du prince d’Orange, Guillaume Ier, n’osa entreprendre cette action qu’après avoir fortifié par le pain céleste son âme préalablement purgée par la confession aux pieds d’un dominicain.
Charles IX qui ordonnait la Saint-Barthélemy, Louis XIV qui baignait les Cévennes de sang, allaient tous deux à confesse. Or, comme quand il s’agit d’une grande affaire spirituelle, un dévôt ne manque jamais de consulter son directeur de conscience, il s’ensuit--et le fait est du reste certifié par l’histoire--que les massacres des Cévennes et de la Saint-Barthélemy ont été conseillés par les confesseurs.
C’est au confessionnal que Jean Châtel, Jacques Clément, Damiens, Ravaillac, ont aiguisé leurs poignards.
En argot de sacristie, se confesser avant de commettre un crime, s’appelle «se faire ramoner.»--C’est un terme consacré.--On nettoie sa conscience de tous les petits péchés véniels de la semaine, on en reçoit l’absolution, et l’on va bravement exécuter un crime à la plus grande gloire de Dieu.
Notez qu’un crime accompli en faveur de la religion n’est pas un crime. C’est une action d’éclat, qui fait du criminel un héros et le désigne à la vénération des fidèles.
Ainsi, que demain le gouvernement fasse rentrer le clergé tout à fait dans le droit commun, lui retire tous ses privilèges et confisque au profit de l’État les biens mal acquis par les congrégations, toute la prêtraille se dira persécutée; les députés républicains et les membres du pouvoir seront désignés aux vengeances catholiques; et, si quelque fanatique venait à assassiner, soit le président de la République, soit un ministre, soit un des députés démocrates influents, loin de renier l’assassin, le clergé lui élèverait des autels.
Que ceux qui gouvernent réfléchissent! Qu’ils réfléchissent, et ils comprendront combien la confession est pernicieuse et combien en général la religion est une chose infâme.
Au siège de Barcelone, les prêtres refusaient l’absolution à ceux qui restaient fidèles à Philippe V, à qui, par parenthèse, ils avaient eux-mêmes prêté serment de fidélité.
En 1750, on refusait à Paris l’absolution et les sacrements à ceux qui n’admettaient point une certaine bulle du pape, la bulle _Unigenitus_, qui n’était point un acte de foi, mais un acte de parti.
Tout récemment, sous la période du Seize-Mai, si bien appelée par le peuple «gouvernement des curés», les prêtres dans les campagnes refusaient l’absolution aux paysans naïfs qui ne voulaient pas voter pour les candidats anti-républicains.
Cela ne prouve-t-il pas que le sacrement de pénitence se transforme entre les mains des calotins en instrument politique?
CONCLUSION:
La confession n’est pas seulement profondément immorale; elle offre encore de très grands dangers au point de vue politique; et, sous quelque rapport qu’on l’envisage, elle doit être interdite, abolie, supprimée.
APPENDICE
I
Les Pieuses Exhortations, de Mgr Claret.
II
Mœchialogie (cours de luxure), du R. P. Debreyne.
III
Compendium ou doctrine des Conciles.
IV
Les Diaconales, manuel des confesseurs, de Mgr Bouvier.
PIEUSES EXHORTATIONS
LA CLÉ D’OR OFFERTE AUX NOUVEAUX CONFESSEURS POUR LES AIDER A OUVRIR LE CŒUR FERMÉ DE LEURS PÉNITENTS
PAR Mgr CLARET, archevêque de Cuba Confesseur de Sa Majesté Isabelle II, reine d’Espagne
AVEC APPROBATION DE L’ORDINAIRE
PIEUSES EXHORTATIONS
LA CLÉ D’OR
SIXIÈME COMMANDEMENT
LE SIXIÈME COMMANDEMENT: NE PAS FORNIQUER.
CHAPITRE PREMIER
EXHORTATION ADRESSÉE AUX PERSONNES IMPURES, QUI BOIVENT L’INIQUITÉ COMME DE L’EAU, QUI NE CONSIDÈRENT PAS LA LUXURE COMME UN PÉCHÉ, OU QUI LA CONSIDÈRENT COMME UNE CHOSE SANS GRAVITÉ, QUI NE VAUT PAS LA PEINE D’ÊTRE MENTIONNÉE DANS LA CONFESSION. COMBIEN CES PERSONNES SONT AVEUGLES!
Il faut que vous sachiez, mon frère, que la luxure est un péché mortel. En commettant des actes de luxure vous vous mettez en opposition formelle avec le VIe précepte de la loi de Dieu. Après l’action de tuer, c’est le plus gros péché dont on puisse se rendre coupable à l’égard du prochain. Dans le Ve commandement, Dieu nous défend de tuer, et dans le VIe, il nous interdit les choses indécentes. La luxure est un plus grand péché que le vol. Ceux et celles qui s’abandonnent à la luxure méritent l’enfer.
Pour vous faire comprendre la malice de ce péché, j’invoquerai la raison naturelle. Vous saurez, mon frère, que le Créateur a mis en nous une inclination très forte vers les choses de la luxure, parce que si l’homme eût été comme une statue, sans ressentir les aiguillons de la chair, le genre humain eût disparu de la terre en fort peu de temps. Mais les hommes, se sentant poussés à l’acte charnel, ont établi le mariage; ils épousent une femme et peuvent alors faire ce que permettent les lois du mariage et donner satisfaction à cette passion d’une manière légitime et sans qu’il en résulte le moindre désordre. Ils opèrent comme le mécanisme d’une montre et doivent travailler dans un ordre parfait à la propagation du genre humain. Mais, j’ai dit qu’ils doivent travailler dans un ordre parfait, pour indiquer que les choses ne doivent pas s’accomplir selon les goûts et les caprices de chacun; en agissant autrement, on se rendrait coupable de très graves délits et on encourrait les plus terribles châtiments en ce monde et dans l’autre.
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Le vice de l’impureté est très répréhensible et porte un grave préjudice à celui qui s’y adonne. Pour me faire mieux comprendre de vous, je vais faire une comparaison. Je vous ai déjà dit que le Créateur avait donné à l’homme ces inclinations pour la conservation et la propagation de l’espèce; s’il n’en était pas ainsi, le genre humain aurait bien vite fini; mais les choses doivent aller avec ordre, en leur temps et en leur lieu. En procédant autrement, on occasionnerait des maux sans nombre, des préjudices considérables qui affecteraient l’espèce et amèneraient sa destruction.
Vous savez ce que c’est que la poudre et vous connaissez ses propriétés? La poudre s’emploie pour différents usages, pour la chasse, pour la guerre, etc... mais dans un ordre déterminé et selon certaines conditions. Supposez que la poudre vienne à manquer, par exemple, qu’elle s’enflamme dans les fabriques, ou qu’elle prenne feu dans la gibecière des chasseurs ou dans les gibernes des soldats; aurait-elle servi à quelque chose d’utile? Non, au contraire, elle aurait occasionné de grands malheurs pour les ouvriers employés dans les poudrières, pour les chasseurs et pour les soldats, comme cela est arrivé maintes fois et aurait fait bien des victimes. Faites maintenant l’application de mon raisonnement: ceux qui se livrent à la lubricité, comme vous le faites, non seulement ne travaillent pas dans l’intérêt du genre humain et selon les desseins du Créateur, mais encore ils nuisent à eux-mêmes et abrègent leurs jours par les tourments et les souffrances qu’ils attirent sur eux pendant cette vie et ils s’exposent à de grands châtiments pour l’autre monde.
CHAPITRE II
EXHORTATIONS AUX LIBERTINS QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION.
Ah! mon frère, je suis certain que vous ne vous doutez pas de la gravité de ce péché, et je suis persuadé que si vous l’aviez connue, vous n’auriez pas commis de si vilaines actions. Écoutez-moi dans l’intérêt de votre vie: vous savez bien que personne, pour son plaisir ou par caprice, n’a le droit de tuer son prochain ni de se suicider; vous savez que personne n’est autorisé à disposer de sa vie. Donc, quand vous vous livrez à cette vilenie, vous tuez et vous détruisez en germe ce qui pourrait devenir une créature, un de vos enfants. Quelle barbare action! Que diriez-vous d’un père qui, pour son plaisir, mettrait à mort ses enfants? Qu’il se rend coupable de cruauté. Ne mériterait-il pas d’être brûlé vif? Eh bien, vous êtes ce père cruel, inhumain, barbare, qui, par plaisir, tue ses enfants. Si l’auteur de vos jours eût agi comme vous, bien certainement vous n’existeriez pas et vous n’auriez ni ce corps ni cette vie dont vous faites un si mauvais usage.
Autre préjudice que vous causez à vos enfants et à la société par ces honteuses habitudes. Autre comparaison pour faire ressortir la chose: supposez qu’un individu ait à sa disposition un sac de très bonne farine et une barrique de vin de qualité supérieure qu’il ne devrait consommer qu’en temps opportun. Mais, par caprice, cet individu a jeté à terre et répandu toute la fleur de sa farine et il ne lui est resté que les résidus au fond du sac. Quel mauvais pain il obtiendra de ces résidus! Il a, de même, laissé couler et gâter le vin généreux, et il ne lui est resté que la lie. Quelle mauvaise boisson il aura pour sa consommation! Faisons actuellement l’application de l’argument. Vous êtes cet individu auquel le Créateur a donné ce vin généreux de l’amour, pour le boire, quand vous serez marié, en compagnie de votre bien-aimée femme; mais comme vous avez dépensé vos forces dans les plaisirs déshonnêtes et les folies, vous resterez avec la lie.
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Dites-moi, mon frère, si on vous offrait une boisson douce et agréable ou un plat de quelque mets savoureux, tout à fait de votre goût, mais si, en même temps, une personne dans laquelle vous auriez confiance vous disait: «Prenez garde! ne touchez pas à cette boisson ni à ce mets qui vous sont présentés, car ils sont empoisonnés.» Que feriez-vous? Voudriez-vous les prendre? Assurément, vous refuseriez d’y toucher. Eh bien! vous ne devez pas davantage porter à vos lèvres cette coupe d’impureté, si douce et agréable que vous en paraisse la liqueur qu’elle contient, car cette liqueur est un poison pour votre corps et pour votre âme.
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_Perturbation qu’apporte la luxure dans les régions de l’âme._
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