Part 2
Il ne s’agit pas d’un livre remontant à deux ou trois siècles. Non!--Cet _Examen de conscience_ est un ouvrage contemporain; c’est celui qui est _actuellement_ en usage dans un des plus importants diocèses de l’Église catholique, le diocèse de Namur.
Les extraits que j’en ai faits ont été copiés par moi-même, et je les ai déjà publiés deux fois dans mon journal, sans que les cléricaux fanatiques qui composent notre magistrature aient jamais osé pour cela me poursuivre.
Du reste, je les en défie bien!
L’ouvrage est intitulé:
EXAMEN DE CONSCIENCE, _suivi d’exercices pour la confession_, selon l’ordre et la lettre du _Petit Catéchisme_ du diocèse de Namur, destiné aux enfants de la _première communion_, et non moins utile aux personnes plus avancées en âge, par M. Lenfant, curé de Villiers-le-Gambon.--Namur, A. Wesmaël-Legros, imprimeur de l’évêché, 1865.
Je vous prie de remarquer que ce livre n’est pas unique dans son genre; tous les diocèses de l’Église catholique sont pourvus de semblables _Examens de conscience_. Partout, dans chaque paroisse, les prêtres remettent aux enfants, en même temps que le _Catéchisme du diocèse_, un petit opuscule appelé: «Examen de conscience», dont le prétexte est d’aider fillettes et jeunes garçons à rechercher quels péchés ils peuvent bien avoir commis durant la semaine, et dont le vrai but est de leur enseigner graduellement le vice. Tous ces _Examens de conscience_, tous sans exception, sont revêtus d’une approbation signée par un évêque. Chaque année, l’imprimeur de l’évêché en fait un nouveau tirage, et ces ignobles petits livres sont répandus à profusion dans les écoles congréganistes.
L’exemplaire, dont je vais reproduire quelques extraits, date de 1865; il n’est donc pas bien vieux. L’ouvrage a été composé en 1844; ce qui prouve que messieurs les prêtres de Namur l’ont trouvé excellent, puisqu’ils l’ont conservé jusqu’à aujourd’hui, et qu’ils s’en servent à présent encore pour la préparation des enfants à la première communion.
Voici l’approbation épiscopale:
_Approbation._
J’ai lu par ordre de Monseigneur le Rme évêque de Namur le manuscrit intitulé: _Examen de conscience, suivi d’exercices pour la confession, etc., par M. LENFANT, curé de Villiers-le-Gambon_. Je n’ai rien vu, dans cet écrit, de contraire à la doctrine catholique. Comme l’auteur l’annonce lui-même, son dessein n’est pas d’exposer tous les péchés qui peuvent se commettre contre chaque commandement, _mais seulement les plus ordinaires_. Il a fait preuve _de discernement et d’une prudente sobriété_ dans l’exécution de ce plan.
_Donné à Namur, le 17 janvier 1844._
Ant. COLLARD
Chanoine Théologal et professeur de Théologie.
Et au-dessous:
Nous en permettons l’impression.
_Namur, le 18 janvier 1844._
NICOLAS-JOSEPH,
évêque de Namur.
Après ces deux pages vient l’avant-propos dans lequel le curé Lenfant (nom prédestiné) déclare ceci:
Encore ai-je besoin de l’encouragement de Monseigneur Notre Révérendissime Évêque de Namur, à l’approbation duquel je le soumets entièrement et sans restriction.
Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes, ce petit livre serait encore bien peu utile aux enfants; aussi, j’espère qu’ils ne refuseront pas ce concours.
Ainsi donc, c’est bien entendu, les questions que l’auteur de l’_Examen de conscience_ va poser aux enfants, il pense qu’elles pourront n’être pas assez claires, et il invite les catéchistes, les confesseurs à les bien expliquer.
Or, voulez-vous savoir quelle question pose ce prêtre, avec l’approbation de son évêque, sur ce sujet: _Devoirs corporels?_
N’avez-vous pas commis d’imprudence ou de crime avant ou après la conception?
Voilà une question que le confesseur doit expliquer à chaque jeune fille.--C’est du propre!
Je ne m’attarderai pas à reproduire les menues questions qui seraient sans intérêt: Pratiques de dévotion, Blasphèmes, Du nom de Dieu invoqué en vain, etc.--Contentons-nous d’extraire les passages qui prouvent combien chaque confession d’un enfant est pour lui une leçon d’immoralité.
VIe ET IXe COMMANDEMENTS
_Sixième_:
Luxurieux point ne seras De corps ni de consentement.
_Neuvième_:
L’œuvre de chair ne désireras Qu’en mariage seulement.
--Que défend le sixième commandement?
--Il défend, non seulement toute impureté, mais, qui plus est, la seule convoitise et tout plaisir qu’on aurait à y penser volontairement.
--Que défend le neuvième commandement?
--Il défend toute impureté, c’est-à-dire, de prendre aucun plaisir charnel, sur soi ou sur autrui, en dehors du mariage, par œuvre, par attouchements, baisers, paroles, chansons, dites ou écoutées, regards, lectures de livres impudiques ou malhonnêtes.
Misérables hypocrites! Les premiers livres impudiques et malhonnêtes, ce sont vos _Examens de conscience_, messieurs les prêtres.
Continuons. Le paragraphe qui suit prouve, mieux que toutes nos affirmations, que les confesseurs se mêlent de ce qui se passe dans les alcôves conjugales.
Le neuvième commandement, en général, défend toute impureté, c’est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent dans l’état du mariage, par suite de la crainte d’avoir trop d’enfants, _par des abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans ce qui est ordonné_. Celles dont la conscience est inquiète sur cette matière délicate DOIVENT CONSULTER LEUR CONFESSEUR (textuel).
Avis aux républicains faibles qui permettent à leur femme de fréquenter l’église: c’est monsieur l’abbé qui règle comment madame doit rendre à son mari le devoir conjugal. La jeune fille qui se prépare à la première communion sait, dès l’âge de onze ans, que, lorsqu’elle sera grande, elle devra consulter son confesseur sur la manière dont elle devra se comporter envers celui qu’elle épousera. Comment, avec cela, les fillettes élevées au confessionnal pourraient-elles devenir des honnêtes femmes?
Continuons:
1º _Pensées_.
Ruminer dans son esprit, occuper son esprit de choses déshonnêtes, former dans son esprit des images d’objets ou d’actions déshonnêtes, sans la volonté de les commettre.
--1. Avez-vous donné occasion volontaire à des pensées déshonnêtes?
--2. Vous êtes-vous arrêté volontairement à considérer dans votre esprit des objets ou des actions déshonnêtes, défendues?--Combien de fois?--Combien de temps?--Quel était l’objet de cette pensée volontaire?--Telle action? telle sorte de personne?--Quelles ont été les suites, les désordres de ces mauvaises pensées?--Des mouvements déréglés en vous, etc.?--Des passions violentes?
--3. Avez-vous repoussé ces sortes de mauvaises pensées dès que vous vous en êtes aperçu?--Sans y prendre positivement plaisir, n’avez-vous pas été lâche à les rejeter?
--4. Avez-vous rappelé dans votre esprit le souvenir des péchés passés?
2º _Désirs_.
--1. Avez-vous désiré, souhaité dans votre cœur, de voir, de toucher, de faire, d’entendre, etc., quelqu’une de ces choses que le sixième commandement défend de faire?
--2. Avez-vous pris les moyens, fait les démarches, les efforts, quoique sans effet, pour exécuter ces mauvais désirs?
--3. N’avez-vous pas regretté le manquement d’exécution?--Dites ce que vous avez désiré; ses qualités, la vôtre.--S’agissait-il de personnes mariées? ou parentes? ou consacrées à Dieu?
--4. Quels ont été les effets de ces désirs sur votre corps?--Pendant combien de temps vous êtes-vous entretenu de ces désirs impurs?
Remarquons, en passant, que messieurs les curés, sous prétexte de questionner les jeunes garçons et les jeunes filles sur leurs péchés, leur demandent, d’une manière détournée, des renseignements sur les tierces personnes, à cause de qui les péchés ont été commis.
3º _Actions_.
--1. Avez-vous fait des actions honteuses, impures?
--2. Étiez-vous seul?--Avec d’autres?--De même ou de différent sexe? mariés? parents? ou alliés?--Dans la crainte du déshonneur?--_Avec des bêtes?_--Dans un lieu public ou sacré?--Combien de fois?--Toujours avec les mêmes?--Depuis combien de temps?--Sous promesse de mariage?--Quelles en sont les suites?
4º _Attouchements_.
--1. Avez-vous touché avec la main ou autrement, par plaisir et sans nécessité, des parties du corps que la pudeur veut que l’on cache?--Sur vous-même?--Sur d’autres de même ou de différent sexe?--Mariés, parents, etc.?--_Sur des animaux?_
--2. Avez-vous permis, souffert de ces criminelles et honteuses libertés?
--3. Les avez-vous provoquées, excitées?--Combien de fois?--Êtes-vous dans l’habitude?--Depuis quand?--Quel désordre ou accident a suivi ces actes coupables?
5º _Baisers_.
--Avez-vous donné ou reçu des baisers, surtout entre jeunes gens de différents sexes, avec mauvaises intentions?--Avec durée?--D’une manière indécente?--Avec danger de consentir ultérieurement aux suites impures?
6º _Paroles_.
--1. Avez-vous dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant clairement ces péchés, ou objets d’impureté? ou des paroles à double entente, plus couvertes?--En présence de combien de personnes?--Quelles étaient leurs qualités? jeunes? mariées? etc.--Ont-elles été scandalisées?
Pour le coup, voilà une question passablement indiscrète. Il est facile de voir quel parti le confesseur peut tirer de la réponse qui lui est faite.
Quoique sans se faire nommer une personne, il se la fait d’abord désigner de la façon la plus explicite possible. Puis, suivant qu’il a des vues sur cette personne, suivant qu’il a intérêt à savoir si elle est ou non accessible, il pose cette question:
--Mon enfant, cette personne à qui vous avez dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant clairement un désir ou un objet d’impureté, cette personne, dis-je, a-t-elle été scandalisée?
Supposons que la jeune pénitente réponde:
--Non, mon père, elle n’a pas été scandalisée du tout.
Le confesseur se dira, à part lui:
--Très bien, voilà une vertu facile dont je pourrai prochainement tenter l’assaut.
Le motif de ces questions indiscrètes ne peut faire aucun doute.
Continuons encore:
--2. Avez-vous écouté avec plaisir des paroles déshonnêtes?--Combien de fois par jour, par semaine ou par mois?--Depuis quand dure cette habitude?
--3. Vous êtes-vous vanté de péchés commis en secret, diffamant ainsi les personnes dont vous avez abusé?
7º _Chansons_.
--1. Avez-vous chanté des obscénités ou des chansons avec mots à double entente?--Devant combien de personnes, etc.?
--2. Les avez-vous apprises à d’autres?
--3. Avez-vous écouté des chansons déshonnêtes?--Y avez-vous applaudi, etc.?
8º _Regards_.
--1. Avez-vous regardé par curiosité, par passion, des objets déshonnêtes sur vous-même?--Sur d’autres de même, de différent sexe?--Indiquez la qualité des personnes; je dis toujours _qualité_, parce qu’on ne doit nommer personne à confesse.
Tartufes!... On ne doit nommer personne à confesse, disent-ils... Seulement, ils posent des questions comme celles-ci:
--Cette personne, à qui vous avez manifesté des désirs impurs et qui n’en a pas été scandalisée, est-elle jeune? Est-elle mariée? Quelle est sa qualité? Êtes-vous parente avec elle? Du même sexe? Depuis combien de temps la fréquentez-vous?
Je vous demande un peu si quand une enfant naïve a répondu à toutes ces questions, le confesseur a besoin de se faire ajouter le nom de la personne sur laquelle il s’enquiert.
De même quand il interroge une jeune fille sur le chapitre des désirs, supposez qu’il lui pose ces questions que nous avons reproduites plus haut:
--Mon enfant, avez-vous désiré dans votre cœur de faire quelqu’une de ces choses que nous défend le sixième commandement? Dites ce que vous avez désiré, les qualités de la personne qui était l’objet de votre désir. S’agissait-il d’une personne consacrée à Dieu?
Je suppose un jeune vicaire posant ces trois questions à une fillette qui, sans trop s’en rendre compte, aura une inclination pour lui. L’enfant rougira, surtout à la dernière des trois questions. Il faudra qu’elle réponde. Elle sera de plus en plus confuse, embarrassée. Et le prêtre possédera le secret de la pauvrette, lui aura ouvert les yeux sur le sentiment qu’elle éprouvait sans se l’expliquer; de ce jour, le misérable sera maître de l’enfant.
Continuons toujours. Voici une question, que le confesseur, suivant l’invitation de l’auteur de l’_Examen de conscience_, doit avoir souvent à expliquer aux fillettes candides et pures. Quelle honte que cette question! Quelle honte que ces explications!
--2. Avez-vous regardé certains actes des animaux?
--3. N’avez-vous pas souffert, permis à d’autres des regards coupables sur vous?--Par imprudence ou manque de pudeur?
--4. Avez-vous considéré des tableaux, des statues indécentes? etc.--Des nudités?
9º _Lecture_.
--1. Avez-vous lu par curiosité ou passion, sans nécessité, des lettres d’amour, des livres impudiques, de médecine, de théologie, des romans, des livres, des chansons déshonnêtes, de sales histoires, des journaux du même genre? etc.
--2. Les avez-vous encore?--Les avez-vous communiqués à d’autres ou laissés exposés à leur vue?
10º _Conservation de la chasteté_.
--1. Vous êtes-vous exposé volontairement au danger de pécher sans graves raisons, et quelles raisons?
--2. Êtes-vous resté volontairement dans l’occasion?--Avez-vous aimé, recherché l’occasion prochaine du péché mortel d’impureté?--Combien de fois?--Combien de temps?--Quelle est cette occasion?--Est-ce dans la même maison que vous habitez?--Cette occasion est-elle libre ou nécessaire?--Avez-vous employé les moyens prescrits par votre confesseur?
--3. Êtes-vous resté seul à seul avec une personne de différent sexe que vous affectionnez, dans l’obscurité, hors de tout œil de surveillance, dans la maison, sur le seuil des portes?--Avez-vous été à des rendez-vous?--Dans des mauvaises compagnies?--Dans les veillées où se trouvent réunis des jeunes gens des deux sexes?--Dans des danses de nuit ou de cabaret?--Courez-vous les fêtes le soir, les allées ou venues?
--4. Avez-vous eu des fréquentations pour le mariage longues, imprudentes?
--Êtes-vous dans quelque habitude d’impureté?--Laquelle?--Seul ou avec d’autres?--Depuis combien de temps?
Etc., etc.
Quelle abomination! Voilà comment les prêtres entendent leur sacerdoce! Voilà les côtés secrets de la religion catholique!
M. Jules Ferry, à l’époque où il n’était pas encore ministre, a dit ceci: «La religion, c’est l’embrigadement de la bêtise humaine.» Il aurait pu ajouter: «Et le confessionnal, c’est la tanière des plus immondes cochons.»
Il faut être, en effet,--passez moi l’expression,--le dernier des saligots, pour se complaire à enseigner le vice graduellement, par menus détails, aux petits garçons et aux petites filles.
Et ils osent dire, ces hypocrites, que leur sacrement de pénitence purifie et rend plus vertueux!
Mensonge! exécrable mensonge! La confession n’est pas autre chose que l’école de l’impureté.
Voyez ce prêtre de Namur; il met sous les yeux de la jeunesse un questionnaire infect, ignoble; et, en tête de son livre, il écrit dans son avant-propos: «Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes, cet _Examen de conscience_ serait encore bien peu utile aux enfants.»
Il trouve qu’il n’en a pas dit assez. Il fait appel aux directeurs de conscience, aux catéchistes pour qu’ils développent ses infamies.
D’abord l’examen sommaire, les interrogations générales, conformes au livre de M. le curé et du petit catéchisme du diocèse. Ensuite, viendront les demandes précises et détaillées du confesseur, les explications compliquées, embarrassées et très minutieuses des jeunes pénitents et des jeunes pénitentes.
Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à damner saint Antoine lui-même,--doit-on s’étonner que parfois confesseur et pénitente se soient laissés aller à des explications que je m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du catéchisme à la pratique?
En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde et contre nature de chasteté; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous, entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre enfant, ne pense pas à mal?
Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc.
Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en toute autre circonstance.
Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne doivent pas redouter le confessionnal!
Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a pas encore vicié.
Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de ces jeunes vicaires,--rarement, il est vrai,--on en a vu jeter leur soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé la couronne virginale. A ceux-là, nous accordons le pardon; ce qui ne nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession est quand même mauvaise; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle.
Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile; il ne vaut jamais un bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise dont la livrée est une soutane.
Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté.--Il n’y a à cette règle que bien peu d’exceptions; les Raspail et les Lamennais sont de plus en plus rares.
A plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à l’honneur des jeunes filles; ils se joueront d’elles, ils les abuseront sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine. Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte la plus crapuleuse.--Qu’ils soient maudits!
*
* *
Nous avons examiné la confession dans ce qu’elle a de corrupteur pour la vertu des adolescents. Nous avons dit comment elle prédispose même les enfants à l’impureté. Voyons comment elle peut porter le trouble dans les ménages; car, tandis que je citais mes extraits de l’_Examen de conscience_ du curé Lenfant, on a pu remarquer que messieurs les confesseurs ont de fortes tendances à vouloir pénétrer les secrets de l’alcôve.
Après avoir parcouru les livres que l’on met dans les mains des pénitents, parcourons un peu ceux qui sont destinés aux jeunes abbés des séminaires.
Pour que le prêtre puisse expliquer certaines choses à l’homme ou à la femme qui se confesse à lui, il faut nécessairement qu’il en soit instruit lui-même d’une façon très complète.
C’est dans ce but que les grands théologiens ont imaginé des ouvrages qu’ils appellent _Manuels des confesseurs_. Le plus célèbre d’entre tous est celui qui a été écrit par Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui vivait encore il n’y a pas longtemps.
Ce Mgr Bouvier, qui devait à coup sûr avoir dans les veines le même sang que le marquis de Sade, a été honoré de distinctions toutes spéciales par le pape Pie IX, le Borgia du XIXe siècle.
* * * * *
Ici, dans sa conférence, M. Léo Taxil donnait quelques rapides aperçus des _Diaconales_ de Mgr Bouvier; bien entendu, en choisissant ses extraits, en sautant des mots, en supprimant les passages par trop scabreux. Il lisait encore des morceaux du fameux _Compendium_, ouvrage dû à la collaboration d’une société de casuistes du XVIIIe siècle, des _Pieuses Exhortations_ de Mgr Claret, archevêque et confesseur d’Isabelle d’Espagne, et enfin de la _Mœchialogie_ (Cours de luxure), du R. P. Debreyne, religieux trappiste.
Nous donnons comme appendice à cette conférence de M. Léo Taxil de nombreux extraits des quatre ouvrages ci-dessus dénommés.
On pourra se faire ainsi une idée de l’enseignement qui est donné aux jeunes abbés des grands séminaires. Comme dans un livre il est loisible de reproduire textuellement des citations quel que soit leur degré d’obscénité (ce qui ne se peut dans une conférence), les lecteurs trouveront donc, à la fin du discours, cent fois plus d’extraits que n’en ont eus les auditeurs.
Une fois faites les citations pour lesquelles nous renvoyons le lecteur à l’appendice qui termine ce volume, M. Léo Taxil ajoutait:
* * * * *
On le voit, messieurs les curés se mêlent de ce qui est le plus intime dans les ménages. Ils demandent à Madame de quelle manière Monsieur se comporte envers elle, s’ils font ensemble ceci ou cela... Oh! ces questions, disent-ils, sont nécessaires; il faut qu’ils connaissent tous les détails du péché pour savoir s’ils doivent donner l’absolution ou la refuser.
Est-il possible de pousser plus loin l’astuce et la dépravation?
Si, chez vous, un des amis de la maison venait demander à votre femme des renseignements sur la manière dont vous agissez avec elle, est-ce que vous ne prendriez pas une trique pour en frictionner avec vigueur les épaules de l’impertinent?--Oui, n’est-ce pas?--Pourquoi n’en use-t-on pas de la sorte vis-à-vis de ces calotins dévergondés qui, eux, ne sont pas les amis, mais les ennemis de la maison?
Est-ce que ces gens-là ont le droit de s’immiscer dans les mystères de l’intérieur des autres?
Ils ont trouvé cette belle excuse à leur indiscrétion de satyres!... C’est pour éclairer, disent-ils, la conscience des femmes sur les péchés qui se peuvent commettre, qu’ils leur font subir des interrogatoires si minutieux.
Mauvais prétexte! Nouvelle imposture!
Moins que personne, ils n’ont le droit de connaître comment les époux conjuguent le verbe «se marier», eux qui disent s’être interdit de contribuer à l’accroissement de l’espèce humaine.
S’il est une question dont ils ne doivent pas s’occuper, c’est à coup sûr celle-là.
Qu’ils aillent confesser les nonnes hystériques, leurs dignes femelles, et qu’ils laissent en paix les ménages des honnêtes gens!
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* *
Mais voilà! la confession des femmes mariées leur est nécessaire, à ces misérables!
Leur pouvoir est bâti sur la division et sur l’intrigue. Or, par la confession, il leur est facile de semer la discorde dans les familles; par la confession, ils sont au courant de mille secrets, ils connaissent les côtés faibles des individus. Ils manœuvrent dans l’ombre; mais leurs plans sont tracés d’après des indications sûres.--Voyez-vous bien le danger?
Aussi, ce droit de confession qu’ils se sont attribué sera-t-il toujours le privilège qu’ils défendront avec le plus d’énergie.
Cette institution abominable, ils la soutiennent effrontément par les mensonges les plus audacieux. Il est juste de dire que les mensonges ne leur coûtent rien.