Les mystifications de Caillot-Duval Choix de ses lettres les plus amusantes avec les réponses de ses victimes

Part 5

Chapter 53,846 wordsPublic domain

Cette réponse m'avait d'abord fait craindre quelque contre-mystification. Elle était faite sur le ton facétieux, ne relevait point le titre de gouverneur de la Ménagerie, et se trouvait datée de Paris. Mon confrère de Versailles, M. Taphanel, m'avait appris d'autre part que la Ménagerie de Versailles n'avait qu'un concierge et (pas de gouverneur). Il est vrai que ce concierge avait été M. De la Roche sous Louis XIV, mais on ne trouvait pas trace de ses successeurs. J'en étais là lorsqu'une recherche de M. Arthur Chuquet aux Archives de la guerre dissipa tous mes doutes. Un Simon Texier de la Roche commanda en effet en 1778 les compagnies de sous-officiers invalides détachées à Versailles et à Marly-le-Roy; on le fit même lieutenant-colonel sur place le 30 septembre 1780, treize ans après son entrée à l'Hôtel des Invalides comme lieutenant (il avait eu un bras cassé à Minden). Le 2 mars 1791, il passa maréchal de camp.

Je suis en effet plus à portée que personne de faire des expériences sur les animaux, ayant à ma disposition tous ceux qui composent la ménagerie de notre auguste souverain. Vous me faites naître l'idée de m'en occuper. Dès que je serai de retour dans mon gouvernement, je mettrai la main à l'œuvre et ce sera avec le plus grand plaisir que je vous communiquerai mes découvertes: ainsi n'en parlons plus et croyez-moi, monsieur, votre dévoué serviteur.--LA ROCHE, _chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis_.

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VI

_A M. Lefort, rue Saint-Jean-de-Beauvais, à Paris_

(Joueur de flûte et de hautbois, Caillot-Duval demande à se perfectionner sous la direction du professeur Lefort, qui ne recule pas devant la perspective d'une leçon d'une heure par jour pendant deux ans; il en paraît quelque peu illuminé).

Nancy, 27 novembre 1785.

Devant bientôt aller faire un petit voyage dans la capitale, mon cher monsieur, j'ai pris des renseignements sur les virtuoses dans les deux instruments que je cultive. On m'a assuré que vous aviez perfectionné la flûte et le hautbois, et que le basson prenoit sous vos doigts toutes les inflexions de la voix humaine: je vous avouerai franchement que je ne connois aucunement ce dernier instrument, et je ne croyois pas que le pincé de l'anche pût s'accorder avec le pincé de l'anche du hautbois, ou avec l'embouchure de la flûte, que vous n'ignorez pas être parfaitement opposée. J'en viens au fait: je compte être à Paris au mois de janvier, et j'y passerai au moins deux ans. Je désirerois que vous me donnassiez une heure dans la journée, depuis neuf heures jusqu'à midi, à votre choix. Je ne suis pas d'une très-grande force, mais je fais bravement ma partie dans un concert de province, et je donne hardiment le _ré_ sur le hautbois, et le _sol_ sur la flûte. Je ne vous en dirai pas davantage pour cette fois-ci: vous saurez seulement que, n'ayant pas l'avantage de vous connoître, je m'adresse à vous parce que des officiers de la garnison, qui ont pris de vos leçons, m'ont fait votre éloge.

J'attends votre réponse pour savoir quelle est l'heure que vous pouvez me donner. Vous mettriez le comble à mes vœux si votre plume se permettoit quelques petits détails concernant les principes que vous avez adoptés, et votre méthode d'enseigner. Dès l'instant que j'aurai reçu votre lettre, je vous manderai où je dois loger; ce sera, à vue de pays, du côté de la rue du Paon.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.

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_Réponse_

Paris, le 29 décembre 1785.

Des objets qui m'occupe et intéresseront l'UNIVERS au-delà de toute attante, ayant forcés le retard de la présente, permettez, mon cher monsieur, qu'en attendant par LOUIS SEIZE ou de DIEU toutes choses! ainsi quelles sont arrêtées dans les décrets de cet ETRE incréé comme puissantissime et juste dans toutes ses opperations faite par qui et comme il lui plaît; permètez dije quen repondant a l'honneur de la votre! je vous donne avis que j'atens aussi votre arrivez à Paris, pour et d'apres icelui, pouvoir prendre l'heure avec vous, dans ceux que vous me donnez aussi honnêtement qu'utilement! attendu qu'outre mon état et des affaires personnels, je continues de remplir une MISSION! qui sera favorable non seulement aux corps, mais aux AMES: dès que je seré informez de votre arrivez sachant votre adresse à Paris et quand je pourrez me rendre chez vous; comme le maître choisit et le MAITRE de qui ne l'est pas, faisant le mal à son semblable.

Quant à l'adoption de mes principes ainsi que ma méthode d'enseigner, une seule réflexion pouvoit vous mettre à lieu de voir que c'est en opérant lors des leçons et questions (souvent très-nécessaires à faire), que vous pourrez connoître! si je suis le maître que vous désirez trouver pour cette petite partie de l'agréable! comme je serés de CELUI de celle du plus grand utile; ce qui me fait conclure qu'il est sage d'en appeler à l'expérience; comme à l'évidence.

Conséquemment et vu cet appel: je n'ai plus rien pour le présent à vous dire, sinon que je vous prie comme étant aussi sensible que, reconnoissant de faire mes remerciements à ces messieurs (officiers de la garnison), qui vous ont parlé de moi, ainsi que vous me le rapportez dans votre lettre! le fesant tel, je le requier, et comme il convient, ce sera obliger celui qui a l'honneur d'être votre, etc.--LEFORT, _professeur et maître de musique pour le hautbois, la flûte et le basson_.

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VII

_A M. L'Heureux de Chanteloup._

(Caillot-Duval annonce qu'une chouette et un loriot accouplés lui ont donné une pie et un moineau. Sans vouloir paraître surpris, on lui répond vaguement.)

Nancy, le 13 décembre 1785.

L'excellent ouvrage que vous venez de mettre au jour, monsieur, sur le Serin et le Rossignol, m'engage à vous demander votre avis sur un phénomène dont je viens d'être témoin. Fort amateur, dès l'enfance, de tout ce qui concerne l'oisellerie, j'ai voulu tenter quelques petites expériences, qui sont, comme vous savez, le seul moyen de propager la science: j'ai donc mis ensemble en cage un loriot et une chouette; à mon grand étonnement, ces deux oiseaux se sont accouplés: il en est venu deux œufs qui, ayant été couvés par la mère, ont produit, chose étrange! l'un un moineau à gros bec, et l'autre une pie. Le père, la mère et les enfans se portent à merveille et ne font qu'une même famille. Veuillez bien m'expliquer un événement aussi inattendu. Ne sachant point votre adresse, j'envoie ma lettre à M. Fournier, votre libraire, qui vous la fera passer.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.

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_Réponse._

Paris, le 19 décembre 1785.

Je reçois, monsieur, votre lettre. Le phénomène dont vous me parlez est en effet très extraordinaire; mais depuis que je me suis adonné à la connoissance des oiseaux, j'ai été témoin de tant de choses surprenantes que je suis moins étonné qu'un autre de tout ce qui peut arriver dans ce genre. Obligez-moi de suivre exactement cette expérience, et de m'en écrire en détail: observez surtout si les nouveaux nés ont des plumes de couleur tranchante à l'aile gauche, et si la pie fait plus de bruit aux approches du père qu'à celles de la mère: dans ce dernier cas, j'ose vous assurer à l'avance que vous ne la conserverez pas jusqu'au printemps.--Mille remercîments, monsieur, de la confiance que vous voulez bien me témoigner: elle me flatte beaucoup; je vous prie d'agréer les expressions de ma reconnoissance et de me croire bien sincèrement votre, etc.

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VIII

_A M. Chaumont, perruquier, rue des Poulies, à Paris._

(Caillot-Duval lui confie que des mésaventures amoureuses le forcent à commander une perruque et six toupets. Mais l'artiste prudent n'accepte que le septième de la commande. Et encore! Pas d'argent, pas de toupet!)

Nancy, le 13 décembre 1785.

C'est toujours avec une nouvelle admiration, mon cher monsieur, que je lis dans le Mercure, ce messager des dieux, ces découvertes merveilleuses qui doivent immortaliser notre siècle et l'élever au dessus de tous les siècles à venir: quant aux futurs vous me dispenserez d'en parler. Pour vous dire donc ce dont il s'agit, je vais entrer en matière, mais _motus, motus, motissimus!_

Je me vois forcé de vous avouer que, dans ma dernière campagne, j'ai passé quelques mois au quartier dans un bourg où la toile étoit à grand compte. Me trouvant un jour chez une jolie marchande, j'ai voulu en lever une demi-aune[28], mais ô ciel! je ne puis y penser sans frémir, j'ai reçu... le dirai-je? un coup de pied de Vénus, qui même (soit dit entre nous), a rué en vache. Cette cruelle atteinte a attaqué ma chevelure, jusques dans les racines les plus profondes; enfin, elle est tombée: trop jeune encore pour prendre perruque, je m'adresse à vous avec confiance. Vos merveilleux toupets peuvent seuls me rendre ma gloire première et mon premier état: veuillez bien m'en préparer six, et me prévenir quand ils seront faits. Cependant je me détermine à prendre, pour les dimanches, une perruque à bourse; mais il faut qu'elle soit faite à l'air de mon visage; et pour vous donner les plus grandes facilités, en voici la description: j'ai le front moins long que large, le nez vraiment romain, les yeux vifs, fort animés quand je suis en colère; la bouche vermeille, très ouverte quand je crie bien fort; les dents très blanches, la mâchoire entière, à l'exception d'une molaire dont je me suis séparé peu avant ma maladie. Cela doit suffire à un homme aussi éclairé que vous.--Ne me faites pas attendre votre réponse, et adressez la moi poste restante.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.

[28] Caillot-Duval place ici la facétie que lui avait écrite le 24 novembre M. de la Roche.

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_Réponse._

Paris, 24 décembre 1785.

Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire concernant le toupet que vous me demandé; je peut vous l'envoyer tel que vous le désirez il ne s'agit plus que de savoir si le prix vous conviendret.--J'ai l'honneur de vous prévenir auparavant de vous le faire tenir que je ne peut pas le faire à moins de 21 liv. y compris les batons de pomade attractive qui est de 3 liv. je vous observerai, monsieur, que je fais payer ici à Paris mes toupets 24 liv. et 30 liv. Je vous envoie cy joînt un model de votre front[29] que vous presenteray et que vous decouperay à l'air de votre visage dans votre gout envoyer la couleur de vos cheveux, dire si vous en avez face sur les tempes, et derrière, et autres observations, etc. Il faut commencer par un toupet avant d'en faire d'autre ne faisant point de perruques étant beaucoup plus difficiles à réussir éloigné et sans aucune mesure je vous prie de m'indiquer les personnes qui me remettront l'argent, et à qui je remettrai en même temps le toupet.--J'ai l'honneur d'être, etc.--CHAUM...

[29] Ce modèle était un morceau de papier coupé en rond.

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IX

_A M. Aubert, organiste à Nancy._[30]

[30] Cette lettre avait été envoyée à Paris pour être mise à la poste.

(Caillot-Duval lui demande des renseignements en termes si tendres pour Madame Aubert que le mari se croit obligé de défendre sa vertu).

Paris, le 19 décembre 1785.

Un de mes proches, qui arrive de Nancy, mon cher monsieur et bon ami (passez-moi cette expression familière, indice certain d'un cœur sans fard), m'a raconté à son déguêtré (notez qu'il est venu par le coche), une petite aventure qui vous est arrivée depuis peu; elle vous fait beaucoup d'honneur dans le public; mais je vous avoue qu'elle m'a paru si plaisante que je voudrois en savoir par vous même les détails. Je veux parler de ce chevalier de Saint-Louis qui est venu sans y être invité, partager votre rôti, avec vous et madame votre épouse. Je crains bien qu'elle ne m'ait oublié; je ne me rappelle jamais sans une douce émotion, les petits repas que nous avons pris ensemble sur le verd gazon; là couchés mollement sur des tapis de verdure, le gazouillement des eaux et le murmure des oiseaux nous rappelloient ces petites bucoliques du poëte Mantouan, qui s'est immortalisé par les beaux discours sentimentaux qu'il a mis dans la bouche de Tityre. Mais, hélas! (et heureusement pour vous) nous étions encore dans cet âge, où si le cœur parle, au moins est-il dans l'impossibilité d'agir.

J'ai passé le plus fort de ma jeunesse, c'est-à-dire jusqu'à douze ans à Nancy; je me rappelle toujours avec attendrissement ces lieux chéris, où je n'ai connu que l'innocence, où je me nourrissois des mets les plus frugaux, si ce n'est pendant les carnavaux, où je passois sans cesse de régaux en régaux: enfin, fixé dans la capitale, attaché indissolublement à un corps respectable, je profiterai de la première occasion pour voler dans vos climats, qui retentissent si mélodieusement sous les touches bruyantes, mais moëlleuses, que vos doigts nerveux, mais souples, agitent d'une manière non moins séduisante que relevée; je ne vous en dirai pas davantage, ce sera pour ma prochaine lettre. J'espère que notre correspondance n'en restera pas là.

Je compte que vous aurez la bonté de m'éclaircir au plus tôt le fait principal de cette lettre. J'ai fait un pari que votre réponse décidera.--J'ai l'honneur d'être avec attendrissement, mon cher monsieur et bon ami, votre, etc.--CAILLOT-DUVAL.

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_Réponse_

Nancy, le 24 décembre 1785.

J'ai reçu votre lettre du 19, monsieur, et je suis étonné qu'un évènement aussi simple ait pu se répandre jusques dans la capitale; c'est tout uniment un chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis qui est venu chez nous à l'heure du dîné, et s'est mis à table avec nous[31]. Je le croyois invité par mon épouse, et mon épouse le croyoit invité par moi: ce n'a été qu'au moment de sa sortie que nous avons pu nous expliquer, et que nous avons vu que nous ne le connoissions ni l'un ni l'autre. Quant à mon épouse, elle ne se souvient pas du tout de vous, ni des promenades que vous prétendez avoir fait autrefois avec elle. Je ne sais quel a été votre but en m'écrivant tous ces détails; mais sa réputation est trop bien établie pour qu'on puisse rien croire de fâcheux sur son compte, et si vous avez cru me donner de la jalousie, vous vous êtes trompé; je vous prie, par la suite, de me faire grâce de lettres pareilles, vous obligerez celui qui a l'honneur d'être, monsieur, votre, etc.--AUBERT.

[31] «Ce chevalier de Saint-Louis n'était autre que M. Fortia de Pilles», (dit Paul Lacroix dans _le Pays_ du 6 mai 1855). Je le cite sous toutes réserves; et pour cause. Voir la fin de l'Avant-propos.

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X

_A M. Berthelemot, confiseur, rue Vieille-Boucherie, no 6, à Paris_

(Conseils orthographiques, offre de poésies inédites pour bonbons, craintes manifestées au sujet des bonbons à bijoux et du bonbon d'amour. Le confiseur rassure Caillot-Duval et ne recule même pas devant les tragédies de son portefeuille «sucré». Le mot est heureux).

Nancy, le 11 janvier 1786.

Je ne vous cacherai pas, mon cher monsieur, que l'art de la confiturerie n'a jamais été porté si loin que de nos jours. Les sublimes découvertes dont vous enrichissez sans cesse cette partie si intéressante pour le palais, m'engagent à vous faire part de l'effet qu'a produit votre prospectus au cabinet littéraire de cette ville; mais comme je me pique aussi de réussir dans la partie littéraire de la sucrerie, je vais me permettre, à ce sujet, quelques réflexions que vous pardonnerez, à ce que j'espère, à un amateur zélé de tout ce qui concerne le pastillage, le papillotage (dont vous ne parlez pas) et le marronage.

D'abord, je vous avouerai franchement que je n'ai point l'honneur de connoître le _Minautore_, mais seulement le Minotaure et que le royaume de Crète ne s'écrit point comme une crête de coq. Dans les quatre bonbons de votre invention, le premier, dites-vous, amusera sans offenser, et divertira sans déplaire; ce ne sera pas là un grand miracle, et si le bonbon est nouveau, au moins son effet ne l'est-il pas; car s'il offense ou déplaît, il n'amusera, ni ne divertira.

Le bonbon d'Alger, qui rappellera un souvenir qui peut tourner au profit des malheureux, me feroit croire que son produit est destiné au soulagement des captifs; si cela est, je m'engage à en prendre jusqu'à la concurrence de trois livres de France, pour laquelle somme je compte en avoir au moins deux livres, le sucre étant fort diminué de prix depuis la paix. Pour que ce paquet m'arrive franc de port, vous pourrez le remettre à mon bon et respectable ami M. Barth, clerc de M. de la Reynière, avocat, place Louis-Quinze: comme nous avons un petit compte ensemble, il se fera un véritable plaisir de me faire cette légère avance. Vous me rendriez un service essentiel d'ajouter à ce petit envoi un recueil de vos devises, et une de vos pistaches à la portugaise que vous prétendez inimitables.

J'avois envoyé à M. Duval, rue des Lombards, un détail des différentes pièces qui composent mon porte-feuille sucré, telles que chansons, madrigaux, ballades, triolets, rondeaux, sonnets, élégies, idylles, stances, épigrammes; le tout en six langues. Je lui avois offert de plus deux tragédies, partagées en soixante-dix morceaux, et des airs de danses; il a accepté le tout pour l'année prochaine, ayant été, dit-il, prévenu trop tard pour celle-ci. Je vous avoue que j'ai de la peine à croire que les ouvrages, dans ce genre, de votre homme de lettres assez connu, soient comparables aux miens.

Votre idée de faire du Palais-Royal la capitale de Paris est assez heureuse: votre description du bonbon d'amour me fait craindre que vous n'y ayez inséré quelques ingrédiens propres à augmenter une passion déjà trop effrénée dans une jeunesse fougueuse.

J'ai vu avec admiration jusqu'où vous aviez poussé la confiturerie, vous l'avez étendue jusqu'aux chaînes d'or et aux bijoux; ils sont, dites-vous, renfermés dans de jolies surprises; j'ai été en effet très-surpris de cette nouvelle branche de commerce, inconnue jusqu'à ce jour dans les ateliers de vos confrères, dont le mécontentement éclatera tôt ou tard, malgré le plaisir que ces cadeaux font aux dames. Cette dernière phrase ne peut regarder que des concubines et des prostituées, et donneroit à penser que vous recevez indistinctement toutes sortes de personnes.

J'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.

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_Réponse_

Paris, 23 janvier 1786.

J'ai reçu, mon cher monsieur, l'honneur de la vôtre du 11 janvier, par laquelle je vois avec plaisir l'intérêt que vous prenez à l'art de la confiturerie, qui de tout temps a été portée au degré qu'elle exige; mais comme le palais augmente journellement de délicatesse, il est difficile d'enrichir cette partie au gré des amateurs.

Indistinctement me rappelez-vous l'effet qu'a produit mon prospectus au cabinet littéraire de votre ville j'ai tout lieu d'en être convaincu par la demande extraordinaire que vous me faites des objets y rappelés.

Je me permets un moment d'entretien sur les réflections obligeantes de votre zèle à retourner le pastillage, le papillotage et le marronage, que j'ai effectivement omis vu que cette partie est trop commune pour en faire un préambule.

Je ne m'étendrai point sur la décision du minotaure, qui à ce qui me paroît vous est plus connu que le minautore, je remet cette décision aux hommes de lettres ainsi que celle du royaume de Crète; je me bornerai seulement à vous satisfaire sur la délicatesse des objets que j'annonce en détruisant sans réflections vos soupçons sur mes quatre bonbons dont vous me parlez.

Le premier (ditte vous) n'amuse ni ne diverti, je le croit en effet pour de certaines personnes, mais du moins ne dégout-il point ceux qui en font usage.

Le second paroit vous être douteux à rappeller un souvenir au profit des malheureux captifs; si cela est (dite vous) vous vous engagerez formellement à en prendre jusqu'à la concurrence de 3 liv. de France; il paroit, mon cher monsieur, que vous êtes disposé à en rappeller un souvenir à tous vos amis, car pour le prix je pourrai vous en céder jusqu'à la concurrence d'une demi-livre.

Vous me demandez un recueille de mes devises ainsy que de mes pistaches portugaises que j'ai annoncées inimitable jusqua présent non par la forme, mais par la délicatesse, j'aurai soin de contenter vos desirs au moment du tirage de l'imprimeur.

J'espère que réciproquement vous voudrez bien me faire part des objets composant votre porte-feuille sucré, et surtout des deux tragédies partagées en soixante et dix morceaux, étant amateur d'en rapprocher le succès.

Nayez, s'il vous plait, aucune crainte sur mon bonbon d'amour, ce qui est renfermé naugmente nullement ni ne diminue la passion de la jeunesse, sa composition est aussi naturelle que sa forme.

Il paroit que vous avez été surpris sur la nouvelle branche de commerce d'étendre la confiturerie jusqu'aux chaînes de montres et bijoux d'or, inconnue, dites-vous, dans les atteliers de mes confrères; je ne connois aucun de mes confrères qui ait des atteliers; mais revenons à votre étonnement, cela ne doit pas vous paroitre plus extraordinaire que le genre dun homme de lettre qui forme ses réflections sur des objets qui lui sont inconnus.

Enfin, pour répondre à votre dernière phrase, vous ne devez point trouver ridicule que dans un magazin il y entre indistinctement toutes espèces de personnes sans que le marchand soit exposé au moindre soupçon, ainsy je me crois à l'abri de tout reproches à cet égard, voila mon cher monsieur à ce que jespère, de quoi contenter le desir de vos réflections pour ce moment, moffrant à vous satisfaire dans tous vos desirs avenir ayant l'honneur d'être très-parfaitement.--BERTHEL.....

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XI

_A M. Urbon, lieutenant-général de police, à Nancy_

(Caillot-Duval, travesti en père éploré, le prie de faire chercher sa fille, enlevée par un hussard. Le magistrat fait honneur à la requête sans se dissimuler sa bouffonnerie. C'est un mystifié du devoir).

Paris, le 15 janvier 1786.

Ah! mon cher monsieur, vous connoissez la force des sentimens paternels, jugez de ma douleur: j'ai perdu le soutien de ma vieillesse, ce fruit du plus tendre amour; ma fille, en un mot, dégénérant de la vertu de ses pères, s'est laissée prendre aux grossières amorces d'un enseigne de hussards de l'électeur palatin. Ce malheureux jeune homme, n'écoutant qu'une aveugle passion, a ravi cette fleur précieuse qui, une fois partie, ne revient plus; cet infâme, au mépris de ses sermens, vient de l'abandonner: j'en ai la preuve et je crois qu'elle s'est réfugiée dans votre ville. Veuillez bien, par vos recherches, rendre la vie à un père infortuné: je sens... je sens que j'ai des entrailles de père; qu'elle revienne à moi, je lui pardonne. Enfin, mon cher monsieur, je compte sur vos soins; vos yeux d'Argus auront bientôt pénétré le mystère, et porteront dans mon âme un baume consolateur.

Pour rendre vos recherches plus faciles, voici le signalement de ma chère fille: elle est plutôt brune que blonde, les sourcils presque noirs, les yeux grands et bien fendus, le nez retroussé, la bouche petite, les dents blanches et le menton pointu; les joues vermeilles, la main potelée, le bras dodu, la gorge bien placée, une taille de nymphe, le pied chinois, le genou très droit, chose que vous savez être très rare dans une femme. J'ai de fortes raisons de croire qu'elle est chez quelque marchande de modes et qu'elle a changé de nom.

Je me repose entièrement sur vous, qui êtes ma seule espérance, le vrai consolateur de la veuve et de l'orphelin, et la fleur des lieutenans-généraux de police de notre hémisphère.

Recevez, mon cher monsieur, les assurances des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.--CAILLOT-DUVAL.

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_Réponse_

Nancy, le 29 janvier 1786.