Chapter 14
Un appel qui semble déjà se concrétiser avec l’Encyclopedia of Life, nouveau «compendium» dont le projet débute en mai 2007. Cette vaste encyclopédie collaborative en ligne rassemblera les connaissances sur toutes les espèces animales et végétales connues (1,8 million), y compris les espèces en voie d’extinction, avec l’ajout de nouvelles espèces au fur et à mesure de leur identification (il en existerait de 8 à 10 millions). Il s’agira d’une encyclopédie multimédia permettant de ressembler textes, photos, cartes, bandes sonores et vidéos, avec une page web par espèce, et permettant aussi d’offrir un portail unique à des millions de documents épars, en ligne et hors ligne. Outil d’apprentissage et d’enseignement pour une meilleure connaissance de notre planète, cette encyclopédie sera à destination de tous: scientifiques, enseignants, étudiants, scolaires, médias, décideurs et grand public.
Ce projet collaboratif est mené par plusieurs grandes institutions (Field Museum of Natural History, Harvard University, Marine Biological Laboratory, Missouri Botanical Garden, Smithsonian Institution, Biodiversity Heritage Library). Son directeur honoraire est Edward Wilson, professeur émérite à l’Université de Harvard, qui, dans un essai daté de 2002, est le premier à émettre le voeu d’une telle encyclopédie. Cinq ans après, en 2007, c'est chose désormais possible grâce aux avancées technologiques de ces dernières années, notamment les outils logiciels permettant l’agrégation de contenu, le mash-up (à savoir le fait de rassembler un contenu donné à partir de très nombreuses sources différentes), les wikis de grande taille et la gestion de contenu à vaste échelle. Consortium des dix plus grandes bibliothèques des sciences de la vie (d’autres suivront), la Biodiversity Heritage Library a d’ores et déjà débuté la numérisation de 2 millions de documents, dont les dates de publication s’étalent sur 200 ans. En mai 2007, date du lancement officiel du projet, on compte déjà 1,25 million de pages traitées dans les centres de numérisation de Londres, Boston et Washington DC, et disponibles sur le site de l’Internet Archive.
Le financement initial est assuré par la MacArthur Foundation (10 millions de dollars) et la Sloan Foundation (2,5 millions de dollars). 100 millions de dollars US sont nécessaires pour un financement sur dix ans, avant que l'encyclopédie ne puisse s'autofinancer. La réalisation des pages web débute courant 2007. L’encyclopédie fait ses débuts à la mi-2008. Opérationnelle d'ici trois à cinq ans, elle devrait être complète - c'est-à-dire à jour - dans dix ans.
Dans la lignée du Human Genome Project (Séquencage du génome humain), publié pour la première fois en février 2001 et appartenant d'emblée au domaine public, l’Encyclopedia of Life permettra non seulement de rassembler toutes les connaissances disponibles à ce jour sur les espèces animales et végétales, mais elle sera aussi un «macroscope» permettant de déceler les grandes tendances à partir d’un stock considérable d’informations, à la différence du microscope qui permet l’étude du détail. En plus de sa flexibilité et de sa diversité, elle permettra à chacun de contribuer au contenu sous une forme s’apparentant au wiki, ce contenu étant ensuite validé ou non par des scientifiques. La version initiale sera d’abord en anglais avant d’être traduite en plusieurs langues par de futurs organismes partenaires.
= Dictionnaires de langues
Des dictionnaires de langues sont en accès libre dès les débuts du web. Souvent sommaires et de qualité inégale, ils sont répertoriés dans Travlang, un site consacré aux voyages et aux langues créé en 1994 par Michael M. Martin.
Fondé en 1979 à Modène (Italie) par Rodrigo Vergara, Logos est une société de traduction offrant des services dans 35 langues en 1997, avec un réseau de 300 traducteurs dans le monde. Initiative peu courante à l’époque, Logos décide de mettre tous ses outils professionnels en accès libre sur le web. Dans un entretien publié dans le quotidien Le Monde du 7 décembre 1997, Rodrigo Vergara relate: «Nous voulions que nos traducteurs aient tous accès aux mêmes outils de traduction. Nous les avons donc mis à leur disposition sur internet, et tant qu’à faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus très populaires, nous a fait beaucoup de publicité. L’opération a drainé vers nous de nombreux clients, mais aussi nous a permis d’étoffer notre réseau de traducteurs grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative.»
Les outils de traduction disponibles sur le web comprennent un dictionnaire multilingue de 7,5 millions d’entrées (Logos Dictionary), une base de données de 553 glossaires (Linguistic Resources), des tables de conjugaison en 17 langues (Conjugation of Verbs), et enfin la Wordtheque, une base de données multilingue de 328 millions de termes issus de traductions de romans et de documents techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, mot, auteur ou titre. En 2007, la Wordtheque, devenue la Logos Library, comprend 710 millions de termes. Conjugation of Verbs, devenu l’Universal Conjugator, propose des tableaux de conjugaison dans 36 langues. Linguistic Resources offre un point d’accès unique pour 1 215 glossaires.
Au début des années 2000, des dictionnaires bilingues et multilingues de qualité sont progressivement mis en ligne par des organismes de renom, par exemple la base Eurodicautom de la Commission européenne, ou encore Le Signet et le Grand dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française (OQLF), tous trois en accès libre et gratuit.
Géré par le service de traduction de la Commission européenne, Eurodicautom est un dictionnaire multilingue de termes économiques, scientifiques, techniques et juridiques, avec une moyenne de 120.000 consultations quotidiennes. Il permet de combiner entre elles les onze langues officielles de l’Union européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec, hollandais, italien, portugais, suédois), ainsi que le latin. Fin 2003, Eurodicautom annonce son intégration dans une base terminologique plus vaste regroupant les bases de plusieurs institutions de l’Union européenne. Cette nouvelle base traiterait non plus douze langues, mais une vingtaine, puisque l’Union européenne s’élargit à l’Est et passe de 15 à 25 membres en mai 2004, pour atteindre 27 membres en janvier 2007. Cette base terminologique voit le jour en mars 2007, sous le nom de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), avec 1,4 million d’entrées dans 24 langues.
Géré par l’Office québécois de la langue française (OQLF), Le Signet propose 10.000 fiches bilingues français-anglais dans le domaine des technologies de l’information. Quant au Grand dictionnaire terminologique (GDT), il est mis en ligne en septembre 2000. Il s’agit d’un vaste dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de termes du vocabulaire industriel, scientifique et commercial, qui représente l’équivalent de 3.000 ouvrages de référence imprimés. Sa mise en ligne est le résultat d’un partenariat entre l’OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques. Evénement célébré par de nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succès. Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec des pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la base est ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l’OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire.
Par ailleurs, des moteurs spécifiques permettent la recherche simultanée dans plusieurs centaines de dictionnaires. Pour ne prendre qu’un exemple, le site OneLook, créé par Robert Ware, puise dans près de 9 millions de termes provenant de 936 dictionnaires généralistes et spécialisés (chiffres d’avril 2007).
Des équipes de linguistes gèrent aussi des répertoires de dictionnaires, par exemple Dictionnaires électroniques et yourDictionary.com.
Maintenu par la section française des services linguistiques centraux de la Chancellerie fédérale suisse, Dictionnaires électroniques est un excellent répertoire de dictionnaires monolingues (français, allemand, italien, anglais, espagnol), bilingues et multilingues en accès libre sur le web. Ce répertoire est complété par des listes d’abréviations et d'acronymes et par des répertoires géographiques, essentiellement des atlas. Marcel Grangier, responsable de la section française des services linguistiques, précise en janvier 2000: «Les Dictionnaires électroniques ne sont qu’une partie de l’ensemble, et d’autres secteurs documentaires ont trait à l’administration, au droit, à la langue française, etc., sans parler des informations générales. (...) Conçu d’abord comme un service intranet, notre site web se veut en premier lieu au service des traducteurs opérant en Suisse, qui souvent travaillent sur la même matière que les traducteurs de l’Administration fédérale, mais également, par certaines rubriques, au service de n’importe quel autre traducteur où qu’il se trouve. (...) Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible. Au-delà de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de la presse électronique, activités de services au profit de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable d’informations dans ce que j’appellerais le "secteur non structuré" de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu’aucun site comportant de l’information organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chaînon manquant quelque part sur le réseau.»
Réputé lui aussi pour sa qualité, yourDictionary.com est cofondé par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site - A Web of Online Dictionaries - créé dès 1995. En septembre 2003, yourDictionary.com répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300 langues. Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le site propose une section spécifique - Endangered Language Repository - consacrée aux langues menacées d’extinction.
Publiée par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics), l’encyclopédie Ethnologue : Languages of the World existe à la fois en version web (gratuite), sur CD-Rom (payant) et en version imprimée (payante). Barbara Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e éditions), relate en janvier 2000: «Il s’agit d’un catalogue des langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres termes utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d’autres informations socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues.» En avril 2007, cette encyclopédie répertorie 6.912 langues selon plusieurs critères (pays, nom de la langue, code de la langue attribué par le SIL, famille de langues), avec moteur de recherche.
= Annuaires et portails
Le premier annuaire internet francophone est lancé par l’UREC (Unité réseaux du CNRS). Créé dès janvier 1994, cet annuaire recense d’abord les sites académiques avant d’offrir un contenu plus généraliste. Il permet aux usagers francophones de se familiariser avec le web sans se noyer dans la masse d’informations mondiale. Trois ans plus tard, la gestion de l’annuaire devient difficile du fait du nombre exponentiel de sites web, notamment de sites commerciaux. De plus, d'autres annuaires voient le jour dans l'intervalle, dont certains débutés avec l’aide de l’UREC. En juillet 1997, considérant que sa mission est accomplie, l’UREC arrête la mise à jour de cet annuaire généraliste. L’annuaire retourne à sa vocation première, à savoir un annuaire spécialisé consacré à l’enseignement supérieur et la recherche.
Patrick Rebollar est professeur de littérature française et d’informatique dans des universités japonaises. Dès 1987, il utilise l’ordinateur pour ses activités d’enseignement et de recherche. En 1994, il voit apparaître l’internet «dans le champ culturel et linguistique francophone». En 1996, il débute un site web de recherches et activités littéraires. Son site inclut une Chronologie littéraire 1848-1914 organisée par année. Une série de liens mène au texte intégral des oeuvres publiées cette année-là, avec des notes historiques, politiques, sociales, scientifiques, techniques et médicales, et des informations sur le monde littéraire de l’époque.
En juillet 1998, Patrick Rebollar raconte: «Pour la Chronologie littéraire, cela a commencé dans les premières semaines de 1997, en préparant un cours sur le roman fin de siècle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m’aperçus d’une part que les diverses chronologies trouvées apportaient des informations complémentaires les unes des autres, et d’autre part que les quelques documents littéraires alors présents sur le web n’étaient pas présentés de façon chronologique, mais toujours alphabétique. Je fis donc un document unique qui contenait toutes les années de 1848 à 1914, et l’augmentais progressivement. Jusqu’à une taille gênante pour le chargement, et je décidai alors, fin 1997, de le scinder en faisant un document pour chaque année. Dès le début, je l’ai utilisé avec mes étudiants, sur papier ou sur écran. Je sais qu’ils continuent de s’en servir, bien qu’ils ne suivent plus mon cours. J’ai reçu pas mal de courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres activités web que j’ai développées.»
Une autre activité web de Patrick Rebollar est la gestion de ses Signets, un répertoire très complet des sites francophones littéraires: littérature et recherche (normes et règles, bibliothèques et éditeurs, bibliographies), revues littéraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littéraire, documents littéraires par thème et par auteur (Malraux, Sarraute, Camus, Gracq, Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littéraires, poésie, bandes dessinées, etc. Quelle est l’origine de ces Signets? Patrick Rebollar relate en juillet 1998: «Animant des formations d’enseignants à l’Institut franco-japonais de Tokyo, je voyais d’un mauvais œil d’imprimer régulièrement des adresses pour demander aux gens de les recopier. J’ai donc commencé par des petits documents rassemblant les quelques adresses web à utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers la fin 1996. Quelques mois plus tard, je décidai de créer les sections finales de nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon étaient fondues dans les catégories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois.»
Une Autre Terre, portail de science-fiction, débute en novembre 1996. Fabrice Lhomme, son créateur, raconte en juin 1998: «J’ai commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l’époque et quelques critiques. Rapidement, j’ai mis en place les forums à l’aide d’un logiciel "maison" qui sert également sur d’autres actuellement. (...) Ensuite, le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c’est la participation de plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j’avais tout fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je reçois régulièrement des critiques réalisées par d’autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais une fois qu’il y en a eu un certain nombre, j’ai commencé à en recevoir régulièrement (effet d’entraînement). Actuellement, j’ai toutes les raisons d’être satisfait car mon site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui me ravit. Concernant les perspectives d’avenir, j’envisage pour très bientôt d’ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d’occasion à vendre avec l’ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement, j’ouvrirai aussi une rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes de visiteurs en ce sens. (...) Si l’activité de vente de livres d’occasion se montre prometteuse, il est possible que j’en fasse une activité professionnelle sous la forme d’une micro-entreprise.»
Le Club des poètes est un site de poésie francophone qui souhaite la «bienvenue en territoire de poésie de la France au Chili, de Villon jusqu’à de jeunes poètes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la poésie de tous les temps et de tous les pays». Son webmestre, Blaise Rosnay, relate les débuts du site en juin 1998: «Le site du Club des Poètes a été créé en 1996, il s’est enrichi de nombreuses rubriques au cours des années et il est mis à jour deux fois par semaine. L’internet nous permet de communiquer rapidement avec les poètes du monde entier, de nous transmettre des articles et poèmes pour notre revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhérents de notre association. Par ailleurs, nous avons organisé des travaux en commun, en particulier dans le domaine de la traduction. Nos projets pour notre site sont d’y mettre encore et toujours plus de poésie. Ajouter encore des enregistrements sonores de poésie dite, ainsi que des vidéos de spectacles.»
Poésie française propose pour sa part un choix de poèmes allant de la Renaissance au début du 20e siècle. Claire Le Parco, de la société Webnet, raconte à la même date: «Nous avons créé ce site lors de la création de notre société, spécialisée dans la réalisation de sites internet et intranet. Nous sommes des informaticiens qui aimons la poésie, et nous avions envie de montrer que poésie et internet pouvaient faire bon ménage!»
Isabelle Aveline est d’abord libraire puis journaliste avant de se lancer dans la conception de sites internet et intranet. En juin 1996, elle fonde Zazieweb, un site indépendant conçu pour tous les amoureux du livre, professionnels et amateurs. Selon ses propres mots, «le site Zazieweb débarque sur la toile dans un no man’s land littéraire». Le succès est immédiat. A l'époque, Zazieweb se présente comme une revue en ligne permettant de suivre l’actualité du livre sur le réseau, avec un graphisme d’Olivier Cornu. On y trouve un éditorial, une rubrique d’actualité, un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et un self-service multimédia.
Puis le site évolue. Sur une nouvelle mouture du site, Isabelle Aveline explique: «Zazieweb est un site World Wide Web professionnel et grand public indépendant, spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs... et grand public de culture "livre". Conçu comme une librairie virtuelle, un espace de documentation, d’orientation et de ressources pour un public de culture "papier" s’intéressant à internet, il se situe aux frontières de l’écrit et de l’édition électronique. L’originalité du traitement des rubriques par rapport à un média papier étant évidemment de "mailler" l’information avec un site sur internet. C’est donc un site "passerelle" vers internet pour un public curieux et désorienté, avide de connaître ce qui se passe "de l’autre côté de l’écran".»
Quelques années plus tard, Zazieweb est un portail offrant de multiples services. Un annuaire recense 5.000 sites littéraires. Zazieweb offre aussi «des espaces d’échanges et de rencontres pour lecteurs communicants et actifs», avec la possibilité pour chacun de poster des nouvelles et des commentaires. Y participe une communauté active de plus de 10.000 membres appelés e-lecteurs. «Qu’est-ce qu’un e-lecteur? Un e-lecteur est un lecteur actif et communicant qui souhaite échanger, discuter, polémiquer avec d’autres lecteurs. Des espaces et services lui sont dédiés sur Zazieweb, sur le mode interactif du web ! Zazieweb se présente comme une interface média qui reconstruit, réinvente les relations entre les gens, entre les textes, entre toutes ces articulations possibles qui existent entre les personnes et les livres.»
8.2. Bases textuelles
= Quelques exemples
Le web favorise la création et la consultation de bases textuelles. Le laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française) gère plusieurs bases textuelles payantes, par exemple Frantext, un corpus à dominante littéraire de textes français (16e-20e), ou encore l’Encyclopédie de Diderot, réalisée en collaboration avec le programme ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language) de l’Université de Chicago. En accès libre, la section «Dictionnaires» de l’ATILF est une collection de dictionnaires informatisés comprenant les dictionnaires de Robert Estienne (1552), Jean Nicot (1606) et Pierre Bayle (1740), plusieurs éditions des dictionnaires de l’Académie française (1694, 1798, 1835, 1932-1935, 1992) et enfin le Trésor de la langue française informatisé (TLFi, 1971-1994).
Débutée en 1995 par l’Institut national de la langue française (INaLF, remplacé par le laboratoire ATILF en janvier 2001), la base Frantext, en accès payant, comprend en janvier 1998 180 millions de mots-occurrences résultant du traitement informatique de 3.500 unités textuelles en arts, sciences et techniques, une collection représentative couvrant cinq siècles (16e-20e). 82 centres de recherche et bibliothèques universitaires d'Europe, d'Australie, du Japon et du Canada y sont abonnés, ce qui représente 1.250 postes de travail, avec une cinquantaine d’interrogations de la base par jour.
L’ARTFL est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche scientifique, France) et de l’Université de Chicago (Illinois, Etats-Unis). L’ARTFL propose notamment une version en ligne exhaustive de la première édition (1751-1772) de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des métiers et des arts de Diderot et d’Alembert. 72.000 articles rédigés par plus de 140 collaborateurs (dont Voltaire, Rousseau, Marmontel, d’Holbach, Turgot, etc.) font de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence, avec 17 volumes de texte, 11 volumes de planches, 18.000 pages et 20,8 millions de mots. Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l’époque, elle porte la marque des courants intellectuels et sociaux du Siècle des Lumières, dont elle aide à propager les idées.
En 1998, la base de données correspondant au premier volume est accessible sur le web en démonstration libre, à titre expérimental. La recherche est possible par mot, portion de texte, auteur ou catégorie, ou en combinant ces critères entre eux. On dispose de renvois d’un article à l’autre, et de liens permettant d’aller d’une planche au texte, ou d’aller du texte au fac-similé des pages originales. Il reste encore à corriger les erreurs typographiques et les erreurs d’identification dues à l’automatisation complète des procédures de saisie. Il reste aussi à compléter la recherche textuelle par la recherche d’images, envisagée par mot, portion de texte (légende) et catégorie. C'est chose faite dans les années qui suivent.
L’ARTFL propose également les versions en ligne du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935), de l’édition illustrée du Dictionnaire historique et critique de Philippe Bayle (1740), du Thresor de la langue française de Jean Nicot (1606), etc.