Part 16
Pour assurer la paix qu'elles souhaitent, il est indispensable que les femmes aient le droit de régler les affaires extérieures, parce que tant qu'elles sont dépourvues d'autorité politique elles ne peuvent avoir d'influence sur les esprits et le dressage moral de la nation leur échappe. Mais dès qu'elles collaboreront à l'œuvre sociale, en votant et légiférant, leur volonté pacificatrice s'emploiera à supprimer les causes de querelles nationales et internationales, dont le sexe masculin est l'instigateur.
Les femmes étant les plus précieux auxiliaires pour réaliser l'entente humaine, on ne devrait pas plus pouvoir usurper le droit du sexe féminin que pouvoir s'approprier le pays des autres.
Les Françaises sont très patriotes, mais elles n'ont point de patrie. Les femmes nées en France de parents français, sont des sans-patrie, non à la manière internationaliste faisant disparaître les frontières sous les fraternelles étreintes des peuples. C'est légalement que les femmes sont des sans-patrie.
Dans leur pays, chez elles, les Françaises sont moins que des Anglais ou des Allemands naturalisés.
Les _Hervéistes_[23] sont électeurs et éligibles. Ils peuvent enlever à la France le moyen de se défendre. Mais les femmes patriotes ne sont pas admises à jeter dans l'urne des bulletins de vote qui contrebalanceraient, annuleraient ceux des _patricides_.
[23] Leur chef a depuis reconnu son erreur et a fait une campagne patriotique ardente; ses adeptes, éclairés eux aussi, sont morts en héros sur nos champs de bataille.
Ce ne sera qu'en devenant citoyennes que les Françaises s'assureront le droit d'avoir une patrie.
En ne votant pas, en restant des impotentes et des muettes aussi incapables d'aider les autres que de s'aider elles-mêmes, les femmes empêchent d'accroître, avec l'autorité de la France, le bien-être de ses habitants.
Pendant que les Françaises n'exercent pas leurs droits politiques, les déchus de tous les pays passent par-dessus leur tête, acquièrent le titre et la qualité de citoyen qu'en raison d'une législation baroque les natives de France ne sont pas admises à posséder.
Ceux qui crient la France aux Français n'entendent pas que la France soit aux Françaises.
Au lieu de chercher à exhausser la France, en faisant de cette patrie des hommes, la patrie des hommes et des femmes, en centuplant par la collaboration de tous ses habitants la puissance d'irradiation du pays flambeau de l'humanité, ceux qui se qualifient patriotes souffrent que la France soit rapetissée par l'annulement féminin et dépouillée du concours intellectuel de vingt millions de femmes.
La France amputée des femmes n'est qu'une demi-France. Quand augmentera-t-on la patrie en la faisant cesser d'être un clan restreint au sexe masculin? Est-il logique que l'étranger qui adopte la France pour patrie la gouverne, alors que ses filles n'ont le droit d'y décider de rien?
XXXI
Le désarmement des hommes amènera le désarmement des peuples
«_Parmi les progrès de l'esprit humain les plus importants pour le bonheur général, nous devons compter, l'entière destruction des préjugés, qui ont établi entre les deux sexes une inégalité de droits funeste à celui même qu'elle favorisera._
«_Cette inégalité n'a eu d'autre origine que l'abus de la force._»
CONDORCET
La cruauté qui porte la multitude à s'entre-dévorer, la délectation que chacun éprouve à se mutuellement nuire, calomnier, trahir a pour cause la rage humaine, décèle l'exacerbation du malaise domestique, révèle ce que nous crions depuis des années: c'est que, si la dissension est en la société, c'est qu'elle existe au foyer. Si la guerre est entre les individus et les nations, c'est parce qu'elle existe entre les sexes. Que l'on désarme l'homme en élevant la femme victime, au niveau de son persécuteur et avec les motifs de discorde, les querelles disparaîtront, les humains s'adouciront. Le foyer domestique est le creuset où l'on peut, à son gré, couler en miel ou en fiel les individus.
L'enfant de la tourmente et de l'animosité naît haineux. Il a dans le sang des ferments mauvais et, dès que ses oreilles entendent, c'est pour ouïr les rugissements des fauves bipèdes; dès que ses yeux s'ouvrent, c'est pour voir les luttes du milieu familial!
L'atavisme et l'imitation le poussent à user à son tour de brutalité. De sorte que l'animosité ne s'isole pas au foyer, elle se répand à l'extérieur, on la respire dans la rue; c'est comme une grippe morale que tout le monde attrape. Cette haine permanente est devenue si inquiétante que les esprits les plus opposés se rencontrent pour proposer le désarmement primordial, le démantèlement de la place de guerre maritale.
En même temps que les uns conseillent de rendre la maison habitable, d'y faire entrer de l'air et du jour parce que «la femme opprimée, humiliée, dégradée, étouffe dans la prison morne et que le mariage ne doit pas être une cellule de forçats, un cabanon de fous furieux», les autres prophétisent que, quand la haine aura disparu du foyer domestique par l'émancipation totale de la femme, elle disparaîtra bien vite du milieu des nations. Entre hommes et femmes il n'y a que des relations de maîtres à esclaves. L'idée n'est pas encore venue à l'homme de trouver dans le mariage «l'âme loyale» dont, toute sa vie, il poursuit la recherche en dehors du mariage.
Mais, l'épouse-servante que le mari s'obstine à regarder de l'œil méprisant du maître à vie, a des retours offensifs de bête blessée et de terribles chocs, où sont utilisés le fer et le poison, résultant du contact des enchaînés antipathiques. C'est l'incessant combat en l'enfer conjugal, qui engendre les guerres, civiles et étrangères.
Toutes tentatives de conciliation entre les individus et les nations échoueront tant que ne sera pas réglée la condition des sexes, dont les dissensions étayent la discorde universelle.
Et il faut que cette situation de sexes soit légalement établie, pour devenir coutumière, car, bien mieux que l'invitation, la force de la loi opère la transformation des esprits, le redressement des mœurs.
Comment obtenir une loi équitable, différente de celle d'aujourd'hui, où les hommes courtois se sont dégagés des responsabilités et se sont assurés toutes sortes de garanties contre de faibles petites femmes écrasées par le poids des fautes masculines?
On obtiendra une loi équitable, en chargeant les deux parties qui sont assujetties à cette loi--les hommes et les femmes--de la faire.
Actuellement, c'est parce que la législation est exclusivement masculine que les intérêts de la femme ne sont pas sauvegardés et que l'homme use envers celle-ci de tant de mauvais procédés.
Le mari croit que son rôle comporte la brutalité. Il s'imagine qu'il est dans ses attributions de crier, de menacer, de frapper. Son parti pris de trouver répréhensibles les actes les plus simples, épouvante la sincérité et fait se dissimuler, ainsi que l'oiseau durant l'orage, la franchise féminine pendant les scènes.
C'est en s'exerçant sur les femmes que la barbarie s'est perpétuée, en notre siècle civilisé.
Les cruautés commises envers elles, sont si fréquentes, qu'on les note en faits-divers, où tous les jours, en frissonnant, on peut lire: qu'un mari a ouvert le crâne de sa femme en lui cassant un balai sur la tête, qu'un autre a éventré la sienne à coups de canne à épée, que celui-ci, après une discussion futile, a frappé sa compagne de coups de poing et de pied, lui a enlevé un œil, arraché le nez.
En faisant l'autopsie des femmes victimes de brutalités maritales, on trouve parfois des tessons de bouteilles et d'assiettes, dans leurs plaies. Cela prouve que tous les objets que les maris assassins ont sous la main leur servent de projectiles.
Sur le simple soupçon d'être trompé, un homme se fait un point d'honneur d'exterminer son épouse. Tout le monde l'approuve, et, s'il va devant les juges, ce n'est qu'afin d'être absous.
Cette tolérance de tuer la femme donnée au mari par l'article 324 du Code pénal s'est tout naturellement propagée hors du mariage. Les amants croient qu'ils ont le droit d'agir ainsi que les maris. Aussitôt que leur compagne, qu'ils se font un jeu d'abandonner, parle de cesser la vie commune, ils courent sur elle le couteau à la main.
On décore du nom de crime passionnel, leur sauvage agression, et il leur suffit de dire «J'étais jaloux!» pour être acquittés.
Les peines dérisoires infligées aux amants et aux maris assassins permettent aux hommes de penser qu'ils ont le droit de vie et de mort sur les femmes.
Le sexe féminin ne serait point autant victime de violences, s'il ne se laissait pas tout de suite terroriser pas le sexe masculin.
Un jour un gros propriétaire, point méchant, mais qui, élevé à l'école de la brutalité, se croyait obligé de continuer son père, menaça sa femme de la battre. Déjà il avait sur elle la main levée quand, au lieu de s'effrayer, celle-ci saisit courageusement une forte canne et en donna de violents coups à son mari stupéfait. La leçon fut bonne; plus jamais le battu ne parla de battre.
On croit généralement que la brutalité masculine ne s'exerce que parmi les ouvriers. C'est une erreur. Des comtes, des marquis, des ministres autant que des charretiers injurient et frappent leurs femmes. Ils leur enfoncent à coup de talons de bottes, comme à la vicomtesse de T... leurs peignes dans la tête. Ils tirent dessus ainsi que sur des chiens enragés. Les divorces des riches ont très souvent pour cause les sévices du mari.
Quiconque n'a point pour les brutalisées de suprêmes apitoiements, n'a pas entendu, dans le silence de la nuit, les hurlements féroces d'un homme que la colère a rendu fou et, en même temps que les plaintes étranglées et les râlements de sa victime, les coups sourds semblables à ceux d'une porte que l'on brise, produits par un mari qui casse les reins à sa femme.
Les suppliciées qui ne succombent pas cachent leurs blessures. Elles étanchent loin des regards le sang de leurs plaies, attribuant à la maladie, l'obligation où elles sont de garder trois semaines le lit, après chaque accès de fureur maritale. Si le chirurgien vient réparer leurs membres brisés, elles affirment qu'elles ont été victimes d'un accident.
Quand on est trop chargée d'enfants, pour pouvoir divorcer, à quoi bon se plaindre?
Le nombre est grand des malheureuses mariées, ou non, qui vivent avec la pointe d'un couteau sur le sein gauche ou le canon d'un revolver sur le front. Tôt ou tard le couteau s'enfonce, l'arme part. Il n'est point de jours, où en France, un homme ne poignarde ou n'abatte à coups de pistolet une femme.
On conçoit les transes de ces condamnées qui se meuvent dans la vie en éprouvant toutes les affres de la mort. Valides, elles ne peuvent se soustraire à leur agonie, car, si elles essayent d'y échapper, elles avancent leur dernière heure. D'ailleurs, où iraient-elles? Elles portent avec elles la terreur qui fait se refroidir les cœurs et se fermer les portes. On ne veut point, pour les protéger, être sujet à représailles. La peur qui rend lâche, laisse les martyres à la merci de leurs bourreaux.
La férocité envers les femmes stimule en l'humanité les instincts sanguinaires et rend sauvages les foules.
Pour les motifs les plus futiles, les humains finiraient par mutuellement s'exterminer, si l'on ne mettait un frein à la cruauté envers la femme, qui engendre toutes les autres cruautés et fait de l'homme un fauve pour ses semblables.
Puisque les députés ne se préoccupent point d'assurer la sécurité des femmes, qu'ils leur donnent le pouvoir de se protéger elles-mêmes en faisant des lois qui leur permettent d'opposer le droit à la force brutale, de frapper sans pitié ceux qui se font un jeu de les tuer. La loi équitable ramènera l'homme, qui sait avoir quand il le veut tant de circonspection, à être après le mariage, pour l'associée qu'il a intérêt à conserver, ce qu'il était avant les noces pour la fiancée qu'il s'agissait de conquérir.
Devant son égale, l'homme réprimera la férocité que la loi a développée en lui et du loyer pacifié sortiront des êtres doux qui feront succéder à la discorde l'entente et l'harmonie.
La passion des hommes pour les querelles et les batailles ne sera maîtrisée que par la femme ayant le pouvoir d'opposer à l'emportement masculin sa douceur native, sa volonté pacificatrice.
Puisque la justice envers les femmes procurera l'apaisement entre les individus et entre les peuples, pourquoi les Français sont-ils assez ennemis d'eux-mêmes pour en ajourner l'avènement? Et pour pouvoir se conserver, le mariage devra faire s'asseoir égaux l'époux et l'épouse au foyer conjugal.
Au moment où la loi a consacré l'autorité maritale, tout découlait du principe d'autorité, tout y remontait; tandis qu'aujourd'hui ce principe a été partout culbuté. Dans l'Etat, il n'y a plus qu'une autorité temporaire, que le peuple à son gré octroie. Dans la famille, le petit enfant a plus d'autorité que l'ancêtre.
Sur l'amoncellement des sceptres brisés, le mari ne peut cependant pas avoir la prétention de tenir haut le sien et ainsi d'échapper à l'universelle destruction des choses usées.
Avant qu'on ne l'ait éloquemment proclamé, tous ceux qui connaissent la femme, savaient qu'elle était dans ses différentes conditions sociales, malheureuse. Personne n'ignore que l'hétaïre a des nausées, que l'épouse, souvent, de s'être mariée, se mord les doigts, que la célibataire, morte-vivante, aspire à l'anéantissement libérateur.
Toutefois, il faut reconnaître, que, si la femme est malheureuse, l'homme ne trouve guère, lui non plus, le bonheur sur la terre où, chacun étant comme muré, il est impossible à l'être humain de satisfaire le plus impérieux de ses instincts, celui de la sociabilité.
Avant que Guy de Maupassant n'ait jeté ce cri désespéré: «L'être moral de chacun de nous, reste éternellement seul par la vie!» Flaubert avait constaté qu'on ne se rencontre qu'en se heurtant et que chacun portant dans ses mains ses entrailles déchirées «accuse l'autre qui ramasse les siennes!»
La souffrance morale qui nous enveloppe tous, résulte surtout de malentendus. Elle pourrait être supprimée. Mais, quand les Français, qui s'efforcent en tant de choses vaines, s'occuperont-ils de substituer dans les relations humaines la franchise à l'hypocrisie, la liberté à la compression, en changeant avec une législation anti-naturelle, des mœurs qui oppriment les faibles, et empêchent les femmes instigatrices de tout bien-être, d'édifier le bonheur dans la société?
La civilisation, ce grattage de la rugosité barbare qui a pour résultat la mise à vif de l'épiderme moral, rend les rapports humains déjà difficiles.
Plus les êtres sont délicats et sensibles, plus ils ont besoin de s'adapter au milieu social ne les meurtrissant pas, et de prévenir les heurts individuels.
Or, après avoir élevé l'homme et la femme très différemment et armé légalement, celui-ci contre celle-là, on les unit ou plutôt on les projette l'un contre l'autre. Le choc est violent, la lutte est courte. D'un tour de main l'homme terrasse la femme et lui dit: «Maintenant, obéis!»
Les individus les plus ignares, en venant de se marier, sont «de mauvaises bêtes dressées à terroriser les autres»; dressées non par l'éducation, par la loi qui leur dit: «Tu es tout, la femme n'est rien. Elle a le devoir de t'obéir comme à un maître, tu as le droit de la tuer comme un chien!»
Comment veut-on, que le mari ainsi stylé ait de bons procédés envers sa compagne! Ne serait-ce pas bien plus naturel que la loi dise à l'homme: «Ton épouse et toi, vous êtes devant moi, égaux. Votre devoir est de vous aimer, mutuellement, beaucoup et de vous rendre heureux le plus possible».
Le mariage est un coupe-gorge où très légalement l'homme dépouille sa femme de son argent et de sa part de bonheur.
Pour que la loi soit équitable et impartiale pour toute l'espèce humaine, il faut qu'elle soit faite par toute l'espèce humaine, par la femme comme par l'homme; alors, au lieu d'être impitoyable elle aura la douceur des lisières dont les mères se servent pour prévenir les faux pas des enfants.
XXXII
Le vote des femmes à l'étranger
Amérique du Nord (105.000.000 habitants, 44.639.189 femmes).
Depuis 1869, les femmes jouissent de leurs droits politiques dans l'Etat de Wyoming. «Relativement au suffrage féminin, dit un gouverneur de cet Etat, une once d'expérience vaut une tonne de conjectures. Or l'application par notre constitution de notre système de suffrage égal accordé aux deux sexes est un succès incontestable. Sous l'empire de cette disposition, nous avons de meilleures lois, de meilleurs magistrats, de meilleures institutions et le niveau de notre condition sociale est plus élevé que partout ailleurs.
«Aucun des maux que l'on nous annonçait, tels que la perte de la délicatesse féminine et le trouble de nos relations domestiques ne s'est montré».
Dans l'Utah les femmes ont leurs droits politiques. Comme elles les ont dans le Colorado depuis 1893. Dans l'Idaho depuis 1911. Le gouverneur de l'Idaho écrit: «Politiquement, l'effet du suffrage des femmes a été considérable, relevant et profitable. L'administration des affaires gouvernementales a été confiée à des mains plus honnêtes et les affaires de la République en ont bénéficié».
Dans l'Etat de Washington en 1911. Arizona, Kansas, New-York, Michigan, Orégon 1911-1912. La Californie 1912. L'Illinois, le Territoire de l'Alaska 1913, les femmes ont leurs droits politiques.
En 1916, l'Etat de Montana a élu une femme comme députée au Congrès. C'est la première femme siégeant au Parlement.
12 janvier 1918, adoption du nouvel article de la Constitution qui accorde le droit de vote aux femmes.
1920. Cet article est adopté par les Etats dont la majorité des trois quarts était nécessaire pour rendre la mesure applicable à tout le pays.
Canada
En 1916, l'Etat de Manitoba donna le suffrage universel et l'éligibilité aux femmes par un vote unanime de son Parlement de province, ce qui leur donna des droits également dans le Parlement de tout le Canada, à Montréal.
En 1919, la Chambre des communes d'Ottawa a accordé aux femmes le droit de voter et de siéger au Parlement.
Amérique du Sud
République de l'Equateur, 1.272.000 habitants. Depuis 1861, les femmes jouissent de leurs droits politiques.
République de Costa-Rica, 400.000 habitants. Les femmes jouissent de leurs droits civils.
Asie
INDE (315.156.000 habitants, 119.393.851 femmes).
Diverses provinces des Indes ont accordé le droit de suffrage politique aux Femmes.
CANTON (CHINE) (900.000 habitants).
Dans la province de Canton, les Femmes ont le droit de suffrage politique.
Europe
ANGLETERRE (41.074.090 habitants).
Comme en France avant 1789, en Angleterre avant 1832, des catégories de femmes avaient le droit de vote.
Le terme usité dans la législation anglaise désignait comme devant voter «les personnes».
Le statut de 1832 fit ajouter au mot «personnes» l'adjectif mâles.
L'agitation en faveur du libre échange favorisa le mouvement féministe en Angleterre et fit comprendre aux femmes, combien la politique avait de répercussion dans leur vie.
Stuart Mill, premier défenseur du vote des femmes en Angleterre, comprit l'immense portée du mal que se fait la société en frappant les femmes d'exclusion politique.
En 1865, dans sa profession de foi, Stuart Mill réclama pour les femmes le droit d'être représentées au Parlement. Elu représentant de Westminster à la Chambre des Communes, il présenta en 1865 la première pétition des femmes couverte de 1499 signatures. En 1868, Stuart Mill ne fut pas réélu.
La chambre des communes avait remplacé «personnes mâles» par «Man» «homme» pris dans le sens «d'individu».
5.347 femmes se firent inscrire sur les listes électorales de Manchester. Leur cause fut soutenue par D. Pankhurst. Les juges leur donnèrent tort.
Joseph Bright fit obtenir par un projet de loi le suffrage municipal aux femmes en 1869.
Les femmes votaient encore dans 78 agglomérations, non érigées en municipe, où chaque contribuable vote.
En 1870, Joseph Bright présenta un bill pour l'affranchissement politique des femmes. En 1871-1872-1873 Jacob Bright présenta son bill pour le suffrage parlementaire des femmes, qui fut repoussé par des majorités variant de 67 à 79 voix.
En 1876-1877-1879, M. Forsyth fit à la chambre des communes, des propositions en faveur du vote des femmes, sans résultats.
C'est avec une ardeur infatigable que tous les ans fut défendue au Parlement la cause des femmes.
En 1888, les femmes Anglaises obtinrent l'électorat aux Conseils de Comté (analogues à nos Conseils généraux).
En 1907, les femmes devinrent éligibles aux County Councils, comme conseillères, alderman, présidentes ou maires.
Ces efforts de propagande au Parlement ont formé des générations de féministes anglaises qui ont réussi à placer la question du vote parlementaire, au premier plan des préoccupations nationales.
Un groupe, le Women Social and Political Union a recouru à l'action directe. Sous le nom de suffragettes, ses membres ont fait entrer le conflit dans une période aiguë.
Les socialistes anglais sont divisés sur la question du suffrage des femmes. Keir Hardie est le leader des suffragettes.
En février 1908, proposition de M. Stanger à la chambre des communes, en faveur du vote des femmes. Il combat éloquemment les objections faites.
En 1914, les obligations _de la Grande guerre_ ayant fait voter la Conscription, obligea les femmes à remplacer les hommes dans leurs divers métiers ou fonctions: «Leur effort, dit le premier ministre Lloyd Georges, a permis de libérer plus d'hommes pour renforcer nos armées que celles-ci n'en comportaient au début de la guerre.»
Le 14 novembre 1918, la chambre des lords a adopté, sans discussion, le projet de loi permettant aux femmes contribuables à partir de l'âge de 30 ans, de siéger à la Chambre des Communes.
La Chambre des Communes avait voté sans discussion ce projet qui accordait le droit de vote à six millions de femmes, parce que les femmes avaient prouvé par leur conduite pendant la guerre qu'elles étaient dignes de voter et de légiférer.
FINLANDE (3.329.146 habitants).
En Finlande depuis 1906 les femmes jouissent de leurs droits politiques.
En 1907, 19 finlandaises ont été élues députées à la Diète. En 1908, 25 finlandaises furent élues à la Diète. En 1909, 21 femmes furent élues à la Diète qui compte 200 députés.
En Finlande, depuis que les femmes sont membres du Parlement, la police des mœurs a été supprimée. La situation des ouvrières a été améliorée et relevée. Toutes les carrières sont ouvertes aux femmes, et quand elles perpétuent l'espèce, des garanties leur sont données par l'assurance d'accouchement et l'assurance en cas de maladie.
Les femmes firent diminuer l'alcoolisme. L'ivrognerie était en Finlande un vice national. Les femmes, par leur influence dans les assemblées locales firent dès 1896 prohiber la vente de l'alcool dans les campagnes et dans les villes et restreindre cette vente aux seuls établissements qui débitent des aliments chauds.
Quand les femmes entrèrent à la Diète, elles firent voter, que la fabrication et la vente de l'alcool, autorisée seulement dans un but médical, industriel ou scientifique, constituerait un monopole pour l'Etat et serait rigoureusement interdit aux particuliers pour la consommation publique.
Les protestations des producteurs n'ont pas empêché d'appliquer ce remède énergique qui a fait disparaître à peu près l'alcoolisme.
DANEMARK (3.289.195 habitants).
En 1908, les droits municipaux ont été accordés aux femmes. En 1915, elles ont obtenu les droits politiques pour les femmes âgées de plus de 25 ans.
TCHÉCO-SLOVAQUIE (13.914.336 habitants).
Les femmes ont le droit de vote et d'éligibilité à la Diète depuis 1920.
ISLANDE (85.183 habitants, 44.078 femmes).
Les femmes ont les droits politiques.
IRLANDE (4.390.219 habitants, 2.198.171 femmes).