Part 12
«J’emploierai mon loisir à contempler l’ordre & la magnificence de ses ouvrages, afin d’avoir des sujets d’admirer & de me réjouir. Tous les êtres sont faits pour obéir à sa loi, & ils ne trouvent leur bonheur que dans leur obéissance. Je serai soumise à sa volonté, afin de remplir mon heureuse destinée.
«J’admirerai les travaux & les vertus de l’homme, son courage, son génie, & la sublimité de ses idées, & je serai aise d’être son semblable. O homme, qui t’es dégradé par la bassesse du vice & des mauvaises actions, que ton souvenir soit effacé de ma mémoire, afin que je ne rougisse pas de mon être!
«O espérance, remplis mon cœur de la certitude de passer ma vie dans l’innocence, afin que la paix de mon ame ne soit point altérée! Que mon cœur n’éprouve jamais la lassitude de faire le bien! Je regarderai la vie comme un bien passager que je rendrai sans regret, parce que je l’aurai fait valoir de mon mieux, & que j’en aurai joui pour le bonheur des autres & pour le mien. La vertu vaut mieux que la vie, parce qu’elle rend l’homme heureux, & qu’il ne faut vivre que pour le bonheur des autres & pour le sien.
«O toi, qui régles ma destinée, donne-moi beaucoup de devoirs à remplir, afin que mon cœur ait beaucoup de sujets de satisfaction! Que plutôt je cesse de vivre que de faire un crime! Que je ne sois jamais assez misérable pour causer le malheur d’un être vivant!
«La fausseté sera loin de mon cœur! Le mensonge ne sera point dans ma bouche, parce que je gagnerai à me montrer telle que je suis... &c.»
* * * * *
LA MERE.
Eh bien, comment trouvez-vous cela?
EMILIE.
Quoi! c’est déja fini? Mais il n’y a rien de nouveau là-dedans.
LA MERE.
Comment?
EMILIE.
Mais je sçais tout cela, Maman. C’est ce que nous disons tous les jours.
LA MERE.
Mais le dire ne signifie rien, si vous n’êtes pas convaincue de la vérité de ces principes.
EMILIE.
Et comment ne le serois-je pas, Maman? Est-ce que je ne l’éprouve pas? Quand j’ai tort, je suis malheureuse; quand je suis sage, je suis heureuse; quand j’ai fait du bien à quelque chose, je suis enchantée. Quand je vois quelqu’un souffrir, cela me fait de la peine; il semble que ce soit moi qui souffre.
LA MERE.
Puissiez-vous toujours, mon Enfant, vous fortifier dans ces sentiments. Croyez-moi, apprenez cet extrait par cœur pour vous rappeller à tout instant les principes qui doivent diriger votre conduite.
EMILIE.
Ah! Maman, oui, je les apprendrai, je vous le promets; mais, Maman, appellons cela les Eléments du bonheur, n’est-ce pas?
LA MERE.
Vous avez raison.
EMILIE.
Nous les cherchions l’autre jour, les voilà tout trouvés! Voulez-vous bien me permettre de les copier, je les sçaurai plus vîte.
LA MERE.
Très-volontiers, les voilà. Allez les écrire.
EMILIE.
J’y vais, Maman, & je ne quitterai pas que je n’aye tout fini.
FIN.