Le Tour Du Monde A Travers La Perse Orientale Journal Des Voyag
Chapter 9
Ainsi qu'Abraham et Jacob furent contraints de se rendre en Égypte pour assurer l'existence à leurs familles, ainsi les nomades se rassemblent dans le Seistan et aux alentours. Cependant les squelettes que nous rencontrâmes nous prouvèrent que bien des vies s'étaient perdues en route. Pour compléter la comparaison: de même que le voyageur en Égypte traversait le désert arabe, partiellement en vue de la Méditerranée, ainsi les bergers en proie à la famine poussent péniblement à travers le désert jusqu'au Seistan, et voient le grand _hamoun_ et le brillant Helmand qui, comme le Nil, garantit le berger errant et ses troupeaux de la mort par la faim.
Notre première visite au lac nous montra une grande étendue d'eau, tout à fait libre et couverte de myriades d'oiseaux sauvages. Ils faisaient, en s'envolant, un bruit exactement semblable à celui de la houle battant sur une côte rocheuse. Ils étaient hors de la portée de nos fusils, et nous n'avions aucun bateau pour les atteindre.
Revenus au camp, nous y trouvâmes un fonctionnaire que le gouverneur avait envoyé pour nous escorter jusqu'à sa résidence, Nasratabad. Pendant la marche, plusieurs de nos chameaux tombèrent, avec leurs charges, dans les canaux d'irrigation. Rien n'est pitoyable comme de voir dans l'eau le pauvre «vaisseau du désert».
À 6 kilomètres de Nasratabad, nous fûmes rejoints par Mir-Masum Khan, le gouverneur. Mais après quelques salutations et quelque musique, comme c'était la nuit qui précède le Ramadan, on nous laissa dans notre camp.
Le fort de Nasratabad, autrefois Nasirabad, a été construit par l'émir de Kain, il y a une trentaine d'années, à l'époque où la Perse s'établit dans le Seistan, à proximité immédiate de Husseinabad, village important, peuplé de vingt mille âmes. Il consiste en un espace clos, d'un peu plus de 50 hectares de superficie, entouré de murs de 9 mètres de haut, et d'une épaisseur considérable, que des tours surmontent, à des intervalles très rapprochés. Tout autour règne un chemin couvert, percé de meurtrières, avec un fossé profond, qui est quelquefois plein d'eau.
À l'intérieur, il y a de cinquante à cent boutiques, occupées principalement par des soldats qui s'adonnent au commerce, durant leur séjour dans le Seistan. On voit aussi, par-ci par-là, quelques petits champs cultivés, et partout des ânes. À l'angle nord-ouest, se trouve l'_Ark_, ou «réduit». Il a, autant que j'en puis juger, un profil semblable à celui du fort, mais le sujet étant sans importance, je ne fis aucune question, sûr que j'étais d'éveiller les soupçons, la plus médiocre tour en pisé étant aussi jalousement gardée que le Mont-Valérien.
La garnison de Nasratabad consiste en deux régiments, armés des inutiles _djezail_, bien qu'il y ait à Birjand, si j'ai bien compris, un approvisionnement de fusils Wernld. Les canonniers viennent de Tabris, et sont plus considérés; ils profitent de cette considération pour faire de l'usure et prêtent à 500 pour 100 _au minimum_.
Mir-Masum Khan, le gouverneur, est un jeune homme de dix-neuf ans, auquel, à première vue, j'en donnai vingt-cinq, peut-être, en partie, parce qu'il portait des lunettes bleues. Nous allâmes le voir le lendemain de notre arrivée. Il est le fils d'Hichmat-oul-Moulk, lui-même fils aîné de l'ancien émir, et il était gouverneur du Seistan, depuis six ans, sous la direction d'un vizir. Il avait le teint blême et l'air assez mal portant. Je le trouvai assez ignorant et légèrement vaniteux, ayant été toute sa vie entouré de courtisans. À ce moment, il était en délicatesse avec Hichmat oul-Moulk, à cause de l'assassinat d'Abd-ou-Ouahab, son oncle, qui avait eu lieu peu auparavant; il avait été invité à quitter le Seistan, mais il s'y refusait. Il devait cependant se soumettre un peu plus tard.
Après avoir passé quatre jours à Nasratabad, nous retournâmes à Varmal, où j'avais rendez-vous avec la mission Webb Ware. Deux jours après, elle nous quittait. Pour me distraire du sentiment de ma solitude, je résolus d'aller visiter le Kouh-i-Khoya.
Le Kouh-i-Khoya, seule montagne du Seistan, a joué un grand rôle dans la période héroïque de la Perse, dont ce pays fut le centre. C'est une montagne basse, au sommet plat, que l'on appellerait sûrement «la montagne de la Table», si les Persans avaient des tables. Généralement, la montagne est plus ou moins une île. Pour y arriver, nous dûmes naviguer dans des _toutin_, ou radeaux faits de roseaux, qui ressemblent à des moitiés de cigares et qui se tiennent assez bien en équilibre.
Le Kouh-i-Khoya, qui s'appelait aussi autrefois _Kouh-i-Zor_ ou _Kouh-i-Rustem_, s'élève à 120 mètres au-dessus de la plaine, et n'est accessible que par le sud et le sud-est. Il est rond comme une pomme, avec un diamètre d'un kilomètre et demi environ, quoiqu'il ait généralement sur les cartes une forme oblongue, avec son grand axe du nord au sud. Nous abordâmes près des ruines de la ville de Kakkar, bâtie sur la falaise, et très fortifiée. Une muraille extérieure est flanquée de bastions et forme encore un ouvrage formidable. Une route était construite autrefois sur le devant de la falaise, au sommet de laquelle se trouve un autre ouvrage, appelé _Kouk_, véritable clef de la position. Ce fut le théâtre du premier exploit de Rustem, lorsque, n'étant qu'un jeune garçon, il s'empara du fort et tua le roi Kouk. Plus loin, une gorge mène au sommet, que commande un petit fort. La colline est principalement composée de basalte noir, et, par son absolue stérilité et son manque d'eau, elle rappelle un peu l'île d'Hormuz.
Toute la surface est creusée de fossés, restes de mines, citernes pour l'eau des pluies, ou bien est couverte de tombeaux formés, soit de blocs grossièrement assemblés, soit de dômes en pisé, soit de cairns avec piliers.
À l'extrémité nord, se trouve le sanctuaire de Khoya-Galtoun, un dôme de construction grossière, dans lequel le saint repose, sous une tombe formée de briques séchées au soleil, et de 6 mètres de long. À l'entrée, se trouvent deux poids en pierre. Quand quelqu'un adresse une demande au Khoya, il doit s'endormir sur les degrés de la porte; si sa prière est exaucée, il sera jeté à quelques mètres de distance par une force surnaturelle; sans cela, rien n'est fait. À l'équinoxe du printemps, des courses à pied ont lieu près du sanctuaire.
Du Kouh-i-Khoya, je me décidai à gagner Band-i-Seistan sur le Helmand. À Dolatabad, quartier général des Sarbandi, les environs avaient été inondés, et le village transformé en île. Tous les villages du Seistan sont bâtis sur des monticules de fumier, et en temps d'inondations, ils forment autant d'îlots. Imaginez une collection de huttes en pisé misérables, en forme de dômes, avec, devant la porte, un tas d'immondices et un âne, et vous saisirez le type d'un village du Seistan. On voit aussi des enclos à murs bas, avec des plants de vignes, des mûriers et des grenadiers, mais ces arbres sont encore tout jeunes, et le Seistan, à l'ouest du Helmand, est encore aussi dépourvu d'arbres que lorsqu'il fut visité par Conolly.
De Dolatabad, nous arrivâmes à Sehkouha, dont les cartes font encore la capitale du Seistan. Mais aujourd'hui sa population n'est pas même de vingt mille habitants, y compris cinquante soldats. Au delà de Sehkouha, nous eûmes à traverser le canal du Roud-Seistan, ce qui nous prit la plus grande partie de la journée. À Khodja-Amad, il avait 40 mètres de largeur, et, sur certains points, près de 2 mètres de profondeur.
Nous fîmes plus d'une visite au Helmand, l'_Etymander_ de la géographie classique. C'est une belle rivière, paraissant aussi large que la Tamise devant la Tour de Londres, et, après plusieurs mois de voyage à travers les déserts, elle offrait une vue singulièrement réconfortante.
Le barrage du Band-i-Seistan paraît très peu solide. Mais sa force est peut-être dans sa faiblesse, car on le répare facilement, tandis qu'un barrage en pierres, construit à cet endroit, pourrait déterminer un changement du cours de la rivière. À l'époque de la mission du Seistan, voici quelles étaient ses dimensions: longueur totale 220 mètres, plus grande largeur 33 mètres, hauteur 5 mètres et demi. Au moment de ma visite, sa largeur et sa hauteur avaient beaucoup diminué, et quoique les eaux fussent basses, elles filtraient au travers, ou passaient par-dessus. Le seul bois employé était celui du tamaris; des pieux, d'une faible épaisseur, étaient plantés dans le lit de la rivière, et de petites branches enroulées autour. Pour consolider la construction, on ajoute des fascines, grossièrement construites, qui sont détruites chaque année. Ainsi le Seistan est, par le fait, dépourvu d'eau, lorsque les flots provenant de la fonte des neiges des monts Berbers se sont écoulés, et il faut que des milliers de villageois se mettent à la réparation du barrage.
On dit que le Helmand renferme une excellente espèce de poisson; mais ceux que nous prîmes se trouvèrent être, pour la plupart, insipides. Les rives du Madar-Ab (Mère des eaux), ainsi qu'on appelle ce canal, sont couvertes d'une épaisse végétation de tamaris; c'est l'une des rares jungles que j'aie vues en Perse.
Nous allâmes chasser dans les environs la bécassine et le canard. La chasse ne fut point mauvaise, mais nous marchions constamment dans l'eau, et c'était un travail pénible. Tout ce pays, couvert maintenant de tamaris et de hauts roseaux, était cultivé, il n'y a que quelques années.
C'est là que se trouvent les ruines de Chahristan, de Zahidan et d'autres villes. Les plus intéressantes sont celles d'une tour, construite en briques cuites, et d'environ 20 mètres de hauteur. Une large brèche, sur la face sud, menace sa stabilité, et il est à craindre qu'elle ne s'écroule bientôt. Cette tour, sur laquelle on lit deux inscriptions koufiques, était évidemment un minaret appartenant à une mosquée aujourd'hui ruinée.
Après être revenu passer quelques jours au camp de Nasratabad, j'en repartis pour une nouvelle excursion, dans laquelle je me proposais de visiter la lagune. Autour du village de Hadimi, habite, sur ses rives, la tribu des Saiads, ou oiseleurs, qui m'intéressèrent, comme étant peut-être une population aborigène. C'est du moins ce qu'ils disent, et leur aspect semble pareillement l'indiquer. Près d'eux, mais s'en distinguant absolument, sont les _Gaudars_, ou gardeurs de vaches, dont les troupeaux paissent les jeunes roseaux dans la lagune. Les vaches du Seistan sont, d'ailleurs, renommées.
Les Saiads, d'après leur dire, sont les seuls véritables Seistanis, et cela est possible, car eux seuls peuvent avoir échappé en corps aux hordes mongoles, en prenant des provisions à bord de leurs radeaux, et en se cachant dans les herbes. La tribu compte environ quatre cents familles. Leur principal commerce est celui des plumes dont on rembourre les oreillers. Deux familles seulement ont pour métier la pêche.
Les oiseaux sont pris au moyen de filets, qu'on amarre à des pieux, et dans lesquels ils sont conduits par des avenues pratiquées dans les roseaux; parfois aussi ces filets sont étendus sur des pieux plantés dans l'eau libre.
Nous fîmes une excursion de chasse à bord d'un _toutin_. On nous mena dans une série de lagunes qui s'ouvrent les unes sur les autres. Nous tuâmes quelques canards et nous rencontrâmes un pécheur, qui s'en revenait avec plus de vingt poissons, récemment péchés. Quelques-uns pesaient de 3 à 4 livres et ressemblaient à des barbeaux.
Dans la soirée, nous vîmes des radeaux, poussés par de tout petits garçons, n'ayant pas 3 pieds de haut, et rapportant à la maison les roseaux nécessaires à la construction d'un autre bateau. L'oiseleur qui nous guidait se trouvait être très communicatif. Il me raconta, entre autres faits, que des passagers se rendaient à l'occasion par cette route à Lach Djouvaïn, en territoire afghan, et que la traversée du _hamoun_ exigeait vingt-quatre heures.
À Gazbar, notre prochaine étape, le lac était tout à fait libre de roseaux, et sur les bancs de boue, on voyait de grands vols d'oies sauvages, sur lesquelles nous tirions avec nos carabines, d'une distance de 400 mètres. Chaque volée en abattait trois ou quatre.
Ayant appris que le canal appelé Roud-Perian grossissait, je me décidai à le traverser sans plus tarder; sans cela, j'aurais dû m'abstenir de visiter le district qui s'étend entre ce canal et le vieil Helmand, et qui est connu sous le nom de _Mian-Kangi_.
Nous traversâmes Djalalabad, jadis propriété de la tribu des Keians, mais aujourd'hui localité sans importance. Le nouveau cours de la rivière a épargné le village, mais détruit toute la zone cultivée. Nous visitâmes les ruines qui bordent le Roud-Nasrou. On trouve là des débris de maisons construites en briques cuites, qui appartiennent toutes à un type d'architecture plus élevé que les dômes de pisé ordinaires aujourd'hui. Il est indubitable que Timour et Chah-Rouk portèrent un coup durable à la civilisation persane, un coup qui a changé le cours de l'histoire.
Une pluie abondante, qui nous avait menacés deux ou trois jours, nous atteignit au moment où nous étions sur un sol argileux, à peu près imperméable, et transforma notre camp en lac. Pendant tout un jour, les chameaux furent empêchés d'avancer. Nous traversâmes quelques canaux peu profonds, puis le cours d'eau principal, qui a environ 400 mètres de largeur et 120 centimètres de profondeur.
Nous abordâmes dans un marais de tamaris. Mais nous découvrîmes bientôt que ce n'était qu'une île, au delà de laquelle coulait une autre branche de la rivière; elle n'avait qu'une soixantaine de mètres de largeur, mais elle était presque aussi profonde que la rivière principale.
Le pays de Mian-Kiangi (nom qui équivaut à celui de Mésopotamie) est une jungle épaisse de tamaris, de quelque 20 mètres de hauteur, qui s'étend entre le Roud-Perian et le Helmand; les villages s'y élèvent dans des clairières. Le Helmand est, à cet endroit, très peu profond; son lit était même presque à sec au moment où nous y passâmes. Il est certain que la rivière, avant d'atteindre d'un cours lent le _hamoun_, déposait ses alluvions le long de la masse des roseaux et des tamaris, qu'elles ont progressivement recouverts, et maintenant tout ce qui reste pour marquer la frontière est ce cours d'eau sec et insignifiant, connu aujourd'hui sous le nom de _Roud-Achoukan_. De l'autre côté, près de l'embouchure, se trouve une colline basse, le _Tapa-i-Tilai_, ou mont d'Or, du sommet duquel on n'apercevait pas un point d'eau; les yeux erraient à travers un sol desséché, couvert de racines de roseaux. Quelques nomades de la tribu des Bouzi, qui sont des Persans, habitent ce désert, qui s'étend jusqu'à Chakansour, et abreuvent leurs troupeaux à quelques sources; sans cela la tranquillité de la mort plane sur ce pays.
Les étapes suivantes devaient nous mener à Milak, point où le Roud-Perian se divise en deux branches. À 3 kilomètres au sud-sud-est de notre camp, nous rencontrâmes des ruines étendues, désignées sous le nom de _Tackht-i-Poul_ ou «Plate-forme du pont». On nous montra trois petites arches en briques cuites, qui étaient, nous dit-on, les restes d'un pont jeté sur le Helmand, mais leurs petites dimensions suffisaient à montrer l'absurdité de cette supposition.
À Siadak, le chef du village était récemment revenu de Quetta, où il avait vu l'agent du gouverneur général. Son voyage lui avait été profitable, car il se proposait de faire un autre voyage, dès qu'il aurait assez de laine et de beurre clarifié, principal objet d'exportation du Seistan.
Près de Milak, on est en vue du Nad-i-Ali, colline remarquable, entourée de murs, de l'autre côté du vieux Helmand. Il s'y trouve une garnison d'une centaine de réguliers de Caboul. L'ancienne ville est située, dit-on, au sud. Deux autres collines, au sud, _Sufidak_ et _Surkhdak_, sont actuellement sans occupants.
Le gouverneur du district, connu sous le titre d'_Akhoundzada_, réside à Kala-Kang, au sud de Chakansour. On nous dit que la place où peuvent se faire les plus belles découvertes de monnaies et de sceaux est Amiran, un peu au sud du Nad-i-Ali.
Empêchés de marcher par la masse épaisse des tamaris, nous eûmes à choisir pour route le Helmand, toujours très peu profond. Nous entendîmes plus d'un récit sur la tyrannie afghane, très dure, comparée à la domination persane. Du côté afghan, on ne cultive point de melons, car ils seraient tous saisis par une soldatesque rapace; même le thé et le sucre sont presque inconnus, et ne sont transportés par contrebande qu'en petites quantités. Dans ces conditions, le commerce est littéralement jugulé, et il n'y a pratiquement aucune communication avec Kandahar.
Les écrivains venus d'Europe ou des Indes sont, en général, et à mon humble avis, beaucoup trop sévères en jugeant de l'état de la Perse. Pour ne parler que du Seistan, avant que le Gouvernement persan en prît possession, la vie d'aucun voyageur n'était sûre, comme M. Ferrier en témoigne dans ses _Caravan Journeys_. Or, déjà à l'époque de la mission du Seistan, le changement était considérable: aucune tentative de spoliation ou de violence n'avait été faite du côté persan, et aujourd'hui, abstraction faite d'escarmouches de l'autre côté de la frontière, le district est aussi sûr que la plupart des pays d'Europe. Une immigration constante vient de l'Afghanistan, et ainsi s'accroît la superficie cultivée du pays, qui a quadruplé sous la domination du chah.
Nous eûmes ensuite à traverser, avec beaucoup de difficultés, le Roud-Perian, grossi par des pluies récentes et devenu un torrent écumeux de 300 mètres de largeur, dont peut-être 40 à 50 guéables; les chevaux et les mules pouvaient passer à la nage; quant à nos chameaux, débâtés et munis de six gourdes à la place de leurs charges, ils étaient littéralement toués par deux hommes, assis, l'un à la tête et l'autre à la queue.
Cela nous prit tout un jour d'accomplir ce passage, et nous revînmes à Nasratabad, en passant à travers les ruines de Zahidan, au milieu d'une tempête qui remuait fort désagréablement des colonnes de sable.
Le temps était devenu chaud, 35 degrés à l'ombre à midi, et nous commencions à subir la peste des mouches et des moustiques. Le 1er avril, nous rencontrâmes le premier serpent, ce héraut du printemps, et nous nous trouvâmes très heureux de quitter le Seistan pour la province plus élevée de Kain, par où nous devions revenir à Yezd et à Kirman.
Mes deux excursions m'avaient fait voir le Seistan tout entier, et je puis en parler avec quelque connaissance de cause. Il se divise, comme je l'ai montré, en deux parties, la région sans arbres et la jungle. Dans toutes les deux, le sol est semblable, et il paraît consister généralement en une argile légère. Dans quelques régions, on trouve des kilomètres carrés de collines de sable, qui pourraient, il est vrai, être cultivées. Autour de Nasratabad, la terre est salée et percée de trous innombrables. On trouve en particulier de nombreux étangs, peu profonds, qui doivent être d'excellents bouillons de culture pour les moustiques et les microbes. De fait, sans le vent de cent vingt jours que l'on appelle le _Bad-i-Sad-u-Bist-Ruz_, le Seistan serait à peine habitable. Ce vent providentiel souffle d'avril à juin sur le district; il est chaud et désagréable, mais il emporte l'atmosphère de malaria. Quand il tombe, la masse des habitants, qui me parut être une race maladive, souffre terriblement de la fièvre. Cependant si l'on prend les précautions nécessaires, le climat du Seistan, malgré les températures de 45 degrés sous la tente, en été, peut se comparer favorablement avec celui de diverses régions du Bengale, et ses brèves périodes de temps froid sont aussi hygiéniques qu'on peut le désirer.
Lord Curzon, dans son livre sur _la Perse_, traite complètement la question du Seistan, au point de vue politique. Je me borne à en parler au point de vue géographique. On a déjà remarqué que c'était une petite Égypte, un grenier pour les tribus avoisinantes. Ce caractère est encore accentué par la situation du pays, à mi-chemin entre le territoire russe et le golfe Persique, avec une population très clairsemée des deux côtés; c'est aussi le seul district cultivé entre Quetta et la province de Kirman. D'autre part, le Seistan cultivable, avec une population qui ne compte guère que 100 000 habitants, y compris environ 7 000 nomades, ne consiste, au fond, que dans le delta du Helmand. Je ne crois pas que les grandes quantités d'eau, qui se perdent actuellement, puissent être utilisées par une autre puissance que celle qui tient aujourd'hui le cours supérieur de cette rivière, et la zone de culture, dans des conditions aussi étroitement limitées, ne peut pas s'étendre beaucoup[5].
_Adapté de l'anglais par_ H. JACOTTET.
[Note 5: Ici se termine le récit que le major Percy Molesworth Sykes a consacré à la Perse orientale dans l'ouvrage si documenté qu'il a publié à Londres (1902) sous le titre suivant: _Ten Thousand Miles in Persia_. L'autorité de l'écrivain qui a voué son existence à un pays dans lequel, depuis de nombreuses années, il représente le Gouvernement de la Grande-Bretagne, en fait un travail géographique et historique de tout premier ordre. C'est une des publications les plus intéressantes à consulter sur l'état actuel de la Perse.
NOTA DE LA RÉDACTION.]
Droits de traduction et de reproduction réservés.
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TABLE DES GRAVURES ET CARTES
L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par _Mme F. MICHEL_
En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1
L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1
Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou. (D'après une photographie.) 2
Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias, d'après une photographie.) 3
Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam. (D'après une photographie.) 4
«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5
Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une photographie.) 6
Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Mahârâdja à Srînagar. (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7
L'entrée du Tchinar-Bâgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srînagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7
Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8
Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 9
Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10
La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11
Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12
«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 13