Part 15
--Et, souffla-t-il, votre départ, ce serait pour quand?
--Tu m’en demandes trop! fit Hélène. Rien n’est encore, à cet égard, complètement fixé. Je verrai en prenant mes dispositions. Mettons la fin du mois... peut-être juin...
Le jeune homme parut réfléchir. Tout à coup, redressant un visage défait:
--Décidément, murmura-t-il, quelque chose m’échappe!
Hélène s’inquiéta:
--Dis, mon loup?
Il dut faire un effort pour articuler:
--Comment grand-père qui, jusqu’ici, ne s’était pas plaint, se trouve-t-il aujourd’hui subitement si mal?
--Mais il ne se plaint pas! Te l’aurais-je dit? Je me serai mal exprimée! fit Hélène d’un trait. Il est vieux, ce n’est pas la même chose du tout. Il a ses douleurs, ses manies...
--Comme l’an dernier, comme l’an d’avant, comme toujours! dit Marc. Sa goutte n’est pas une nouveauté! reprit-il sèchement.
--Oh! mon chéri, que tu es dur!
--Dur? fit-il. En quoi?
Il hésita, puis déclara d’un ton radouci:
--Je ne vois pas pour quelle raison vous m’abandonnez.
Hélène, à son tour, devint pâle.
--T’abandonner! s’écria-t-elle en quittant sa place pour venir prendre avec amour et désolation la face du jeune homme dans ses mains. En est-il question, mon grand fou? Rends-moi justice, t’ai-je négligé, m’as-tu connue froide, et, aujourd’hui, peux-tu douter une seconde de moi? Je n’ai en vue que ton bonheur, tu le sais fort bien.
--Alors, restez! murmura-t-il.
Elle secoua la tête.
--Voyons, réfléchis!... Ton grand-père...
--Ce n’est pas lui qui vous réclame! interrompit Marc. Tout à l’heure, petite mère, vous l’avez avoué! Il a ses bouquins, ses bibelots... Tant qu’un grimoire non déchiffré le sollicitera, soyez sûre que grand-père supportera la vie sans demander rien à personne... Moi, si vous me laissez, que deviendrai-je?
Il avait dit ces derniers mots avec déchirement. En même temps, son visage, d’un mouvement câlin, s’était blotti contre la taille de sa jeune belle-mère qui, se penchant, le vit sous elle, les paupières mi-closes, les traits empreints de l’expression qu’il avait jadis lorsqu’il implorait une faveur. Bouleversée, mais vaillante et encore lucide, elle mesura d’un vif coup d’œil cette force inconsciente et les moyens de résistance dont elle disposait. Tout à coup, elle sentit qu’elle allait faiblir. Ce fut assez, tant les menaces d’un futur commun se dépeignirent à son esprit avec précision, pour lui faire détester l’attitude de Marc qui, stupidement, par des prières, ébranlait son cœur et compromettait leur salut. Une révolte obscure la saisit. Et, sans peser si sa colère était juste ou non:
--Égoïste! fit-elle d’un accent furieux.
Elle s’éloigna de plusieurs pas. Ses prunelles flambaient. Marc, étourdi, la parcourait d’un timide regard et, sans pouvoir trouver un mot, balançait la tête et remuait la bouche nerveusement. Alors, d’un air impitoyable, elle revint sur lui:
--Pas autre chose! protesta-t-elle, un bras étendu, si bien le jouet de son dépit qu’elle roulait des yeux et vociférait comme une folle. Égoïste! Égoïste! (Elle le dit vingt fois.) Je t’ai trop choyé, trop gâté! Tu m’as trop vue, sans doute sévère, par instants brutale, et délibérément, avec délices, tant ma faiblesse me faisait honte, tant elle m’indignait, soumettre aux tiennes, imbécilement, toutes mes fantaisies. Aujourd’hui, je devrais te sacrifier tout! Eh! bien, mon ami, n’y compte pas! Si tu te moques de savoir seul ton grand-père malade, moi, j’estime que ma place est marquée chez lui. J’ai décidé de le rejoindre et je partirai! Tu me demandais quand? D’ici huit jours! Si je reviendrais? Non, et non! Comment toi-même tu t’arrangerais? Je t’ai répondu! Rien, comme tu vois, conclut Hélène, ne reste à régler. A présent, pleure, supplie, je n’écouterai pas!
Elle pivota sur ses talons, aussitôt parlé, et sortit de la salle en fouettant la porte.
Marc tomba subitement dans le désespoir. Comme la joie, l’enthousiasme et l’exaltation, chez un jeune homme, qui discute moins qu’il ne s’abandonne, il atteint sans palier toute sa profondeur. Hors d’état de saisir les secrètes raisons d’où sa belle-mère avait tiré sa rude apostrophe, estimant ne l’avoir méritée en rien, par ailleurs déjà déprimé, il eut tôt fait de mettre au compte de l’antipathie ce qu’avait inspiré son furieux contraire. Pour un motif sans doute puissant, mais resté dans l’ombre, il était tout à coup détesté, maudit. Quel besoin d’en chercher une explication? Surtout, quel besoin d’en gémir? N’avait-il pas déjà connu pareille infortune? Dans son esprit, s’établissait, pour le déchirer, une similitude aveuglante entre l’acte d’Hélène renonçant à lui et le traitement jadis reçu de sa vieille maîtresse. Même imprévu, mystère égal, même résolution. Ici et là, l’hostilité la plus déclarée succédant aux transports les plus affectueux. Cependant, à mesure que du parallèle naissaient pour lui les éléments d’une plus vive douleur, son attention se détachait du choc le plus proche pour se donner plus fiévreusement à celui des deux qu’on aurait pu croire moins sensible. C’était comme si, par enchantement, la retraite d’Hélène lui avait démasqué Mme Aliscan. Et dans quel rayonnement elle se dessina! Qu’elle lui parut belle, tendre et bonne! Quels reproches il se fit de l’avoir perdue! Vue à distance, la soumission qu’il avait montrée le révolta comme si n’ayant qu’à vouloir pour vaincre il avait accepté une totale défaite. Ah! résignation digne d’un sot! Où en étaient la récompense et les avantages? Ce docile effacement, loin d’être admiré, n’était-il pas peut-être encore secrètement maudit? Le feu d’une femme qui n’est plus jeune tombe-t-il donc si vite quand s’offre à lui (près d’expirer faute de combustible) un amant novice à brûler? Marc aspira passionnément à ce rôle de proie. Bientôt, victime des illusions que sécrètent nos vœux, il lui parut que, nonobstant la rupture d’hier, il pouvait toujours y prétendre. Ce n’était, tout pesé, qu’une question d’audace. A des cris, des serments, des supplications, aux mille moyens de se traduire et de persuader qu’inventerait sans effort, à l’instant critique, sa sincérité débordante, quelle résistance pourrait offrir Mme Aliscan? Par ailleurs, sa détresse constituait une force, et d’une puissance, lui semblait-il, à tout emporter.
Il prit son chapeau, descendit.
Jamais son cœur n’avait battu plus impétueusement. Dans la voiture, il trépignait, le buste incliné, comme si les signes désordonnés de son impatience avaient dû augmenter la vitesse du fiacre.
Trois étages. Il sonna, n’eut aucune réponse. Deux autres coups, plus appuyés, retentirent en vain. Marc posa son oreille contre la serrure, mais nul bruit ne venait de l’appartement.
Il reprit l’escalier en serrant la rampe.
Chez la concierge, il demanda d’une voix toute menue:
--Madame Aliscan n’est pas là?
--Elle est partie voici dix jours, répondit cette femme. Oui, pour les Indes, ajouta-t-elle en se rengorgeant devant la mine désappointée qu’elle voyait à Marc. Et peut-être, après ça, pour le tour du monde!
--Vous dites? fit-il, anéanti. Pour le tour du monde?
--C’était, du moins, son intention en quittant Paris. Maintenant, si Madame change d’avis en route...
Marc secoua la tête stupidement.
--Mais savez-vous à quelle adresse on peut lui écrire?
--Non, monsieur. Jusqu’ici, nous n’avons pas d’ordres. Nous gardons le courrier, reprit la concierge en désignant d’un geste vague une case pleine de lettres.
Il sortit sans jeter un remerciement. Une voiture tournait dans l’impasse. Il y sauta, donna l’adresse de la rue Vaneau et se tint raide sur la banquette, les mâchoires serrées. Obsédé qu’il était par le nom des Indes, on ne peut pas dire qu’il pensait. Dans son esprit, s’entre-éclipsaient, comme des langues de feu, des visions d’éléphants, de pagodes, de bonzes.
Le fiacre avançait d’un bon train. Quand il stoppa, bien que le choc eût été peu rude, il se fit une secousse dans la carrosserie et Marc, tiré de sa torpeur comme par un soufflet, eut un douloureux tressaillement. Le chauffeur congédié, il leva la tête et promena sur sa maison le regard d’un homme qui contemple une façade pour la première fois.
Aussitôt à l’étage, il gagna sa chambre.
Dans un tiroir de sa commode existait une arme. En mauvais état, toute rouillée. Le revolver, d’ancien modèle, gros et terrifiant, possédé jadis par son père. Marc l’avait là, comme une relique, avec une longue-vue, un portefeuille d’où s’échappaient des papiers flétris et divers objets familiers. Il s’en saisit, l’examina, le chargea d’une balle, puis, d’un geste impatient, sans se dévêtir, en appuya sur sa poitrine la forte embouchure, pressa la détente des deux mains.
Au bruit de la détonation, Hélène accourut. Elle fit, dès la porte, un grand cri. De stupeur, elle pensa qu’elle allait tomber. Mais l’énergie de sa nature la maintint d’aplomb. Elle partit, comme une folle, dans le corridor:
--Vite, le docteur! Un accident! Voyez au plus près! Monsieur Marc s’est blessé en maniant une arme!
La cuisinière était une femme solidement construite qui put l’aider, bien que geignant qu’elle craignait les morts, à déposer Marc sur son lit. Il était en syncope, d’une pâleur de cierge et saignait du flanc gauche avec abondance. Déjà Hélène avait repris sa lucidité. Elle se fit apporter une paire de ciseaux. Déboutonnant et déchirant, décousant, taillant, elle eut tôt fait de mettre à nu le côté blessé, prit des serviettes, masqua les plaies, comprima leurs bords. On lui donna de l’eau bouillie dont elle les lava.
Quand parut le docteur, Marc ouvrait les yeux. Ce fut à peine si, de ses lèvres, avec un soupir, sortit un confus gémissement. Sa belle-mère l’embrassa sans lui dire un mot. Rien, pour Hélène, à cette minute, n’existait au monde que l’homme en gris qui s’appliquait à conjecturer le trajet suivi par la balle.
Le pansement terminé, dans le vestibule:
--Eh! bien, fit-elle, en s’arrêtant, d’une voix pleine angoisse.
--Eh! bien, madame, votre beau-fils l’a échappé belle! Aucun point sérieux n’est touché. C’est un bonheur, et peu fréquent, nota le médecin, dans les accidents de cet ordre, que le coup soit parti à brûler sa veste. Un peu plus de distance, il était perdu!
--Et tel qu’il est? dit la jeune femme.
Le docteur sourit.
--Tel qu’il est, dans quinze jours vous l’aurez sur pied. Mais oui, madame, pas davantage, tout au plus quinze jours, et j’en ai vu, dans le même cas, guérir plus vivement! Si, par hasard, la nuit prochaine était agitée, un peu de quinine, comme j’ai dit. Je reviendrai demain matin. Mes hommages, madame!
Ce fut alors seulement, cet homme parti, qu’Hélène tirée de l’inquiétude qui, depuis une heure, absorbait à l’envi toutes ses facultés, se trouva moralement en présence de l’acte. Mais, déjà, son esprit l’avait qualifié. A l’instant même où, bondissant dans le corridor, elle avait employé le mot d’accident pour crier le malheur à ses domestiques, tout en elle concluait avec certitude à la tentative de suicide. Le revolver, elle le savait, n’était pas chargé, et quelle raison aurait eue Marc d’y glisser une balle au retour d’une absence de vingt-cinq minutes? Là s’étaient limitées toutes ses réflexions. Les services qu’aussitôt elle avait dû rendre l’avaient empêchée d’en faire d’autres.
A présent, dévorée d’un cruel chagrin, elle recherchait à cette folie une cause vraisemblable. Les deux bras allongés sur la couverture, dans le jour faible et reposant, mais comme sablé d’or, que laissaient pénétrer les persiennes fermées, son beau-fils dormait sous ses yeux. Hélène, assise dans un fauteuil, se mordant un doigt, contemplait avidement cette figure chérie, comme dans l’attente d’y voir s’inscrire le mobile secret qui l’avait armée contre elle-même. Subterfuge dont elle jouait envers sa conscience! Ce mobile, à tout prendre, elle le soupçonnait, mais ne voulait pas se l’avouer. Ou, pour mieux dire, elle refusait de considérer un mobile qui, d’abord, semblait évident bien qu’en fait inexact et d’invention pure. Brusquement, elle sentit sa défense se rompre et les circonstances l’accablèrent. Jamais son âme n’avait subi une pareille secousse. L’hésitation, même complaisante, même de mauvaise foi, n’était plus ni permise, ni seulement possible. Tout se liait, s’enchaînait et s’expliquait trop.
Quelle horreur profonde elle prit d’elle! Ah! ce pli de la bouche qu’elle garda longtemps et ces regards noirs d’épouvante, ce tragique silence dont elle couvrit Marc endormi! Près d’une armoire, une petite glace suspendue au mur lui renvoyait confusément l’image de ses traits qui, soudain, lui parurent ceux d’une meurtrière. A la pensée que son beau-fils, rendu amoureux, avait tenté de se soustraire par une mort violente à la perspective de la perdre, elle se sentait aussi coupable, et plus malignement, que si elle-même l’avait armé ou elle-même frappé. En dernière analyse, qu’avait-elle fait d’autre? Par quelle nuance se distinguait de l’assassinat l’odieux manège d’une femme coquette bouleversant un cœur pour ensuite le jeter dans le désespoir? Mais, une femme coquette, qu’était-ce dire? Cette bénigne expression la qualifiait-elle? Une femme coquette respecte au moins les frontières sacrées. «Pour les franchir,» songeait Hélène en serrant les dents, «ce n’est pas une coquette, c’est une chienne qu’il faut!» Ne pouvant s’abstenir de regarder Marc, elle retrouvait dans son visage étonnamment jeune et que le sommeil détendait celui même de l’enfant qu’il avait été. L’adolescence ne s’y marquait par rien d’essentiel. Avait-il dix-neuf ou douze ans? Le veillait-elle, gardé au lit par un léger rhume ou encore pâle d’avoir voulu abréger sa vie au moyen d’une balle en plein cœur? Décidément, pour s’être éprise avec cette violence d’un objet si naïf, bien que délicieux, quelque chose, plusieurs mois, lui avait manqué, il avait fallu qu’elle fût folle! Mais s’était-elle profondément, sincèrement éprise? Révoltée aujourd’hui de ses conséquences, elle en venait à mettre en doute, de la meilleure foi, la terrible passion qui l’avait secouée. Ce qu’elle voyait lui paraissait d’une horreur si grande et la tourmentait à tel point que ses pires déchirements, en comparaison, ne lui semblaient que les caprices les plus accentués d’un amour de tête opiniâtre. Ainsi nions-nous dans tout malheur une autre infortune. Cet excès d’injustice vis-à-vis d’elle-même, si la jeune femme en retirait le vague soulagement d’être en droit d’espérer un futur moins noir, s’imagine-t-on quel supplément de cruels remords il pouvait d’abord lui causer? Son excuse, et la seule, en était détruite. A l’origine de l’acte affreux décidé par Marc, au lieu des flammes d’un égarement qui, pour sa décharge, aurait pu invoquer sa fatale chaleur, ne brillait plus, telle qu’un charbon aux pans durs et froids, qu’une ignominieuse fantaisie. Plus Hélène s’enfonçait dans cette assurance, plus son esprit lui fournissait, pour la justifier, d’arguments solides, péremptoires. Quels reproches, quel supplice, quelle désolation!
L’après-midi coulait pour elle sans qu’elle y prît garde. Tout à coup, Marc gémit et ouvrit les yeux.
Hélène se pencha sur son lit.
--Eh! bien, mon loup, demanda-t-elle, comment te sens-tu?
Il répondit qu’il souffrait peu. Puis, d’une voix inquiète:
--Suis-je gravement blessé? Vais-je mourir?...
Ce dernier mot, que soulignait un regard poignant, pénétra comme une flèche dans le cœur d’Hélène.
--Mourir! cria-t-elle. Es-tu fou? Dans une semaine, tout au plus deux, tu seras sur pied, et tu sortiras dans vingt jours. La balle n’a fait qu’une déchirure sans nulle gravité. Le docteur me l’a dit en quittant la chambre. Mais, c’est égal, soupira-t-elle en embrassant Marc, quel épouvantable accident!
Il y eut une minute de silence entre eux. Le jeune homme semblait réfléchir. Sa belle-mère, tendrement, lui saisit une main. Secouant alors un peu la tête, il laissa tomber:
--Pas un accident... J’ai voulu!
--Comment? fit Hélène. Voulu quoi?
--Voulu tirer, précisa-t-il. Je l’ai fait exprès!
D’une voix sans timbre, elle murmura:
--Mais pour quelle raison?
Marc esquissa de la main gauche un geste évasif.
--Voyons, mon loup, pour quelle raison?
Il baissa les yeux. Puis, d’un air excédé, comme elle insistait:
--Votre départ... La solitude... Ce bouleversement... Je ne sais plus trop! souffla-t-il.
Hélène s’attendait à bien pis.
--Vilain nerveux! s’écria-t-elle, presque avec bonheur. Et tu n’as pas honte? reprit-elle. Voilà donc la confiance que tu mets en moi! Au lieu de me parler, d’ouvrir ton cœur, (elle oubliait, à cette minute, les supplications si brutalement découragées, quelques heures plus tôt, par ses rigoureuses apostrophes), tu préfères accomplir une pareille folie! Mon chagrin, mes angoisses, celles de ton grand-père, y as-tu réfléchi ou seulement pensé?... Voyons, Marc, n’as-tu plus d’affection pour nous?... Oui, je sais bien, j’aurais mieux fait de te préparer, d’amener la chose plus doucement. Pouvais-je prévoir qu’elle te mettrait dans un tel état?
Le jeune homme écoutait sans remuer un cil.
Hélène sentit que, dans son âme, elle ne touchait rien.
Brusquement, traversée d’une inspiration:
--Sois sincère, mon chéri... Va... Ce n’est pas tout! Il y a quelque chose que tu veux cacher. J’attends! fit-elle avec tendresse, inclinée vers lui, frôlant du lobe de son oreille la bouche silencieuse. C’est cette mauvaise femme... Oui, n’est-ce pas?
Marc était subitement devenu très rouge.
--Ah! vous savez? murmura-t-il.
--Pauvre mien! dit-elle.
Il appuya sur sa belle-mère qui le caressait un regard étonné où brillaient des larmes.
Puis, d’une voix modeste, un peu rauque!
--Elle est partie... Elle est en route pour le tour du monde... C’est tout à l’heure... en vous quittant... quand j’ai appris ça...
Il parut à Hélène qu’on lui rendait l’air. Positivement, elle respira, d’une poitrine profonde, avec une joie de se sentir en parfaite santé assez vive pour lui mettre une teinte rose aux jours. Ainsi, ses craintes et ses remords étaient sans fondement! Non seulement elle n’avait aucune part directe dans l’effroyable tentative faite par son beau-fils, mais rien d’elle-même, de sa vertu, de son caractère, n’était compromis à ses yeux. Telle était la confiance qu’il lui accordait qu’elle avait pu, sans éveiller de soupçons chez lui, jouer à fond la partie la plus équivoque. Sa dignité sortait à peine de l’ornière du vice et il la voyait sans une tache. Sous l’effet du bonheur que tirait Hélène de ces différentes certitudes, en appuyant sur son épaule d’une certaine façon, on l’aurait fait s’agenouiller et remercier Dieu. Les grandes grâces de la vie nous surprennent toujours.
Marc la regardait sans un mot.
Elle se pencha, lui mit au front le baiser d’une mère, lui repoussa derrière l’oreille une mèche qui pendait. Puis, d’une voix ébranlée par le ravissement:
--Je resterai... Va, n’aie pas peur, mon enfant chéri! Tant qu’il te plaira! reprit-elle. On trouve toujours sa vieille maman quand il vous la faut, pauvre petit homme de deux sous!
Juillet 1925--Septembre 1926.
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 14 FÉVRIER 1927 PAR F. PAILLART A ABBEVILLE (SOMME)
ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
(EXTRAIT DU CATALOGUE)
ŒUVRES DE
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Georges Duhamel _Compagnons_, poèmes _Dans l’ombre des Statues_, théâtre _L’Œuvre des athlètes_, théâtre _Trois journées de la Tribu_, (illustré par Maurice de Vlaminck) _Carré et Lerondeau_, (illustré par Deslignières)
Luc Durtain _Le Retour des Hommes_, poèmes CONQUÊTE DU MONDE _Douze Cent Mille_, roman _La Source Rouge_, roman _Ma Kimbell_, roman
Ernest Tisserand _Un cabinet de Portraits_ _Un second cabinet de Portraits_
Roger Martin du Gard _Jean Barois_, roman LES THIBAULT I. _Le Cahier gris_, roman II. _Le Pénitencier_, roman III. _La Belle Saison_, roman _Le Testament du Père Leleu_, (dans la Collection «Répertoire du Vieux Colombier»)
Charles-Louis Philippe _La Mère et l’Enfant_, roman _Charles Blanchard_, roman _Contes du Matin_, nouvelles _La Bonne Madeleine et la Pauvre Marie_, nouvelles _Lettres de jeunesse_ _Chroniques du Canard Sauvage_ _Lettres à sa Mère_, (en préparation dans la Collection «Une Œuvre, Un Portrait»)
Jean Schlumberger _L’Inquiète paternité_, roman _Un Homme heureux_, roman _Le Camarade infidèle_, roman _Le Lion devenu vieux_, roman _Les Fils Louverné_, théâtre _La Mort de Sparte_, (dans la Collection «Répertoire du Vieux Colombier») _L’Enfant qui s’accuse_, (en préparation) _Dialogues avec le corps endormi_, (en préparation) _Césaire_, (en préparation)