Chapter 2
LES MEMES, BARDICHON, HORTENSE
HORTENSE, entrant
Madame!... C'est le notaire de Madame.
TOUS, gaiement
Tiens, Bardichon.
ANDREE
Qu'il entre... (La bonne sort) ...Arrivez donc, Bardichon (il apparaît à la porte) Vous devenez rare. Comment ça va?
(Elle lui tend la main)
BARDICHON
Joyeusement... Si heureux de vous voir, chère Madame.
(Il lui baise la main)
ANDREE
Toujours aimable.
BARDICHON
Et vous, toujours jolie. Un teint, des yeux, une taille! A rendre fou le plus blasé des hommes... ainsi, moi...
ANDREE, l'interrompant
N'achevez pas, vous allez dire des bêtises.
BARDICHON
Oui, et avec vous, elles ne serviraient à rien, malheureusement (Il va successivement serrer la main à Loret et à Paul) (à Loret) Et les amours, ça va toujours?
LORET
Toujours... avec des hauts et des bas...
PAUL ROUSS
Comme le baromètre.
BARDICHON
Vous adorez les querelles décidément.
LORET
C'est la vie cela!... Les scènes domestiques rompent la monotonie des ménages et c'est si bon le raccommodement.
ANDREE
Pauvre Marthe.
LORET
Mais, sapristi, pourquoi donc la plaignez-vous tant que ça, ma femme... Au fond, elle est très heureuse... Ce qu'elle aime en moi... ce sont mes défauts... Je ne suis pas un si mauvais sujet que vous aimez à le faire croire.
ANDREE
Vous êtes même un gentil garçon.
LORET
Ca va mieux!
ANDREE
Un bon garçon...
LORET
A la bonne heure!
BARDICHON
Vous le gâtez.
ANDREE
Non, je dis ce que je pense... seulement, voyons, Loret, soyez donc plus sérieux; vous ne l'êtes pas assez pour votre âge.
LORET, sursautant
Pas sérieux! moi! Depuis treize mois que je suis avec Marthe, je ne l'ai pas trompée une pauvre petite fois.
ANDREE
Vous me comprenez. Ce ne sont pas les femmes, qu'elle vous reproche.
(Geste de boire)
LORET
Ah! la... Quoi! Ce n'est pas de ma faute. J'ai le gosier sec, moi.
BARDICHON
Souvent.
LORET
Toujours... Ainsi, en ce moment, je boirais bien quelque chose.
ANDREE
Attendez, Belval va arriver.
LORET
Belval! Encore lui. On ne peut même pas prendre un bock sans la permission de Monsieur Pierre. Et vous voulez qu'il soit sympathique à vos amis, cet écrivassier?
ANDREE (Elle sonne)
Ne criez pas si fort... j'ai sonné, on va vous apporter de la bière... (A Bardichon qui lutine le modèle) Voyons, Bardichon, finissez. Vous la faites bouger.
BARDICHON
Je m'éloigne... (Il passe sa main sur l'épaule du modèle) Ah! Quelle peau fine!...
LE MODELE
A bas les pattes.
LORET
Allons donc, vieux libertin.
(Bardichon embrasse l'épaule du modèle qui le gifle).
LORET
Attrape!
BARDICHON, frottant sa joue
Donnée de la main d'une femme une gifle est une blessure reçue au champ d'honneur.
LORET
Il mourra sur la brèche, cet homme-là (on rit). Au fait quel âge avez- vous Bardichon.
BARDICHON
C'est de l'indiscrétion.
PAUL ROUSS
Il met de la coquetterie à cacher son âge.
LORET
Combien, voyons?... soixante-cinq ans, au moins.
BARDICHON
Pas tant! pas tant! Vous me vieillissez.
LORET, railleur
Mettons-en trente et n'en parlons plus.
(On entend des rires dans la coulisse)
Voici Marthe!
PAUL ROUSS
C'est Bertrande.
BARDICHON
Ah! des femmes!
(Elles entrent)