Part 3
C’est à ce coup que Fortune insensée A descouuert la meschante pensée Qui laschement m’a gardé iusque icy. Bien me doubtois qu’il en seroit ainsi, Quand prisonnier ie fus dès l’aultre foys, Il peult auoir quelcque dix huict moys, Car ie sçay bien que ceste faulce Lyce De sa nature est pleine de malice; Et si vng coup elle a conceu rancune Contre quelqu’vng, pas n’est contente d’vne Aduersité, ou de troys, ou de quattre, si l’Eternel ne luy vient à rabbatre Sa grand’ fureur et oultrageux courage. Voylà comment (Dame prudente et sage, Dame addonnée à doulceur et pitié) Ce villain monstre ardent d’inimytié, Et non content de mon premier meschef, M’a mys en trouble et peine de rechef. Le meschef est qu’en prison on m’a mys, Sans nul forfaict, sans rien auoir commis: Fors seulement que par presumption, Ou (pour myeulx dire) à l’instigation Des enuyeulx, contre moy on intente Que deux fardeaulx pleins de chose meschante (Quant à la foy) ay transmis à Paris. Et de cela les Presidents marris, Sans nulle preuue et sans aulcun indice, Ains seulement en rigueur de Iustice, Mandent tout chault en diligence bonne Que tout soubdain on happe ma personne, Pour me mener captif par deuers eulx. Mais le tout bon, le President des cieulx N’a pas voulu me laisser au besoing, Et en prenant de tout mon mal le soing, M’a faict la grace (ô bonté infinie) De sortir hors de la grand’villennie Qu’on me brassoit. Brief, captif ne suis plus. Puisqu’ainsi est, Dame, il reste au surplus Que, veu mon faict et ma grande innocence, Vous requeriez ce noble ROY de FRANCE (Si tant vous plaist pour moy vous trauailler) Que son plaisir soit de me rebailler En son royaulme vne telle seurté, Vng tel repos et telle liberté, Qu’ay tousiours eue, horsmys depuis qu’enuye Ma liberté a vng peu asseruie. Mais tout cela se peult bien reparer, Si vous voulez les moyens preparer, Et faire tant qu’ores on abolisse Tout mon ennuy, et qu’on me restablisse En mon entier, sans que plus on me fasche, Si ie ne viens à faire chose lasche: Ce que n’ay faict et feray encor moyns. Mais DIEV me gard de ces meschants tesmoings! Or apres tout, pour resolution, Ie vous supply, si oncq intention Vous auez heu de me faire aulcun bien, Qu’à ceste foys vous trouuiez le moyen Enuers le ROY que point il ne consente, Que de la FRANCE à tort ie m’abesente. Pour bien le faire, il vous plaira de lire Ce qu’ay voulu au ROY mesmes escrire; Car là voirrez le fonds de la matiere, Et de mon faict la narratiue entiere; Dont par apres ma lettre presentant, Vous luy pourrez mieulx aller racomptant Les griefs et torts que sans cause on me faict, Et qu’à present ie n’ay en rien mesfaict. ADIEV, ma Dame, humblement requerant Le Createur, hault et bas moderant Les faicts humains et le pourpris celeste, Que longuement en santé il vous preste Heureuse vie, et d’honneur tant ornée, Que ciel et terre en demeure estonnée.
A LA DESSUSDICTE
DVCHESSE D’ESTEMPES
Dame, si vous suis importun, Cela ne me part d’auarice: Ie ne demande bien aulcun, Office soit ou benefice. Seulement vne heure propice Ie vous pry de faire sonner, Où il plaise au ROY me donner En ses pays liberté seure; Car ie ne quiers aultre demeure, Et m’est bien grief quand i’en desloge. Helas! faictes sonner telle heure, Puisque vous gouuernez l’horloge.
A LA SOUUERAINE ET VENERABLE
COVRT DV PARLEMENT DE PARIS
Ie ne me plainds qu’on m’vse de rigueur, Car c’est raison que iustice ayt vigueur, Et qu’elle regne à la ville et aux champs, Esgalement sur les bons et meschants, Pour vng chascun tousiours tenir en craincte Par sa main forte et redoutable attaincte. Las! ie me plainds de ma triste fortune, Qui sans forfaict et sans offence aulcune, Me precipite en trauaulx infiniz, Tant que les vngs ne sont presque finiz Que tout soubdain en aultre ie tresbuche Et coup sur coup trouue nouuelle embusche Par ce tyrant malheur, qui prend plaisir De me forger encombre et desplaisir. Mais ce n’est vous à qui plaindre me doibs: Ce n’est pas vous qui par plainctifue voix Vous vous lairriez endormir ou surprendre. Il vault doncq mieulx mon droict vous faire entendre Et vous deduire ici par le menu Comme à grand tort m’est ce trouble aduenu. Dedans Paris (comme sçauez trop mieulx, Et comme aussi mes amys soucieux De mon honneur m’ont escript par deça) Ont esté prins depuys deux moys en ça Certains fardeaulx de liures, dont les vngs Ne sont que bons, approuués et communs (Et ceulx là sont, ainsi que l’on m’asseure, Marcqués de moy et du lieu où demeure) Les aultres sont pleins de sens heretique Et reprouués par edict authentique. Or pour cela qu’ainsi estoyent meslés, Quelcques malings se sont entremeslés De vous induire à croyre fermement Que c’estoit moy qui veritablement Auoys transmis à Paris ces fardeaulx. Mais ie demande à ces beaulx coquardeaulx Qui taschent tant à me calumnier, S’ilz me pourroient en cest endroict nyer Qu’aultre que moy, ou marchant, ou meschant, N’ayt peu dresser (pour m’aller empeschant) Ces deux fardeaux, et ainsi les remplyr, Pour son vouloir malheureux accomplyr? Suis ie tout seul qui de mes liures vende? N’en a chascun qui en veult ou demande Pour son argent? N’est ce doncq belle prouue Que pour cela que des liures on trouue Et de Genesue, et de DOLET ensemble, A l’appetit des malings fault qu’il semble Que c’est DOLET qui le tout y a mys, Le tout dressé, et à Paris transmys? O quel abuz! Y a il apparence Que de vray dol, que de tort et greuance Contre celluy qui en est innocent, Et qui chargé en cela ne se sent? Plus: ie suis seur que si on prend bien garde (Qui est le poinct où le plus on regarde En tel affaire) au tillet de voicture, On ne dira que c’est mon escripture; Pas ne dira aussi le voicturier (Si veritable il est et droicturier) Qu’il ayt repceu de moy balle ou ballette, Dont à grand tort si tresmal on me traicte. Ce nonobstant ie fus mys en prison, Comme ayant faict quelcque grand’trahison, Quelcque forfaict enorme et execrable, Comme du cas conuaincu et coulpable. Mais en prison ie ne feis long seiour; Car i’en sortis dès le troysiesme iour, Par le moyen de quelcque gentillesse: Moyen de DIEV, qui les siens ne delaisse A leur besoing, et qui bien les deliure, Quand à telz maulz contre droict on les liure. Touchant cela, il va fort bien pour moy, Puisque ie suys hors de captif esmoy. Reste au surplus que mon droict entendu, Droict me soit faict sur mon tort pretendu: Si que par vous ma liberté perdue, Par vous me soit semblablement rendue, Recongnoissant que par presumption Vous m’auez mys en ceste affliction; Et si elle est sans iuste fondement (Ce que voyez à l’oeil trop clairement) Raison ne veult, ny aussi equité, Que ie demeure en ceste aduersité, Errant çà, là, sans oser seiourner Dedans Lyon, où ie veulx retourner Et consumer le reste de ma vie, Maulgré aulcuns et leur meschante enuye. Si à ce bien puis vng coup paruenir, Ne craignez pas que voyez aduenir Que de ma vie vng seul liure i’imprime De l’Escripture, ou aultre telle estime. I’en suis trop saoul, et trop saoul en doibs estre, Veu qu’il m’en vient, à dextre et à senestre, Malheur, esmoy, tout encombre et dommaige, Et que i’en suys si souuent mys en caige. Bien est il vray que ne suys le premier Qui les a faictz. Tel en est coustumier, Et en imprime à Paris et Lyon Publicquement vng et vng million, Qui pour cela n’est fasché ne reprins. Seulet ie suys à qui mal en est prins, Seulet ie suys qui en porte la peine, Seulet ie suys qui en ay male estreine. Or soit loué le SEIGNEVR DIEV de tout, Grace me face ores que soys au bout De tant de maulx contre moy si pressifs, De tant d’ennuys si griefs, si excessifs. Et vous, Seigneurs, n’vsez de violence Contre mon droict et ma grande innocence: Puis que ie n’ay offensé ny mesfaict, Faictes que rien contre moy ne soyt faict. Si ne vouloys en FRANCE bien verser, Pas ne querroys si fort y conuerser; Et si i’estoys de la FRANCE party, Ie trouueroys ailleurs assez party Où ie pourroys viure en grand’ liberté Et à iamais auoir bonne seurté; Mais il m’est dur (quand à ce bien ie pense) De renoncer mon païs, sans offense. Marry seroys que le vouloir que i’ay (Si par rudesse à la fin n’est changé) De trauailler pour l’honneur des François (Et cest effort grandement i’aduançois Quand ce malheur prochainement m’aduint) A quelcque fruict et effect ne paruint. N’empeschez doncq’ cest effort glorieux: Si ie ne suys en rien pernicieux, Laissez moy viure en seurté et repos. Disons vng peu (puisqu’il vient à propos) Que me veult on? suys ie vng Diable cornu? Suys-ie pour traistre ou boutefeu tenu? Suys-ie vng larron? vng guetteur de chemin? Suys-ie vng volleur? vng meurtrier inhumain? Vng ruffien? vng paillard dissolu? Vng afronteur? vng pipeur resolu? Suys-ie mutin? suys-ie en rien oultrageux? Suys-ie à quelcqu’vng nuysible ou dommageux? Dys-ie de DIEV quelcque cas mal sonnant? Vais-ie l’honneur de mon ROY blazonnant? Suys-ie vng loup gris? suys-ie vng monstre sur terre, Pour me liurer vne si dure guerre? Suys-ie endurcy en quelcque meschant vice, Pour me trainer si souuent en iustice? Ignorez vous que maincte nation N’ayt de cecy grande admiration: Car chascun sçait la peine que i’ay prinse Et iour et nuict sur la noble entreprinse De mon estude, et comme ie polys Par mes escripts le renom des Troys Lys, Et toutesfoys de toute mon estude Ie n’ay loyer que toute ingratitude. Si vng trompeur, vng affronteur insigne, Vng grand causeur, vng faisant bonne mine S’en vient en FRANCE, et se mect à promettre Cas merueilleux sur le faict de la lettre Ou de la guerre, il est tout asseuré Qu’il n’aura pas en FRANCE demeuré Vng an sans plus qu’il n’ayt des benefices Tant qu’il vouldra, ou quelcques grands offices De touts ceulx là qu’il aura frequentés, Si qu’on diroit qu’il les a enchantés. Et moy, chetif, qui iour et nuict me tue De trauailler, et qui tant m’esuertue Pour composer quelcque ouuraige excellent Qui puisse aller la gloire reuelant Du nom françoys en tout cartier et place, On ne me faict seullement tant de grace, Qu’en bien versant en repos puisse viure, Et mon estude en liberté poursuyure. D’où vient cela? c’est vng cas bien estrange, Où l’on ne peult acquerir grand’ louange. Quand on m’aura ou bruslé ou pendu, Mis sur la roue, et en cartiers fendu, Qu’en sera-il? ce sera vng corps mort. Las! toutesfoys n’auroit on nul remord De faire ainsy mourir cruellement Vng qui en rien n’a forfaict nullement? Vng homme est il de valeur si petite? Est-ce vne mouche ou vng verms qui merite, Sans nul esgard, si tost estre destruict? Vng homme est il si tost faict et instruict, Si tost muny de science et vertu, Pour estre, ainsi qu’vne paille ou festu, Anihilé? Faict on si peu de compte D’vng noble esprit qui mainct aultre surmonte? Ie dy cecy, Seigneurs doulx et clements, Pour ce que sçay que n’estes vehements Oultre mesure à submettre à la mort Vng criminel, bien qu’il soyt chargé fort. Et si le dy sans flater ou mentir, Comme celluy qui le peus bien sentir, Lorsque i’estoys en la Conciergerye, Chargé à tort de maincte resuerie. Tant que sans craindre (et de cela i’atteste L’Omnipotent) vne longueur moleste De la prison, bien encor suys content Aller vers vous, mon bon droict racomptant. Mais en cela rien n’y a de perdu; Ie n’ay le sens si tresfort esperdu, Que par escript ne vous puisse mander Toute responce à ce que demander Vous m’eussiez peu. Or prenez doncq le cas, Que sans y estre et sans nulz aduocats, Vous aye au long remonstré ma defense. Que faut-il plus, sinon vne sentence, Vng bon arrest, qui en sens brief et court Dira comment la venerable court Du parlement de Paris me remect En mon entier, et qu’au neant el’ mect, Du tout en tout, mon emprisonnement, Sans que iamais bruict en soyt aultrement? Cela faisant, iustice vous fairez, Et d’equité grande vous vserez En releuant l’innocent de malheur, Qui ne taira iamais vostre valleur.
AUX CHEFS
DE LA IVSTICE DE LYON,
Tant en l’ordinaire qu’en la Seneschaulsée.
Content ne suis de m’estre defendu Enuers le ROY, du forfaict pretendu Prochainement contre moy à grand tort: Desir me prend, aultant grand ou plus fort, De me purger enuers vous de l’offense Qu’on me mect sus, et pour ce que ie pense Que vous croyez que pour vray suis coulpable, Veu qu’ay cherché le moyen conuenable Pour sortir hors de prison caultement, Prouuer vous veulx qu’il est tout aultrement, Si à ma preuue adiouter voulez foy, Sans vous monstrer trop bendés contre moy. Le cas est tel (si bien ne le sçauez, Ou si au vray entendu ne l’auez): Dedans Paris des liures on a prins, Les vngs repceuz, et les aultres reprins De ceste erreur qu’heretique l’on nomme. Or entre yceulx (comme l’on dict en somme) Il s’en trouua de mon impression, Bons et permis; mais leur presumption Est que le tout i’ay à Paris transmis; Et pour cela, en prison ie fus mis (Comme sçauez) vng peu à la legiere, Sans bon indice et sans preuue pleiniere, Qui est vng cas en rigueur excessif. Quoy qu’il en soit, pour cela fus captif, Bien qu’il n’y ayt sur moy aulcune prouue, Car, le tout quis et cherché, on ne trouue Que i’ay escript la lettre de voicture, Et le chartier ne dira par droicture Qu’aulcune balle il ayt de moy repceüe. Si doncq’ par haine et mauluaistié conceue, Quelqu’vng a faict ce cas ord et meschant, Est ce raison qu’on m’en aille empeschant? Quant à cela, bien me iustifieroy, Et ay espoir que tost ie prouueroy Que ce n’est moy dont prouient ce forfaict, Et que pour rien ne vouldrois l’auoir faict. Mais toutesfoys (à dire verité) I’ayme trop mieulx hors de captifuité (Et de cela ne vous vueille desplaire) Qu’en la prison pour chasser mon affaire. Car en prison plus qu’assés i’ay esté; I’y ay passé vng hyuer et esté: De mon malheur on se doibt contenter; Et si le hault i’ay prins pour m’esuenter Quelcque petit, ie dy en cest endroit Que trop rude est qui blasmer m’en vouldroit: Il fasche, enfin, tant souuent retourner En vne place, ou trop y seiourner. Mais ce n’est pas pourquoy ie vous escris; Ce n’est pourquoy la plume ores i’ay pris Pour composer ceste presente lettre, Et deuers vous par apres la transmettre. Le principal de mon intention Est vous prier, d’ardente affection, Et humblement, tant que faire le puis, Que si en rien odieux ie vous suis, Vous vueillez mettre en oubly toute haine, Et n’aggrauer mon malheur et ma peine, Ains mon bon droict entre vous soustenir, Tant que si doibs à Lyon reuenir (Ce que i’espere, et le pourchasse aussi) Et bien versant, sans aulcun mauluais si, Vous me vueilliez doulcement comporter, Et bon amour deshormais me porter. Car Lyon est où i’ay le plus d’enuie De resider et consumer ma vie, Pour la beauté et la grande excellence De son pourpris, le plus beau de la FRANCE. Et point ne croy luy faire deshonneur, Quand ie desire en repos et bon heur Y demeurer, bien viuant et sans blasme, Sans faire mal, sans faire cas infame. Or on sçait bien, et bien sçauoir se peult, Que la raison dont de moy on se deult, Et dont ie suys poursuyuy par Iustice, N’est pour forfaict et aulcun meschant vice Auquel ie soys par trop abandonné. C’est seulement que me suis addonné (Sans mal penser) depuis vng temps certain, De mettre en vente, en françois et latin, Quelcques liurets de la Saincte Escripture. Voylà mon mal, voylà ma forfaicture, Si forfaicture on la doibt appeller. Mais si au ROY il plaist me rappeller Et faire tant que de malheur me sorte, Ie suys content que le Diable m’emporte, Ou qu’on me brusle, ou qu’on me face pendre, Si pour tel cas iamais tombe en esclandre. La grace à DIEV, i’ay prou d’aultres moyens Pour m’enrichir et amasser des biens, Sans craindre plus la Iustice et sa patte, Qui de si pres me poursuict et me matte. En renonçant aux liures dessusdicts, Plus ne craindray les enuieulx mauldicts, Et si viuray entre les myens content, En composant ou bien en translatant Liures plusieurs où l’on prendra plaisir, Sans qu’il m’en vienne encombre ou desplaisir. A tant fais fin, priant le ROY des cieux Qu’il vous maintienne en ces terrestres lieux, Vous despartant longue vie et santé, Honneur et loz, et touts biens à planté.
FIN.
A
LA ROYNE DE NAVARRE,
La seule Minerue de FRANCE.
Le reconfort que nos peres antiques Auoient iadis aux gouffres Plutoniques, C’estoit que quand le Messias viendroit En ces bas lieux, tout bien leur aduiendroit, Et que bien tost sortiroient de souffrance: Pareillement ma totale esperance A esté telle en ce mien accident, Que reconfort i’auroys tout euident (Quoy reconfort?) mais pleine deliurance De mon malheur, si tu venois en FRANCE. Or y es tu auecques ce grand ROY, (Le ROY ton frere) en beau et noble arroy, Non sans grand’ioye et grand contentement De tout esprit et bon entendement; Car ie suis seur que toute ame bien née Languissoit fort, te voyant eslongnée De ce Royaulme, où tant bien tu conuiens. Mais au propos de mon faict ie reuiens. C’est toy en qui mon espoir total gist, Apres celluy qui les hault cieulx regist; C’est toy, par qui liberté puis auoir; C’est toy, sans qui ne la puis recepuoir; C’est toy, pour vray, qui tousiours as tasché Que nul ne fust contre le droict fasché. Seray ie doncq’ de ta bonté forclus? Seray ie seul de ta faueur exclus? Pas ne le croy, et pas il n’aduiendra, Car certain suis qu’à toy il ne tiendra Que liberté ne me soit tost rendue, Veu que sans crime et forfaict l’ay perdue. Doncques suiuant ta bonté singuliere, Il te plaira au ROY faire priere Qu’en mon estat premier il me remette, Et de la peine où ie suis il me iette. Ce qu’il faira, si vng coup l’en requiers, Comme d’vng cas que tout ton cueur quiers, Car est il rien, tant soit grand ou exquis, Que si le veulx, et qu’il en soit requis, Il ne t’accorde aussi ioyeusement Que l’en prieras affectueusement?
FIN.
A MONSEIGNEUR
LE REVERENDISSIME CARDINAL DE TOVRNON
Il me souuient (et m’en doibt souuenir, Si trop ingrat ie ne veulx deuenir) Comme à Moulins (sept ans a, ce me semble) Par grand amour et par faueur ensemble, Sans long delay vous me feistes ce bien De trouuer l’heure opportune et moyen Pour presenter mes deulx tomes au ROY, Luy disant lors trop plus de bien de moy Qu’il n’y auoit, et n’y a et n’y fut. Mais c’est faueur qui passe ainsi le but De verité, quand elle veult entendre Au bien d’aulcun, et sa louange estendre. Or où est elle, où est ceste faueur Que me portiez, pour vng goust et saueur Qu’auiez trouuée en ce peu de sçauoir, Qu’il auoit pleu à DIEV me faire auoir? Plus n’apparoist; non que l’ays merité, Mais il n’est nul qui ne soit incité A se changer et muer de courage, Si foy adiouste à quelcque faulx langage. Et quant à moy, ie pense fermement Que ne vous suis odieux aultrement, Sinon qu’aulcuns pleins de sens frenetiques, Contre vertu ayants tousiours la picque, Vous ont remply (en mentant) les oreilles De plusieurs cas et de grandes merueilles Touchant mon faict; mais pas ne les croirez, Et ma response à cela vous verrez. Ma response est, pour le vous dire au vray, Que i’ay vescu iusque icy, et viuray Comme chrestien, catholique et fidelle, Quoy que la langue enflammée et mezelle D’aulcuns meschants et enuieux mauldicts Me mette sus par ces villains mesdicts. Fauteur ne suis d’heresie ou erreur, Liures mauluais i’ay en hayne et horreur, Et ne vouldrois ou vendre ou imprimer Vng seul fueillet pour la loy deprimer Antique et bonne, ou pour estre inuenteur De sens peruers, et contre DIEV menteur. Si tel ie suis (comme suis pour certain) Croyre ne puis que vostre cueur haultain (Veu le vouloir que vous m’auez porté) Soit par menteurs si tresfort transporté, Que me laissiez en la peine où ie suis, Sans m’auancer en cela que poursuis. Ce que poursuis, bien l’auez entendu, C’est que vouldrois le fruict m’estre rendu De liberté. En cela vous sçauez Que grand’ puissance et moyen vous auez, Si seullement il vous plaisoit en dire Vng petit mot au grand ROY nostre Syre, Enuers lequel vous auez tel credit Que de cela vous ne serez desdit. Or faictes doncq’, Prelat plein de prudence, Que sans forfaict ie ne parte de FRANCE, Ains que ie sois au païs retenu, L’honneur duquel i’ay tousiours maintenu. Cela faisant, vous fairez vng bien tel, Qu’à tout iamais vous rendra immortel, Testifiant vostre bonté diuine, Propice à touts, et à nul mal encline.
FIN.
A SES AMYS
Bon cueur, bon cueur, c’est à ce coup Que Fortune a faict son effort Pour me dresser du mal beaucoup; Mais tousiours ie suis le plus fort, Car combien qu’elle tasche fort De ruiner ce peu de bien Que i’auoys quis par bon moyen, Toutesfois l’esprit me demeure. Parquoy oster ne me peult rien Que ne recouure en bien peu d’heure. C’est assez que l’esprit s’asseure, Et qu’il ne perd point sa constance: Victeur sera (c’est chose seure) Du monstre armé à toute oultrance. O que Vertu a de puissance! O que Fortune est imbecille! O comme Vertu la mutille, Quand elle prend le frein aux dents! Vertu n’est iamais inutille: Les effects en sont euidents. Ne plaignez doncq’ mes accidents, Amys: doulcement ie les porte, Et me ry de ces incidents; Car Vertu tousiours me conforte Tant, que i’espere faire en sorte Que Fortune à moy attachée, La premiere en sera faschée, Et que du mal bien me viendra. Ce ne sera chose cachée: Ie suys certain qu’il aduiendra.
FIN DE L’ENFER.
DEUX DIALOGUES DE PLATON PHILOSOPHE DIVIN ET SVPERNATVREL.
SÇAUOIR EST:
L’vng intitulé AXIOCHUS, qui est des Miseres de la Vie humaine et de l’Immortalité de l’Ame, et par consequence du Mespris de la Mort.
ITEM:
Vng aultre intitulé HIPPARCHUS, qui est de la Conuoytise de l’Homme touchant la Lucratifue.
LE TOUT NOUUELLEMENT TRADUICT EN LANGUE FRANÇOYSE,
PAR ESTIENNE DOLET NATIF D’ORLEANS
1544
ESTIENNE DOLET
A CEULX DE SA NATION.