Part 2
Mes ennemys, non contents et saoullés (Roy treschrestien, seul support des foullés), De m’auoir ià tourmenté quinze moys, Se sont remys à leurs premiers abboys, Pour me remettre en ma peine premiere, Si ta doulceur et bonté singuliere Ne rompt le coup de leur caulte entreprise, Que ie te veulx declairer sans faintise, Affin que Iuge en ma cause tu sois, Et puisses veoir si en rien te deçois. Ces malheureux ennemys de vertu, Creuants de dueil, qu’ayt esté rabbatu Leur grand effort, par lequel ilz cuydoient (Comment cuyder?) mais par lequel tendoient Me mettre à mort oultrageuse et villaine, Myeulx que deuant ont reprins leur halaine Pour m’opprimer à la fin laschement. Cela conclud (Sire) voicy comment Ilz ont bien sceu trouuer moyens subtilz, Et mettre aux champs instruments et outilz, Pour donner ombre à leur faict cauteleux, Et m’enroller au renc des scandaleux, Des pertinax, obstinez et mauldicts, Qui vont semant des liures interdicts. Suyuant ce but, ilz font dresser deux balles De mesme marque et en grandeur esgalles, Et les enuoyent à Paris par charroy. Prends garde icy, François, vertueux Roy; Car c’est le poinct qui te faira entendre Trop clairement l’abuz de mon esclandre. Ces deulx fardeaulx furent remplis de liures, Les vngs mauluais, et les autres deliures De ce blazon que l’on nomme heretique, Le tout conduict par grand’ ruze et praticque. Et ce fut faict, affin de mieulx trouuer L’occasion de te dire et prouuer Que c’estoit moy qui les balles susdictes Auois remply de choses interdictes. Les liures doncq’ de mon impression Estoient dans l’vne (ô bonne inuention!), Et l’aultre balle (et c’est dont on me greue) Remplie estoit des liures de Genesue, Et à l’entour, ou bien à chasque coing, Estoit escript, pour le veoir de plus loing, DOLET, en lettre assez grosse et lysable. Qu’en dictes vous, Prince à touts equitable? Cela me semble vng peu lourd et grossier, Et fusse bien vng tour de patissier, Non pas de gens qui taschent de surprendre Les innocents, pour les brusler ou pendre. Ie leur demande icy en demandant, Pour me defendre en mon droict defendant, Eusse ay ie bien esté si estourdy, Si les fardeaulx, qu’orendroit ie te dy, I’eusse enuoyés à Paris, ce grand lieu, Que n’eusse sceu trop mieulx iouer mon ieu Que de marcquer au dessus mon surnom En grosse lettre! A mon aduis, que non: Trop fin ie suys, et trop fin on me tient, Pour mon nom mettre en cela qui contient Quelque reproche; et pas ne le feroit Qui de cerueau vne bonne once auroit. Et d’aduentage: il est assez notoire, Comme d’vng cas de recente memoire, Que ie ne fais que de prison saillir. Vouldrois ie doncq’ ou mesprendre, ou faillir Si tressoubdain? Vouldrois ie retourner A faire cas qui me feist enfourner (Pour mon mesfaict) dedans la tour carrée, Ou en vne aultre encores myeulx barrée? Si vng leurier a esté eschauldé, Ou à grands coups de baston pelaudé, En faisant mal, il crainct bien de mesfaire, Pour ne tomber apres en telle affaire; Et en cela n’y a rien que Nature Qui le corrige et luy face ouuerture De ressentir que du mal vient le mal. Et moy, qui suys raisonnable animal, N’ay ie pas bien en moy la congnoissance D’euiter mal, pour n’entrer en souffrance? Ayme ie tant des prisons la langueur, Où nul esprict ne demeure en vigueur? Ayme ie tant tomber entre les mains De ces mastins concierges inhumains? Ayme ie tant (helas!) vser ma vie Comme vne beste à touts maulx asseruie? Ayme ie tant à l’appetit d’vng rien Si follement ruiner tout mon bien? Ce sont abuz où vng asne mordroit. Or, debattons leur indice et mon droict. Que disent ilz? C’est DOLET, pour certain, Qui a transmis à Paris ce butin, Car il y a de ses liures grand nombre. Est ce là tout? n’auez vous point d’aultre vmbre Pour colorer vostre maligne entente? Respondez moy. N’ay ie oncques mys en vente Des liures telz qu’à ce coup seulement? Cela est faulx, car i’ay publicquement Depuis six ans faict trein de librairie, Mettant dehors de mon imprimerie Liures nouuaulx, liures vieilz et antiques, Et pour les vendre ay suiuy les trafficques D’vn vray marchant, en vendant à chascun, Tant que souuent ne m’en demeuroit vng; Faisant cela, chascun s’en est fourny: Et moy i’en suys demeuré desgarny. Qui garde doncq, que quelqu’aultre marchant, Faisant ce trein et son proffict cherchant, Ou bien plus tost quelque enuyeux malin, Voulant sur moy desgorger son venin, N’ayt peu dresser ces deulx balles icy, Dont sans raison on me mect en soucy? Et qui plus est, la lettre de voicture Faict elle foy que c’est mon escripture? Ie sçay que non. Qui est doncques la cause Qui cest esclandre et ce trouble me cause? Ie n’en sçay point, et point n’en ay commise, Sinon que c’est malheur qui à sa guise Me va vexant et m’a ià vexé tant, Que de mes maulx deburoit estre content. Pour ces fardeaulx, les seigneurs de Paris, Fort courroucés contre moy et marrys, Sans aultre esgard despeschent vne lettre, Pour en prison soubdain me faire mettre. Ce qui fut faict, et en prison fus mys. O quel plaisir eurent mes ennemys! Aultant, pour vray, que i’eus de desplaisir Quand on me vint au corps ainsi saisir; Car à cela alors point ne pensoys, Et de crier: Le Roy boyt! m’auançoys. Brief, ie fus prins et en prison serré, Non toutesfoys aultrement resserré. Ie voys, ie viens çà et là tout pensif, Ronflant de dueil comme vng cheual poulsif, Et me despite en moy mesme trop plus, Que quand ie fus à l’aultre foys reclus, Tant aux prisons de Paris qu’à Lyon, Car i’ignoroys allors vng million De bien bons tours qu’on apprend en peu d’heure, Si aux prisons quelque temps on demeure. Mon naturel est d’apprendre tousiours; Mais si ce vient que ie passe aulcuns iours Sans rien apprendre en quelcque lieu ou place, Incontinent il fault que ie desplace. Cela fut cause (à la verité dire) Que ie cherchay (tresdebonnaire Syre) Quelcque moyen de tost gaigner le hault; Puis aulx prisons ne faisoit pas trop chault, Et me morfondre en ce lieu ie craignois En peu de temps, si le hault ne gaignois. De le gaigner prins resolution, Et auec art et bonne fiction Ie preschay tant le concierge (bon homme) Qu’il fut conclud (pour le vous dire en somme) Qu’vng beau matin irions en ma maison Pour du muscat (qui estoit en saison) Boire à plein fonds, et prendre aulcuns papiers Et recepuoir aussi quelcques deniers Qu’on me debuoit, mais que rendre on vouloit Entre les mains de Monsieur, s’il alloit A la maison, et non point aultrement. Ce qu’on faisoit pour agensissement De mon emprinse, et pour myeulx esmouuoir Le bon concierge à faire son debuoir. Et sur cela DIEV sçait si ie me fains De requerir, auecques serments maincts, Ledict Seigneur à ce qu’il ne retarde Que puisse auoir les deniers qu’on me garde. Cela promis, le lendemain fut faict, Et dès le soir feit venir (en effect) Quelcques sergents qui auec nous soupparent, Et le matin aux prisons se trouuarent: Pensez comment ie dormis ceste nuict, Et quel repos i’auois, ou quel deduict! L’heure venue au matin sur la brune, Tout droictement au coucher de la lune, Nous nous partons, cheminants deux à deux; Et quant à moy, i’estois au milieu d’eulx Comme vne espouse, ou bien comme vng espoux, Contrefaisant le marmiteux, le doulx, Doulx comme vng chien couchant ou vng regnart Qui iette l’oeil çà et là à l’escart, Pour se sauluer des mastins qui le suyuent, Et pour le rendre à la mort le poursuyuent. Nous passons l’eaue, et venons à la porte De ma maison, laquelle se rapporte Dessus la Saosne; et là venuz que fusmes, Incontinent vng truchement nous eusmes Instruict de tout et faict au badinage, Lequel sans feu, sans tenir grand langage, Ouure la porte, et la ferme soubdain, Comme remply de courroux et desdaing. Lors sur cela i’auance vng peu le pas, Et les sergents, qui ne congnoissoient pas L’estre du lieu, suyuent le myeulx qu’ilz peuuent; Mais, en allant, vne grand’ porte ilz treuuent, Deuant le nez, qui leur clost le passage. Ainsy laissay mes rossignolz en cage, Pour les tenir vng peu de temps en mue. Et lors Dieu sçait si les pieds ie remue Pour me sauluer: oncques cerf n’y feit oeuure Quand il aduient qu’vng limier le descueuure, Ny oncques lieure en campagne elancé N’a myeulx ses pieds à la course auancé. Mais quoy? doibt on pour ce me donner blasme? Ay ie forfaict? ay ie faict tour infame? Vng cordelier (homme de conscience) Le feroit bien, s’il auoit la science. Les animaulx et les oyseaulx des champs, Quand ilz sont prins, ne sont rien recherchants Que liberté: suys ie aultre qu’vne beste Ou vng oyseau qui se rompt corps et teste Pour se trouuer hors de captiuité? Venons au point. Ce qui m’a incité De me tirer hors des mains de iustice N’est point que sente en moy forfaict ou vice: Ie n’ay rien faict quant à ce qu’on m’accuse, Mais ie sçay trop comme en iustice on vse De mille tours que ie crains et redoubte. Ie sçay comment le bon droit on reboutte D’vng criminel, et comment on le traicte, Si (tant soit peu) quelqu’vng sa mort affecte, Qui ayt credit et pouuoir suffisant Pour le fascher et l’aller destruysant En biens ou corps. Car s’il ne peult venir Iusques à là qu’il luy face finir La vie, allors il trouue la cautelle De luy causer prison perpetuelle, Ou pour le moins de si longue durée, Que myeulx vauldroit que sa mort eust iurée. Car la prison est espece de mort, Ains plus que mort quand il vient au remort A vng esprit de naturel gentille, Qu’il fault que là il demeure inutile Et qu’en langueur il passe ainsi sa vie A l’appetit d’vne meschante enuye. O quel regret, quel despit, quelle rage Il vient au coeur d’vng gentil personnage, Quand il se voit sans cause ainsi vexé, Et de touts maulx sans forfaict oppressé! Quant est de moy, ie sçay que vault cela, Sçauoir le doibs: on ne le me cela Lors que i’estois entre les mains des hommes. Et sur mon doz on eust mys plus grands sommes Et plus lourds faix de toute aduersité, Si ta clemence et grande humanité N’y eust pourueu; dont ie te remercye, Et l’Eternel humblement ie supplie Qu’il te maintienne en santé longuement, Et accroyssant la FRANCE tellement, Qu’aultre que toy n’y ayt Roy en ce monde, Comme vray Roy de la machine ronde, Pour les vertuz qui en toy estincellent Trop plus qu’en aultre et qui sur touts excellent. I’ay dict mon grief, venir fault au remede. Il n’est nul mal qui le remede excede, Sinon la mort. Or quel remede doncq’ A ce forfaict que ie ne commis oncq? Le remede est (s’il vous plaist y entendre) Que vous faciez expressement defendre Au parlement de Paris qu’il desiste De me poursuyure, et contre moy n’insiste, En declairant que retenez à vous Toute ma cause, et qu’inhibez à touts La congnoissance (entres aultres) de mon cas. Lors sans babil et sans grand altercas, Ie vous diray la verité du faict, Et i’ay espoir que ce sera tost faict; Car si au monde il est vng iuste iuge, Ie vous tiens tel, et pour tel on vous iuge, Et quant à moy, du faict suys innocent. Or vng bon iuge à l’innocent consent Que de iustice il sorte nect et quicte, Et contre luy ne s’altere ou irrite. Si ce moyen assez bon ne vous semble, Ie suys d’aduis qu’en vng bloc on assemble Tout ce qu’on dict que i’ay faict et commys Touchant la foy, et que, le tout remys Et aboly iusque à heure presente, Par cy apres contre moy on n’intente Chose qui soit, sinon que de rechef, Touchant cela, feisse quelcque meschef. Quant à la foy, on ne m’accuse point, Pour ceste foys, que ie tienne vng seul poinct D’opinion erronée ou mauluaise. Mais quelcques gens ne sont point à leur aise De ce que vends et imprime sans craincte Liures plusieurs de l’Escripture Saincte. Voyla le mal dont si fort ilz se deulent, Voyla pourquoy vng si grand mal me veulent, Voyla pourquoy ie leur suys odieux, Voyla pourquoy ont iuré leurs grands dieux Que i’en mourray si de propos ne change. N’est ce pas la vne rancune estrange? Et toutesfoys rien n’est que ie ne face Pour d’vng chascun auoir la bonne grace, Car ie ne veulx pour le peuple mourir, Ny aultre mal (si ie puis) encourir. Viure ie veulx, non point comme vng pourceau, Subiect au vin et au friand mourceau; Viure ie veulx pour l’honneur de la FRANCE, Que ie pretends (si ma mort on n’auance) Tant celebrer, tant orner par escripts, Que l’estrangier n’aura plus à mespris Le nom françoys, et bien moins nostre langue, Laquelle on tient pauure en toute harengue. Quant au surplus, ie m’en deporteray, Et ton vouloir en tout ie parferay; Car s’il te plaist me defendre tout court Que, veu le bruict qui partout de moy court, Ie n’aye plus à liures imprimer De l’Escripture, on me puisse opprimer, Si de ma vie il en sort vng de moy; Et si i’en vends, tomber puisse en esmoy De mort villaine ou de flamme ou de corde, Et de bon coeur à cela ie m’accorde. C’est assez dict: ie suys trop long du tiers. Ie reuiens doncq’ à cela que ie quiers. Fais (ie te pry), Prince plein de doulceur, Prince diuin, des lettrez defenseur, Fais que ie soys par ton vouloir absouls, Et tu voiras, si bien tost me resouls, Dedans Lyon faire ma residence, Pour myeulx poulser que deuant l’eloquence, Tant en latin qu’en françoys, que mieulx i’aime Et que ie veulx mettre en degré extreme Par mes labeurs, soit comme traducteur Ou comme d’oeuure (à moy propre) inuenteur. Permettras tu que ceste voulunté Ne sorte effect par moy ià attenté? Permettras tu que ce courage honneste Ne face vng fruict de si grande requeste? Permettras tu que ce desir louable Ne mette à fin son effort proffitable? Permettras tu que par gens vicieux, Par leur effort lasche et pernicieux, Les gens de bien et les gens de sçauoir, Au lieu d’honneur, viennent à recepuoir Maulx infiniz et oultrages enormes? Il n’est pas temps, ores, que tu t’endormes, Roy nompareil, des vertueux le pere: Entends tu point, au vray, quel vitupere Ces ennemys de vertu te pourchassent, Quand les sçauantz de ton royaume ils chassent, Ou les chasser à tout le moins pretendent? Certes (grand Roy) ces malheureux entendent D’anihiler deuant ta propre face, Et toy viuant, la bienheureuse race Des vertueux, des lettres et lettrez, Qui soubs ton regne en France sont entrez, Si ta prudence à ce ne remedie: Tu le voys bien, point ne fault que le die. Mais seulement, pour ma derniere clause, Ie te priray que comme ie propose Par cy apres viure sans forfaicture, Mais en vertu et en toute droicture, Passant mes ans en l’augmentation Du bien public et decoration De nostre langue, encores mal ornée, D’aussi bon cœur ta Maiesté sacrée Me vueille oster de la peine ou ie suys, Et m’octroyer le retour que poursuys; Car viure ailleurs qu’en France ie n’espere, Et la requiers pour mon dernier repaire.
FIN
AU ROY MESMES
Le pouuoir d’vng prince est terrible, Grand, infiny, presque increable: Mais combien qu’il soit inuincible, Il ne rend vng Roy tant louable, Tant diuin, tant esmerueillable, Que clemence et humanité. Or fais doncq’ que diuinité Par clemence en toy ie congnoisse; Fais que ta haulte deité Guerisse mon extreme angoisse.
A TRESILLUSTRE
PRINCE
MONSEIGNEVR LE DUC D’ORLEANS
Honte i’aurois, et la deburois auoir (Duc, protecteur de touts gens de sçauoir) Si par ma faulte il estoit aduenu Que maintenant ie fusse reuenu A te prier, par la lettre presente, Que ta faueur (dont chascun se contente), Que ton support (qui à nully n’est clos) Me iettast hors du mal où suis enclos. Mais puisque c’est fortune qui m’en veult, I’accours à toy comme à celluy qui peult La repoulser, et me rendre deliure Des grands ennuys que tant souuent me liure. L’ennuy que i’ay (helas! pauure chetif), C’est que ie suis de la FRANCE fuitif, A tort, sans cause et sans aulcun mesfaict. Et pour le myeulx, dire te veulx le faict, Si à l’ouyr prend plaisir d’aduenture: Sache en briefs mots, Royalle geniture, Que dans Paris, depuis vng peu de temps, Ont esté prins (ainsi comme i’entens) Certains fardeaulx de liures defenduz, Qui ont esté au parlement renduz Par vng qui bien la trahison sçauoit. Or entre yceulx des miens il y auoit (I’entends des miens, de mon impression) Et pour cela on a presumption Que ces fardeaulx sont touts venuz de moy. Voylà pourquoy on me mect en esmoy; Voylà pourquoy Messieurs du parlement Ont à Lyon mandé subitement Que fusse prins, ce que ie fus pour vray. Mais de prison bien tost me deliuray, Car ie n’y fus que deux iours et demy: Et bien monstray que ne suis endormy, Quand de trouuer la maniere ie tasche De sortir hors d’vng lieu où ie me fasche. Ce n’est pas tout, Prince doux et humain: Puisque DIEV m’a voulu tenir la main A me tirer hors de captifuité, Ie vous requiers que soyez incité De faire tant vers le ROY, vostre pere, Qu’il me remette en mon premier repaire, Veu que d’offense il n’y en a aulcune, Et que ce n’est que malheur et fortune, Enuye aussi, qui ne se peult lasser De conspirer contre moy et brasser Mille tourments, mille assaults et outrages, Mille despens, mille cousts et dommages. En esperant que ce bien me fairez, Et que me mettre en seurté tascherez, Ie vous enuoye vng double de la lettre Que i’ay aussi au ROY voulu transmettre. Là congnoistrez de mon faict l’innocence, Si de l’ouyr auez la patience: Ce que vous pry humblement vouloir faire, Affin que mieulx entendiez mon affaire, Pour en parler au Roy plus seurement, Et le prier affectueusement Que son DOLET (son DOLET ie me nomme, Car sans luy seul ie ne fusse plus homme) Rappeler vueille au doulx pays de France, Et (pour tousiours) luy donner asseurance, En bien viuant, sans forfaict et sans vice, Qui soit subiect aux abboys de Iustice. Cela faisant (et sans cela aussy) L’Omnipotent ie requerray icy, Qu’aultant que fut Iules Cesar heureux, Grand en conseil, en faictz cheualeureux, Aultant, ou plus, vous soyez fortuné, Et quelque iour d’vng Empire estreiné.
FIN
AU DUC D’ORLEANS MESMES
Le pere au filz rien ne refuse, Si sa requeste n’est iniuste: Par quoy vous pouuez (sans excuse) D’vng cueur magnanime et robuste Prier le ROY de chose iuste En ma faueur: tant qu’il luy plaise Tirer l’innocent de malaise. Ie suis seur qu’il vous entendra (Car la requeste n’est mauluaise) Et ma liberté me rendra.
A MONSIEUR
LE CARDINAL DE LORRAINE
Ie n’estois pas à grand’peine sorty Hors des prisons, pas n’estoit amorty Le feu de ioye entre mes bons amis, De ce que DIEV à la fin m’auoit mis En liberté par la bonté du ROY, Que tout soubdain vng nouueau desarroy Me vint troubler. De rechef ie fus prins, Sans nul forfaict et sans auoir mesprins, Ne sçay pourquoy, sinon que l’on m’accuse (Mais faulsement et par inique ruze) Que dans Paris ay transmis quelcque balle De liures pleins d’erreur et de scandale. Quand tout est dict, point ne se trouuera (Qui de ce faict le certain cherchera) Que ce soit moy duquel vient ce forfaict. Et toutesfois prisonnier i’en fus faict, Comme coulpable; et de ce m’indignay Si asprement, que le hault ie gaignay: Tant que (DIEV grace) hors de prison ie suis. Et qu’est ce doncq’ qu’orendroit ie poursuis? C’est qu’il vous plaise au ROY bailler ma lettre, Et le prier hors de peine me mettre, Abolissant mon emprisonnement Faict sans raison et trop legierement, Si que ne sois contrainct me destourner, Ains que ie puisse à Lyon retourner, En ma maison, et poulser en auant L’art literal aussi bien que deuant. Car mon retour ne quiers à aultre fin Que pour l’honneur des lettres, et affin Que le vouloir, que i’ay grand et ardent De consumer mon aage en estendant L’honneur de FRANCE et de sa langue aussi Par mes labeurs, ne se retarde, ainsi Me dechassant à grand tort et sans cause; Car quant à moy, ie n’ay point faict la chose Dont on me charge, et ne la vouldrois faire. N’espargne donc (Prince tresdebonnaire) N’espargne point ta faueur enuers moy, Pour me tirer hors de peine et d’esmoy. Si tu le fais tousiours de plus en plus, Ie tascheray que tu ne sois forclus Du loz diuin de la Posterité, Et que ton nom ayt immortalité. Et apres DIEV et ce grand ROY de France, De toy tiendray toute ma deliurance.
A MADAME
LA DVCHESSE D’ESTEMPES