Chapter 9
Jamais par Amour n'aimera 7203 Ni Fortune ne prisera. Tel fut Socrate ferme et stable Qui fut mon ami vÈritable, Le Dieu d'Amours jamais ne crut Et pour Fortune ne se mut. Or je veux que tu lui ressembles Et que ton coeur au mien assembles; Car si ton coeur mets avec moi, Je n'attends mieux ni plus de toi. Si tu le veux, c'est chose faite, Je ne te fais qu'une requÍte; Prends la premiËre et bien feras, Et des autres quitte seras. Or ne tiens plus ta bouche close, RÈponds, feras-tu cette chose? Rien plus ne veux pour le moment; Ne me sers jamais autrement, Et laisse la passion folle Et le fol Dieu qui tant t'affole. Amour qui te fait croire en lui, Sens et mÈmoire t'a ravi, Et de ton coeur les yeux aveugle Et te fait passer pour aveugle.
Cy rÈpond l'Amant ‡ Raison.
Dame, lui dis-je, je ne puis Faire autrement que j'ai promis. Non; autrement il ne peut Ítre, Il faut que je serve mon maÓtre Qui moult plus riche me fera Cent mille fois, quand il voudra; Car il me doit bailler la Rose Si je fais bien ce qu'il m'impose,
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Ge ne priseroie trois chiches 7201 Socrates combien qu'il fust riches, Ne plus n'en quier oÔr parler. A mon mestre m'en vuel aler, Tenir li vuel ses convenans; Car il est drois et avenans, S'en enfer me devoit mener, N'en puis-ge mon cuer refrener; Mon cuer j‡ n'est-il mie ‡ moi. Onc encores ne l'entamoi, Ne ne bÈ pas ‡ entamer Mon testament por autre amer: A Bel-Acuel tout le lessai, Car tretout par cuer mon laiz sai, Et di par grant impacience Confession sans repentance: Si ne vodroie pas la Rose Changier ‡ vous por nule chose: L‡ convient que mes pensers voise. Si ne vous tieng mie ‡ cortoise, Quant ci m'avÈs coilles nomÈes, Qui ne sunt pas bien renomÈes En bouche ‡ cortoise pucele. Vous qui tant estes saige et bele, Ne sai comment nomer l'osastes, Au mains quant le mot ne glosastes Par quelque cortoise parole, Si cum prode fame parole. Sovent voi nÈis ces norrices, Dont maintes sunt baudes et nices, Quant lor enfant lavent et baingnent, Qu'el les debaisent et aplaingnent, Si les nomment-el autrement: Vous savÈs or bien se ge ment.
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Et si par lui la puis avoir, 7235 Point n'ai besoin d'un autre avoir; Je ne priserais un pois chiche Socrate, combien qu'il f˚t riche, Et n'en veux plus ouir parler. Je m'en veux ‡ mon maÓtre aller. Je lui veux tenir ma promesse Pour sa droiture et sa tendresse; En enfer me d˚t-il mener, Mon coeur se laisserait damner. Il est ‡ lui, point ne l'ignore, Ne l'entamai jamais encore, Ni pour un autre aimer, vraiment, N'entamerai mon testament. J'ai fait, en grande impatience, Confession sans repentance; A Bel-Accueil j'ai tout laissÈ, Mon legs est dans mon coeur tracÈ, Et ne voudrais ‡ vous la Rose Oncques changer pour nulle chose, Car tous mes pensers je lui dois. Mais peu courtoise je vous vois Vous qui tant Ítes sage et belle; Car bouche ‡ courtoise pucelle N'a jamais couille prononcÈ; C'est un mot l‡ fort dÈplacÈ. Je ne sais comment telle chose Vous avez pu nommer sans glose, Sans la voiler d'un mot courtois, En prude femme. Ainsi je vois, Par exemple, mainte nourrice, NaÔve gent et sans malice; Quand lave et baigne son enfant Et le va baisant, caressant,
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Lors se prist Raison ‡ sorrire, 7235 En sorriant me prist ‡ dire:
Raison.
Biaus amis, ge puis bien nomer, Sans moi faire mal renomer, Apertement par propre non Chose qui n'est se bonne non. Voire du mal sÈurement Puis-ge bien parler proprement: Car de nule riens je n'ai honte, Se tele n'est qu'‡ pechiÈ monte[54]; MËs chose o˘ pechiÈ se mÈist, N'est riens qui faire me fÈist. Onc en ma vie ne pechiÈ, N'encor ne fais-ge pas pechiÈ, Se ge nome sans metre gloses Par plain texte les nobles choses Que mes peres en paradis Fist de ses propres mains jadis; Et tous les autres estrumens Qui sunt piliers et argumens A soustenir nature humaine, Qui sans eus fust et casse et vaine. Car volentiers, non pas envis, Mist Diex en coilles et en vits Force de generacion, Par merveilleuse entencion, Por l'espece avoir tous jors vive Par renovelance naÔve. C'est par naissance rechÈable, C'est par chÈance reversable,
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Autrement ne les nomme-t-elle? 7269 Dites-moi si je mens, ma belle. Raison ‡ sourire se prit Alors, et souriant me dit:
Raison.
A bon droit, bel ami, j'appelle, Sans mÈriter nulle querelle, Franchement, de son propre nom, Chose o˘ rien n'est qui ne soit bon. De nulle chose je n'ai honte Si telle n'est qu'‡ pÈchÈ monte. Voire du mal assurÈment Puis-je bien parler proprement; Mais ne voudrais pour rien au monde Nul pÈchÈ faire ou chose immonde. Jamais de mes jours ne pÈchai, Et cÈans ne fais point pÈchÈ Quand je nomme sans mettre gloses, Et par leur nom, les nobles choses Que Dieu mon pËre en paradis, De ses propres mains, fit jadis Pour soutenir nature humaine, Qui deviendrait et faible et vaine Sans ces prÈcieux instruments, Ses piliers et ses arguments. Car Dieu, qui certes rien ne souille, Mit volontiers en vit et couille Force de gÈnÈration Par merveilleuse intention, Pour l'espËce avoir toujours vive Par rÈnovation native. Ainsi par mortel manquement Et naturel enfantement
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Par quoi Diex les fait tant durer, 7263 Qu'el ne puet la mort endurer. Ainsinc fist-il as bestes muÎs Qui par ce resont soustenuÎs: Car quant les unes bestes meurent, Les formes as autres demeurent.
L'Amant.
Or vaut pis, dis-ge, que devant, Car bien voi ore apertement Par votre parlÈure baude, Que vous estes fole ribaude: Car tout ait Diex les choses faites Que ci devant m'avÈs retraites, Les mos au mains ne fist-il mie Qui sunt tuit plain de vilonie.
Raison.
Biaus amis, dist Raison la sage, Folie n'est pas vasselage, N'onc ne fu, ne j‡ ne sera. Tu diras quanqu'il te plera, Car bien en as tens et espace De moi qui t'amor et ta grace Voil avoir, n'estuet-il douter, Car ge sui preste d'escouter Et de souffrir, et de moi taire, MËs que te gardes de pis faire, Combien qu'‡ ledengier m'acueilles. Si semble-il par fois que tu vueilles Que je te responde folie; Mais ce ne te ferai-ge mie,
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Dieu fait tout durer sur la terre 7301 MalgrÈ la mort qui tout altËre. Ainsi fit-il aux animaux Que nous voyons toujours Ègaux, Car si les uns tour ‡ tour meurent, Aux autres les formes demeurent.
L'Amant.
Vous valez, dis-je, pis qu'avant; Car je vois bien apertement, A votre lascive parole, Que vous Ètes ribaude et folle. Car si Dieu toutes choses fit, Comme l'avez ci-devant dit, Au moins les mots ne fit-il mie Qui sont tout pleins de vilenie.
Raison.
Parle, ami, tant qu'il te plaira; Jamais ne fut ni ne sera Folie un acte de courage, Me rÈpondit Raison la sage; Je t'en laisserai le loisir, Car je veux ta gr‚ce acquÈrir Et ton amour, oncques n'en doute. Aussi je reste et je t'Ècoute, PrÍte ‡ me taire, ‡ tout souffrir, Afin de pis te garantir, Combien que durement m'accueilles. C'est ‡ croire que tu me veuilles Faire rÈpondre follement. Je ne le ferai pas vraiment,
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Ge qui por ton preu te chastoi, 7293 Ne sui mie de tant ‡ toi Que tel vilonie encommence, Que ge mesdie, ne ne tence: Qu'il est voirs et ne te desplese, Tous jors est venjance mauvese; Et si dois savoir que mesdire Est encores venjance pire. Moult autrement me vengeroie, Se venjance avoir en voloie; Car se tu meffais ou mesdis, Ou par tes fais, ou par tes dis, SecrÈement t'en puis reprendre, Por toi chastoier et aprendre, Sans blasme et sans diffamement, Ou vengier nÈis autrement, Se tu ne me voloie croire De ma parole bonne et voire, Par plaindre, quant tens en seroit, A juge qui droit m'en feroit; Ou par quelque fait raisonnable Prendre autre venjance honorable. Je ne voil mie as gens tencier, Ne par mon dit desavancier, Ne diffamer nule personne, Quelqu'ele soit, mauvese ou bonne. Port chascuns endroit soi son fËs, S'il vuet, si s'en face confËs. S'il ne vuet, j‡ ne s'en confesse. Ge ne li en ferai j‡ presse. N'ai talent de folie faire Par quoi ge m'en puisse retraire, Ne j‡ nÈis n'iert par moi dite: Si rest taire vertu petite;
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Moi qui pour ton bien te ch‚tie. 7329 Assez ne te suis ennemie Pour vilainement m'abaisser A mÈdire ou me courroucer. Il est certain, ne t'en dÈplaise, Que toujours vengeance est mauvaise, Et sur ce nous serons d'accord Que mÈdisance est pire encor. Pour me venger de ton offense Je chercherais autre vengeance; Car si tu mÈfais ou mÈdis, Ou par tes faits ou par tes dits, SecrËtement t'en puis reprendre Pour te corriger et t'apprendre, Sans bl‚me et sans diffamement; Ou me venger mÍme autrement, Si tu ne voulais pas entendre Ma leÁon si sage et si tendre, En me plaignant, quand temps serait, Au juge qui droit m'en ferait; Ou par quelque fait raisonnable Prendre autre vengeance honorable. Je ne veux pas les gens tancer Ni par ma langue rabaisser, Ni diffamer nulle personne, Qui que ce soit, mauvaise ou bonne. Que chacun porte son paquet, Ou s'en confesse, s'il lui plaÓt, S'il ne veut pas, ne s'en confesse; Ce n'est pas moi, vrai, qui l'en presse. Par tel chemin n'en sortirai; Non, folie oncques ne ferai, Oncques par moi ne sera dite, Si se taire est vertu petite,
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MËs dire les choses ‡ taire, 7327 C'est trop grant dÈablie ‡ faire. Langue doit estre refrenÈe: Car nous lisons de TholomÈe[54] Une parole moult honeste Au commencier de s'Almageste, Que sages est cis qui met paine A ce que sa langue refraine, Fors sans plus quant de Diex parole; L‡ n'a-l'en pas trop de parole, Car nus ne puet Diex trop loer, Ne trop por seignor avoer, Trop criendre, ne trop obÈir, Trop amer, ne trop benÈir, Crier merci, ne graces rendre: A ce ne puet nus trop entendre, Car tous jors reclamer le doivent Tuit cil qui biens de li reÁoivent. Caton mÈisme s'i acorde, S'il est qui son livre recorde: L‡ puÈs en escript trover tu Que la premeraine vertu C'est de metre en sa langue frain[55] Donte donc la toie et refrain De folie dire et d'outrages, Si feras que preus et que sages: Qu'il fait bon croire les paiens, Cum de lor dit grans biens aiens. MËs une chose te puis dire Sans point de haÔne ne d'ire, Et sans blasme et sans ataÔne, Car fox est qui gens ataÔne, Que, sauve ta grace et ta pez, Tu vers moi, qui t'aim et t'apez,
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Dire chose qu'on doit cacher 7363 Est par trop vilement pÈcher. Langue doit Ítre refrÈnÈe, Car nous lisons dans PtolÈmÈe[54] Un mot honnÍte et moult dÈcent Son Almageste en commenÁant. Il dit: Sage est qui met sa peine A ce que sa langue refrËne, Fors lorsqu'il va de Dieu parlant, L‡ n'est jamais trop abondant. Car nul jamais Dieu trop ne loue, Pour son seigneur trop ne l'avoue, Ne le peut trop craindre et servir, Ni trop aimer, ni trop bÈnir, Crier merci, ni gr‚ces rendre; A ce nul ne peut trop entendre. Car toujours doivent l'invoquer Ceux qu'il lui plaÓt de biens combler. Caton pense la mÍme chose Et dans son livre nous l'expose. En cet Ècrit trouver peux-tu Que la souveraine vertu Est ‡ qui sa langue refrËne[55]; Dompte donc, refrËne la tienne. Il fait bon croire les paÔens, En leurs prÈceptes sont grands biens; Or comme un fol plus ne m'outrage, Tu feras comme preux et sage. Une chose dirai pourtant Sans haine et sans emportement, Sans amertume et sans querelle, Car fol est qui les gens querelle. Envers moi qui t'aime et te fais Du bien, qui ne veux que ta paix,
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Trop mesprens qui si te reveles, 7361 Qui fole ribaude m'apeles, Et sans deserte me ledenges, Quant mes peres li Rois des anges, Diex li cortois sans vilonie, De qui muet toute cortoisie, Et m'a norrie et enseignie, Ne m'en tiens ‡ mal enseignie, AinÁois m'aprist ceste maniere: Par son grÈ sui-ge coustumiere De parler proprement des choses Quant il me plest, sans metre gloses. Et quant me reveus oposer, Tu qui me requiers de gloser, Veus oposer, ainÁois m'oposes, Que tout ait Diex faites les choses, Au mains ne fist-il pas le non; Ge te respon, espoir que non; Au mains celi qu'eles ont ores, Si les pot-il bien nomer lores Quant il premierement cria Tout le monde et quanqu'il i a; Mais il volt que non lor trovasse A mon plesir, et les nomasse Proprement et communÈment, Por croistre nostre entendement: Et la parole me donna O˘ moult trËs-prÈcieux don a; Et ce que si t'ai rÈcitÈ PuÈs trover en auctoritÈ: Car Platon disoit en s'escole Que donnÈe nous fu parole Por faire nos voloirs entendre, Por enseignier et por aprendre.
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Tu montres trop d'ingratitude 7397 En m'accusant de turpitude, En m'insultant, ami, pourquoi? Car mon pËre, des anges roi, Dieu le courtois sans vilenie, De qui vient toute courtoisie, Qui m'enseigna, qui me nourrit, Et qui rien de mal ne m'apprit, M'instruisit de telle maniËre: Par son grÈ suis-je coutumiËre De parler de tout ‡ souhait Sans mettre gloses, s'il me plaÓt. Et quand, pour que j'y mette gloses, Tu dis que Dieu fit toutes choses, Mais pourtant ne fit point le nom, Je te rÈponds: c'est vrai que non, Au moins du nom dont on les nomme. Bien e˚t-il pu le faire, en somme, Quand premiËrement il crÈa Le monde et tout ce qu'il y a. Il voulut que nom leur trouvasse A mon plaisir et les nommasse Proprement et communÈment, Pour croÓtre notre entendement, Et, don prÈcieux, la parole A moi donna que tu dis folle. Mais tu peux en autoritÈ Trouver ce que t'ai rÈcitÈ; Car Platon dit en son Ècole Que Dieu nous donna la parole Pour nos volontÈs dÈsigner, Pour apprendre et pour enseigner.
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Ceste sentence ci rimÈe 7395 Troveras escripte en ThimÈe De Platon qui ne fu pas nices; Et quant tu d'autre part obices Que lait et vilain sunt li mot, Ge te di devant Diex qui m'ot, Se ge, quant mis les noms as choses, Que ci reprendre et blasmer oses, Coilles reliques apelasse, Et reliques coilles clamasse, Tu qui si m'en mors et depiques, Me redÈisses de reliques Que ce fust lais mos et vilains. Coilles est biaus mos, et si l'ains; Si sunt par foi coillon et vit, Onc nus plus biaus gaires ne vit. Ge fis les mos, et sui certaine Qu'onques ne fis chose vilaine; Et quant por reliques m'oÔsses Coilles nomer, le mot prÈisses Por si bel; et tant le prisasses, Que par tout coilles aorasses, Et les baisasses en eglises, En or et en argent assises; Et Diex qui sages est et fis, Tient ‡ bien fait quanque je fis. Comment, par le cors Saint Omer, N'oseroi-ge mie nomer Proprement les ovres mon pere? Convient-il que ge le compere? Noms convenoit-il qu'il Èussent, Ou gens nomer ne les sÈussent, Et por ce tex nons lor mÈismes, Qu'en les nomast par ceus mÈismes.
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Cette sentence ici rimÈe 7429 Tu trouveras dans le ThimÈe De Platon qui n'Ètait pas sot; Et quand tu m'objectais tantÙt Qu'il est des mots vilains sans doute, Je dis devant Dieu qui m'Ècoute: Toi qui les noms cÈans bl‚mais Qu'aux choses donnai, si j'avais Couilles reliques appelÈes Et reliques couilles nommÈes, Toi qui telle noise m'en fais, Alors reliques trouverais Un mot vilain et laid de mÍme; Couille est un beau mot et je l'aime, Comme, ma foi, couillon et vit; De plus beaux oncques nul ne vit. Je fis les mots et suis certaine De n'avoir fait chose vilaine, Et si les reliques j'avais Couilles nommÈ, tu trouverais Ce mot si beau, qu'en nos Èglises, Dans l'or et dans l'argent assises, T'en irais couilles admirer, Baiser et pieux adorer. Or Dieu, la sagesse suprÍme, Trouva bien ce que fis moi-mÍme. Par le corps du grand saint Omer, Comment, je n'oserais nommer, Ami, les oeuvres de mon pËre? Me convient-il noise lui faire? Bien fallait-il nom leur donner Pour que l'on p˚t les dÈsigner. C'est pourquoi de tels noms ces choses Avons nommÈ sans mettre gloses,
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Se fames nes noment en France, 7429 Ce n'est fors desacoustumance: Car le propre non lor plÈust, Qui acoustumÈ lor Èust: Et se proprement les nomassent, J‡ certes de riens n'i pechassent.
Acoustumance est trop poissans[56], Et se bien la sui congnoissans, Mainte chose desplest novele, Qui par acoustumance est bele: Chascune qui les va nomant, Les apele ne sai comment, Borces, hernois, riens, piches, pines, Ausinc cum se fussent espines; MËs quant les sentent bien joignans, Ne les tiennent pas ‡ poignans. Or les noment si cum el suelent, Quant proprement nomer nes vuelent. Ge ne lor en ferai j‡ force; MËs ‡ riens nule ne m'efforce, Quant riens voil dire apertement, Tant cum ‡ parler proprement. Si dist-l'en bien en nos escoles Maintes choses par paraboles, Qui moult sunt beles ‡ entendre; Si ne doit l'en mie tout prendre A la letre quanque l'en ot. En ma parole autre sens ot, Dont si briÈment parler voloie, Au mains quant des coilles parloie, Que celi que tu i vuÈs metre: Et qui bien entendroit la letre,
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Pour que de ces noms seulement 7463 On les nomm‚t, pas autrement. Si point ne les nomment en France Les dames, c'est faute d'usance, Et le propre nom leur plairait Si telle la coutume Ètait, Car nommer par son nom la chose Ne serait lors de pÈchÈ cause. Coutume est un lien puissant[56], Et si la suis bien connoissant, Mainte chose dÈplaÓt nouvelle Qui par accoutumance est belle. Chacune qui les va nommant Les appelle ne sais comment, Bourses, harnais, pieux, choses, pines, Comme si c'Ètait des Èpines; Mais quand elle les sent tout prËs Du piquant ne se plaint jamais. Suivant son habitude, en somme, Chacune par un nom les nomme. Je ne veux pas leur reprocher; Mais moi, quand je veux m'attacher A clairement dire une chose, Je ne saurais y mettre glose. En nos Ècoles maint savant Dit en paraboles souvent VÈritÈs belles ‡ entendre; Mais il ne faudrait pas tout prendre A la lettre ce qu'on ouÔt. En mon discours autre sens gÓt Que celui que tu veux y mettre. C'Ètait pour mon penser Èmettre Plus bref, quand des couilles parlais; Mais si bien la lettre entendais,
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Le sens verroit en l'escripture 7461 Qui esclarcist la chose oscure. La vÈritÈ dedens reposte Seroit clere, s'ele iert esposte: Bien l'entendras, se bien rÈpetes Les argumens as grans poÎtes; L‡ verras une grant partie Des secrÈs de philosophie, O˘ moult te voldras dÈliter, Et si porras moult profiter. En dÈlitant profiteras, En profitant dÈliteras: Car en lor gieus et en lor fables Gisent profit moult delitables, Sous qui lor pensÈes covrirent, Quant le voir des fables ovrirent: Si te convendroit ‡ ce tendre, Se bien vuÈs la parole entendre. MËs puis t'ai tiex deus mos rendus, Se tu les as bien entendus, Qui pris doivent estre ‡ la letre Tout proprement, sans glose metre.
L'Amant.
Dame, bien les i puis entendre, Qu'il i sunt si lÈgiers ‡ prendre, Qu'il n'est nus qui franÁois sÈust, Qui prendre ne les i dÈust. N'ont mestier d'autres dÈclarences, Mais des poÎtes les sentences, Les fables et les mÈtafores Ne bÈ-ge pas ‡ gloser ores; MËs se ge puis estre garis, Et li servises m'iert meris,
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Le sens verrais en l'Ècriture 7497 Qui Èclaircit la chose obscure. LËve le voile o˘ vÈritÈ Se cache et verras sa clartÈ; Bien l'entendras si tu rÈpËtes Les arguments des grands poËtes, Et tu pourras en profiter, Tout en sachant te dÈlecter. Car l‡ verras en grand' partie Les secrets de philosophie; En profitant t'amuseras, En t'amusant profiteras. Car en leurs jeux comme en leurs fables Gisent profits moult dÈlectables, Quand ils vont leurs pensers couvrant Dessous un voile transparent, Et c'est ce que tu peux apprendre Si bien veux la parole entendre. Mais depuis t'ai deux mots rendus Si tu les as bien entendus, Qui doivent pris Ítre ‡ la lettre, Tout proprement sans glose y mettre.
L'Amant.
Dame, qui sait bien son franÁais Les doit comprendre ou bien jamais; Aussi je crois bien les entendre, Car ils sont aisÈs ‡ comprendre. Pas n'ai besoin d'autres raisons; Des poËtes les fictions, Fables, sentences, paraboles, Ne veux point gloser en Ècoles. Je gloserai tout ‡ loisir (Si Dieu mon coeur daigne guÈrir
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Dont si haut guerredon atens, 7493 Bien les gloserai tout ‡ tens, Au mains ce qui m'en afferra, Si que chascuns cler i verra. Si vous tieng por bien escusÈe De la parole ainsinc usÈe, Et des deus mos dessus nomÈs, Quant si proprement les nomÈs, Qu'il ne m'i convient plus muser, Ne mon tens en gloses user. MËs ge vous cri por Dieu merci, Ne me blasmez plus d'amer ci: Se ge sui fox, c'est mon damage; MËs au mains fis-ge lors que sage, De ce cuit-ge bien estre fis, Quant hommage ‡ mon mestre fis; Et se ge sui fox, ne vous chaille. Je voil amer, comment qu'il aille, La Rose o˘ ge me sui voÈs. J‡ n'iert mes cuers d'autre doÈs; Et se m'amor vous prometoie, J‡ voir promesse n'en tendroie. Lors si seroie dÈcevierre Vers vous, ou vers mon mestre lierre, Se je vous tenoie convent; MËs ge vous ai bien dit souvent Que ge ne voil aillors penser Qu'‡ la Rose o˘ sunt mi penser[57]: Et quant aillors penser me faites Par vos paroles ci retraites Que ge sui j‡ tous las d'oÔr, J‡ m'en verrez de ci foÔr, Se ne vous en taisiez atant, Puis que mes cuers aillors ne tent.
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Et si de ma longue constance 7529 Il me donne la rÈcompense), Au moins sur ce qui m'adviendra, Tant que chacun clair y verra. Je vous tiens pour bien excusÈe D'avoir tant votre langue usÈe Et des deux mots ci-haut nommÈs Et si proprement exprimÈs. Aussi dËs lors plus je ne muse, Ni mon temps ‡ gloser je n'use. Pour Dieu, je demande merci, Cessez de me bl‚mer ainsi. Si je suis fol, c'est mon affaire; Mais du moins je croyais bien faire, De ceci je suis s˚r, le jour O˘ fis hommage au Dieu d'Amour. Si je suis fol, n'en prenez peine, Je veux aimer, quoi qu'il advienne, La Rose ‡ qui me suis donnÈ, Mon coeur par elle est dominÈ. Si je vous donnais ma tendresse, J'enfreindrais alors ma promesse; Je serais envers vous trompeur, Ou bien vers mon maÓtre voleur, Si j'acceptais telles avances. J'ai dit en maintes circonstances Que ne voulais ailleurs penser, Qu'‡ la Rose est tout mon penser[57], Et si penser ailleurs me faites Par vos paroles indiscrËtes Que je suis ennuyÈ d'ouÔr, Vous me verrez d'ici m'enfuir Si ne voulez faire silence, Puisqu'elle est ma seule espÈrance.
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XLIII
Comment Raison laisse l'Amant 7527 MÈlancolieux et dolant, Puis s'est tournÈ devers Amis Qui en son cas confort a mis.
Quant Raison m'ot, si s'en retorne, Si me relest pensant et morne. Adonc d'Amis me resovint, Esvertuer lors me convint. Aler y voil ‡ quelque paine, Es-vos Amis que Diex m'amaine; Et quant il me vit en ce point, Que tel dolor au cuer me point:
Amis.
Qu'est-ce, dist-il, biaus dous Amis, Qui vous a en tel torment mis? Bien voi qu'il vous est meschÈu, DËs que vous voi si esmÈu; MËs or me dites quex noveles.
L'Amant.
M'aÔt Diex, ne bonnes, ne beles.
Amis.
ContÈs moi tost.
L'Amant.
Et ge li conte, Si cum avÈs oÔ o˘ conte: J‡ plus ne vous iert recordÈ.
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XLIII
Comment Raison lors sans rÈplique 7563 Laisse l'Amant mÈlancolique; Il s'en retourne vers Ami Qui son courage a raffermi.
A ces mots Raison interdite Pensif et morne l‡ me quitte, Soudain d'Ami me ressouvient Et d'aller ‡ lui me convient. Je m'y dÈcide non sans peine; Mais le voici, Dieu me l'amËne, Et quand il voit quelle douleur Tourmente et dÈchire mon coeur:
Ami.
Doux Ami, dit-il, quelle peine Derechef ainsi vous malmËne? Car bien vois ‡ votre p‚leur Qu'il vous est arrivÈ malheur; Voyons, dites, quelles nouvelles?
L'Amant.
Dieu m'assiste, bonnes ni belles!
Ami.
Parlez donc.
L'Amant.
Lors je lui contai Ce que j'ai plus haut racontÈ, Pas n'est besoin que je le die.
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Ami.