Chapter 19
Si tracer veut dire gÈnÈralement: suivre ‡ la trace, traquer, il signifie aussi: aller, marcher, courir de Á‡ de l‡, sens qu'il a conservÈ jusqu'‡ nous dans la langue populaire de l'OrlÈanais, et mÍme dans la langue classique (voir LittrÈ). Quant ‡ pourchasser, il n'a jamais signifiÈ: procurer.
La traduction littÈrale de ces deux vers est:
Ceux qui voyagent pour une vaine gloire: La mort de leurs ‚mes ils pourchassent.
Note 26, pages 68-69.
Vers 5351-5372. De plus, M. Francisque Michel a commis une erreur des plus graves. Il Ècrit:
La mort de lor ames porchacent DecÈus et tex decevierres.
MÈon met:
La mort de lor ames porchacent. DecÈus est tex decevierres.
Nous ferons remarquer combien le moindre changement [p. 407] dans la ponctuation et l'orthographe est souvent dangereux. En effet, MÈon fait dire ‡ Jehan de Meung: _Ils_ (ces prÍcheurs) _pourchassent la mort de leur ‚me; mais ces trompeurs se trompent eux-mÍmes_. M. Francisque Michel dit: _Trompeurs et trompÈs, chacun poursuit la mort de son ‚me_. Il rend ainsi responsables, vis-‡-vis de Dieu, les malheureux ÈgarÈs par des imposteurs. Or, dans la bouche de Jehan de Meung, cette parole serait une monstruositÈ, une rÈfutation inexplicable de son oeuvre tout entiËre.
Note 27, pages 74-75.
Vers 5439-5463.
_Dives divitias non congregat absque labore_ _Non tenet absque metu, non desinit absque dolore_.
Note 28, pages 80-81.
Vers 5550-5574. _Aides_, aide, secours; par extension: aides, impÙts.
Nous saisissons l'occasion de montrer une fois de plus combien, pour juger un ouvrage, il est nÈcessaire de l'Ètudier ‡ fond, et qu'un mot mal compris peut entraÓner ‡ de graves erreurs.
Nous avons sous les yeux la _Satire au moyen ‚ge_ de M. Lenient. Jehan de Meung, classÈ comme Ècrivain du XIVe siËcle, y est jugÈ en quatorze pages. Ce chapitre commence ainsi:
´Au XIIIe siËcle, la satire n'a rien encore de menaÁant; elle se joue autour de la sociÈtÈ; elle secoue en riant sa marotte devant les grands seigneurs, les abbÈs mitrÈs, les moines bien nourris, [p. 408] les bÈguines aux larges robes, mais sans colËre, sans passion de dÈtruire; elle peut dire aussi:
En moi n'a ne venin ne fiel.
´Dans l'‚ge suivant, elle devient plus provocante et plus audacieuse; elle ne se contente plus de railler ce monde qui l'entoure; elle lui dÈclare la guerre. L'oeuvre de Jehan de Meung est moins une suite qu'une contre-partie de celle de Guillaume de Lorris. Guillaume Ècrit pour plaire ‡ sa dame, Jehan pour servir la politique envahissante et novatrice de Philippe-le-Bel. HÈritier de Guyot et de Ruteboeuf, il joint ‡ la vieille malice gauloise l'humeur querelleuse et hautaine d'un libre-penseur moderne. Le droit d'insurrection et la cÈlËbre thÈorie du refus de l'impÙt, ressuscitÈ de nos jours par M. de Genoude, n'y est pas moins clairement enseignÈe.
....Quant il vodront Lor aides au roi toldront. ...._Quand ils voudront_ _Les impÙts au roi refuseront_.ª
Il n'est guËre possible d'accumuler plus d'erreurs en si peu d'espace.
Pour faire un travail aussi considÈrable que _l'Histoire de la satire en France du XIe au XVIe siËcle_, pour Ètudier et connaÓtre ‡ fond tous les ouvrages de notre ancienne littÈrature, la vie d'un homme ne saurait suffire, et nous ne sommes point ÈtonnÈ que que M. LÈnient n'ait pu en faire qu'une Ètude superficielle. Son ouvrage ne doit donc Ítre consultÈ qu'‡ titre de curiositÈ littÈraire; mais admettre comme articles de foi toutes ses conclusions serait au moins imprudent.
[p. 409] En effet, M. LÈnient nous montre Jehan de Meung comme l'hÈritier de Ruteboeuf, qui Ècrivit sous saint Louis et Philippe III, et vÈcut mÍme, dit-on, jus-qu'en 1310, sous Philippe-le-Bel.
Ces deux auteurs seraient, selon nous, contemporains. De plus, nous ne saurions admettre que l'oeuvre de Jehan de Meung f˚t la contre-partie de celle de Guillaume de Lorris. A peine quelques contradictions de dÈtail pourraient-elles Ítre relevÈes.
Quant ‡ ce fameux refus de l'impÙt, c'est probablement une chimËre de M. LÈnient. Nous avouons que l'emploi de ce mot au pluriel doit Ítre considÈrÈ comme un arme ‡ deux tranchants, et que plus d'un contemporain dut Ítre tentÈ de le traduire selon sa fantaisie. Mais nous ne croyons pas que Jehan de Meung, un noble, e˚t osÈ, de son temps, Èriger en systËme une pareille maxime. Aussi nous ne voulons y voir que le mot _aide, assistance_, terme plus large, qui laisse plus de marge ‡ l'interprÈtation, et ne pouvait passer pour sÈditieux.
Enfin le _Roman de la Rose_ est antÈrieur de quelques annÈes au rËgne de Philippe-le-Bel, puisqu'il fut Ècrit entre 1270 et 1280, et l'on conviendra que prÍcher le refus de l'impÙt e˚t ÈtÈ bien mal servir la politique de ce roi toujours ‡ court d'argent.
Note 29, pages 102-103.
Vers 5846-5872. Virginie, fille de Lucius Virginius, tribun militaire ‡ Rome. Elle avoit ÈtÈ fiancÈe ‡ Lucius Icilius, autrefois tribun du peuple; mais Appius Claudius, le dÈcemvir, Ètant devenu amoureux de cette fille, suborna un certain M. Claudius [p. 410] pour la revendiquer comme une esclave qui Ètoit nÈe dans une de ses maisons, et qui avoit ÈtÈ vendue ‡ la femme de Virginius. Le dÈcemvir, devant qui la contestation fut portÈe, ne manqua pas d'adjuger Virginie ‡ celui qui la redemandoit, et qui devoit la lui remettre ensuite. Virginius voulant prÈvenir la honte de sa fille, lui plongea un couteau dans le sein. Cet accident souleva le peuple, et fut cause qu'on abolit la puissance des dÈcemvirs, l'an de la fondation de Rome 304, pour Ètablir le gouvernement consulaire. Appius fut mis en prison; mais il Èchappa au supplice qu'il mÈritoit, en avalant une dose de poison. (Lantin de Damerey.)
Note 30, pages 106-107.
Vers 5922-5948. Marcus Anneus Lucanus, poËte de Cordoue en Espagne, auteur de la _Pharsale_.
Note 31, pages 110-111.
Vers 5996-6022. M. Francisque Michel traduit _commans-ge_ par _commencÈ-je._ C'est une erreur; le sens est _commandÈ-je_.
Nous ferons remarquer ici que tous les vers compris entre le 5986e et le 7216e ont ÈtÈ rajoutÈs aprËs coup. L'apostrophe de l'Amant ‡ Raison pour lui reprocher ce fameux mot ´si mal placÈ en bouche ‡ courtoise pucelle,ª est Èvidemment coupÈ en deux par un hors-d'oeuvre de 1230 vers qui n'ajoute aucun intÈrÍt ‡ l'action.
[p. 411] Note 32, pages 110-111.
Vers 6000-6026.
_Dum vitant stulti vitia, in contraria currunt_. (Horat., _Satyr_., II, lib. 22.)
Note 33, pages 118-119.
Vers 6109-6137. Socrates eut pour pËre Sophonisques, tailleur de pierres, et pour mËre Phenecrate, qui Ètoit sage-femme. Il naquit sur la fin de l'an 114 de l'Ëre philosophique; il fut disciple d'Archela¸s. La philosophie dont il fit profession fut souvent mise ‡ l'Èpreuve, par la mauvaise humeur de Xantipe et de Myrthon, ses deux femmes. Plusieurs traits de modÈration, qui ne peuvent Ítre placÈs ici, lui mÈritËrent ce glorieux tÈmoignage de la part d'Apollon, qu'il Ètoit le seul de tous les hommes ‡ qui l'on p˚t donner le nom de Sage.
_Mortalium unus Socrates vere sapit_.
Cette justice rendue ‡ Socrates lui co˚ta la vie, comme on peut le voir dans Diogenes LaÎrce, livre second. (Lantin de Damerey.)
Note 34, pages 118-119.
Vers 6119-6147. Jules Solin, grammairien latin, a composÈ un ouvrage intitulÈ: _Polyhistor_, qui est un recueil des choses mÈmorables que l'on voit dans divers pays. (Lantin de Damerey.)
[p. 412] Note 35, pages 120-121.
Vers 6131-6159. HÈraclite fut un philosophique qui ne pouvoit sortir de sa maison sans que les sottises des hommes lui fissent verser des larmes; bien diffÈrent de DÈmocrite son contraste, pour qui ces mÍmes sottises Ètoient un divertissement. HÈraclite, si l'on en croit Suidas, fut dÈvorÈ par des chiens pendant qu'il dormoit au soleil. (Lantin de Damerey.)
Note 36, pages 124.
Vers 6193. _Cotissent_, brisent. On dit encore, en Beauce et dans l'OrlÈanais, _cotir_ pour meurtrir un fruit.
Note 37, pages 124.
Vers 6203. _Doutable_ veut dire _redoutable_. C'est sans doute pour qu'on ne s'y trompe pas que M. Francisque Michel a Ècrit _redoutable_, faisant un vers faux.
Note 38, pages 134-135.
Vers 6370-6398. A l'exemple des Orientaux, nos ancÍtres attribuaient aux pierres prÈcieuses des vertus plus ou moins efficaces. Marbode, ÈvÍque de Rennes, mort en 1123, a composÈ un poËme latin, dans lequel il dÈcrit soixante et une de ces pierres, et parle de leur nature, de leurs qualitÈs et des propriÈtÈs qu'on leur accordait alors. Il l'annonce comme la version d'un traitÈ d'Evax, roi d'Arabie, [p. 413] qui l'avait composÈ pour NÈron, empereur romain. (Francisque Michel.)
Note 39, pages 142.
Vers 6487. _MaufÈ_. C'est le nom qu'on donnoit au diable dans les vieux romans, soit parce que les peintres reprÈsentent les diables horribles et contrefaits, ou ‡ cause de la mÈchancetÈ que les diables ont en partage.
Les PËres de l'…glise, ‡ l'exemple des premiers chrÈtiens, avoient une telle horreur pour le diable, qu'ils se faisoient un scrupule de le nommer, ne lui donnant point d'autre nom que celui de _malus_, qui veut dire _mauvais_ ou _malin_; de l‡ vient que plusieurs personnes prÈtendent que le _libera nos ‡ malo_ de l'Oraison dominicale ne signifie autre chose que: dÈlivrez-nous du malin ou du mauvais, qui vient de _mauffez_, c'est-‡-dire qui fait du mal. (_Observations sur l'histoire de saint Louis_, par du Cange.) Diez et LittrÈ n'acceptent pas cette Ètymologie de _mauvais_.
Note 40, pages 150-151.
Vers 6631-6663. Claudius, c'est Claudien (Claudianus), poËte latin qui vivoit dans le IVe siËcle, sous l'empire de ThÈodose, et de ses fils Arcadius et Honorius. Ce que Jehan de Meung lui fait dire de l'ÈlÈvation et de l'abaissement des mÈchants est tirÈ des vers de ce poËte, faussement attribuÈs ‡ Horace:
_Jam non ad culmina rerum_ _Injustoi crevisse queror. Tolluniur in altum,_ _Ut lapsu graviare ruant_.
(Lantin de Damerey.)
[p. 414]
Note 41, pages 156-157.
Vers 6738-6770. SuÈtone (Tranquille) a Ècrit la vie des douze CÈsars; il vivoit sous les empereurs Trajan et Adrien, et fut secrÈtaire d'…tat de ce dernier. On a encore de SuÈtone un livre des grammairiens illustres et un des rhÈteurs. (Lantin de Damerey.)
Note 42, pages 158-159.
Vers 6760-6792. L'auteur se trompe ici sur la durÈe du rËgne de NÈron, qui ne fut que de treize ans sept mois et vingt-sept jours. Cependant cette erreur pourrait bien venir des anciens copistes. (L.D.D.)
Note 43 pages 158-159.
Vers 6769-6801. CrÈsus, cinquiËme et dernier roi de Lydie, de la famille des Mermnades; son rËgne finit l'an 3510 du monde, 544 avant J.-C.
On ne sait point au vrai quand il mourut: l'histoire dit qu'il Èchappa, par une espËce de prodige, ‡ l'arrÍt que Cyrus avoit prononcÈ contre lui. Il Èvita aussi la mort que Cambyse vouloit qu'on lui fÓt souffrir. HÈrodote, qui a Ècrit la vie de CrÈsus, ne dit pas un mot de sa mort; dËs lors, on a raison d'Ítre surpris que Jehan de Meung, qui vouloit donner de l'autoritÈ aux songes, ait si mal fait expliquer par Phanie celui de son pËre, puisqu'il n'est pas vrai qu'il ait ÈtÈ attachÈ ‡ une potence, ni qu'il y soit mort.
[p. 415]
Ce roi de Lydie, qui croyoit Ítre le plus puissant de tous les monarques et le plus heureux des hommes, vantoit son bonheur ‡ Solon; ce sage lui rÈpondit qu'il ne falloit pas juger de la fÈlicitÈ de l'homme par le cours de sa vie, mais qu'il falloit en attendre la fin.
_Ultima semper_ _Expectanda dies hominis, dicique beaius_ _Ante obitum nemo, supremaque funera debet_. (Ovid., _MÈtamorph_., lib. 3.)
(Lantin de Damerey.)
Note 44, pages 168.
Vers 6907 et 6908. Le lecteur remarquera que ces deux vers ne sont pas traduits. Ils n'Ètaient pas du reste bien nÈcessaires.
Dans tout le cours de cette traduction, nous avons tenu ‡ reproduire l'original vers pour vers. Nous avions mÍme un instant pensÈ ‡ faire des rimes libres comme nos deux romanciers. Mais, aprËs un essai qui ne nous satisfaisait point, nous avons cru devoir nous conformer aux rËgles de la versification moderne. Ne pouvant conserver ‡ la vieille langue romane son harmonie incomparable, pour racheter ce dÈfaut, autant que possible, nous avons adoptÈ les rimes croisÈes, difficultÈ inouÔe, qui nous fit regretter plus d'une fois notre dÈtermination et faillit mÍme nous faire abandonner notre travail. Mais c'Ètait une compensation. Aussi, en maints endroits, soit pour conserver des pÈriodes entiËres, soit pour rÈparer des fautes d'inadvertance dans la distribution de nos rimes, avons-nous eu recours ‡ divers [p. 416] moyens. «‡ et l‡, mais bien rarement, et quand le sens le permettait, nous avons passÈ un vers ou deux. Le plus souvent nous avons adoptÈ les transpositions de distiques ou, au mÈpris de la concision, dÈlayÈ quelques phrases, de faÁon ‡ regagner deux vers. La clartÈ parfois y trouvait son compte, et nous n'en avons jamais abusÈ, car il n'y a guËre que 200 vers de diffÈrence entre la traduction et l'original, qui contient plus de 22,500 vers.
Note 45, pages 168-169 _et_ 170-171.
Vers 6921-6951 et 6940-6971. Conradin Ètoit petit-fils de l'empereur FrÈdÈric II et fils de Conrad, qui avoit laissÈ la rÈgence du royaume de Sicile ‡ Mainfroy, fils naturel de FrÈdÈric. Le rÈgent usurpa le royaume sur son neveu Conradin. Charles, duc d'Anjou, ‡ qui Urbain IV avoit donnÈ l'investiture, livra bataille ‡ Mainfroi l'an 1266. Cet usurpateur fut vaincu, et on le trouva sur le champ de bataille au nombre des morts.
Conradin, surpris que le pape Urbain et ClÈment IV, son successeur, eussent disposÈ d'un bien qui ne leur appartenoit par aucun droit, mit une armÈe sur pied. Charles vint au devant de lui lorsqu'il entrait dans la Sicile, et lui donna bataille au champ du Lis, l'an 1268. Conradin se sauva avec FrÈdÈric son cousin; mais ils furent arrÍtÈs quelques jours aprËs, et condamnÈs ‡ mort par les syndics des villes du royaume, comme perturbateurs du repos de l'…glise; en consÈquence, ils eurent la tÍte coupÈe sur l'Èchafaud, au milieu de la ville de Naples, l'an 1269. (Lantin de Damerey.)
[p. 417] Note 46, pages 170-171.
Vers 6967-6997. _Haves_, salue, donne le bonjour. On se servoit anciennement de ce terme en jouant aux Èchecs; et au lieu de dire, comme ‡ prÈsent: Èchec au roi, on lui disoit: _havÈ_.
´Dans la description du bal en forme de tournoi, qui fut donnÈ en prÈsence de _la Quinte_, lorsque le roi Ètoit en prise, il n'Ètait point permis de le prendre; mais on devoit, en lui faisant une profonde rÈvÈrence, l'avertir, en lui disant: _Dieu vous garde_; et lorsqu'il ne pouvoit Ítre secouru, il n'Ètoit pour cela pris de la partie adverse, mais saluÈ le genoux en terre, lui disant: _bon jour_. L‡ Ètoit la fin du tournoi.ª (_Pantagruel_, liv. V, chap. 24.) (Lantin de Damerey.)
Note 47, pages 172-173.
Vers 6976-7006. _…checs_. Jehan de Meung prÈtend que ce jeu fut inventÈ par Attalus, mathÈmaticien dont on ignore le siËcle; d'autres attribuent cette invention ‡ PalamËde, pendant le siÈge de Troie. On en fait aussi honneur ‡ un certain DiomËde, qui vivoit du temps d'Alexandre. FrËre Jean de Vignay, dans son _TraitÈ de la moralitÈ de l'Èchiquier_, dit que le jeu des Èchecs fut inventÈ par un roi de Babylone, et que depuis, ce jeu fut portÈ en GrËce, ainsi que DiomËde le Grec en fait foi dans ses livres anciens. JÈrÙme Vida, dans son poËme sur les Èchecs, a feint que l'OcÈan, qui avoit jouÈ de tout temps sous l'onde avec les Nymphes marines, apprit ce jeu aux Dieux cÈlestes qui assistËrent aux noces de la Terre, et [p. 418] que dans la suite Jupiter ayant dÈbauchÈ Scacchide, nymphe d'Italie, il lui enseigna ce jeu pour prix des faveurs qu'elle lui avoit accordÈes; et qu'enfin cette fille, qui lui donna son nom, l'apprit aux hommes.
Sarrazin, dans sa curieuse dissertation sur ce jeu, croit que les Indiens l'apprirent aux Persans, ceux-ci aux MahotnÈtans, et que ce fut par le moyen de ces derniers que ce jeu passa en Europe.
On y jouoit en France du temps de Charles-Magne: on voyoit dans le TrÈsor de Saint-Denis les Èchecs de ce prince. A juger par leur taille de la grandeur de l'Èchiquier, je ne suis point surpris si Charlot, fils de Charles-Magne, en cassa la tÍte ‡ Beaudoin, fils d'Ogier le Danois, ‡ cause de l'ascendant qu'il avoit sur lui. Cette brutalitÈ de Charlot fut cause d'une guerre qui dura plus de sept ans. (_Roman d'Ogier le Danois_, chap. 16.)
M. La Mare, auteur de l'excellent _TraitÈ de la police_, remarque qu'en 1254, saint Louis dÈfendit le jeu des Èchecs; ´peut-Ítre, ajoute-t-il, parce que ce jeu est trop sÈrieux, et jette le corps en langueur par une trop grande application de l'esprit.ª C'est dans les principes de ce prince que Montaigne disoit, en parlant de ce jeu: ´Je l'hai haÔ et fui, de ce qu'il n'est pas assez jeu, et qu'il nous Èbat trop sÈrieusement, ayant honte d'y fournir l'attention qui suffiroit ‡ quelque bonne chose.ª (Lantin de Damerey.)
On conservoit au garde-meuble un jeu d'Èchecs en cristal, garni en or, qui avoit ÈtÈ donnÈ, dit-on, au roi saint Louis par le Vieux de la Montagne; mais ayant ÈtÈ donnÈ en paiement ‡ un fournisseur plus curieux d'argent que d'antiquitÈs, il le fit vendre ‡ l'hÙtel de Bullion en 1795. (MÈon.)
[p. 419] Note 48, pages 172-173.
Vers 6978-7010. _Attalus Asiaticus, si gentilium creditur historiis, hanc ludendi lasciviam dicitur invenisse ab exercito numerorum, paululum deflexa materia_. (Joan Saresburiensis, _Policraticus_, lib. I, cap. V.)
Note 49, pages 174-175.
Vers 7016-7048. Marseille se rÈvolta contre Charles d'Anjou, en 1262, pour la seconde fois. Boniface de Castellane, chef de la rÈvolte, eut la tÍte tranchÈe, quoi qu'en dise Gaufredi en son _Histoire de Provence_. (Lantin de Damerey.)
Note 50, pages 176-177.
Vers 7053-7086. _…cuba_, c'est HÈcube, femme de Priam, roi des TroÔens. AprËs la ruine de la capitale, on la trouva cachÈe dans l'endroit o˘ ses fils avoient ÈtÈ enterrÈs. Ulisses la fit arracher de ces lieux, et la fit conduire comme sa prisonniËre et son esclave. Avant son dÈpart, elle avala les cendres de son fils Hector, tuÈ par Achilles; et comme la fortune ne lui avoit laissÈ que des larmes et des cheveux blancs, elle en fit un sacrifice, et les rÈpandit au lieu de fleurs sur le tombeau de son fils.
Jamais infortunes n'ÈgalËrent celles de cette princesse. Elle eut la douleur de survivre ‡ la perte de Priam son Èpoux, de sa fille Cassandre, de son fils Hector. Elle vit tomber son autre fils Polidor sous les coups de Polymnestor, roi de Thrace. PolixËne [p. 420] sa fille fut sacrifiÈe aux m‚nes d'Achilles, que P‚ris avoit tuÈ. P‚ris, ‡ son tour, mourut des blessures qu'il avoit reÁues en se battant avec Ajax, qui avoit eu la tÈmÈritÈ de violer la pauvre Cassandre dans le temple de Pallas. (Ovide, _MÈtamorph_., liv. XII.) (Lantin de Damerey.)
Note 51, pages 176-177.
Vers 7056-7089. Sisigambis Ètoit la mËre de Darius. Cette princesse Ètant tombÈe entre les mains de ses ennemis, aprËs la dÈfaite de son fils, elle fut traitÈe par Alexandre avec tous les Ègards qui Ètoient dus ‡ son rang. Aussi fut-elle plus sensible ‡ la mort de ce conquÈrant qu'‡ celle de son propre fils; et cette princesse, qui avoit eu la force de survivre ‡ la perte de Darius, eut honte de voir la lumiËre aprËs qu'Alexandre en eut ÈtÈ privÈ. (Lantin de Damerey.)
Note 52, pages 178-179.
Vers 7097-7129. Voyez le 24e livre de _l'Iliade_, o˘ Achille dÈbite ce conte au bon roi Priam, pour le consoler de la mort de son fils Hector. (Lantin de Damerey.)
Note 53, pages 180-181.
Vers 7107-7139. _Piment_, boisson composÈe de miel et de certaines Èpices (c'est la cannelle); elle ressemble fort ‡ l'hypocras. Il est parlÈ du piment [p. 421] dans le Statut II, fait par Pierre le VÈnÈrable, abbÈ de Cluny.
_Statutum est ut ab omni mellis ac specierum cum vino confectione, quod vulgari nomine pigmentum vocatur coen‚ Domini tantum except‚ qu‚ die mel atque speciebu vino mixtum antiquitas permisit, omnes Cluniasiensis ordinis fratres abstineant_.
Si l'on en croit l'auteur du livre qui a pour titre: _Quadragesimal spirituel_, citÈ par Henri …tienne, chapitre 37 de _l' Apologie d'HÈrodote_, le _vinum conditum_ dont il est parlÈ au livre des Cantiques Ètoit l'hypocras clarÈ et piment.
BoÎce a fait mention du piment ou vin mÍlÈ avec du miel, dans l'endroit o˘ il parle de la sobriÈtÈ des premiers hommes.
_Felix nimium prior oetas._ _Contenta fidelibus arvis,_ _Naec inerti perdita luxu_ _Facili quae sera solebat_ _Jejunia solvere glandÈ_ _Non bracchica numera norant_ _Liquido confundere melle_. (Libro 2, metro 5.)
On lit dans les _Dialogues_ de saint GrÈgoire, liv. III, chap. 14: ´Aleiz, si coissiez del polment ‡ noz ovriers.ª _Ite, et operariis nostris pulmentum coquite_. Ce qui prouve qu'on cuisoit cette boisson. (Lantin de Damerey.)
Note 54, pages 188.
Vers 7244. Je n'ai trouvÈ les vers suivants que dans quatre des manuscrits dont j'ai fait usage:
[p. 422]
Se veritÈ n'iert si luisans Qu'el fust contre vertu nuisans, Sans faille bien l'ai oÔ dire, Touz voirs ne sunt pas bons ‡ dire. MËs qui vuet mauvestiÈ confondre, Voir dire n'est mie ‡ repondre: Car vÈritÈ, quant vous la dites, Por cognoistre les ypocrites, Tel veritÈ n'est pas ‡ teire, Cele doit-l'en toz jors retreire; Mes peres, plus que vos, les blasme, N'il ne het tant nul autre blasme.
(MÈon.)
Note 54bis*, pages 194-195.
Vers 7330-7366. C'est Claude PtolÈmÈe, mathÈmaticien cÈlËbre, connu par plusieurs ouvrages, et surtout par son _Almageste_ en XIII livres. Alain Chartier l'attribue ‡ PtolÈmÈe II, roi d'…gypte. Voyez son _TraitÈ de l'EspÈrance_. (Lantin de Damerey.) (*erreur dans l'original--on a deux fois le note 54--M.D.)
Note 55, pages 194-195.
Vers 7349-7385.
_Virtuiem primam esse puta compescere linguam_.
Note 56, pages 200-201.
Vers 7435-7471.
_Nihil consuetudine majus_. (Ovid., _Art. Am_., lib. 2.)
[p. 423]
Note 57, pages 204-205.
Vers 7520-7556. Dans quelques manuscrits on lit les vers suivants:
Tant l'ain, se vos le saviez; Que se par force en deviez Ou morir, ou m'amor avoir, Ne vos en flaterai j‡ voir, Molt seroit corte vostre vie; J‡ n'auroie de vos envie, Se vos deviez acorer, Braire, crier, gemir, plorer, Fondre en lermes por feire duex, Et fussiez fille ‡ quatre Diex, Tant sËussiez bien flÈuter, Ge n'en voil or plus disputer; MËs vodroie morir de mort Si sen-ge j‡ qu'ele me mort.
(MÈon.)
Note 58, pages 214-215.
Vers 7670-7707. Ce que l'auteur dit ici de la peine portÈe contre le larron surpris avec son vol est tirÈ du IVe livre des _Instituts_ de l'empereur Justinien, titulo 1∞ _De obligationibus quae ex delicto nascuntur_, o˘ on lit, art. 5: _Poena manifesti furti quadrupli est, tam ex servi, quam ex liberi person‚, nec manifesti dupli_.
Ainsi, un voleur pris en flagrant dÈlit Ètoit obligÈ de rendre la chose dÈrobÈe, et le quadruple de sa valeur. S'il n'Ètoit pas trouvÈ saisi du vol, et qu'il y e˚t tant de preuves contre lui qu'il n'en p˚t disconvenir, outre le larcin, il falloit encore payer le double.
[p. 424] Cet usage est aboli en France, o˘ l'action qu'on a contre le voleur est criminelle; et suivant la nature de la chose dÈrobÈe et les circonstances, il est puni plus ou moins sÈvËrement, par la mort, par le bannissement, par les galËres, par le fouet ou par la marque d'un fer rouge. (Lantin de Damerey.)
Note 59, pages 216-217.
Vers 7682-7719. Tarse, ancienne capitale de la Cilicie, prËs de l'embouchure du Cydnus dans la MÈditerranÈe. C'est l‡ qu'Alexandre faillit pÈrir aprËs s'Ítre baignÈ dans les eaux glacÈes du Cydnus. Cette ville fait aujourd'hui partie du pachalik d'Adana.
Note 60, pages 218-219.