Le roman de la rose - Tome II

Chapter 18

Chapter 183,722 wordsPublic domain

Le _messire_ que les gens de qualitÈ ajoutent ‡ leurs titres est composÈ de _mon_ et de _sire_: il faut observer que si le _messire_ mis devant un nom de baptÍme n'est pas suivi du nom propre, il dÈsigne presque toujours un roturier. Les personnes de qualitÈ se sont imaginÈ que le _Monsieur_ suivi du nom de famille produisoit ‡ peu prËs le mÍme effet; et quand ils parlent ‡ un bourgeois titrÈ (comme ils l'appellent trËs-improprement), ils ne manquent jamais de lui dire: _Bonjour, Monsieur un tel_. Cet abus n'est pas nouveau. MÈnage, fort alerte sur les biensÈances, s'en plaignoit dÈj‡; il dit: ´Qu'un seigneur qui faisoit une chËre fort dÈlicate l'invitoit souvent ‡ sa table, mais qu'il avoit la mauvaise habitude de l'appeler toujours par son nom, comme s'il e˚t craint qu'il ne l'oubli‚t.ª

Les gens de fortune, qui sont les singes des grands, en usent souvent ainsi avec des personnes ‡ qui ils doivent du respect.

J'observerai, avant que de finir cet article, que le _messire_ est devenu si commun, que des gens dont les pËres ont passÈ les trois-quarts de leur vie, et quelquefois leur vie entiËre dans la roture, croiroient informes les actes qu'ils passent, si le _messire_ ne prÈcÈdoit pas d'autres titres aussi chimÈriques que leurs marquisats ou leurs comtÈs. (Lantin de Damery.)

Nous ne nous permettrons d'ajouter qu'un mot [p. 390] ‡ cette note dÈj‡ bien longue: c'est que _messire_ n'est point formÈ de _mon_ et de _sire_, mais bien de _mes_ et de _sires_, au singulier, comme on le voit ici: _il est mes sires_. Enfin _sinre, sire_, vient de _senior; seniorem_ a formÈ: _seigneur_.

Note 4, pages 16-17.

Vers 4509-4521. _Homme-lige._ Vassal qui tient un fief qui le lie envers son seigneur d'une obligation plus Ètroite que les autres.

_Homo ligius_, dans la basse latinitÈ. L'Amant Ètoit devenu l'Homme-lige de l'Amour, et lui avoit rendu hommage de la bouche et des mains, c'est-‡-dire qu'il ne lui Ètoit plus permis de rien dire, ni de rien faire contre le service de ce Dieu. Telle Ètoit la forme qui s'observoit dans les hommages du temps de saint Louis: ´Le Seigneur prenoit entre ses deux paulmes les mains de son vassal jointes, lequel ‡ genoux, nuÎ tÍte, sans manteau, ceinture, ÈpÈe ne Èperons, disoit: ´Sire, je deviens vÙtre homme de bouche et de mains, et promets foy et loyautÈ, et de garder vÙtre foy ‡ mon pouvoir, ‡ vÙtre semonce ou ‡ celle de vÙtre bailly ‡ mon sens.ª Cela dit, le seigneur baisoit le vassal sur la bouche.ª (Fauchet, _Des Fiefs, selon l'usage du Ch‚telet de Paris_.)

On trouve dans le _Roman de Lancelot_ que lorsqu'on prenoit possession d'un fief, et que l'on en Ètoit revÍtu, on s'agenouilloit devant le seigneur-lige, et on lui baisoit le soulier, et le vassal qui Ètoit investi du fief recevoit le gand de son seigneur; et au vers 2003 de ce Roman, on lit que l'Amour refusa un pareil hommage. Il est rapportÈ dans une [p. 391] Cronique ´que Raoul, en faisant hommage de la Normandie ‡ Charles-le-Simple, ne voulut mettre le geno¸il en terre pour baiser le pied du Roi; il fallut que Charles le lui apport‚t ‡ la bouche:ª ce qui est une marque des anciens hommages, tels qu'on les rendoit dËs le temps de Charles-Magne. (Fauchet, _AntiquitÈs franÁoises_, livre XI.) (Lantin de Damerey.)

Note 5, pages 18-19.

Vers 4539-4549. _Charybde_. …cueil fameux par un grand nombre de naufrages. Il est entre la Calabre et la Sicile. Les poËtes ont feint que _Charybdis_ fut en son temps la plus grande friponne du pays, et qu'ayant dÈrobÈ les boeufs d'Hercule, elle fut foudroyÈe par Jupiter, et prÈcipitÈe dans la mer, o˘ elle conserve toujours son ancienne inclination. (Lantin de Damerey.)

Note 6, pages 20-21.

Vers 4554-4566. M. Francisque Michel traduit _piteuse_ par _misÈrable_, ce qui est absurde.

Note 7, pages 20-21.

Vers 4568-4584. _Bureau_, grosse Ètoffe faite en laine: c'est la mÍme chose que la bure, qui, suivant la dÈfinition de Borel, est une Ètoffe velue de couleur rousse ou gris‚tre, en latin _burellus_, ainsi qu'il est nommÈ dans le testament de saint Louis: _Item, legamus DC. libras ad burellos emendos pro pauperibus [p. 392] vestiendis_. Le bureau est cependant un drap plus fort. Quoique les gens du commun soient plus souvent vÍtus de cette Ètoffe que les gens de qualitÈ (qui se vÍtaient d'un drap fin de couleur foncÈe, _brunete_), ils n'en ressentent pas moins le pouvoir de l'amour; c'est ce qu'a voulu dire Jehan de Meung dans les deux vers suivants:

Comme ausinc bien sunt amoretes Sous buriaus comme sous brunetes.

Cela signifie aussi que les gens de basse extraction ont souvent autant d'honneur et de vertu que ceux qui comptent une longue suite de nobles aÔeux; c'est peut-Ítre ce qui a donnÈ lieu au proverbe: ´Bureau vaut bien Ècarlate,ª qui est une allusion que fit, en 1518, Michel Bureau, natif du bas Maine et ÈvÍque de Hieropolis, parlant au cardinal de Luxembourg, pour lors ÈvÍque du Mans, avec qui il Ètoit en procËs; en quoi l'on voit l'Èquivoque de son nom, Bureau, pour blanchet ou drap qui n'est pas teint, avec l'habit de cardinal, estimÈ la plus riche teinture en draps de laine. (BibliothËque de la Croix du Maine.)

La Fontaine a rendu ‡ peu prËs la pensÈe de Jehan de Meung, dans l'endroit o˘ Joconde veut persuader ‡ Astolphe de s'attacher une femme de qualitÈ:

Rien moins, reprit le Roi; laissons la qualitÈ: Sous les cotillons des grisettes Peut loger autant de beautÈ Que sous les juppes des coquettes.

(Lantin de Damerey.)

[p. 393]

Note 8, pages 22-23.

Vers 4581-4595. Pour la premiËre fois paraÓt ce personnage de _GÈnius_, incompris jusqu'ici de tous les commentateurs, personnification de l'amour humain, ennemi implacable des amours honteux, cet ignoble Ègarement des sens, aussi bien que de l'amour mystique, ce dÈplorable Ègarement de l'imagination, en un mot, de tous les amours contre nature. Comme GÈnius arrive l‡ brutalement, sans prÈparation, acteur inconnu jusqu'ici, et qui doit jouer un si grand rÙle dans le dÈno˚ment du Roman, il est supposable qu'une partie du passage fut rajoutÈe aprËs coup.

Note 9, pages 24-25.

Vers 4636-4650. Molinet ne faisant aucune mention des vers suivants, et ne les ayant pas trouvÈs dans les plus anciens manuscrits, je suis fondÈ ‡ soupÁonner qu'ils ont ÈtÈ rajoutÈs par quelque copiste du XVe siËcle, et j'ai cru devoir, par cette raison, les retirer du texte de l'auteur. (MÈon.)

MÈismement en cest Amour Li plus sage n'i scevent tour. MËs or entens ge te dirai, Une autre Amour te descrirai; De cele voil-ge que por t'ame Tu aimes la trËs douce Dame, Si cum dit la sainte Escripture. Amors est fors, Amors est dure, Amors sostient, Amors endure, Amors revient et tous jors dure, [p. 394] Amors met en amer sa cure; Amors leal, Amors sÈure Sert, et de servise n'a cure; Amors fait de propre commun, Amors fait de divers cuers un, Amors enchausce, ce me semble; Amors dÈpart, Amors assemble, Amors joint divers cuers ensemble; Amors rend cuers, Amors les emble; Amors despiece, Amors refait; Amors fait pez, Amors fait plait, Amors fait bel, Amors fait lait Toutes heures quant il li plait; Amors atrait, Amors estrange, Amors fait de privÈ estrange; Amors seurprent, Amors emprent; Amors reprent, Amors esprent: Il n'est rien que Amors ne face, Amors tost cuer, Amors tost grace; Amors deslie, Amors enlace, Amors occist, Amors alace; Amors ne crient ne pic ne mace; Amors ne crient riens c'on lui face. Amors fist Diex nostre char prendre, Amors le fist en la croix pendre, Amors le fist ilec estendre, Amors li fist le costÈ fendre; Amors li fist les maus reprendre, Amors li fist les bons aprendre; Amors le fist ‡ nous venir, Amors nous fait ‡ li tenir. Si cum l'Escripture raconte, Il n'est de nule vertu conte, S'Amors ne joint et lie ensemble; Il m'est avis, et voir me semble Que pou vaut foi et espÈrance, Justice, force, n'atrempance, Qui n'a fine Amors avec soi. L'Apostre dit, et ge le croi, [p. 395] Qu'aumosne faite, ne martire, Ne bien que nulli sache dire, Ne vault riens s'Amors i deffaut; Sans Amors tretout bien deffaut; Sans Amors n'est homme parfait, Ne par parole, ne par fait. Ce est la fin, ce est la somme, Amors fait tout le parfait homme. Amors commence, Amors asomme, Sans Amors n'est mie fait homme. Amors les enserrÈs desserre, Amors si n'a cure de guerre; Fine Amor qui ne cesse point, A Diex les met, ‡ Diex les joint: Loyal Amor fait ‡ Diex force, Car Amor de l'amer s'efforce. Quant Amor parfondement pleure, Li vient trËs-grant douceur en l'eure, Et fine Amor d'amer est yvre, Car grant douceur Amor enyvre; Lors li convient dormir ‡ force, Quant en dormant d'amer s'efforce: Car Amor ne puet estre oisive, Tant cum el soit saine ne vive; Lors dort en mÈditacion, Puis monte en contemplacion. Ilec s'aboume, ilec s'esveille, Ilec voit mainte grant merveille. L‡ voit tout bien, l‡ voit tout voir, L‡ trueve tout son estouvoir. L‡ voit quanque l'en puet vÈoir, L‡ scet quanque l'en puet savoir. L‡ aprent quanqu'en puet aprendre, L‡ prent du bien quanqu'en puet prendre; MËs quant plus prent et plus aprent, Et plus son desirier l'esprent, Tous jors li croist son apetit, Et tient son assez ‡ petit. En Amor n'a poirit de clamor, Chascun puet amer par Amor, [p. 396] Quant d'Amor ne te puËs clamer, Par Amor te convient amer. De tout ton cueur, de toute t'ame Veil que aimes la douce dame; Quant Amor amer la t'esmuet, Par Amor amer la t'estuet. Donc aime la vierge Marie, Par Amor ‡ li te marie; T'ame ne veult autre mari. Par Amor ‡ li te mari; AprËs Jesu-Christ son espous, A li te doing, ‡ li t'espous, A li te doing, ‡ li t'otroi, Sans desotroier t'i otroi.

Note 10, pages 26-27.

Vers 4650-4665. _Saillent_, que nous traduisons par _s'aiment._ La vÈritable traduction serait: saillir, s'accoupler, consommer l'acte vÈnÈrien.

Nous avons reculÈ devant I'expression propre, combien que _s'aiment_ affaiblisse l'idÈe de l'auteur. Six vers plus haut, le mÍme cas s'est prÈsentÈ pour: _Quiconques ‡ fame gÈust_, quiconque couche avec une femme. Ce sont des expressions intraduisibles dans notre poÈsie moderne. Nous en rencontrerons bien d'autres, car nous voil‡ loin du douce‚tre Guillaume. Peut-Ítre avons-nous eu tort, car, pour reculer devant l'image, le lecteur verra par la suite que nous n'avons pas reculÈ devant le mot.

Note 11, pages 28-29.

Vers 4682-4696.

Ou se rend dans quelque couvent.

[p. 397] _Se rend_ signifie: se fait moine. On disait: nonnain rendue, pour: religieuse converse, religieuse laie. Nonnain rendue se trouve encore dans ClÈment Marot.

Note 12, pages 28-29.

Vers 4683-4697. _Franchise_ veut dire ici _libertÈ_. On dit encore: _les franchises_, dans ce sens. A propos de ce mot, nous ferons observer que pour le vers 4616-4628, la traduction est insuffisante. La vÈritable traduction serait: _Libres entre eux_, comme dans l'original, c'est-‡-dire n'ayant aucun lien entre eux, ni de parentÈ, ni de mariage.

L'auteur dÈmontrera plus loin que l'amour aime la libertÈ et qu'il ne saurait vivre une heure en esclavage. C'est pourquoi on ne voit jamais de vÈritable amour rÈsister ‡ l'Èpreuve du mariage, et que les plus heureux amants font les plus mauvais Èpoux.

Note 13, pages 30.

Vers 4715.

Mais Viellesse les en rechasce, Qui ce ne scet, si le resache.

…videmment, ici s'est glissÈe une erreur d'inadvertance ou d'impression, commise par MÈon, et que M. Francisque Michel s'est empressÈ de reproduire. La rime l'indique assez. A notre avis, il faut _resache_ aux deux vers. Dans le premier cas, _resache_ sera le subjonctif de _resachier_, retirer, et dans le second le subjonctif de _resavoir_.

[p. 398] Note 14, pages 38-39.

Vers 4847-4861. _Hostelas_, du verbe _hosteler_, loger quelqu'un; de ce verbe sont dÈrivÈs _hostel_ et _hostelerie. Hostel_ signifioit _maison_.

Dans la ballade de Villon ‡ sa mie, on lit _l'hÙtel des Carmes_; et dans l'Amant rendu Cordelier ‡ l'observance d'Amours, on lit pareillement _hÙtel_. Ce nom ne se donne qu'aux maisons des grands seigneurs: les juges datent quelquefois de leur _hÙtel_; mais c'est plus par honneur pour la justice que pour le juge. On donne aussi ‡ Paris le nom _d'hÙtel_ aux auberges qui ont de l'apparence; si ce titre flatte l'ambition de ceux qui donnent tout ‡ la vanitÈ des noms, les provinciaux trouvent souvent de quoi la rabattre lorsqu'il faut compter de la dÈpense, qui est ordinairement plus grande dans un hÙtel que dans une hÙtellerie, qui n'en est que le diminutif. Ce que nous appelons _hÙte_ Ètoit autrefois le nom que l'on donnoit ‡ celui qui venoit loger dans un _hÙtel: Majores nostri hostem eum dicebant, quem nunc perigrinum dicimus._ On l'appeloit aussi _hospes_, terme qui convenoit ‡ celui qui venoit loger dans un endroit, et ‡ celui qui donnoit retraite ou l'hospice ‡ cet Ètranger.

_Non hostes ab hospite tutus_. (Ovid., _MÈtamorph_., I.)

Le droit d'hospitalitÈ Ètoit en grande recommandation chez les paÔens. Jupiter en Ètoit le dieu tutÈlaire; il Ètoit nommÈ _Xenius, seu hospitalis_: lorsqu'on recevoit un hÙte, on commenÁoit par offrir un sacrifice ‡ ce Dieu.

On voit dans la Genese de quelle maniËre Abraham [p. 399] reÁut les trois anges qui vinrent loger chez lui. Chacun sait comment Lot se comporta pour garantir ses deux hÙtes des brutalitÈs de ses concitoyens, et comment ManuÈ, au livre des Juges, chap. 13, reÁut l'ange qui Ètoit venu lui annoncer la naissance de son fils Samson.

_Apud Lucanos lege cavebatur, ut si quis sole occaso divertentes hospites notos ignotosque domo exigeret [grec: _kakoxeniast_] teneretur, mulctamque eo nomine pendere cogeretur_. (Alexander ab Alexandro.)

Dans les anciennes lois des Bourguignons, titulo 38: De hospilitate non negand‡. _Quicumque hospiti venienti tectum, aut focum negaverit, trium solidorum inlatione mulctetur_.

Et par un dÈcret du concile de Clermont en Auvergne, tenu l'an 544, il fut enjoint aux prÍtres d'avertir leurs paroissiens de recevoir les passants, et de ne pas leur vendre les vivres plus cher qu'au marchÈ.

Enfin, ce devoir de charitÈ envers les Ètrangers Ètoit si fort recommandÈ, que la rËgle de saint BenoÓt, chap. 53, porte: _Frangatur jejunium propter hospitem ‡ priore_, si ce n'est pas un jour de je˚ne principal ou ecclÈsiastique. _Si enim quoslibet advenientes jejunio intermisso reficio, non solvo jejunium, sed impleo charitatis officium_, dit saint Prosper, lib. 2, _de Vit‚ contemplativ‚_.

Le livre des Usages de CÓteaux, chap. 20, suppose aussi que l'abbÈ doit rompre le je˚ne en faveur de ses hÙtes.

Anciennement on n'avoit pas des auberges comme ‡ prÈsent; il falloit aller loger chez des particuliers; chacun savoit o˘ il trouverait un gÓte; on se rendoit la pareille dans l'occasion.

[p. 400] Les anciens, comme le remarque Plaute, donnoient la moitiÈ d'une piËce de monnoie, ou d'une autre marque qu'on appeloit _tessera_; celui qui la portoit Ètoit reÁu comme un ami de la maison ou comme un ancien hÙte; on la conservoit prÈcieusement, et elle passoit des pËres aux enfants. Ce droit d'hospitalitÈ avoit donnÈ lieu ‡ l'Ètablissement des hÙpitaux, en faveur des passants qui n'avoient point de connoissance dans les endroits o˘ leurs affaires les appeloient: ces maisons publiques leur servoient de retraites; mais dans la suite les hÙpitaux, en Europe, sont devenus la retraite des seuls pauvres, comme l'observe Borel. (Lantin de Damerey.)

Note 15, pages 46-47.

Vers 4992-5008. _Quoi justum est petito_, etc.

Note 16, pages 50-51.

Vers 5058-5073. _Cers ramages_. M. Francisque Michel traduit par _cerf sauvage. Ramages_ signifie bien gÈnÈralement _sauvage_, habitant des bois; mais quand il s'applique au cerf, il dit: Cerf qui a son bois, cerf ramÈ: _Cervus ramagius, cervus ramosis cornibus ornatus, cui cornua enascuntur_, dit Du Cange dans son Glossaire.

Note 17, pages 56-57.

Vers 5172-5190. _Omni tempore diligit, qui amicus est_.

Pour le vers prÈcÈdent: _Fortune en eus rien n'a [p. 401] mis_, la traduction est un peu trop libre, nous le reconnaissons; mais tenant absolument ‡ conserver au prÈcepte: _Toujours aime qui est amis_, sa forme concise et Ènergique, nous avons prÈfÈrÈ sacrifier le vers prÈcÈdent, d'autant plus que le sens reste rigoureusement le mÍme.

Note 18, pages 58-59.

Vers 5190-5210. _Verus amicus prastantior auro_. (C'est aller chercher bien loin les rÈminiscences.)

Note 19, pages 62-63.

Vers 5267-5287. _Pythagoras_ naquit ‡ Samos vers la 47eolympiade, environ 590 ans avant J.-C. Il Ètoit fils de Mnesarcus, et, selon d'autres auteurs, de Marmacus ou de Mnermacus. Ce fut lui qui le premier prit le nom de philosophe. Sa secte fut nommÈe _l'Italique._ Il parcourut l'…gypte; il fut en CrËte, ‡ LacÈdÈmone, o˘ il se fit instruire dans les lois de Lycurgue et de Minos. De l‡ il passa en Italie, o˘ il ramena ‡ une vie frugale les peuples de Crotone, qui vivoient dans le luxe; il mourut ‡ MÈtapont, auprËs de Tarente, o˘ on prÈtend qu'il fut tuÈ dans une Èmeute populaire.

Pythagore eut un grand nombre de disciples; une des rËgles qu'il leur faisoit observer Ètoit de garder le silence pendant cinq ans; aprËs ce rude noviciat, ils Ètoient alors admis dans la maison de leur maÓtre, et alors ils avoient le plaisir de jouir de sa prÈsence et de le regarder fixement.

Le prÈjugÈ de ses disciples sur sa science Ètoit si [p. 402] violent, que son autoritÈ toute seule leur tenoit lieu de raison, et lorsqu'ils soutenoient un sentiment, et qu'on leur en demandoit la preuve, ils se contentoient de rÈpondre: ´Il l'a dit,ª c'est-‡-dire Pythagore. (CicÈron, _De la nature des dieux_, traduction de M. l'abbÈ d'Olivet.) Pythagore soutenoit la mÈtempsicose, ou la transmigration d'une ‚me dans un autre corps; c'est un sentiment qu'il avoit puisÈ chez les Gymnosophistes, qui croyoient que la production du monde consistoit en ce que toutes choses sont sorties du sein de Dieu, et que l'univers pÈrira par un retour de ces mÍmes choses ‡ leur premiËre origine. Les Brachmanes du pays de Coromandel soutenoient que le monde pÈrit et se renouvelle dans certaines pÈriodes de temps. (_Diction. de Bayle_, t. II, Èdit. de 1715.)

Pythagore, qui se regardoit comme petit monde, prÈtendoit avoir essuyÈ ces diffÈrentes rÈvolutions, et que son ‚me avoit passÈ du corps d'Aetalides dans celui d'Euphorbes, tuÈ au siËge de Troie par MÈnÈlas; qu'elle avoit animÈ les corps d'Hermosine et de Pyrrhus, surnommÈ le _PÍcheur_, et que de Pyrrhus il Ètoit devenu Pythagore. (_Diogenes Laerce_, livre VIII.)

On prÈtend que les vers attribuÈs ‡ ce philosophe, qui sont les principes de sa morale, ont ÈtÈ mis sous cette forme par Lysis, un de ses disciples, Pythagore n'ayant point laissÈ d'Ècrits: ces vers sont au nombre de 71; on les appelle dorÈs, pour marquer que dans ce genre c'est ce qu'il y a de plus excellent et de plus divin; c'est par cette raison qu'on a donnÈ le titre de _l'Ane d'or_ ‡ l'histoire d'ApulÈe, ‡ cause de la richesse de son style. On trouve ces prÈtendus vers dorÈs dans le _Recueil des [p. 403] poËtes grecs_. Hierocles, qui d'athlËte devint philosophe, fit un commentaire sur les vers de Pythagore. (Lantin de Damerey.)

Note 20, pages 64-65.

Vers 5282-5304. On voit ici que Jehan de Meung songeait dÈj‡ ‡ faire la traduction de BoÎce, son auteur favori. (P.M.)

Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius naquit l'an de l'Ëre chrÈtienne 455. Il fut trois fois consul, et il eut pendant ce temps-l‡ part ‡ la confiance de ThÈodoric, roi des Goths. Il la perdit par la jalousie de Basile, d'Opilio et de Gaudence, dÈlateurs inf‚mes. BoÎce fut conduit dans les prisons de Ticino, aujourd'hui Pavie. Ce fut l‡ o˘ il composa son traitÈ, intitulÈ: _Consolatio philosophiae_, divisÈ en cinq livres, avec d'autres traitÈs de thÈologie.

BoÎce (selon Berthier, _in Praefatione Boethii) fuit logicus acutissimus, theologus gravissimus, mathematicus solertissimus, mechanicus artificiosissimus, musicus suavissimus, adhuc orator et poeta optimus_. En effet, il a Ècrit dans tous ces genres de science.

ThÈodoric lui fit trancher la tÍte, l'an 524, aussi bien qu'‡ Symmachus, dont BoÎce avoit ÈpousÈ la fille. Ce prince ne survÈcut guËre ‡ un acte si cruel. Peu de temps aprËs cette exÈcution, on servit sur sa table la tÍte d'un poisson Ènorme. Il crut que c'Ètoit celle de _Symmachus_ qui le menaÁoit; un tremblement s'empara de tous ses membres; on le mit dans son lit, o˘ il mourut agitÈ par les remords de sa conscience, confessant qu'il avoit eu tort de faire mourir BoÎce et Symmachus sans avoir apportÈ, [p. 404] en les condamnant, l'attention qu'il donnoit ordinairement ‡ ses sujets. (Procopius, _Hist. gothica_, lib. primo.) (Lantin de Damerey.)

Note 21, pages 64-65.

Vers 5295-5318. On lit dans un acte de 1377, rapportÈ par Sauval, qu'‡ cette Èpoque les boucheries de Saint-Marcel Ètoient dÈj‡ trËs-anciennes. (Lantin de Damerey.)

Note 22, pages 64-65.

Vers 5296-5317. _Pipe_: pipeau, chalumeau, paille, fÈtu. (Voir le Dictionnaire de FuretiËre.)

Note 23, pages 66-67.

Vers 5324-5346. Nous ferons remarquer ici que, pour la seconde fois, est nommÈe la Seine. (Voir au dÈbut de la partie de Guillaume.)

Pourquoi ces deux auteurs, natifs tous deux des pays arrosÈs par la Loire, n'ont-ils pas choisi ce fleuve? L'exemple e˚t ÈtÈ plus frappant encore, la Seine n'Ètant nommÈe en ces deux cas que pour sa grandeur. Nous nous croyons autorisÈ ‡ conclure que nos deux auteurs vivaient ‡ Paris, ‡ la cour sans doute, et que le roman tout entier fut Ècrit dans la capitale, pour charmer les loisirs des grands seigneurs et des hautes dames de l'aristocratie.

Ainsi s'expliquerait l'absence de manuscrits OrlÈanais anciens, quand il en subsiste encore un si grand nombre en dialecte picard ou bourguignon.

[p. 405] Note 24, pages 66-67.

Vers 5333-5355. _Phisicien_. On donnoit autrefois ce nom ‡ ceux qui exerÁoient la mÈdecine, parce qu'on les supposoit devoir Ítre habiles dans la science de la nature, en grec _physis._

Les seuls ecclÈsiastiques se mÍloient de mÈdecine en France, et il n'y eut point de mÈdecins mariÈs dans ce royaume avant l'an 1452. Par une ordonnance de Philippe de Valois, il ne devoit y avoir en cour qu'un physicien, ‡ 20 sous tournois par jour. (Pasquier, liv. VIII, chap. 26.)

Ce poste, quoique fort beau, seroit moins recherchÈ, si on agissoit ‡ l'Ègard du physicien comme Gontran, roi d'OrlÈans, qui fit mourir les deux mÈdecins de la reine Austregisilde, sa femme, qui le lui avoit recommandÈ en mourant, parce qu'elle croyoit mourir par leur faute. (Du Tillet, _Recueil des rois de France_.)

Il paroÓt, par ce que dit Jehan de Meung de l'aviditÈ des mÈdecins et des avocats de son temps, qu'elle approchoit fort de celle que l'on remarque aujourd'hui parmi quelques-uns de ceux qui professent ces deux arts. Ceux qui les exercent avec honneur et dÈsintÈressement ne prendront point pour eux ce distique d'un ancien:

_Vulpes amat fraudem, lupus agnum, femina laudem;_ _Vulnus amat medicus, praesbyter interitus_.

Je remarquerai en passant qu'il Ètoit dÈfendu par la loi _Cincia_, ‡ ceux qui avoient soutenu en justice le droit des parties, de recevoir de l'argent ni des prÈsents; dans la suite, NÈron leur permit de dÈroger ‡ cette loi. (Lantin de Damerey.) [p. 406]

Note 25, pages 68-69.

Vers 5349-5371.

Cil qui por vaine gloire tracent: La mort de lor ames porchacent,

M. Francisque Michel traduit:

Ceux qui pourchassent vaine gloire La mort de leurs ‚mes procurent.

Vraiment, c'est s'en tirer par trop cavaliËrement.