Chapter 15
MËs certes qui le voir en conte, Moult font fames ‡ Diex grant honte, Comme foles et desvoiÈes, Quant ne se tiennent apoiÈes De la biautÈ que Diex lor donne. Chascune a sor son chief coronne De floretes d'or ou de soie, Et s'en orguillist et cointoie Quant se va monstrant par la vile; Par quoi trop malement s'avile La malÈurÈe, la lasse, Quant chose plus vile et plus basse De soi vuet sor son chief atraire, Por sa biautÈ croistre ou parfaire; Et vet ainsinc Diex despisant, Qu'el le tient por non soffisant,
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Pour ChastetÈ ne point haÔr 9409 Ni s'efforcer de la honnir. Toutes font ‡ VÈnus hommage Sans voir ni profit ni dommage, Se parent, se couvrent de fards Afin d'abuser les regards, Et s'en vont traÁant par les rues, Pour voir, surtout pour Ítre vues[109] Et donner aux hommes dÈsir De les vouloir au lit saillir. Aussi toutes leurs marchandises, Aux karoles comme aux Èglises, Portent-elles Ègalement, Et nulle, bien certainement, Ne sortirait ainsi vÍtue, Si ne dÈsirait Ítre vue, Adonc, en sÈduisant les yeux, Tromper les gens plus vite et mieux. Mais pour celui qui juste compte, Moult ‡ Dieu font femmes grand' honte, Quand, dans leur fol Ègarement, Ne se contentent simplement De la beautÈ que Dieu leur donne. Chacune sa tÍte couronne De fleurettes de soie ou d'or, Et vaine s'enorgueillit fort Quand se va montrant par la ville. Ainsi plus mÈprisable et vile La malheureuse alors se fait, Quand d'un plus bas et vil objet Qu'elle-mÍme, ‡ s'orner s'ingËre, Pour sa beautÈ croÓtre ou parfaire. Elle s'en va Dieu mÈprisant Et le proclame insuffisant,
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Et se pense en son fol corage 9389 Que moult li fist Diex grant outrage, Qui, quant biautÈ li compassa, Trop nÈgligemment s'en passa. Si quiert biautÈ de crÈatures Que Diex fist de plusors figures, Ou de mÈtaus, ou de floretes, Ou d'autres estranges chosetes. Sans faille, ainsinc est-il des hommes, Se nous, por plus biaus estre, fomes Les chapelÈs et les cointises Sor les biautÈs que Diex a mises En nous: vers li trop mesprenons, Quant apaiÈs ne nous tenons Des biautÈs qu'il nous a donnÈes Sor toutes crÈatures nÈes. MËs ge n'ai de tex trufes cure, Ge voil soffisant vestÈure Qui de froit et de chaut me gart: Autresinc bien, si Diex me gart, Me garantist et cors et teste Par vent, par pluie et par tempeste, ForrÈ d'agniaus cist miens buriaus, Comme pers forrÈ d'escuriaus. Mes deniers, ce me semble, pers Quant ge, por vos robes de pers, De camelot ou de brunete, De vert ou d'escarlate achete, Et de vair et de gris la forre; Ce vous fait en folie encorre, Et faire les tors et les moÎs Par les poudres et par les boÎs: Ne Diex, ne moi riens ne prisiÈs. NÈis la nuit, quant vous gisiÈs
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Puisqu'en son fol coeur envisage 9443 Que Dieu lui fit moult grand outrage, Qui, quand la beautÈ lui donna, NÈgligemment s'en acquitta; Puisqu'emprunte des crÈatures, Que Dieu fit sous mille figures, Leurs beautÈs, soit fleurs, animaux, Substances maintes ou mÈtaux. Sans mentir, tous tant que nous sommes, Il en est de mÍme des hommes; Car pour paraÓtre aussi plus beaux, De chapelets et de joyaux Couvrons les beautÈs naturelles Qu'en nous pourtant Dieu fit plus belles. Envers lui nous nous mÈprenons, Quand satisfaits ne nous tenons Des beautÈs qu'il nous a donnÈes Sur toutes crÈatures nÈes. Pour moi, ces moyens mÈprisant, Je veux vÍtement suffisant Qui, si Dieu me tient en sa garde, Et du chaud et du froid me garde, De simple drap fourrÈ d'agneau Autant que poil d'Ècureuil chaud, Et corps me garantisse et tÍte Par vent, par pluie et par tempÍte; Car je perds mon argent, par Dieu, Quand pour vous robes de drap bleu, De camelot et de brunete, D'Ècarlate ou de vert j'achËte Et fourre de vert et de gris; Ce vous affole, ‡ mon avis, Et vos tours excite et vos moues Par la poussiËre et par les boues,
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En mon lit lez moi toute nuÎ, 9423 Ne poÈs-vous estre tenuÎ: Car quant ge vous voil embracier Por besier et por solacier, Et sui plus forment eschaufÈs, Vous rechigniÈs comme maufÈs, Ne vers moi, por riens que ge face, Ne volÈs torner vostre face; MËs si malade vous faigniÈs, Tant souspirÈs, tant vous plaigniÈs, Et faites si le dangereus, Que g'en deviens si paoreus Que ge ne vous ose assaillir, Tant ai grant paor de faillir.
Quant aprËs dormir me rÈveille, Si me vient ‡ trop grant merveille Comment ces ribaus i aviennent Qui par jor vestuÎ vous tiennent, Se vous ainsinc vous dÈtortÈs Quant avec eus vous dÈportÈs, Et se tant lor faites d'anuis Cum ‡ moi de jor et de nuis. MËs n'en avÈs, ce cuit, talent, Ains alÈs chantant et balent Par ces jardins, par ces praiaus, Avec ces ribaus desloiaus Qui traÔsnent ceste espousÈe Par l'erbe vert ‡ la rousÈe, Qui me vont ilec despisant, Et par despit entr'eus disant:
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Ni Dieu, ni moi rien ne prisez. 9477 Voire la nuit, quand vous gisez Au lit prËs de moi toute nue, Point n'avez-vous de retenue. Car si je veux vous embrasser, Vous baiser et vous caresser, Et mes soulas avec vous prendre, Plus me voyez pressant et tendre, Plus mes ardeurs vous Èteignez Et comme un diable rechignez, Ni vers moi, pour rien que je fasse, Ne voulez tourner votre face, Mais tant malade vous feignez, Tant soupirez, tant vous plaignez Et tant faites la langoureuse, Que l'‚me en ai toute anxieuse Et que n'ose vous assaillir, Tellement j'ai peur de faillir. Et quand aprËs dormir m'Èveille, Lors me vient ‡ trop grand' merveille, Si de mÍme vous dÈbattez Quand avec eux vous Èbattez, Comment ces ribauds y parviennent Qui vÍtue en plein jour vous tiennent, Et si tant leur faites d'ennuis Comme ‡ moi les jours et les nuits. Mais avec eux, comme je pense, N'avez si fiËre contenance; Vous allez chantant et dansant, Par les jardins et prÈs glissant Sur l'herbe verte et la rosÈe, Vous ma lÈgitime ÈpousÈe, Avec ces ribauds doucereux Qui vous entraÓnent avec eux.
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C'est maugrÈ l'ort vilain Jalous; 9453 Sa char soit or livrÈe as lous, Et les os as chiens enragiÈs! Par qui sui si ahontagiÈs? C'est par vous, dame pautoniere, Et par vostre fole maniere; Ribaude orde, vil pute, lisse, J‡, vostre cors de cest an n'isse, Quant ‡ tex mastins le livrÈs, Par vous sui ‡ honte livrÈs; Par vous, par vostre lecherie, Sui-ge mis en la confrarie Saint Ernol, le seignor des cous[110], Dont nus ne puet estre rescous, Qui fame ait, au mien escient, Tant l'aut gardant ne espiant, S'Èust nÈis d'iex ung millier. Toutes se font hurtebillier[111]: Qu'il n'est garde qui riens i vaille; Et s'il avient que le fait faille, J‡ la volentÈ n'i faudra, Par quoi, s'el puet, au fait saudra, Car le voloir tous jors en porte.
MËs forment nous en rÈconforte Juvenaus, qui dist, du mestier Que l'en appelle rafetier[112], Que c'est li meindres des pÈchiÈs Dont cuer de fame est entechiÈs; Car lor nature lor commande Que chascune au pis faire entende. Ne voit-l'en comment les marrastres Cuisent venins ‡ lor fillastres,
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Tous tant qu'ils sont ils vous mÈprisent 9511 Et par dÈpit entre eux se disent: ´C'est bien fait pour l'affreux Jaloux Que sa chair soit livrÈe aux loups, Ses os qu'enragÈ chien dÈvore!ª Qui donc ainsi me dÈshonore? C'est vous-mÍme, dame cataud, Par votre coeur fol et ribaud, Chienne en feu, ribaude, putasse, Que votre corps un an ne passe, Quand ‡ tel matin le livrez, Car de honte vous me couvrez. Par vous, par votre lÈcherie, Je suis mis en la confrÈrie De saint Arnould, saint des cocus[110], Dont nuls ne furent secourus Qui femme ont, ‡ ma connaissance, Combien qu'on la garde et relance, E˚t-on mÍme d'yeux un millier; Toutes se font hurtebillier[111]. Il n'en est pas une qui tienne, Et s'il advient qu'au fait ne vienne, La volontÈ n'y manquera, Et s'il se peut elle y viendra, Car le vouloir toujours l'emporte. Mais JuvÈnal nous rÈconforte L‡-dessus merveilleusement; Car il nous dit moult sagement Que ce besoin de la femelle, Et que forniquer on appelle[112], Est encor le moindre pÈchÈ Dont soit coeur de femme entachÈ. Car leur nature leur commande Que chacune au pis faire entende.
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Et font charmes et sorceries, 9485 Et tant d'autres grans dÈablies, Que nus nes porroit recenser, Tant i sÈust forment penser? Toutes estes, serÈs, ou futes, De fait ou de volentÈ putes[113]; Et qui bien vous encercheroit, Toutes putes vous trouveroit: Car qui que puist le fait estraindre, VolentÈ ne puet nus contraindre. Tel avantage ont toutes fames Qu'el sunt de lor volentÈ dames; L'en ne lor puet le cuer changier, Por batre, ne por ledengier; MËs qui changier les lor pÈust, Des cors la seignorie Èust.
Or lessons ce qui ne puet estre; MËs, biaus dous Diex, biaus Rois celestre! Des ribaus que porrai-ge faire Qui tant me font honte et contraire? S'il avient que ge les menace, Riens ne priseront ma menace; Se ge me vois ‡ eus combatre, Tost me porront tuer ou batre. Il sunt felon et outrageus, De tous maus faire corageus, Jennes, jolif, felons, testu: Ne me priseront ung festu; Car jonesce si les enflame, Qui de feu les emple et de flame, Et tout lor fait par estovoir Les cuers ‡ folie esmovoir,
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Ainsi mar‚tres de leurs mains 9545 Pour leurs brus font cuire venins, Charmes font et sorcelleries, Et tant d'autres grand' diableries, Qu'on ne pourrait les recenser, Si longtemps qu'on y p˚t penser. Toutes Ítes, serez ou f˚tes De fait ou de volontÈ putes[113]! Et qui bien vous Ètudierait Toutes putes vous trouverait. Car tel avantage ont les femmes Qu'elles sont de leur vouloir dames, Et qui p˚t le fait empÍcher Ne saurait leur vouloir forcer. L'injure ni la violence Ne changent point la conscience, Car qui le coeur changer pourrait Du corps ainsi maÓtre serait. Or, laissons ce qui ne peut Ítre; Mais, doux Dieu, roi du ciel et maÓtre, Que puis-je contre ces ribauds Qui de tant de honte et de maux M'accablent? Si je les menace, Ils se riront de ma menace; Si je vais contre eux me ruer, TÙt me pourront battre ou tuer. Outrageux, fÈlons, l'‡me fiËre Et courageux de tous maux faire, Jeunes, hardis, fÈlons, tÍtus, Me priseront-ils deux fÈtus? Car jeunesse tant les enflamme Qui les emplit de feu, de flamme Et leur fait nÈcessairement …mouvoir le coeur follement,
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Et si legiers et si volans, 9517 Que chascuns cuide estre ung Rolans, Voire Hercules, voire Sanson. Si rorent cil dui, ce pense-on, Si cum en escrit le recors, Resemblables forces de cors; Car Hercules avoit, selonc L'auctor Solin, sept piÈs de lonc, N'onc ne pot ‡ quantitÈ graindre Nus noms, si cum il dit, ataindre. Moult ot cis Hercules d'encontres, Il vainqui douze orribles monstres, Et quant ot vaincu le douziesme, Onc ne pot chevir du treiziesme[114]. Ce fu de Deyanira S'amie, qui li descira Sa char de venin toute esprise Par la venimeuse chemise. Ainsinc fu par fame dontÈs Hercules qui tant ot bontÈs. Si ravoit-il par YolÈ[115] Son cuer j‡ d'amors afolÈ. Ainsinc Sanson, qui pas dix hommes Ne redotoit ne que dix pommes, S'il Èust ses cheveus Èus, Fu par Dalila dÈcÈus.
Si fai-ge que fox de ce dire, Car ge sai bien que tire ‡ tire Mes paroles toutes dirÈs, Quant vous de moi dÈpartirÈs; As ribaus vous irÈs clamer, Et me porrÈs faire entamer
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Le rend si lÈger, si crÈdule, 9579 Que chacun se croit un Hercule, Un Samson, au moins un Roland. Or les deux premiers, ci-devant, Avaient, si bien me le rappelle, Semblable force corporelle. Car avait Hercule, selon L'auteur Solin, sept pieds de long, Et jamais homme, il nous l'assure, N'atteignit si haute stature. Moult grands travaux il entreprit, Douze horribles monstres vainquit, Mais quand e˚t vaincu le douziËme Ne put surmonter le treiziËme[114]. Ce fut cette DÈjanira, Son amante, qui dÈchira Sa chair de venin toute Èprise Par la venimeuse chemise. Ainsi, ce hÈros valeureux Et si fort et si courageux, Hercule, fut par une femme DomptÈ; du reste, de sa flamme Amour dÈj‡, pour IolÈ[115], Avait ce grand coeur affolÈ. Ainsi Samson qui pas dix hommes N'e˚t redoutÈ plus que dix pommes, Ses longs cheveux s'il avait eu, Fut par sa Dalila dÈÁu. Mais je suis fol de ce vous dire; Car je sais bien que tire ‡ tire Mes paroles rÈpÈterez, Quand de moi vous dÈpartirez. Tous ces ribauds vous feront fÍte; Vous me ferez briser la tÍte,
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La teste, ou les cuisses brisier, 9549 Ou les espaules encisier, Se j‡ poÈs ‡ eus aler; MËs se g'en puis oÔr parler Ains que ce me soit avenu, Et li bras ne me sunt tenu, Ou le pestel ne m'est ostÈs[116], Je vous briserai les costÈs. Ami, ne voisin, ne parent, Ne vous en seront j‡ garent, Ne vostre leschÈor mÈismes. Las! por quoi nous entrevÈismes? Las! de quel hore fu-ge nÈs Quant en tel viltÈ me tenÈs? Que cil ribaut mastin puant, Qui vous vont flatant et chuant, Sunt si de vous seignor et mestre, Dont seus dÈusse sires estre, Par qui vous estes soustenuÎ, Vestue, chaude et pÈuÎ, Et vous me faites parÁonniers[117], Ces ors ribaus, ces pautonniers, Qui ne vous font se honte non, Tolu vous ont vostre renom, De quoi garde ne vous prenÈs Quant entre vos bras les tenÈs; Par devant dient qu'il vous aiment, Et par derriers putain vous claiment, Et dient ce que pis lor semble, Quant il resunt entr'eus ensemble, Comment que chascuns d'eus vous serve, Car bien congnois toute lor verve. Sans faille bien est vÈritÈs, Quant ‡ lor bandon vous metÈs,
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A grands coups les cuisses casser, 9613 Ou les Èpaules dÈpÈcer, Si je vous laisse vers eux rendre. Mais si je puis avant l'apprendre Que cela ne soit advenu, Et si mon bras n'est retenu, Et si ce b‚ton l'on ne m'Ùte[116], Je vous veux briser mainte cÙte. Ami, ni voisin, ni parent, Ni mÍme votre beau galant Ne sauraient mater ma colËre. Maudite soit l'heure naguËre O˘ pour mon malheur je vous vis Qui me tenez en tel mÈpris! Or ces ribauds, chiens dÈtestables, Parce qu'ils sont flatteurs, aimables, Sont de vous maÓtres et seigneurs. A moi, vous devez vos faveurs, Par qui vous Ítes soutenue, Nourrie et chaussÈe et vÍtue; Sans pudeur vous m'associez Tous ces ribauds, vils putassiers, Qui vous ont de honte abÓmÈe Et ravi votre renommÈe, Mais garde guËre n'y prenez, Quand dans vos bras vous les tenez. Comment que chacun d'eux vous serve, Je connais bien toute leur verve; Devant ils vous aiment tout plein, DerriËre ils vous nomment putain, Et disent ce que pis leur semble Une fois qu'ils sont seuls ensemble. Et vraiment trop le mÈritez Quand ‡ leur merci vous mettez;
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Il vous sevent bien metre ‡ point, 9583 Car de dangier en vous n'a point. Quant entrÈe estes en la foule, O˘ chascun vous hurte et defoule, Il me prent par foi grant envie De lor solas et de lor vie[118]. MËs sachiÈs, et bien le recors, Que ce n'est pas por vostre cors, Ne por vostre donoiement, Ains est por ce tant solement Qu'il ont le desduit des joiaus, Des fremaus d'or et des aniaus, Et des robes et des pelices Que ge vous lais cum fox et nices: Car quant vous alÈs as karoles, Ou ‡ vos assemblÈes foles, Et ge remains cum fox et yvres, Vous i portÈs qui vaut cens livres D'or et d'argent sor vostre teste, Et commandÈs que l'en vous veste De camelot, de vair, de gris, Si que trestous en amegris, De maltalent et de souci, Tant m'en esmai, tant m'en souci.
Que me revalent ces gallendes, Ces coiffes ‡ dorÈes bendes, Et ces diorez trecÈors, Et ces yvorins mirÈors, Ces cercles d'or bien entailliÈs, PrÈcieusement esmailliÈs, Et ces corones de fin or Dont enragier ne me fine or,
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Tout leur vouloir ils vous font faire, 9647 Car vous ne vous dÈfendez guËre. Quand dans la foule entrez ainsi O˘ chacun vous foule ‡ l'envi, Il me prend parfois grande envie De leur soulas et de leur vie[118]. Mais je ne vous le cache pas, Ils ne sont point pour vos appas SÈduits ni par votre jactance, Mais purement par l'Èloquence De vos parures et joyaux, Des chaÓnes d'or et des anneaux, Des manteaux et robes de soie Que, comme un sot, je vous octroie. Car lorsque vous vous en allez A vos karoles et balez Parmi mainte folle assemblÈe, Je reste seul en recelÈe Comme un ivrogne ou comme un fol, Et vous, pour cent livres au col D'or ou d'argent et sur la tÍte Portez et voulez qu'on vous vÍte De vair, de camelot, de gris, Tant que tretout j'en amaigris De colËre et de jalousie, Tant m'en Èmeus et m'en soucie! Que me servent ces oripeaux, Ces coiffes d'or et ces bandeaux, Et tous ces tressoirs dorÈs, voire Encor ce beau miroir d'ivoire, Ces cercles d'or si bien taillÈs, PrÈcieusement ÈmaillÈs, Ces fermails d'or ‡ pierres fines, A votre col, ‡ vos poitrines,
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Tant sunt beles et bien polies, 9615 O˘ tant a beles perreries, Saphirs, rubis et esmeraudes, Qui si vous font les chieres baudes? Ces fremaus d'or ‡ pierres fines A vos cols et ‡ vos poitrines, Et ces tissus et ces ceintures Dont tant coustent les ferrÈures Que l'or, que les pelles menuÎs: Que me valent tex fanfeluÎs? Et tant estroit vous rechauciÈs, Que la robe sovent hauciÈs Por montrer vos piÈs as ribaus. Ainsinc me confort saint Tibaus! Que tout dedans tiers jors vendrai, Et vile et sous piÈs vous tendrai: N'aurÈs de moi, par le cors DÈ, Fors cote et sorcot de cordÈ, Et une gonele de chanvre, MËs el ne sera mie tanvre, Ains sera grosse et mal tissuÎ, Et descirÈe et desrompuÎ, Qui qu'en face ne duel ne pleinte: Et par mon chief, vous serÈs ceinte, MËs, dirÈs-vous, de quel ceinture? D'un cuir tout blanc sans ferrÈure; Et de mes housiaus anciens AurÈs grans solers ‡ liens[119], Larges ‡ metre grans panufles. Toutes vous osterai ces trufles, Qu'el vous donnent occasion De faire fornicacion: Si ne vous irÈs plus monstrer Por vous faire as ribaus voustrer.
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Ces belles couronnes d'or fin 9681 Qui me font enrager enfin, Tant sont belles et bien polies, O˘ sont tant belles pierreries, Saphirs, Èmeraudes, rubis, Qui vous font des airs si ravis? Et ces tissus et ces ceintures Dont me co˚tent les garnitures Autant que les perles et l'or, A quoi me servent-ils encor? A quoi cette Ètroite chaussure Qui tant vous fait outre mesure Montrer la jambe ‡ ces ribauds? Ainsi, me garde saint Thibaus! Avant que le tiers jour s'Ècoule, Il faut aux pieds que je vous foule! Par le corps Dieu! de moi n'aurez Ni robes, ni bandeaux dorÈs, Mais cote et robe mal tissÈe Toute en lambeaux et dÈpecÈe, Et de simple chanvre un manteau, Je vous jure, ÈlÈgant ni beau, Combien qu'en fassiez deuil et plainte, Et par mon chef, vous serez ceinte, Et de quelle ceinture encor? D'un cuir tout blanc sans fermail d'or, Et pour vous de mes vieilles guÍtres Je ferai souliers ‡ lacs, maÓtres[119] Souliers ‡ mettre grands chaussons. Vite ces oripeaux laissons Qui vous poussent ‡ l'adultËre Et ‡ fornication faire. Adonc plus n'irez vous montrer, Ni sous ces ribauds vous vautrer.
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MËs or me dites sans contrueve, 9649 Cele autre riche robe nueve Dont l'autre jor si vous parastes, Quant as karoles en alastes, (Car bien congnois, et raison ai, Qu'onques cele ne vous donnai), Par amors, o˘ l'avÈs-vous prise? Vous m'avÈs jurÈ saint Denise Et saint Philebert et saint Pere, Qu'el vous vint de par vostre mere Qui le drap vous en envoia; Car si grant amor ‡ moi a, Si cum vous me faites entendre, Que bien vuet ses deniers despendre[120] Por moi faire les miens garder. Vive la face-l'en larder, L'orde vielle putain prestresse, Maquerele et charroieresse, Et vous avec par vos merites, S'il n'est ainsinc comme vous dites! Certes ge li demanderai: MËs en vain me travaillerai, Tout ne me vaudrait une bille, Tel la mere, tele la fille. Bien sai, parlÈ avÈs ensemble, Andui avÈs, si cum moi semble, Les cuers d'une verge touchiÈs; Bien voi de quel piÈ vous clochiÈs. L'orde vielle putain fardÈe S'est ‡ vostre acord acordÈe: Autrefois ‡ ceste hart torse De mains mastins a estÈ morse, Tant a divers chemins traciÈs; MËs tant est ses vis effaciÈs,
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Or dites-moi sans tricherie, 9715 Cette robe neuve et jolie Dont l'autre jour vous vous pariez Quant aux karoles vous alliez, Par amour, o˘ l'avez-vous prise? Car celui qui vous l'a remise N'est pas moi, j'en suis assurÈ. Par saint Denis m'avez jurÈ, Saint Philibert et le Saint-PËre, Qu'elle vous vint de votre mËre Qui le drap vous en envoya; Car pour moi si grand amour a Qu'elle aime mieux, ‡ vous entendre, Pour mon bien garder et dÈfendre, Donner le sien sans calculer. Puisse-t-on vive la br˚ler, L'orde vieille putain prÍtresse, La maquerelle, la diablesse, Et vous avec, pour vos hauts faits, Si vos serments ne sont pas vrais! Vous deux ne valez une bille, Car telle mËre, telle fille. Au fait je lui demanderai; Mais en vain me travaillerai, Car parlÈ vous avez ensemble, Et vos deux coeurs sont, il me semble, D'une mÍme verge touchÈs. Bien vois de quel pied vous clochez, Et la vieille putain fardÈe S'est avec vous bien accordÈe. Car autrefois, je le sais bien, Elle usa du mÍme moyen; A la mÍme corde pendue, Elle fut de maint chien mordue
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Que ne puet riens faire de soi, 9683 Si vous vent ores, bien le soi. El vient cÈans, et vous emmaine Trois fois ou quatre la semaine, Et faint noviaus pelerinages Selonc les anciens usages, Car g'en sai toute la covine, Et de vous promener ne fine, Si cum l'en fait destrier ‡ vendre, Et prent et vous enseigne ‡ prendre. CuidiÈs que bien ne vous congnoisse? Qui me tient que ge ne vous froisse Les os cum ‡ poucin en paste, A ce pestel ou ‡ cest haste?
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LII
Comment le Jaloux se dÈbat A sa femme et si fort la bat, Que robe et cheveulx luy descire, Par sa jalousie et par ire.
Lors la prent espoir de venuÎ Cil qui de maltalent tressuÎ, Par les tresses et sache et tire, Les cheveus li ront et descire Li jalous, et sor li s'aorse Por noient fust lyon sor orse; Et par tout l'ostel la traÔne Par corrous et par ataÔne, Et la ledenge malement; Ne ne vuet por nul serement
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Dans les chemins qu'elle a tracÈs. 9749 Mais ses traits sont tout effacÈs, Et ne pouvant plus rien prÈtendre, Elle va maintenant vous vendre. Elle vient cÈans, et par mois Vous emmËne onze ou douze fois, Et feint nouveaux pËlerinages, Suivant les anciens usages (Car je connais tout son latin), Vous promËne soir et matin Comme on fait un cheval ‡ vendre, Et prend et vous enseigne ‡ prendre. Croit-on ‡ ce point m'abuser? Qui me retient de vous briser Les os, comme ‡ poussin en p‚te, De ce bois, de ce fer, ingrate!
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LII
Comment le Jaloux se dÈbat Avec sa femme et tant la bat Que robe et cheveux lui dÈchire Par jalousie et par grande ire.
Lors de colËre tout suant, Il la saisit incontinent Par les tresses, secoue et tire, Les cheveux lui rompt et dÈchire, Et s'acharne, tirant toujours, Comme un lion dessus un ours, Par toute la maison la traÓne, Par courroux et vengeance et haine, Et la gourmande malement, Et ne veut, pour aucun serment,
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Recevoir excusacion, 9711 Tant est de maLe entencion; Ains fiert et frape et roille et maille Cele qui brait et crie et braille, Et fait sa voiz voler as vens Par fenestres et par auvens; Et tout quanque set li reprouche Si cum il li vient ‡ la bouche, Devant les voisins qui l‡ viennent, Qui por fox ambedeus les tiennent, Et la li tolent ‡ grant paine, Tant qu'il est ‡ la grosse alaine.
Et quant la dame sent et note Cest torment et ceste riote, Et ceste dÈduiante viele, Dont cil jonglierres li viele[121], PensÈs-vous qu'el l'en aint j‡ miaus? El vodroit or qu'il fust ‡ Miaus, Voire certes en Romanie. Plus dirai, que ge ne croi mie Qu'ele le voille amer jamËs. Semblant, espoir, en fera; mËs S'il pooit voler jusqu'as nuÎs, Ou si haut lever ses vÈuÎs, Qu'il pÈust d'ilec, sans chÈoir, Tous les faits des hommes vÈoir, Et s'apensast tout ‡ loisir, Si faudroit-il bien ‡ choisir En quel peril il est chÈus, S'il n'a tous ses baras vÈus Por soi garantir et tenser Dont fame se set porpenser.
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