Chapter 25
On voit par cette citation que Joinville fait la distinction de l'étoffe vaire et de la couleur verte; le _Roman de la Rose_, cité au mot _Pers_, l'a faite aussi; lé _Reclus de Moliens_, cité au mot _Aversaire_, compare [p.289] le diable à un geai _vair_: tout le monde connaît cet oiseau, et l'on sait qu'il n'en fut jamais de couleur verte. Dans les citations suivantes, on verra quelles étaient les qualités qu'il fallait posséder pour être mis au rang des belles:
Ot vairs iex, rians et fendus, Les bras bien fès et estendus, Blanches mains longues et ouvertes, Aux templieres que vi apertes Apparut qu'ele ot teste blonde. (_Fabliau_, ms. n° 7218, f° 280 v°, col. I.)
Les iex ot vairs corne cristal. (_Fabliau de Gombert et des deux clercs_.)
Vairs ot les leux, et les crins blois. (_Roman de la Violette_.)
Le palefroy vair était un cheval gris pommelé, ou de différentes couleurs. Huon le Roy, poète du XIIIe siècle, a fait un lay intitulé: _Le vair Palefroy_; il fait partie de la nouvelle édition des _Fabliaux de Barbazan_ qu'on vient de publier. On ne présumera pas qu'un cheval ait jamais été de couleur verte, à moins qu'on ne l'ait peint. Dans le _Fabliau des chevaliers, des clercs et des vilains_, l'un des chevaliers est monté sur un _dextrier vairon_, parce qu'il était de couleurs différentes, et non pas, comme le dit le Père Joubert, parce qu'il avait un oeil de couleur différente de l'autre. _Penne vaire_, plume tachée de noir et de blanc ou d'autre couleur; _menu vair_, étoffe ou fourrure dont les taches étaient très-petites, de façon que l'on avait peine à distinguer laquelle des couleurs était la plus dominante. (_Glossaire de la langue romane_, par Roquefort, t. II, p. 680.)
NOTE 17, _pages_ 38-39. [p.290]
Vers 563-565.
D'orfrois ot ung chapel mignot.
_Orfrois_, dentelle d'or ou d'argent, point d'Espagne. (F. M.)
_Chapel, chapelet, chapiaus de flors_, chapeau, couronne de fleurs.
C'était une guirlande ou couronne qu'on mettoit sur la tête. On en couronnoit quelquefois le vainqueur, comme firent les dames, à Naples, au roi Charles VIII, lorsqu'elles lui mirent une couronne de violettes, et le baisèrent ensuite comme le champion de leur honneur. Les couronnes s'introduisirent dans les festins avec la mollesse et la volupté. On en mettoit aux bouteilles et aux verres. Les convives en prenoient à la fin du repas, et c'étoit le symbole de la débauche.
A mesure que le luxe s'accrut, on raffina sur la matière des couronnes; elles étoient dans les commencements de feuilles d'arbres; on les fit de roses dans la suite, puis de fine laine, et enfin d'argent et d'or. Les grands seigneurs en France, et les chevaliers qui avoient quelque réputation, portoient des chapelets de perles sur la tête. Voilà l'origine des couronnes dont on timbre aujourd'hui les armoiries, prérogative interdite aux roturiers par les ordonnances.
C'est de la figure de ces chapelets de perles que nos rosaires et nos chapelets ont pris leur nom, parce qu'ils ressemblent à une guirlande, suivant la remarque de Borel.
On lit dans le _Roman de Lancelot_: «Qu'il ne fut [p.291] jour que Lancelot, ou hiver ou été, n'eût au matin un chapeau de fresches roses sur la tête, fors seulement au vendredi et aux vigiles des haultes fêtes, et tant que le karême duroit.» Peu de personnes s'aviseroient aujourd'hui de chercher le mérite de la mortification dans une pareille abstinence.
L'auteur, un peu plus loin, parlant de Déduit, dit que:
Li ot s'amie fet chapel De Roses qui moult li sist bel.
(Lantin de Damery.)
NOTE 18, _pages_ 60-61.
Vers 942-936. _More_. Ici deux versions se présentent: _more_ veut dire _mûre_, fruit noir, et _more, nègre_.
MM. Méon et Francisque Michel traduisent _mûre_, M. Littré opine pour _more_. Nous avons adopté l'opinion de ce dernier. Ici, à vrai dire, la traduction _mûre_ nous séduisait assez à cause du voisinage du vers:
Dont li fruit iert mal savorés.
Toutefois nous ferons remarquer qu'à la page suivante, le poète dit que le fût et le fer des flèches était plus noir que _déables d'enfer_; puis au vers 8873 Jehan de Meung, faisant parler le Jaloux, dit:
Vous en aurés le vis pali, Voire certes plus noir que more.
Dans ce dernier vers nous n'avons pas hésité à traduire: _more_. Enfin remarquons en passant que Guillaume de Lorris parle plus haut deux fois des [p.292] Sarrasins et de la Palestine, et qu'il emploie, pour désigner le fruit, _more_ et _meure_. Nous devons dire pourtant que Marot, dans ces deux endroits, écrit ou plutôt traduit: _meures_, Nous ne nous appesantissons tant sur une chose si peu importante que pour montrer avec quel soin nous avons conduit notre travail.
NOTE 19, _pages 62-63.
_ Vers 965-957.
Et cet où li meillor penon Furent entés, Biautés ot non. _Et le plus beau pour la couleur Et les plumes de son enture Était Beauté_.
_Enture_. Ce mot se trouve également au vers 1779.
M. Littré ne donne que quatre signifiations à ce mot: 1° la fente où l'on met l'ente ou la greffe. Les trois autres sont spéciales à certains métiers. A notre avis, le mot _enture_ dut prendre insensiblement la place _d'ente_ dans le langage usuel et populaire, car il y est encore beaucoup plus employé, non pas dans le sens de fente où l'on introduit l'ente, mais pour l'ente elle-même. Ainsi, pour ne citer qu'une exemple, dans la carrosserie, on nomme aujourd'hui _brancard_ la pièce de bois cintré qui va d'un bout à l'autre de la voiture et lui sert de charpente; mais on nomme _enture_ le brancard que, la voiture terminée, on vient enter sur le devant et qui n'en fait partie qu'une fois fixé.
Nous aurions préféré abandonner ce mot, que le lecteur pourra prendre dans ce sens ou dans celui _d'ente_. Ce dernier est très-admissible au vers 965: [p.293] _Les plumes de son enture_, ces plumes étant fixées dans une fente. Au vers 1783, _enture_ signifie le fût tout entier, soit en acceptant l'interprétation ci-dessus, soit en prenant la partie pour le tout. Que le lecteur n'oublie pas les immenses et surtout innombrables difficultés que nous avons eues à surmonter pour terminer une oeuvre si longue qu'elle en était parfois désespérante.
NOTE 20, _pages_ 62-63.
Vers 975-966.
Mès qui de près en vosist traire. _Si de près on le voulait traire_.
_Traire_. Nous avons conservé ce mot pour _tirer_, lancer.
C'est un de ces mots que nous n'avons pas cru devoir sacrifier ici pour deux raisons: la première, c'est qu'il a permis de reproduire à peu près absolument le vers de Guillaume de Lorris; la seconde, c'est qu'il est facile à comprendre sans être d'un archaïsme exagéré. Le mot _trait_ en indique suffisamment, du reste, la signification. _Traire_ signifie tirer, lancer. On dit encore tirer de l'arc, du pistolet, etc.
_Traire_ était encore usité au XVIIe siècle. On le trouve dans Molière: «Mon Dieu, je sais l'art de traire les hommes.» M. Littré lui donne en cette circonstance le sens de tirer, obtenir de quelqu'un. Au XVIe siècle, il était d'un usage continuel: «Ils s'encoururent, dit Amyot, çà et là, les épées traictes au poing, ravir et enlever les filles des Sabins.» Il nous reste encore les composés: soustraire, retraire, extraire, etc.
NOTE 21, _pages_ 64-65. [p.294]
Vers 996-993. _Novel-Penser_, inconstance, infidélité, nouvelles amours.
NOTE 22, _pages_ 66-67.
Vers 1022-1019. _Teches_, qualités bonnes ou mauvaises.
M. Francisque Michel traduit ce mot par _manières_. C'est une erreur. Remarquons en passant, et nous aurons maintes occasions de le signaler, qu'il est assez léger dans ses traductions.
NOTE 23, _pages_ 70-69.
Vers 1076-1070. _Poignent_, piquent, percent. On connaît le proverbe:
Poignez vilain, il vous oindra, Oignez vilain, il vous poindra.
NOTE 24, _pages_ 70-71.
Vers 1077-1071. _Dusques as os_, jusques aux os.
Ici nous avons sacrifié l'harmonie à la fidélité. Nous avons tenu à conserver cette cacophonie caractéristique. Le lecteur nous excusera sans doute en observant que nous n'avons fait que reproduire la faute de l'original. Une bonne traduction, à notre avis, doit, tout en essayant de reproduire les qualités, ne pas chercher à atténuer quand même tous les défauts. Nous aurons l'occasion de le faire remarquer, malheureusement bien souvent, dans le poème [p.295] de Jehan de Meung, qui a trop sacrifié la forme au fond.
NOTE 25, _pages_ 70-71.
Vers 1096-1090. _Estoires_.
M. Francisque Michel traduit ce mot par: _représentations figurées_. C'est une glose vraisemblable, mais non la traduction du mot. _Estoire_ n'a jamais signifié qu'_histoire_, ou dans une autre acception: flotte de guerre, du latin _storium_.
NOTE 26, _pages_ 70-71.
Vers 1103-1097.
_Richesse avait riche ceinture_.
On trouve souvent, dans les anciens comptes, des mentions de ceintures aussi précieuses que celle de Richesse. Pour n'en citer qu'une seule, dans un rôle des Archives royales d'Angleterre, relatif aux noces de Jeanne, troisième fille d'Edouard Ier, il est question d'une ceinture magnifique, toute d'or, avec rubis et éméraudes, achetée à Paris par l'ordre du roi et de la reine, pour la somme de trente-sept livres sterling douze schillings. (Francisque Michel.)
NOTE 27, _pages_ 78-79.
Vers 1213-1209.
Du bon roi Artus de Bretaigne.
Artus, roi de la Grande-Bretagne, surnommé le Bon, étoit fils d'Uterpandragon et de la reine Yvergne. [p.296] Il épousa Genièvre, fille de Léodogand, roi de Tamélide. Cette princesse, qui passoit pour un modèle de sagesse, ne put résister aux charmes du fameux Lancelot du Lac, fils du roi Ban de Benoist. Cette folle amour coûta la vie à plus de cent mille hommes et au bon roi Artus, l'an 541. Il portoit d'azur à treize couronnes d'or. Son épée, dont il est si souvent parlé dans le Roman de Lancelot, s'appeloit _Escalibor_, qui en hébreu signifie tranche fer et acier. (Lantin de Damery.)
NOTE 28, _pages_ 78-79.
Vers 1230-1228.
Et n'avait pas nez d'Orléan.
Les Camus d'Orléans sont mentionnés dans un catalogue de proverbes publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale n° 1830, par Legrand d'Aussy, dans son _Histoire de la vie privée des Français_, édition de 1815, tome III, pages 403-405. En lisant auparavant, pages 3 et 15, ce qui s'y trouve sur le vin de Rebrechien, localité de cette province, célèbre sous ce rapport, on est tenté de penser que nos ancêtres expliquaient ce nom par l'ancien adjectif _rebrichiè_, mais il semble qu'au contraire il ait voulu dire _retroussé_. Dans un portrait du démon tracé par un trouvère:
Lonc ot le nés et rebrichiès en son.
C'est-à-dire retroussé à son extrémité. (Voir le _Roman d'Auberi de Bourgoing_, manusc. de la Bibliothèque nationale, n° 72275, f° 247 verso.) (Francisque Michel.)
Simon Rouzeau dans son poème [p.297]: _L'hercule guespin_, donne à Rebrechien l'étymologie de: _Area Bacchi_, champ de Bacchus.
NOTE 29, _pages_ 80-81.
Vers 1264-1262. _Gundesorres_, Windsor, ville d'Angleterre.
NOTE 30, _pages_ 80-81.
Vers 1265-1363.
Ci parle l'Aucteur de Courtoisie Qui est courtoise et de tous prisie.
Ces deux vers sont faux, chose rare dans l'édition de Méon. Il est probable qu'il y avait au premier vers: _Ci dict_, et au second: _Moult courtoise et de tous prisie_. Toutefois nous avons tenu à ne rien changer, quoique le sens ne soit pas douteux.
NOTE 31, _pages_ 81-83.
Vers 1281-1279.
Est avers les autres estoiles Qui ne resemblent que chandoiles.
Cette comparaison, qui déjà figure quelques chapitres auparavant, est une négligence que l'auteur n'eût pas manqué de faire disparaître s'il eût pu réviser son oeuvre.
NOTE 32, _pages_ 88-89. [p.298]
Vers 1363-1363.
Or me gart Diex de mortel plaie!
Ici nous ferons remarquer combien il est essentiel de bien étudier ce qu'on lit. Presque tous les commentateurs du _Roman de la Rose_ font cette réflexion: «Malgré le danger qui le menace et l'épouvante, l'Amant ne s'en étend pas moins avec complaisance sur toutes les beautés du parc de Déduit. Il énumère tous les arbres, animaux et plantes qui peuplent ce beau jardin.» Évidemment ces auteurs n'avaient pas lu le vers 1368, car ils eussent compris que cette exclamation n'était qu'un cri de terreur poussé par le poète au moment où il se rappelle le danger qu'il a couru.
NOTE 33, _pages_ 88-89.
Vers 1392-1392. _Citoal_, sorte d'épice que Roquefort croit être la cannelle ou le zédoaire, mais qui ne saurait être la première nommée plus loin. (Francisque Michel.)
NOTE 34, _pages_ 90-91.
Vers 1394-1394.
Que bon mengier fait après table.
Accoutumés à des nourritures d'une digestion difficile, nos ancêtres croyaient que leur estomac avait besoin d'être aidé dans ses fonctions par des stimulants [p.299] qui lui donnassent du ton. Au chapitre III, section VII de son _Histoire de la vie des Français_ (Paris, Simonnet, 1815, in-8°, t. II, p. 308), Legrand d'Aussy rapporte deux passages d'anciens écrivains qui nous montrent cet usage en vogue jusque sous Henri III, et il fait remarquer qu'aujourd'hui encore, dans leurs voyages de mer, les Hollandais, par le même motif, mangent après leurs repas des clous de girofle confits.
Un passage d'Athis et de Prophélias que nous avons cité dans les notes de notre édition de la _Chronique de Guillaume Anelier_, p. 359, nous montre, parmi les provisions d'un navire, des épices pour corriger les mauvaises odeurs de la mer. (Francisque Michel.)
NOTE 35, _pages_ 92-93.
Vers 1448-1448.
Li leus qui ere de tel aire, ... _Le beau site dont l'aire_.
Dans l'original le mot _aire_ veut dire _air_, manière.
Comme le mot _aire_ moderne signifie toute surface plane: l'aire d'une maison, d'un plancher, d'un pont, et qu'il pouvait parfaitement s'employer ici pour désigner le sol, nous avons été heureux de pouvoir le conserver.
NOTE 36, _pages_ 102.
Vers 1586. _Paroît_ veut dire dans l'original _paraissait_.
NOTE 37, _pages_ 113. [p.300]
Vers 1741.
Ci dit l'aucteur coment Amours Trait à l'Amant, qui pour les flours S'estoit el vergier embatu, Four le bouton qu'il a sentu; Qu'il en cuida tant aprochier, Qu'il le péust à lui sachier; Mès ne s'osoit traire en avant, Car Amours l'aloit espiant.
M. Francisque Michel traduit _trait à l'Amant_ par _vient à l'Amant_. Si nous acceptions cette version, il en résulterait que l'Amant aurait aperçu le Dieu d'Amours qui le poursuivait, et alors la rage de décrire l'emportant sur le danger, l'Amant serait ridicule, et sa situation perdrait tout intérêt. Mais notre opinion émise dans la note des vers 1364-1363 subsiste tout entière; nous la maintenons, et nous sommes très-étonné que M. Francisque Michel soit tombé dans une si grosse erreur. Il est vrai que quelques lignes plus bas: «L'Amant qui ne s'osoit traire en avant,» c'est-à-dire se traîner en avant (une fois blessé), semblait justifier cette interprétation. Mais s'il avait lu ce passage avec attention, il eût certainement corrigé cette faute. En effet, au vers 1761, il traduit _trait à moi_ par _tire sur moi_ ou _contre moi_ sa flèche. Ce vers ne peut du reste se comprendre autrement, et tel est le sens exact du mot dans ces deux circonstances, d'où il résulte que l'Amant ne s'aperçut de la présence du Dieu d'Amours qu'en sentant ses atteintes.
On voit par cette note combien il faut être circonspect [p.301] dans une traduction, et qu'une erreur de cette nature, au début surtout, peut jeter une défaveur sur l'oeuvre entière; or, comme les interprétateurs qui veulent trop précipiter leur travail se laissent généralement prendre à leur première impression, il en résulte des opinions exagérées et fausses, d'autant plus pernicieuses que celui qui les émet a plus d'autorité.
NOTE 38, _pages_ 114-115.
Vers 1787-1789.
Ainçois remest li fers dedans, _Toujours le fer dedans restait_.
Nous aurions aussi bien pu mettre _le dard_ comme nous l'avons fait plus loin; mais nous avons tenu à traduire textuellement, parce que c'est une faute. L'auteur, en effet, nous affirme plus haut qu'en ces ces cinq flèches:
... _Rien que d'or ne fût, Sauf les ailerons et le fût_.
C'est pourquoi aussi nous avons cru pouvoir mettre quatre vers plus haut:
_Le dard de fer barbelé_.
C'est encore une négligence que certainement l'auteur eût corrigée s'il eût vécu.
NOTE 39, _pages_ 116-119.
Vers 1838-1839.
Desous ung olivier tamé.
On trouve également, dit M. Francisque Michel, [p.302] la mention d'un olivier dans le _Roman des aventures de Frègus_, page 75, vers 5, dont la scène se passe en Écosse. Il est douteux que cet arbre ait jamais pu venir dans les contrées du nord de l'Europe. Comme cependant il est nommé dans plusieurs autres ouvrages analogues, par exemple dans un des romans de Tristan, où ce chevalier est représenté portant un chapeau d'olivier, à la cour du roi Marc, son oncle, il faut croire que ce nom se donnait à quelque arbre des pays froids. (Francisque Michel.)
Cette note est ici déplacée. Guillaume de Lorris a eu soin de nous dire que Déduit avait peuplé son jardin de plantes venues de la terre des Sarrasins.
NOTE 40, _pages_ 136-137.
Vers 2110-2112.
Mès espoir ce n'iert mie tost. _Mais de bien longs délais s'imposent_.
La traduction littérale de ce vers est: «Mais vraisemblablement ce ne sera pas tôt.» Dans cette hypothèse, ce vers doit se terminer par une virgule, et le vers suivant lui fait naturellement suite. C'est l'opinion que nous avons adoptée, malgré l'avis contraire de M. Francisque Michel, qui met un point à la fin de ce vers et le traduit ainsi: «Mais j'espère que ce ne sera pas bientôt.» Cette phrase serait ainsi le complément du vers précédent. Nous préférons la première interprétation.
NOTE 41, _pages_ 136-137. [p.303]
Vers 2101-2103.
Grans biens ne vient pas en poi d'ore; _La fortune est lente à venir, Longa mora est nobis quae gaudia differt_. (Ovid. ep. 19, vers 3.)
(Lantin de Damery.)
NOTE 42, _pages_ 138-139.
Vers 2136-2138.
Quant li disciples qui escoute, _Légère enim et non inteîîigere, negîigere est_.
NOTE 43, _pages_ 140-141. Vers 2173-2175.
Après te garde de retraire Chose des gens qui face à taire; ..... _Gravis est culpa tacenda hqui_, (Ovid. _Art. Am_., iib. II, vers 604.) (LANTIN DE DAMEREY)
Toutes les citations latines que nous reproduisons sont tirées de l'édition de Méon.
NOTE 44, _pages_ 140-141. Vers 2176-2179.
En Keux le seneschal te mire.
Keux, le sénéchal, étoit fils d'Anthor, père nourricier du roi Artus, qu'il avoit fait nourrir comme [p.304] son propre fils par sa femme, ayant donné à Keux une autre nourrice; voilà pourquoi Anthor disoit à Artus: «Si Keux est félon et dénaturé, souffrez-en ung petit, car pour vous nourrir il est tout dénaturé.» (_Roman de Merlin_, tome I, chap. 95.) Quoique Keux eût la réputation d'être le plus médisant de la cour du roi Artus, on ne trouve cependant dans le _Roman de Lancelot_, où il est souvent parlé du sénéchal, guère de ces traits de son caractère médisant. Le plus marqué est celui qu'il lâcha contre Perceval, qui venait d'être reçu compagnon de Table-Ronde.
«Artus fit Keux son sénéchal par tel convenant, que tant qu'il vivroit il seroit maître gouffanier du royaume de Logres.» (_Roman de Merlin_, chap. 100.)
Par cette commission, Keux réunissoit en sa personne les deux plus grandes charges de l'État: comme gonfanier, il portoit la grande bannière, et comme sénéchal, il étoit le grand maître de la maison du roi, ce que l'on appeloit _Dapifer et princeps coquorum_, ou grand-queux.
Cette charge de grand maître était considérable, puisque ceux qui en étoient revêtus signoient les actes de conséquence, comme on le voit dans plusieurs chartres.
Keux étoit encore maître-d'hôtel, ce qui se prouve par un passage du _Roman de Merlin_, chap. 107:
«Et lors vecy venir Keux le sénéchal, et le villain le veit, et lui dit: damps sénéchal, tenez ses oyseaux, si les donnez ce soir à souper à vostre roi.»
Sénéchal se prenoit aussi pour un pourvoyeur.
Judas estoit sénéchaux des apôtres,
dit un autre roman de Merlin. [p.305]
_Juda Schariot era camerlingo et despenciere de beni loro_ (les apôtres) _dati per Dio_,» dit un auteur italien.
Aujourd'hui le sénéchal est la même chose que le grand-bailli. _Sénéchal_ vient du mot celtique _seniesscalc_ ou _senikschal_, c'est-à-dire officier de la famille expérimenté dans le gouvernement d'une maison.
Cette charge se donnoit anciennement à des chevaliers déjà âgés. (Lantin de Damery.)
NOTE 45, _pages_ 140-141.
Vers 2179-2181.
Tant cum Gauvains li bien apris.
_Gauvain_, un des chevaliers de la Table-Ronde, dont les hauts faits sont écrits au roman de Lancelot du Lac. Il étoit fils du roi Loth, et neveu du roi Artus; il naquit en Orcanie, dans la ville de Lordelone, au IIIe siècle de l'ère chrétienne.
«Il aima pouvres gens, et fit voulentiers bien aux meseaux (ladres) plus qu'aux autres: il ne fut médisant ne envieux; il fut toujours plus courtois que nul, et pour sa courtoisie l'aimèrent plus dames et damoiselles que pour sa chevalerie où il excelloit. Telle étoit sa coutume que toujours empiroit sa force entour midy; et sitôt comme midy étoit passé, si lui revenoit au double le coeur, la force et la vertu. Il se vantoit d'avoir tué plus de quarante chevaliers dans les courses qu'il avoit faites tout seul.»
L'auteur du _Roman de Lancelot_ remarque que Gauvain alloit à confesse rarement, et qu'ayant passé quatre ans sans s'acquitter de ce devoir, comme on lui conseilloit de faire pénitence, il disoit: «Que de pénitence ne pouvoit-il la peine souffrir.»
Il mourut en partie [p.306] des blessures que lui fit Lancelot: il portoit d'or au lion de gueule. (Lantin de Damery.)
NOTE 46, _pages_ 142-143.
Vers 2204-2206. Jehan de Meung eût bien dû méditer ces vers de Guillaume de Lorris et mettre en pratique cette sage maxime.
NOTE 47, _pages_ 144-145.
Vers 2252-2254.
Lave tes mains et tes dens cure.
_Curer_ signifiait aussi bien nettoyer que soigner. On disait curer un fossé et curer son esprit.
Pour tout ce passage, il est intéressant de consulter Ovide, _L'Art d'aimer_, livre I.
.............._Careant rubigine denies Nu vagus in laxâ pes tibi pelle natet. Nec malé deformet rigidos tonsura capillos Sit coma, sit docta barba resecta manu; Et nihil eminicat, et sint sine sordibus ungues.
Cetera lascivoe faciant, concede, puellae Et si quis maie vir quaerit habere virum_.
Au vers suivant:
Mais ne te farde ne ne guigne,
que nous traduisons par:
Mais le clin d'yeux, le fard dédaigne,
M. Francisque Michel traduit _guigner_ par _observer_. [p.307] Cette traduction est insuffisante. _Guigner_ veut dire: regarder du coin de l'oeil, cligner de l'oeil. La véritable traduction moderne serait plutôt: faire de l'oeil, voire encore: lorgner.
NOTE 48, _pages_ 146-147.
Vers 2289-2291.
Se tu as la voiz clere et saine. _Si vox est, canta; si mollia brachia, salta_. (Ovid., _De Arte amandi_, lib. II.)
NOTE 49, _page_ 149.
Vers 2309. _Sa mie_. Bien que _s'amie_ soit plus correct, comme c'est aujourd'hui l'usage d'écrire _sa mie_, nous nous sommes décidé à suivre l'usage.
NOTE 50, _pages_ 150-151.
Vers 2332-2334.
Qui en mains leus son cuer départ, Partout en a petite part; _Deficit ambobus qui vult servire duobus_.
NOTE 51, _page_ 151.
Vers 2344. _Guerdon_, récompense. Mot vieilli et même aujourd'hui tout à fait hors d'usage. Il était pourtant fort usité au XVIe et même au XVIIe siècle.
Dieu te doint pour guerdon de tes oeuvres si saintes. (Math. Régnier, _Sat_. XIII.)
NOTE 52, _page_ 153. [p.308]
Vers 2364. _Douloir, se douloir_. Ce mot se trouve encore dans Beaumarchais: «On l'entendit se douloir d'une façon lamentable.»
NOTE 53, _page_ 153.
Vers 2377. Une image _mue_, muette.
On dit encore la rage _mue_.
NOTE 54, _page_ 157.
Vers 2438.
Plus alume son cuer et larde. _Plus allume son coeur et l'arde_.