Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française

Part 15

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Et à la jeune fille s'adressant doucement, il lui dit:--«C'est là même où tu vis serpenter Le Drac du Rhône, et là même où les Fées écrivirent les sorts de la rivière, que nous allons, petite Anglore, nous lier. Et sous le regard de la Lune et de toutes les bêtes vagantes dans la nuit que nous aurons pour témoins et tutelle, dans le Grand-Gouffre de la source, embrassés, nous nous engloutirons.» Ensorcelée, l'Anglore lui répondit:--«Mon Drac, la fleur du Rhône n'eut jamais peur des ondes bleues où le ciel mire ses Insignes[5]. Je nagerai avec toi, de conserve, comme fait le poisson printanier--qui remonte, au temps du frai, la vallée du fleuve.» --«Oui, nous nagerons, Guilhem ajouta, ensemble dans l'eau rose, ensemble dans l'eau pure, tu l'as dit, comme fait le poisson du printemps qui dans le Rhône va, de nappe en nappe, jusqu'au frayoir des eaux supérieures!» --«Mais pour nous y bénir y aura-t-il le prêtre?» dit subitement la jeune ingénue. --«Ah! il y a beau temps qu'il est mort, fit le prince, le prêtre de l'autel où je t'amène! Mais pour nous bénir et nous chanter messe, n'aurons-nous pas, que crains-tu? les palombes dont les roucoulements d'amour sont immortels!» Elle n'en fut pas moins, de cela, un peu triste; et puis, ayant pensé, elle dit:--«Suis-je bête! Du signe de la croix qui le conjure se peut-il que le Drac docilement subisse l'outrageuse vertu? Mais moi, infime, dès que je me verrai sous les arcades du Pont Saint-Esprit où, dans sa chapelle, le grand saint Nicolas figure, je lui demanderai qu'il verse, lui, sa bénédiction pour ceux qui nagent, qui nagent en péril parmi les ondes!»

CVI

Et fais tirer! en jetant sa crierie de joie et de valeur, et d'impatience ou d'abandon en Dieu, la batelée s'avançait lentement; et le Caburle, sa haute proue rengorgée sur le Rhône, échangeait son salut avec les autres flottes qui au fil de l'eau descendaient rapides. --«A Dieu soyez!»--«Adieu!»--«C'est l'équipage, n'est-ce pas? de Jean la Miche, de Serrières... Il a de beaux chevaux!»--«Le vent s'aheurte?» --«Comme un brigand!»--«C'est donc comme à la joute?» --«Hélas! en quinze jours quatorze lieues, comme il se dit.»--«Allons, et à la compagnie!» Et les bateaux, avec les bras levés, disparaissent là-bas à la descise. Et après l'une l'autre les rencontres se suivent de loin en loin.--«N'est-ce pas Thomas d'Andance qui fend l'eau en amont? Voyez donc comme il sille!» --«A Dieu soyez!»--«Adieu!»--«Oui, il a deux penelles, ce rustaud vivarais, et deux sapines qui doivent lui en rendre: on dit qu'il charge tout pour son compte.»--«Allons donc! des citrouilles... Et des Cuminal on disait merveille avec leur _Grand-Zidore_[6]; ils ont plié quand même!»

CVII

Depuis quatre jours, ainsi, sous la roue du grand soleil et sous le hâle de l'air du Rhône et du vent qui havit, au travers des obstacles de tout genre, des bancs de gravier, des récifs, des gués, péniblement dirigeant leur manoeuvre et abattant leur demi-lieue par heure, les Condrillots avaient pris la remonte, quand, au cinquième jour, en droite vue, les vingt-deux arches du Pont Saint-Esprit se déployèrent sur le ciel. Et, arrivés près des arcades, au prince le patron faisant un signe lui dit:--«Seigneur, vous voyez cette pile qui porte une touffe de pariétaire?... C'est de là qu'à l'accoutumée on bénissait le Rhône tous les ans... Ah! comme c'était beau! Avec les barques nous allions à terre, là, quérir le prêtre qui, portant le Bon Dieu, entre les rives du fleuve immense, debout sur la poupe, haussait le «saint soleil» devant le peuple couvrant là-haut les parapets du pont... Tout ça ne se fait plus et je ne comprends pas, moi, d'où vient qu'aujourd'hui comme ça tout s'éboule...» --«Vous en verrez bien d'autres! lors lui cria l'Anglore. Ah! vous savez? Le monde vire... Ne vous l'ai-je pas dit que, sur le roc de Tourne, de gros remue-ménage étaient marqués?» --«Toi! d'une voix bourrue la rembarra le maître, T'emmène au Malatra qui t'y a prise! Son approche elle seule, à cette masque-là, ferait sombrer une barquée de crucifix... Arrête!»

CVIII

Sur la berge, au cri de halte qui, transmis d'homme à homme, fait retentir l'arcade marinière, ils ont pour la dînée jeté l'amarre. Les grands chevaux fumants, aussitôt dételés, mangent aux trousses de fourrage. Les mariniers, là-bas sur la penelle, les charretiers, là-haut sur la chaussée, écrasant sur leur pain leur hareng, leur anchois, remâchent lentement et causent: des Bancs Rouges le pas est difficile; et à Donzère, avec ces rochers, avec cette _cluse_ où le Rhône en fureur se précipite comme un taureau sauvage, il y aura du mal! Un peu plus haut, il faudra qu'ils transbordent, avec tout leur train et de grandes peines, de l'autre côté... Mais à quoi bon geindre! Lyon est loin--et qui a temps a vie. Et en avant! Les grâces étant dites, et bruyamment le baile ayant d'un coup refermé son couteau sur son manche de corne, et les colliers remis et tous les fers passés à la revue du maréchal-ferrant: --«Fais tirer devant! hue!» Et se déhanche derechef contre vent et contre-mont la grand'cavalerie. Alerte et gaie, l'Anglore sur la tille du Caburle boit le vent frais qui ébouriffe sa chevelure et gonfle sa petite mante. --«Au Malatra, dans moins de demi-heure, dit-elle au princillon d'Orange, nous serons arrivés. Quelle joie pour ma mère, pour mes frères petiots et pour mes soeurs! Dans mon cabas, pour chacun et chacune, j'apporte leur foire: pour Alexis un tambour de Beaucaire; pour Gathone des poteries menues; pour Brigitte une poupée d'un sou; une barquette avec tous ses agrès pour le beau Georges; et... pour ma mère une boîte de dattes!» --«Et, fit le prince, rien pour moi?» --«Pour toi, mon Drac, tout ce qui est au lustre du saint soleil, tout ce qui est à l'ombre, demande-le-moi: je suis ta servante.»-- Et, lui pressant les doigts, Guilhem lui dit: --«Je t'attends donc, mignonne, à la soirée, vers le minuit, sur le bord de ton île, et, comme dit la chanson amoureuse:

_Sur mon bateau qui file, Viens, je t'enlève au frais, Car, prince de Hollande, Je n'ai peur de personne.»_

CIX

Ah! belle jeunesse, éternel appeau! Le vent avait cessé. Dans l'amplitude et le silence du vaste Rhône les hommes somnolant, la caravane sous le soleil d'été remontait lentement, avec, de loin en loin, quelque mouette qui voletait sur le travers du fleuve. Soudain s'élève, dans le lointain du nord, un sourd bourdonnement. A l'horizon il se perdait, puis bourdonnait encore, comme le claquet d'un moulin farouche qui serait descendu par la rivière. Puis c'était une toux absconse qui augmentait toujours, toux saccadée, comme on eût dit d'un taureau, d'un dragon suivant de l'archipel les sinuosités. Puis un ébranlement subit remua l'onde, faisant sursauter la batellerie, pendant qu'en amont un flot de fumée obscurcissait le ciel: et derrière les arbres apparut tout d'un coup, fendant le Rhône, un long bateau à feu. Tout l'équipage redressa les bras, à l'aspect du monstre. En poupe, Maître Apian, devenu pâle, regardait muet la barque magique, la barque dont les roues battaient comme des griffes, et qui soulevait des vagues énormes et formidablement fondait sur lui.

CX

--«Range-toi!» lui cria le capitaine, et tous ceux du bateau lui faisaient signe de se garer devant. Mais tel qu'un rouvre, inébranlable au timon, le vieux maître lui répondit:--«Mandrin[7]! que le Caburle s'écarte devant toi? Le Rhône est nôtre... Et fais tirer la maille, mille dieux!» Mais le patron n'avait pas clos la bouche, filant comme l'éclair, le Crocodile (c'était le nom du vapeur) a saisi, par une de ses aubes, la penelle. Dans son élan il l'entraîne et, pareil au dogue qui secoue sa proie, tout pêle-mêle il secoue le convoi; avec les câbles il s'empêtre rageur parmi les barques où il s'ouvre une voie, dans son sillage traînant après lui toute la flottille. O malheureux! les grands chevaux reculent, emportés par la maille, dans le Rhône, avec les charretiers poussant des cris et démontés devant l'eau furibonde.

CXI

Mais Patron Apian, lorsqu'il voit perdus tous ses grands chevaux, sa flotte, sa vie, lui, droit sur le Caburle qui dévale désemparé, courant à la dérive, lui, hors de sens et les veines exsangues, lorsqu'il voit, ébahi, le vapeur qui, puissant, en écharpant deux tourbillons d'écume et jetant dans les airs sa nue fuligineuse, sillait déjà devant:--«Ah! mange-peuple! lui cria-t-il ainsi, monstre que sur la terre le démon a vomi pour notre destruction, lombard de juif, fils de crachat, sois maudit! sois maudit! sois maudit! Et qu'ils meurent, ceux qui te servent, dans la braise et le bouillonnement et les supplices du noir enfer où s'attise ton feu! Ah! crasse de fumée! nous, sous nous autres, depuis des milliers d'ans nous tenions la rivière... Mais toi, puisque aujourd'hui tout croule, souviens-toi, sale bête, que déjà te talonne le cheval-fée qui doit crever ton ventre: tel tu fis, tel t'attend!» Et le Caburle, ayant toutes ses barques après en traînerie et tous ses chevaux en cette mêlée guéant ou sombrant, au choc de la houle roulait au péril.--«Coupez les cordages, malheur de Dieu! les chevaux qui se noient!» brama le voiturin en faisant force pour atterrir ou pour s'engraver sur la rive; car déjà devant lui, épouvantable, le Pont là-bas se dresse pour tout rompre. Mais le courant insurmontable entoure sisselandes, sapines et penelles, et sens devant derrière il les rue, il les chasse comme un troupeau de moutons qui chemine à l'abattoir. Éperdus, les nochers, le prouvier, le pilote, pour embouquer, s'ils peuvent, quelque arcade, font sur le gouvernail des efforts surhumains. Mais vainement! L'Anglore, muette, l'oeil clos, n'est plus de ce monde: étroitement serrée aux bras du prince qui du haut de la proue guette la catastrophe, et confiante en plein dans sa croyance douce, il lui semble prendre l'essor dans le ciel.

CXII

Un grand cri monte... Aïe! malheur! du Caburle un tourbillon effrayant enveloppe la barque en son remous: un heurt terrible tonne contre le Pont et tout se brise. Guilhem, du contre-coup, au sein des vagues est projeté, ayant l'Anglore dans ses bras. Et il nage, battu par les tronçons de poutre, et il nage, tenant à fleur d'eau son amie, et tant qu'il peut il nage. Mais les flots irrités le submergent enfin et sous la houle il disparaît. Sur l'autre bord du Rhône agenouillées, là-bas, pleurent les femmes, criant et priant Dieu. De la chaussée, où il s'était rendu après le bris des barques, sauvant le petit mousse de l'équipe, le bon Jean Roche à l'eau se jette encore. Et de nager, cherchant le prince; et de plonger, cherchant l'Anglore. Mais vainement! Le fleuve, qui sait où? les avait tous les deux emmenés pour toujours.

CXIII

Sur le limon du bord où se ressuient les naufragés,--la face toute en sang, couvert, souillé d'écume, gisait le gros pilote; les bateliers, enlizés dans la vase, les charretiers, étouffant leurs jurons, étaient là, affligés, la tête basse, à recueillir en tas quelques épaves. Affaissé sur son corps, frappant du pied la terre, le vieux patron geignait:--«Ça n'est pas juste! Mon beau cheptel! Une si belle flotte! Tout cela démoli par le désastre!» Ensuite il demanda:--«Qui manque? Y sommes-nous, tous ceux de l'équipage?» Ils se comptèrent et «nous y sommes tous» fut la réponse. Maître Apian dit encore:--«Hélas de nous! Quand le sort est écrit, les malheurs s'accomplissent! Et nous pouvions bien tous nous engloutir... Saint Nicolas nous a sauvé la vie: nous lui ferons dire, à Condrieu, une messe.» --«Il n'y manquera donc, fit José Ribory à mi-voix au prouvier, que cette pauvre fille et ce bon petit prince...»--«Ah! va, bon petit prince... Jean Roche répliqua, sur le Caburle j'avais depuis longtemps observé ses menées... Et qui t'a dit que ce n'est pas le Drac du Rhône qui, par avance, instruit du grand naufrage, nous aura, lui, suivis de trajet en trajet, pour emporter l'Anglore dans ses gouffres?»

CXIV

Et Maître Apian conclut, hochant la tête: --«L'esprit est messager! Lorsque les barques devant le Malatra faisaient descise, ah! je le pressentais, que cette malheureuse (car elle doit avoir, jetée à la rivière, fait triste fin) devait tôt ou tard amener sur nous quelque malencontre. Ah! mes sept barques! mes beaux chevaux haleurs! Dire que tout cela est foudroyé, en ruine! C'est la fin du métier... Pauvres collègues, oui, vous pouvez bien dire: Adieu la belle vie! Il a crevé pour tous, aujourd'hui, le grand Rhône.» Et alors, de l'épaule au tour de la ceinture ayant enroulé sur leur corps les câbles et les restants d'agrès qu'ils avaient recueillis, à pied toute la troupe, en suivant le rivage, remonta vers Condrieu, sans autre plainte.

NOTES

_CHANT PREMIER_

Note 1.--Les mariniers du Rhône se servent du mot _empèri_ (empire) pour désigner la rive gauche, et du mot _reiaume_ (royaume) pour désigner la rive droite.

N. 2.--La _maille_, nom du câble de halage, dans l'ancienne batellerie.

N. 3.--Le _Vent Terral_, le mistral.

N. 4.--_Reinage_, royauté, dignité de roi ou chef d'une fête.

N. 5.--_Caillette_, espèce de mets.

N. 6.--_Pogne_, espèce de brioche.

N. 7.--_Rigotte_, petit fromage de lait de chèvre.

N. 8.--Nom propre d'une barque, qui dut être célèbre dans le temps à Condrieu, puisqu'il en est question dans une chanson populaire:

Voilà le Caburle à la touche, le conducteur bien étonné: fallut porter la maille en terre et un allège aller chercher.

N. 9.--_Baile_, chef des charretiers.

N. 10.--La _descise_, la descente du fleuve, en terme de marinier.

N. 11.--_Prouvier_, homme de proue, second d'une barque.

N. 12.--_Mouille_, lieu où l'eau est tranquille, où les bateaux peuvent mouiller.

N. 13.--_Maigre_, haut-fond, gravier à fleur d'eau.

N. 14.--_Pan_, empan, palme, mesure d'une main ouverte.

N. 15.--Pierre-Bénite, rocher des bords du Rhône, au-dessous de Lyon.

N. 16.--_Lone_, bras de rivière, flaque d'eau qui occupe un ancien lit du Rhône.

N. 17.--_Brotteau_, oseraie, à Lyon.

N. 18.--_Mudo_, traite de navigation, proprement «mue», c'est-à-dire intervalle pendant lequel on prend un pilote de rechange--appelé _mudaire_. Le Rhône, pour les bateliers, est divisé en _mudo_.

_CHANT DEUXIÈME_

Note 1.--Maëstral ou mistral, que familièrement on nomme _Mange-fange_.

N. 2.--_Zwanenbloem_ en néerlandais, butome en ombelle.

N. 3.--Les princes d'Orange portaient dans leurs armes un cornet, par allusion à Guillaume au Court Nez (_Guilhem del Cort Nas_), fondateur de leur maison.

N. 4.--Nom d'un coteau qui domine Vienne.

N. 5.--Nom du port de Condrieu.

N. 6.--_Trèves_, farfadets, lutins. Voir _Mireille_, chant V.

N. 7.--_Oulurgues_, êtres fantastiques dont il sera question au chant VII du poème.

N. 8.--_Argence_, le territoire de Beaucaire et des localités voisines.

N. 9.--La couple des attelages était de quatre chevaux, dans la batellerie du Rhône.

_CHANT TROISIÈME_

Note 1.--_Maille_, câble de traction.

N. 2.--_Bagalance_, nom d'une des piles du Pont Saint-Esprit.

N. 3.--Les Saintes-Maries de la Mer, à l'embouchure du Rhône.

N. 4.--Les Cornes de Crussol, nom que portent les ruines du château de ce nom, vis-à-vis de Valence.

N. 5.--On faisait bouillir des aiguilles dans l'huile, pour rompre un charme.

N. 6.--Eau fière, en provençal, signifie eau élevée, qui coule à pleins bords.

N. 7.--_Rigue_, le train ou convoi des barques remorquées à la file par le même câble. _Recua_, en espagnol, signifie «suite de mules attachées l'une à l'autre par la queue».

N. 8.--_Lou brande de l'Eireto_, nom d'une ronde qui se danse aux bords du Rhône.

_CHANT QUATRIÈME_

Note 1.--Le _vent lombard_, vent d'est, en Dauphiné.

N. 2.--Magasins où les Marseillais serraient leurs marchandises dans le Levant.

N. 3.--Nom que porte l'ancienne voie Domitienne dans l'Hérault.

N. 4.--Ancienne route qui allait de Nîmes à Gergovie.

N. 5.--Le coquâtre (_lou gau-galin_), le gouvernement de 1830.

N. 6.--La Galéjonière (_la héronnière_), marais des environs d'Arles où se réfugiaient les conscrits réfractaires.

N. 7.--Sobriquets que les royalistes donnaient à l'empereur en 1814: le _châtaignier_, par allusion aux châtaigneraies de la Corse; le _tondu_, parce que Bonaparte s'était fait tondre après la bataille de Marengo.

N. 8.--_Lone_, ancien bras du Rhône, parage où l'eau est calme.

N. 9.--_Aube_, peuplier blanc.

N. 10.--Ségonaux, _segounau_, terrains qui longent le Rhône, entre le fleuve et ses digues.

N. 11.--Rousserole, _motacilla arundinacea_, espèce de fauvette.

_CHANT CINQUIÈME_

Note 1.--_Cluse_, passage resserré par des rocs escarpés, défilé.

N. 2.--Rochers à forme humaine qu'on voyait autrefois près de Châteauneuf-du-Rhône et que le chemin de fer a détruits depuis lors.

N. 3.--Le pilote de rechange, qu'on appelle _mudaire_ sur le Rhône.

N. 4.--_Sisselandes_, grands bateaux plats, carrés d'un bout, tirant probablement leur nom de Seyssel, port du haut Rhône.

N. 5.--Descente, en style de marinier.

N. 6.--_Angloro_, un des noms du lézard gris (_lacerta agilis_), sur la rive droite du Rhône.

N. 7.--Cévennols, montagnards des Cévennes, dont _Rayoou_ est le sobriquet.

N. 8.--Fier, dont les eaux sont hautes.

N. 9.--_Barrau_, ancienne mesure de 30, 40 ou 50 litres, selon les pays.

N. 10.--_Savoyarde_, grande barque du Rhône.

N. 11.--Le mirage.

_CHANT SIXIÈME_

Note 1: Gervais de Tilbury, qui écrivait à Arles vers 1250, a conté l'histoire du Drac et de la femme de Beaucaire, dans ses _Olia imperialia_. Les lavandières du Rhône, aux Saintes-Maries de la Mer, se servent encore de battoirs sculptés qui portent par tradition un Drac en forme de lézard.

N. 2: Délaissée (_semo_), sable qu'une rivière dépose sur ses bords.

N. 3: Peuplier blanc, _populus alba_.

N. 4: Jonchée (_toumo_), fromage frais qu'on fait égoutter sur du jonc et qu'on retourne de temps en temps, d'où la locution: _vira coume uno toumo_.

_CHANT SEPTIÈME_

Note 1: Les cinq doigts, la main.

N. 2: Jurement populaire.

N. 3: _Franc valentin_, pensée intime. _Valentin_, autrefois, se disait pour «soupirant» dans plusieurs provinces de France.

N. 4: Les revers du mont Ventour, le versant nord.

N. 5: Les castors du Rhône.

N. 6: Voir, sur la légende du pont du Gard, le prologue du poème de _Nerto_ (Hachette, 1884).

N. 7: _Païs alegri_, pays égayé; se disait, en Provence, d'un lieu hanté par les sorciers.

N. 8: On dit en proverbe: _gènt de marino, gènt de rapino_.

N. 9: _Li Sauto-bàrri_ (les Saute-remparts), sobriquet des gens de Mornas.

N. 10: La fontaine de Tourne, au Bourg-Saint-Andéol, sourd au pied d'un bas-relief consacré au dieu Mithra.

N. 11: _Rouan_, boeuf ou taureau en pleine force; au figuré, vague qui se précipite. Le provençal _biòu_ signifie aussi «boeuf» et «masse d'eau qui se précipite». _Rouan_, ce parallélisme l'indique, dérive donc du latin _Rhodanus_, Rhône.

_CHANT HUITIÈME_

Note 1.--_Esparganèu_, jonc fleuri, _butomus umbellatus_.

N. 2.--Croyance populaire de la haute Provence.

N. 3.--_Lou Cièri_, nom vulgaire du théâtre antique d'Orange.

N. 4.--_Crèbo-cor_, éminence qui domine la ville d'Orange.

N. 5.--Noms de rues d'Avignon.

_CHANT NEUVIÈME_

Note 1.--Grenettes ou graine d'Avignon, stil de grain.

N. 2.--_Pagello_, perche de saule qui sert de sonde. Les mariniers du haut Rhône disent _pelle_, par contraction.

N. 3.--_Roudadou_, ancien lit du Rhône.

N. 4.--_Verganière_, ouvrière qui coupe les brins d'osier (_vergan_).

_CHANT DIXIÈME_

Note 1.--_Lahut_, tartane, caboteur.

N 2.--L'Océan.

N 3.--_Li Conse_, les Consuls, officiers municipaux des villes du Midi.

N 4.--_Cante-Perdris_, cru de Beaucaire.

N 5.--Bague de verre, qui fait crier aïe! lorsqu'elle se casse.

N 6.--_Li braiassé_, les Levantins, les Orientaux, à Marseille.

N 7.--Couvertures de laine pouvant servir de manteaux.

N 8.--Halles voûtées, arceaux des halles.

N 9.--_Franchimands_, Français du Nord; _Lombards_, Italiens; _Estrelins_, Anglais ou Hanséatiques; _Marrans_, descendants des Maures, Espagnols; _Gitanos_, Bohémiens d'Espagne.

N 10:--Ils restèrent trois ans auprès du roi de Torelore. V. FAURIEL, _Histoire de la poésie provençale, Aucassin et Nicolette_.

N 11.--Haut quartier de Beaucaire, où était autrefois l'hôtellerie des bateliers.

N 12.--_Rouanado_, débordement du Rhône; fête du Rhône, sur le bord du Rhône, en l'honneur du Rhône.

N 13.--Catapultes des Provençaux.

N 14.--La _Soulenque_, la fête du Soleil, repas qu'on paye aux ouvriers de la moisson.

N 15.--_Génestet_, cru du territoire de Beaucaire, dont le vin est vanté dans le poème de la Croisade contre les Albigeois.

N 16.--_Rouan_, le taureau; nom emblématique du Rhône. _Rouanesse_, quartier de Beaucaire, dans lequel on retrouve le nom de _Rhodanusia_, ancienne colonie grecque.

_CHANT ONZIÈME_

Note 1.--_Aubourier_, tronçon de mât auquel on attachait les câbles de traction.

N. 2.--La _souveraine_, la plus haute marque de la sonde.

N. 3.--Le Lert, grand reptile fantastique.

N. 4.--Nom d'une porte d'Avignon, par laquelle les mariniers allaient à la «marmite», _l'oulo_, en provençal.

N. 5.--_Mau-uni_, grêlé.

N. 6.--Quartier de Lyon.

N. 7.--Nom d'un port du Rhône, près Orange.

_CHANT DOUZIÈME_

Note 1: _Lustre_, éclat, lumière, au sens primitif.

N. 2.--DEO SOLI INVICTO MITRAE, inscription qu'on lisait autrefois sur le monument mithriaque du Bourg-Saint-Andéol (Millin).

N. 3.--Petit lézard gris, _lacerta agilis_.

N. 4.--A Arles et à Lyon, comme au Bourg-Saint-Andéol, subsistent les monuments du culte de Mithra. A Arles, le corps du dieu est entouré d'un grand serpent et sur ses vêtements sont figurés aussi les signes du Zodiaque.

N. 5.--_Ensigne_ (Insignes), constellations, en provençal.

N. 6.--Nom propre d'un bateau du Rhône.

N. 7.--Chenapan, scélérat, par allusion à Mandrin, célèbre chef de contrebandiers, roué à Valence, en 1755.

TABLE

CHANT PREMIER. -- Patron Apian 3

CHANT DEUXIÈME. -- Le Prince d'Orange 31

CHANT TROISIÈME. -- La Descente du Rhône 65

CHANT QUATRIÈME. -- Les Vénitiennes 83

CHANT CINQUIÈME. -- L'Anglore 115

CHANT SIXIÈME. -- Le Drac 137

CHANT SEPTIÈME. -- La Fontaine de Tourne 155

CHANT HUITIÈME. -- A horizon perdu 181

CHANT NEUVIÈME. -- En aval d'Avignon 215

CHANT DIXIÈME. -- La Foire de Beaucaire 237

CHANT ONZIÈME. -- La Remonte 269

CHANT DOUZIÈME. -- La Catastrophe 307

Notes 339

_Achevé d'imprimer_

le vingt-sept janvier mil huit cent quatre-vingt-dix-sept

PAR

ALPHONSE LEMERRE

6, RUE DES BERGERS, 6

_A PARIS_