Part 7
Du même Victor Hugo: «Il s’agit de savoir quelle quantité de prose on peut introduire dans le vers dramatique.»
Ce serait donc une question de dosage.
Examinons le problème; il en vaut la peine,--car si la comédie moderne en vers était à jamais déclarée inacceptable, peut-être la littérature y perdrait-elle une forme de théâtre, qui, selon moi, a son prix.
Notons, en passant, qu’un débat similaire s’est produit chez les peintres. La laideur des habits noirs les a repoussés longtemps. Un haut de forme, quoi de moins pittoresque? Cependant tel chef-d’œuvre de Fantin-Latour nous le montre sur la tête de son modèle. Et ce détail étant caractéristique _d’une époque_, n’a-t-il pas _le droit_ de se montrer dans l’œuvre d’art? Le triomphe d’un peintre de modernités ne sera-t-il pas de les rendre acceptables, en les subordonnant à la valeur des tons et à l’expression générale de son tableau?--Tout est là.
Il est vrai que les peintres d’histoire n’admettent que la _peinture historique_. Nous ne sommes point si exclusifs.
Dans le _Père Lebonnard_, un vers, entre autres, parut tout particulièrement digne de dédain aux critiques de grand style. Ce vers incriminé, le voici:
«Je veux du bœuf saignant et des œufs à la coque!»
Je conviens que ce vers n’exprime pas un sentiment noble ni une idée lyrique.
On l’a comparé à un autre vers, plus fameux:
«Léon, je te défends de brosser ton chapeau!»
Et je dis que la comparaison, pour séduisante qu’elle paraisse, n’est pas équitable. Il eût été mieux de le justifier en citant celui-ci:
«Je vis de bonne soupe et non de beau langage,»
mais c’eût été moins drôle.
Pourquoi Lebonnard s’écrie-t-il: «Je veux du bœuf saignant et des œufs à la coque?...»--Parce qu’on lui conteste, à lui, qui fut toujours timide et craintif, le droit de donner à sa chère fille convalescente, une nourriture salutaire. Alors, il s’emporte et jette ce cri de revendication domestique, au premier acte,--comme il jettera, au troisième acte, le cri de sa révolte définitive: «bâtard!».
Il s’agit donc là d’un _trait de caractère_ et d’un trait de _tendresse paternelle_. A mes yeux, le sentiment intérieur du bonhomme et le mouvement de sa colère, qui sont nobles, relèvent la trivialité de l’expression. Et le public ne s’y trompe pas.
Un principe qui me paraît essentiel à établir, c’est ce que j’appellerai la _divisibilité_ des éléments qui constituent le sujet poétique, c’est-à-dire des éléments qui donnent à l’auteur le droit et même lui imposent le devoir de traiter un sujet en vers.
En d’autres termes, ce qui fait qu’un sujet est essentiellement poétique, c’est un ensemble de conditions qui doivent se trouver toutes réunies dans le drame lyrique ou dans l’œuvre tragique, mais qui ne sont pas inséparables les unes des autres. Il suffira à la comédie ou au drame d’en garder quelques-unes pour que le poète ait le droit d’écrire en vers sa comédie ou son drame.
La qualité poétique permanente du sujet, c’est-à-dire sensible dans chaque vers, paraît à d’aucuns la condition essentielle. Je le nie. Il suffit que le sentiment ou l’idée poétique apparaisse çà et là, assez souvent pour se dégager de l’ensemble.
Certains personnages, par leur nature même, sont à la fois et _poétiques_ et prosaïques. Telle se présentait à moi la figure du _père Lebonnard_; si bien que, dans une comédie en prose, il détonnerait parfois, semblerait déclamatoire, en exprimant des idées et des sentiments au-dessus de sa condition et au-dessus de la prose; et de même, ou par contre, dans la comédie en vers, il exprime le plus souvent des idées et des sentiments moyens, qui ne semblent pas dignes du «langage des dieux».
Il fallait donc choisir. Ou ennoblir les allures extérieures d’un personnage qui porte en lui la lumière d’une grande âme; ou refuser à l’expression de sa haute personnalité morale, dans les moments où elle éclate, le secours et l’honneur que lui apportent la rime et le rythme.
J’ai balancé longtemps. J’ai fini par me décider pour le langage rythmé.
Remarquez bien que je n’aurais pas eu à m’interroger sur le choix des moyens d’expression si nous admettions en France qu’une pièce fût composée alternativement de scènes en vers et de scènes en prose, comme les drames de Shakespeare.
Chez nous, où l’on n’y est pas habitué, ce mélange de prose et de vers ne pourrait que faire ressortir davantage le désaccord entre les deux tons du personnage. Dans les nombreux passages où le vers n’exprime que l’action courante,--du moins les _éléments_ purement prosodiques et pour ainsi dire mécaniques du vers nous servent-ils de transition heureuse pour arriver aux passages de pensée plus haute. Et cette transition, semble-t-il, aide l’esprit aussi bien que l’oreille. Donc, théoriquement du moins, l’œuvre y gagne en beauté.
Pourquoi résister à cet argument?
On répondra sans doute: «Parce que l’art des vers est réservé au grand drame lyrique ou à la grande tragédie.»
Pourquoi «réservé?» Faut-il abolir la chanson, parce que chanter est un empiétement sur les imposants privilèges de l’Académie royale de musique? Il y a là, au fond, un retour singulier de l’esprit critique vers l’adoration puérile du «style noble». Rien n’est plus étrange à notre époque de liberté. Nous déshonorons le vers sur les planches, dit-on, en l’inclinant au naturel et au moderne. Pourquoi ne pas dire que nous honorons le moderne et le naturel, en les mettant en vers, lorsque la qualité d’âme des personnages en veston ou en habit noir le permet et même le commande?
Rassurons-nous. Les musiciens viennent de conquérir des privilèges qu’on voudrait ne plus accorder aux poètes et, tandis qu’on nous impose sur la scène le pourpoint ou la toge, on les autorise à y faire chanter la redingote, le veston et même la blouse. O profanation!
Il me paraît opportun de citer en terminant quelques vers de Molière que nous savons tous par cœur et dont cependant on oublie, semble-t-il, la portée littéraire:
Ce style figuré dont on fait vanité Sort du bon caractère et de _la vérité_...
La rime n’est pas riche et le style en est vieux, Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux Que ces colifichets dont le bon sens murmure Et que la passion parle là toute pure?
Il n’y a pas à s’y tromper, le Maître lui-même parle ici par la bouche d’Alceste, puisque toute son œuvre est conforme au goût littéraire de l’homme aux rubans verts. Ce vers entraînant:
_Et que la passion parle là toute pure!_
contient la leçon du génie. Le grand ancêtre affirme ici que le mouvement de la passion, au théâtre, prime tout et qu’il ennoblit le style un peu vieux et la rime pauvre. Au théâtre, (Shakespeare est de cet avis) le mot trivial ne l’est plus, dès qu’il sert les caractères et exprime la passion. Il est même alors le mot nécessaire.
Il est vraiment singulier, je le répète et j’y insiste avec énergie, que ce soit précisément à notre époque de réalisme que l’on conteste à l’écrivain dramatique le droit d’être simple et vrai en vers, d’être trivial au besoin, quand la trivialité est nécessaire au drame. Je crois bien qu’en lui interdisant de servir le naturel avec les moyens de son art, le rythme et la rime, ou voudrait le condamner à la mort sans phrases, c’est-à-dire abolir le drame en vers.
En effet, s’il s’y montrait exclusivement poétique et lyrique, comme on le lui conseille avec malice, on se hâterait de le déclarer en contradiction formelle avec le sens commun, avec l’esprit sceptique et positif du siècle.
La détente du rythme lance, comme celle d’un arc, le mot de situation; quant à la rime, tantôt elle le fait espérer, tantôt elle le rappelle. Il y a là une force, pour ainsi dire mécanique, qui accroît l’élan du verbe; et, en vérité, tant que la noble forme du vers n’est pas déshonorée par des inanités ou des trivialités inutiles à la portée finale d’un ouvrage dramatique, on ne voit pas pourquoi à seule fin de complaire aux modernes ennemis des poètes, on se priverait des forces indéfinies mais réelles de la parole scandée.
L’acteur admirable qui s’appelle Silvain comprend profondément toutes ces considérations, lui qui, avant que je les lui eusse présentées, me disait: «En prose, je n’aurais pas consenti à jouer le _Père Lebonnard_. Tous les effets s’y trouveraient diminués.»
Cette énergique déclaration du grand comédien suffit à établir--du moins à mes yeux,--la valeur de ma théorie sur le théâtre moderne en vers.
En vérité, les genres ne sont pas abolis et la lyre a plus d’une corde. Il y a de belles odes qui s’envolent à cheval sur Pégase; il y de bonnes chansons qui vont à pied.
ANTOINE
NOVELLI
SILVAIN
dans _le Père Lebonnard_
«Le _Père Lebonnard_, de Jean Aicard, est une pièce aujourd’hui célèbre.» Elle fut représentée en 1889, au _Théâtre Libre_, avec la distribution suivante:
Lebonnard MM. ANTOINE. Robert Lebonnard G. GRAND. Le marquis d’Estrey PHILIPPON. Le docteur André BARRY. Un domestique DORVAL. Mme Lebonnard Mmes BARRY. Jeanne Lebonnard AUBRY. Blanche d’Estrey MARG. ACHARD. Marthe LOUISE FRANCE.
Après cette représentation demeurée unique (le Théâtre Libre ne jouait chaque pièce qu’une seule fois), l’auteur écrivit à M. Antoine la lettre suivante:
«Mon cher Antoine,
«Vous avez été, dans Lebonnard, admirable de simplicité, de force et de naturel.
«Tous les interprètes, sans exception, je le vois bien, ont aimé et senti mon drame.
«Ce que j’ai cherché dans _Le Père Lebonnard_, c’est la vie toute simple, l’expression toute franche et comme parlée,--quoique en vers. Et vous m’avez donné l’impression même de la vérité sous ces deux conventions: le vers et le théâtre...»
Traduite en italien[2] et jouée par l’illustre acteur Ermete Novelli, dans tous les pays du monde, elle a dépassé aujourd’hui la trois centième.
[2] Le _Père Lebonnard_ à été traduit, depuis un an, en allemand, en hongrois et en russe.
Novelli vint la jouer à Paris en 1898.
«C’est ma pièce préférée (dit Novelli), celle qu’on me redemande toujours et partout, celle où je trouve mon triomphe chaque fois certain... Vous verrez, je viendrai dans un mois la jouer en France. Ah! elle a bien gagné son droit de cité dans votre pays, allez! Savez-vous qu’elle a fait le tour du monde avec moi? Avec _Lebonnard_, j’ai fait pleurer jusqu’à des sauvages, au Brésil!» (_Revue du Palais_, 1er juin 1898.)
En 1901, elle fut représentée à Toulon par Ermete Novelli, lors de la visite de l’escadre italienne.
Voici en quels termes M. Jean Aicard s’exprimait publiquement, à cette occasion, sur le compte de son illustre interprète:
«J’éprouve en effet un sentiment infini de reconnaissance pour ce comédien extraordinaire qui, dans l’esprit de tous ses admirateurs italiens, est littéralement inséparable du personnage de Lebonnard. Il a fait de ce rôle sa chose, sa mascotte, comme il dit. Jamais le mot «création» ne fut employé plus justement qu’ici, pour désigner ce mystérieux travail d’art, de pensée, d’observation, d’assimilation et d’expressivité, si je puis dire, qui amène l’acteur et le personnage à ne faire ensemble qu’un seul être.
«Novelli en a conscience lorsqu’il répète: «Ce rôle est fait pour mon cœur, pour ma peau, pour mon sang, pour mes nerfs.»
«Dans un voyage que j’ai fait en Italie, il y a deux ans, dès que mon nom était prononcé, dans un hôtel par exemple,--j’entendais aussitôt chuchoter autour de moi deux noms: «_Novelli_, _Lebonnard_». Et mes hôtes inconnus devenaient affables comme de vieux amis retrouvés.
«Pour un auteur qui a écrit je ne sais plus où: «l’art est surtout le moyen divin d’attirer à l’artiste des sympathies,» on conviendra que nulle joie ne peut être supérieure à celle que m’a fait éprouver ce grand Novelli en me donnant, dans son pays, tant de sympathies inattendues, et qui restent inoubliables.
«La carrière de _Lebonnard_ est loin d’être achevée. Tant qu’il y aura un Novelli, il y aura un Lebonnard bien vivant. Grâce à Novelli, ce vieux Lebonnard est pour moi comme un vrai fils qui ne cesse de «me donner toutes les satisfactions.» Grâce à Novelli, on n’effacera pas le nom de _Lebonnard_ de l’histoire anecdotique du théâtre à travers le monde. Ils vivront ensemble positivement et idéalement, bien après moi. J’ai la modestie de me dire que, sans Novelli, ma pièce n’eût pas eu cette heureuse fortune,--mais j’ai la fierté de me dire qu’elle a pu inspirer un Novelli, homme et artiste de chair et d’âme, concepteur de réalité et d’idéal. Et grâce à lui, j’en suis certain, j’aurai la joie finale de revoir cette œuvre qui n’a d’autre prétention que d’être humaine et touchante,--j’aurai, dis-je, la joie de la revoir jouée en France, en français.
«En attendant, je remercie, de toute mon âme, l’artiste qui l’apporte en italien, dans ma chère ville natale.» (_Les Coulisses._--Toulon.)
Le triomphe de Novelli à Toulon[3] fut ce qu’il est partout dans le rôle du _Père Lebonnard_, ce qu’il fut lorsque Novelli inaugura le théâtre Biondo, à Palerme, en s’y montrant dans sa création préférée:
[3] Le _Père Lebonnard_ avait été joué déjà à Toulon, en 1889, par M. Raimon et une troupe de tournée dans laquelle se trouvaient Mmes Louise France et Eug. Nau.
«Tutta la vita del Novelli è un seguito di trionfi, decretati da tutti i teatri, nei quali l’arte proteiforme del grande artista, s’impone all’ ammirazione.
«Chi non sa gli entusiasmi del _Papà Lebonnard_? Chi non ha visto il Novelli nel terzo atto del dramma di Jean Aicard, quando, nel prorompere di un’ ira lungamente repressa, svela al figlio della colpa il nessun diritto che ha egli di portare il suo nome, non ha assistito alla manifestazione più tragicamente umana di un’ esistenza.
«Non è più l’attore: è l’uomo. Trasformandosi nei lineamenti del viso, nella voce, il Novelli entra nell’ anima del personnaggio: vive, palpita, soffre con esso, e l’illusione è cosi perfetta agli occhi del pubblico, che questi si sente preso come da una morsa di ferro, e si abbandona all’ entusiasmo.»
Ainsi s’exprime M. Franco Liberati, directeur d’_Il Signor Pubblico_, de Rome.
Voici une des dernières distributions de _Papà Lebonnard_, avec Novelli,--celle de la représentation d’inauguration du théâtre Biondo, à Palerme:
TEATRO BIONDO
Giovedi 15 ottobre 1903 alle ore 9 1/4 precise
GRANDE INAUGURAZIONE
_Prima Recita straordinaria della Compagnia Drammatica Italiana_ DELLA QUALE È PROPRIETARIO E DIRETTORE
ERMETE NOVELLI CON PAPÀ LEBONNARD Commedia in 4 atti di G. AICARD
_PERSONAGGI_
Papà Lebonnard: ERMETE NOVELLI
Sofia, moglie di Lebonnard O. GIANNINI. Roberto, loro figlio E. SABBATINI. Giovanna, sua sorella G. CHIANTONI. Il dottore Andrea L. FERRATI. Il marchese P. CANTINELLI. Bianca, sua figlia E. PORRO-GUASTI. Martino R. TUROLO. Un servo G. FOSSI.
_In una piccola città della Francia--Epoca presente_
Revenons à la représentation italienne du _Père Lebonnard_ à Toulon. Elle eut lieu le 7 avril 1901.
Les Toulonnais firent frapper une médaille qui fut offerte au grand comédien de l’Italie; elle portait cette inscription:
A ERMETE NOVELLI A L’ARTISTE INCOMPARABLE QUI A FAIT ACCLAMER DANS LE MONDE ENTIER LE PÈRE LEBONNARD DE NOTRE CONCITOYEN JEAN AICARD
A cette occasion, M. Jules Claretie, administrateur général de la Comédie-Française, adressa la lettre suivante à M. Baylon, président du Comité Aicard-Novelli à Toulon[4]:
[4] Comité _Aicard-Novelli_. Président: M. Baylon, professeur de sciences naturelles au lycée; secrétaire: M. François Armagnin.
«Monsieur le Président,
«Voulez-vous présenter au fondateur de la Maison de Goldoni le salut affectueux de la Maison de Molière? Puisque les représentations de l’admirable comédien coïncident avec les fêtes franco-italiennes, il est de toute justice que la Comédie-Française remercie Ermete Novelli d’apporter sa participation cordiale à l’œuvre de rapprochement entre deux peuples de même race.
«Et quel plus sûr rapprochement que celui de l’Art! les cœurs battent à l’unisson, les larmes coulent devant l’artiste qui transporte une salle, comme autrefois le sang fraternel a coulé sur les champs de bataille. Le théâtre réveille tous les nobles souvenirs, les éternels souvenirs de l’Histoire, et dissipe--pour un soir--pour toujours peut-être--les nuages et les malentendus de la politique.
«Grâces en soient rendues à M. Novelli, et dites-lui bien, monsieur le président, que de loin nous applaudissons à son triomphe et à ce libre-échange de la poésie et de l’art!
«Votre profondément et sincèrement dévoué,
«Jules CLARETIE.»
Les Toulonnais se promirent alors d’entendre en français et en vers le _Père Lebonnard_, qu’ils venaient d’applaudir en prose dans la traduction italienne. Et Silvain, l’éminent sociétaire de la Comédie-Française, fut invité par eux à donner à Toulon une représentation de la pièce de Jean Aicard. Cette représentation eut lieu le 3 avril 1903.
Mais avant de partir pour Toulon, M. Silvain donna, en présence de deux cents spectateurs parisiens, une répétition générale du _Père Lebonnard_, à Asnières, où il habite. La pièce était ainsi distribuée:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert JOUBÉ. Le docteur MAXUDIAN. Le marquis CASTELLI. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne LITTY-BOSSA. Blanche BERTHE BELVAL. Marthe BARTHE.
Le succès de Silvain fut complet. Ce succès se répéta à Toulon, puis à Marseille et à Tunis, en avril et mai 1903; il fut le même à Gand et à Anvers, en mars et avril 1904.
Voici la distribution de la pièce aux représentations de Gand et d’Anvers:
_A Gand_:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert LAUMONIER. Le docteur COIZEAU. Le marquis MAXUDIAN. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne GÉNIAT. Blanche BERTHE BELVAL. Marthe PERSOONS.
_A Anvers_:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert LUCIEN DESPLANQUES. Le docteur GORDE. Le marquis CASTELLI. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne BELLANGER. Blanche ROBIERE. Marthe DELIA.
Il est intéressant de noter ici que Novelli n’eût pas joué le _Père Lebonnard_ en vers, tandis que Silvain se fût refusé à le jouer en prose. Voilà qui nous est garant de l’originalité de Silvain après Novelli dans le rôle de Lebonnard.
Et voici un sonnet dans lequel l’artiste français a exprimé son admiration au grand acteur italien:
A ERMETE NOVELLI
La joie où la douleur se mêle, Tout le cri de l’Humanité Dans le Drame est répercuté, Puisqu’il rit et pleure comme Elle.
Masque de vérité jumelle, Fait de tristesse et de gaîté, Seul, Frédérick, qui t’a porté, Alterna la double semelle;
Chaussa cothurne et brodequin, Accoupla Lekain et Pasquin, Évoqua toute l’âme humaine...
Novelli, tu suis son chemin, Entre Thalie et Melpomène Qui te conduisent par la main!
SILVAIN, Sociétaire de la Comédie-Française.
Au moment où la pièce rentre à la Comédie-Française, l’auteur exprime de nouveau toute sa reconnaissance à ses grands interprètes, différents et égaux: Antoine, Novelli, Silvain.
Il lui sera permis également d’exprimer bien haut sa gratitude à M. Leloir, admirable artiste, qui a bien voulu assumer la tâche de mettre en scène le _Père Lebonnard_ à la Comédie-Française et qui s’en est acquitté, en quelques jours, à miracle, servi par un véritable génie dramatique.
C’est sur le nom de M. Jules Claretie que doit se fermer ce cahier de notes. Lorsque, avec un bon, un généreux sourire, cinq jours avant la première répétition du _Père Lebonnard_, l’Administrateur général de la Comédie-Française m’a annoncé sa résolution de rouvrir à mon œuvre exilée les portes du Théâtre-Français, j’ai certainement éprouvé une des émotions les plus profondément douces de ma vie littéraire...
Et cela ne s’oublie pas.
J. A.
_Paris, 15 juillet 1904._
DEUX SONNETS
A JEAN AICARD
J’aime ton Lebonnard comme je t’aime, Jean; Simple et douce, son âme est fille de la tienne; C’est un libre penseur plein de vertu chrétienne; Victime, à ses bourreaux il sourit, indulgent.
Jadis la gent critique, ayant cru--sotte gent!-- Le bonhomme défunt, lui chanta son antienne; Mais qu’importe, pourvu qu’il vive et qu’il obtienne Le suffrage du peuple... et même son argent!
Car plus il semble faible et plus sa force augmente: Lui qui courba le dos, quinze ans, sous la tourmente, Rien qu’en se redressant, un jour a tout dompté.
Étant l’amour, il a vaincu toutes les haines. Et dans la nuit du mal rayonne sa Bonté Comme un phare debout sur les vagues humaines!
SILVAIN.
A SILVAIN
Je n’ai, certe, imité ni _Cromwell_ ni _Mérope_, Mais mon humble héros, penseur libre et chrétien, De naturel timide et de cœur plébéïen, Voit assez juste et voit de loin--quoique myope.
Il ignore, c’est vrai, l’hyperbole et le trope, Mais il a de l’esprit--un peu, si peu que rien; Il parle en roturier mais en homme de bien, Sur le ton franc de la chanson du Misanthrope.
Tu nous l’as révélé, Silvain, ce Lebonnard; Tes yeux, sous sa besicle, ont vu son beau regard; Et toi qui fais les vers comme tu sais les dire,
Tu prouves que, sous un habit qui prête à rire, Il est, par son grand cœur, digne de ton grand art, Et qu’en lui l’idéal chante comme une lyre.
JEAN AICARD.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
DÉDICACE À ALPHONSE KARR IX
Distribution des rôles du _Père Lebonnard_ à la Comédie-Française XI
LE PÈRE LEBONNARD
Premier acte 1 Deuxième acte 81 Troisième acte 151 Quatrième acte 213
Portraits des personnages 261 Le vers dans les pièces modernes 269 Antoine--Novelli--Silvain 279 Deux sonnets 299
TABLE DES FIGURES
Pages.