Part 2
--N’oubliez pas le violon de M. Sicard.
--Nous n’aurions pas osé... le deuil de Mme Robin...
--Un petit air de violon, ça n’empêche pas le deuil: d’ailleurs, on n’est pas forcé de jouer des contredanses.
--Et puis, n’est-ce pas, on est entre soi...
--Il est certain qu’il vaut bien mieux se recevoir plus simplement et plus souvent...
--Allez donc dire ça aux Chaninel...
--Il y a des gens qui semblent ne vous inviter que pour chercher à vous éblouir.
--C’est la vérité, aussi on n’ose plus les avoir chez soi...
--Je ne suis pas l’ennemi d’un bon dîner, parbleu! mais je ne demande pas qu’on me serve tout le temps des truffes...
--Moi, je pense que, quand on s’invite, c’est d’abord pour se voir, et non pas seulement pour manger.
VI.--POUR ALLER À LA PRÉFECTURE
--On vous verra au bal de samedi, à la Préfecture?
--Mon mari ne saurait s’en dispenser, en sa qualité de chef de service.
--Vous vous rappelez, l’an dernier, quelle cohue...
--C’est le fait de tous ces grands bals officiels, on est obligé d’inviter des tas de monde, et tout le monde se croit obligé d’y aller.
--Oh! nous, nous y allons surtout pour le coup d’œil...
--Mme Bouton s’est commandé une toilette exprès à Saint-Étienne.
--Alors nous verrons aussi le beau Lambert?
--Il paraît qu’il y aura des accessoires de cotillon qui sont des merveilles.
--Vous vous souvenez des lanternes, à la Trésorerie?
--M. Rubillet m’avait donné la sienne, cela m’en a fait quatre, avec celle de mon mari, et une autre qu’on avait laissée sur une chaise.
--Et Mme Chamoix et ses rubans de bergère, que lui avait mis le petit Richard...
--Vous trouviez ça drôle? Moi, je trouve ça inconvenant.
--Cette grosse femme qui persiste à danser comme une jeune fille...
--D’autant que ces messieurs se croient obligés de la faire danser, et il y a de pauvres jeunes filles qui restent sur leur banquette.
--Le nouveau colonel est très bien avec la Préfecture.
--Il faut reconnaître ceci en faveur des officiers, c’est qu’ils ne ménagent pas leurs jambes.
--Nos jeunes gens ne dansent plus, un genre qu’ils affectent...
--Comme dit mon mari, ce sont les vieux qui sont forcés de donner l’exemple.
--M. Ballot n’est pas encore dans la catégorie des vieux.
--Il a toujours adoré la danse; d’ailleurs, comme je lui dis quelquefois en plaisantant: Sans cela, je ne t’aurais pas épousé!
--Je crois que le préfet fera très bien les choses.
--On ne se figure pas ce qui se gaspille dans ces soirées-là!
--On a bien des commodités pour recevoir, dans une Préfecture, que l’on n’aurait pas ailleurs.
--N’empêche, je trouve qu’une préfète a joliment du mérite.
--Qu’est-ce que vous voulez, ils sont payés pour ça.
--Savez-vous s’il y aura un buffet, ou si l’on passera des plateaux?
--Au fond, cela revient aussi cher, mais ce sont toujours les mêmes personnes qui vont au buffet, tandis que, les plateaux, tout le monde peut en prendre.
--Je mange toujours très peu, en soirée, et je ne bois que du champagne, c’est un principe absolu.
--On parle d’un souper par petites tables?
--Il faudra nous arranger pour être ensemble, on tâchera de ne pas s’ennuyer.
--Nous nous amuserons à voir les têtes...
VII.--POUR ATTENDRE DE LA FAMILLE
--Ce train de 11 h. 57 est bien incommode.
--Pour peu qu’il ait du retard, ça fait déjeuner à des heures impossibles.
--Surtout, quand on habite comme vous un peu loin de la gare.
--Il y a presque toujours du retard en cette saison.
--Les Compagnies en prennent à leur aise.
--Je me demande comment il n’arrive pas plus fréquemment d’accidents.
--Ce sont des cousins de mon mari, voilà six ans qu’ils nous promettaient de nous faire signe en allant à Vichy.
--Non, il n’est pas fonctionnaire, il est à la tête d’une grande industrie.
--Son père était dans la magistrature, et lui-même a échoué à Polytechnique.
--Il y a toute une branche de la famille de mon mari dans la magistrature.
--Ce sont eux qui avaient envoyé à Marcel ce joli cinématographe.
--Est-ce que M. Girard est arrivé à bout de le faire marcher?
--C’est un meurtre de donner à des enfants des objets de ce prix, c’est de la folie!
--Ils ont chevaux, voitures, bien entendu, et tout ce qui s’ensuit.
--J’ai entendu un jour un fabricant de soieries demander au général le chiffre de ses appointements, et il ajouta:--C’est ce que je donne à mon caissier.
--Il est certain que, dans l’industrie, quand ça se met à aller, ça va vite.
--Maintenant il faut dire que, nous autres fonctionnaires, nous avons pour nous la sécurité, et la retraite.
--Il est regrettable de gagner peu, mais être sûr de le gagner, c’est quelque chose.
--Nous comptons bien leur faire faire quelques jolies promenades.
--Ce sont des occasions pour nous de visiter le Musée.
--Vous avez une installation qui vous permet de recevoir.
--Notre cousine emmène toujours sa femme de chambre en voyage.
--On ne se gêne pas avec de la famille comme avec des étrangers.
--Je n’aime pas à être gêné chez les autres, je ne veux pas qu’on soit gêné chez moi.
--Je ne conçois pas qu’on puisse éprouver un plaisir quelconque à venir se peser au milieu d’une gare.
--Il y a des gens tellement désœuvrés!
VIII.--POUR FAIRE UN VOYAGE D’AGRÉMENT
--Le Français ne sait pas voyager.
--Il est certain qu’à ce point de vue nos voisins d’outre-Manche nous sont joliment supérieurs.
--Qu’est-ce que vous voulez? Nous nous trouvons trop bien chez nous.
--Oui, mais ce sont les étrangers qui connaissent le mieux notre pays.
--Sans aller plus loin, voyez ce qui s’est passé en 70.
--Tous les ans, nous nous absentons pendant les vacances.
--On ne peut pas non plus rester toujours chez soi.
--On a quelquefois à sa porte des merveilles que l’on ne soupçonne même pas.
--Il y a de ces petits coins de France qui sont ravissants.
--On se demande vraiment ce que l’on va chercher en Suisse.
--Qu’est-ce qu’il y a de plus joli que toute cette région du plateau Central?
--Les stations d’eaux sont agréables surtout quand on n’est pas malade.
--Moi, ce que j’aime dans les villes d’eaux, c’est cette société cosmopolite...
--Cette nourriture des hôtels est si fatigante!
--Ce n’est pas tant le chemin de fer qui coûte cher...
--Quand on sait s’organiser avec les billets circulaires...
--Malgré tout, pour peu qu’on ait de la famille, ça chiffre encore vite!
--Naturellement, vous emportez vos bicyclettes?
--On n’a pas besoin de faire des tours de force comme les professionnels.
--Ce qu’il y a d’agréable surtout avec la bicyclette, c’est de pouvoir se dire: Je veux partir, je pars...
--Un jour viendra où tout le monde aura son automobile.
--La photographie, c’est autre chose.
--Même, si on ne réussit pas très bien, cela fixe des souvenirs.
--L’année prochaine, nous avons l’intention d’aller au bord de la mer.
--Ah! la mer... c’est encore le spectacle dont on se lasse le moins!
--Moi, je resterais des heures au bord de la mer, sans avoir besoin de penser à rien.
--Cependant certaines personnes préfèrent la montagne.
--Très beau, la montagne, mais je trouve cette beauté un peu monotone.
--Et puis ce sont des choses qui se sentent, mais qui ne se discutent pas.
--Le mieux serait d’avoir, à la fois, la mer et la montagne.
IX.--POUR ENTERRER LE DIRECTEUR
--En voilà un qui a été vite enlevé!
--Ce que c’est que de nous, tout de même!
--D’ailleurs, il paraît que ce dont il est mort, ce n’est pas du tout pour ça qu’on le soignait.
--Est-ce que vous croyez aux médecins, vous?
--Je ne crois pas à la médecine, mais je crois à la chirurgie.
--Tous les médecins ne sont pas des empiriques.
--Et puis, on aura beau dire, faire venir le médecin, ça rassure toujours.
--Parce que, en général, c’est le moral qui est atteint, et que les médecins agissent sur le moral.
--Il est certain que le moral joue un très grand rôle.
--_Mens _sano_ in corpore _sana_!_
--Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait certaines précautions à prendre.
--Pas de drogues, mais de l’hygiène!
--Il n’est pas douteux que, si l’on suivait un peu mieux les règles de l’hygiène, il n’y aurait pas tant de pharmaciens.
--Et ils ne vendraient pas deux francs ce qui leur revient à deux sous.
--Ce n’est toujours pas dans notre famille qu’on enrichit les pharmaciens.
--Mon père est mort à soixante-seize ans sans avoir jamais été malade.
--Je voudrais seulement qu’on m’en souhaite autant.
--Je crois que nous sommes tous les deux de la même promotion.
--Oui, comme on dit, quand l’un partira, l’autre fera bien de graisser ses bottes.
--J’espère que nous n’en sommes pas encore là.
--Ça vient quand ça vient, le mieux est de n’y pas songer.
--Oh! je vous garantis que ce n’est pas ça qui m’empêche de dormir.
--Tout dépend aussi de ce qu’on laisse derrière soi.
--Il passait pour avoir une certaine situation de fortune, indépendamment de sa position.
--On n’est jamais riche quand on a quatre enfants.
--Et le voilà parti sans sa croix...
--Avouez que maintenant ça lui ferait une belle jambe!
--Je ne dis pas ça: il y a toujours la satisfaction morale.
--Voyez si Rabaud se donne de l’importance!
--Voilà une petite mort qui lui fait gagner au moins deux ans et demi.
--Je ne lui veux pas de mal et je ne suis pas riche, mais je donnerais bien quelque chose de ma poche pour que ce ne soit pas lui qui soit nommé.
--Le malheur des uns fait le bonheur des autres.
--C’est la vie.
X.--POUR ASSISTER À UN MARIAGE
--Et votre grande Germaine, quand la marions-nous?
--L’important n’est pas de marier sa fille, mais de la bien marier.
--Le mariage n’est une loterie que pour les gens qui l’ont bien voulu.
--On ne se marie pas tous les jours.
--C’est un acte assez sérieux pour valoir la peine qu’on y réfléchisse.
--Le divorce est une porte de sortie peut-être commode, mais ce ne sera jamais qu’une porte de sortie.
--Le hasard est un grand maître.
--Neuf fois sur dix, l’homme qu’on épouse ne vous avait jamais fait danser.
--Mariage d’amour, mariage d’argent, voilà des mots: il y a les bons et les mauvais mariages.
--On ne vit pas de l’air du temps.
--Tous les ménages d’officiers ne sont pas heureux.
--Ce n’est pas seulement la situation qu’on épouse.
--Il y a des enfants légers, mais il y a des parents bien coupables.
--Le jour de son mariage, ce n’est pas ma fille qui sera la plus émue.
--Ce n’est pas la peine d’annoncer une cérémonie pour midi, quand on sait parfaitement qu’elle ne commencera qu’à une heure moins le quart.
--Je ne peux pas entendre cette marche nuptiale de Mendelssohn sans avoir envie de pleurer.
--Les libres penseurs auront beau faire, rien ne remplacera l’autel avec les fleurs, et les cierges, et l’orgue, et les suisses.
--Même si j’étais libre-penseur, je n’épouserais pas une femme sans religion.
--Il y a des femmes qui vont à la messe en sortant du bal.
--N’empêche que c’est toujours une garantie.
--Dans un cortège, il est bien rare que toutes les femmes soient jolies.
--Est-ce que c’est un officier de marine, ou des télégraphes?
--C’est un de leurs cousins qu’ils avaient perdu de vue depuis dix ans.
--Il n’y a pas de beau mariage sans uniforme et sans petits enfants.
--Ce n’était pas une raison pour habiller ce pauvre petit comme un petit singe.
--Avouez que cette institution du lunch est plus commode et plus économique.
--Vous pensez bien que j’ai déjeuné.
--Si nous n’avions pas fait de voyage de noces, à l’heure qu’il est je ne connaîtrais pas l’Italie.
--Les voyages, c’est comme le piano: aussitôt que les bébés arrivent...
--J’ai encore oublié de prendre des pièces de dix sous.
XI.--POUR BLÂMER UNE CERTAINE PERSONNE
--Quand on ne veut pas qu’on vous remarque, il faut commencer par ne pas se faire remarquer.
--C’est sans doute ce qu’on appelle l’éducation américaine?
--Nous sommes en France, nous ne sommes pas en Amérique.
--Une honnête femme n’a pas besoin de se mettre de la poudre aux joues et du rouge aux lèvres.
--Je consens qu’une femme ait des clartés de tout, mais ce n’est pas une raison pour qu’elle lise toutes les ordures qui paraissent.
--Nos grand’mères ne montraient pas leurs mollets à bicyclette, et elles ne s’en portaient pas plus mal.
--On se demande ce qui reste au mari.
--Il ne faut pas tenter le diable.
--Une femme comme il faut ne se promène pas à la musique avec tous les petits lieutenants de la garnison.
--Moi, je ne crois pas à la camaraderie entre homme et femme.
--Une femme n’a tant de camarades que pour mieux choisir un amant.
--Si au moins elle était jolie!
--Je vous accorde qu’elle a un genre particulier, mais c’est un genre qui ne me plairait pas, voilà tout.
--Une femme trouve toujours des hommes pour lui faire la cour.
--Il y a des silences qui autorisent et des sourires qui encouragent.
--On commence par laisser dire, et on finit par laisser faire.
--Je n’admets pas qu’une femme se fasse accompagner au buffet après chaque danse.
--Les mauvaises langues ont bon dos.
--Il n’y a jamais de fumée sans feu.
--Quand une femme est honnête, elle se conduit comme une honnête femme.
--Il faudrait pourtant laisser quelque chose aux filles.
XII.--POUR ARRIVER DE PARIS
--Songer qu’hier, à cette heure-ci, nous étions en plein boulevard.
--Le calme aussi a du bon.
--Nos cousins habitent Vaugirard, et, le soir, pour peu qu’on aille au théâtre...
--Vaugirard, ce n’est déjà plus tout à fait Paris.
--Quand on est à Paris, on n’a le temps de voir personne.
--Nos cousins sont de vrais Parisiens, ils savent ce qu’il en est, et ils nous excusent.
--Nous avons découvert un petit restaurant au Palais-Royal, où l’on mange admirablement pour ses 2 fr. 50.
--Je ne sais pas comment font certains restaurateurs parisiens.
--L’avantage du restaurant à prix fixe, c’est qu’on ne dépense jamais que ce qu’on veut bien dépenser.
--Évidemment, dans ces grands magasins, on trouve des occasions extraordinaires, mais une fois que l’on est là, on voudrait tout emporter.
--Si j’habitais Paris, je voudrais m’habiller pour rien.
--Croiriez-vous que nous n’étions jamais allés au musée Grévin?
--Les Parisiens ne paient jamais leur place au théâtre.
--Nous avons hésité entre l’Opéra-Comique et la Porte-Saint-Martin, et puis, au dernier moment, il était trop tard.
--Il faudrait avoir le loisir de s’installer à la terrasse d’un café, rien que pour voir défiler cette foule.
--On a vite fait de passer la moitié de ses journées en omnibus.
--Monter et descendre tous ces étages!
--Si l’on pouvait, à Paris, emporter son installation de province.
--Paris n’est vraiment agréable à habiter que si l’on a 50.000 livres de rente.
--En général, les gens qui ont 50.000 livres de rente séjournent à peine trois mois d’hiver à Paris.
--Je ne demanderais qu’à venir y passer trois semaines tous les ans, au moment du Salon.
--Les théâtres, les grands concerts, les musées, les cours au Collège de France...
--Nous avons rencontré deux fois Coquelin Cadet sur les grands boulevards: la seconde fois je n’en suis pas bien sûre, mais la première, nous l’avons vu comme je vous vois.
--Ce que la province ne peut pas nous donner, c’est ce foyer intellectuel!...
--Paris est Paris.
XIII.--POUR DIRE SON FAIT À WAGNER
--Y a-t-il longtemps que votre petite fille apprend? c’est un résultat extraordinaire.
--Ce n’est rien, tout à l’heure, si cela ne vous ennuie pas, elle vous jouera sa cavatine.
--Elle retient tout ce qu’elle entend.
--Je crois que tous les grands musiciens ont commencé très jeunes.
--Ce n’est pas seulement de commencer jeune, il faut être doué.
--Il y a des gens très intelligents qui n’ont jamais pu retenir une note de musique.
--Dans ces cas-là, je crois qu’il vaut mieux ne pas s’entêter.
--Je ne demande pas que ma fille soit une virtuose, mais simplement qu’elle puisse se rendre utile à l’occasion.
--Dans une soirée, quand la conversation languit, quand on ne sait plus quoi faire, un morceau de piano est toujours le bienvenu.
--Avec un piano, on ne s’ennuie jamais.
--Je n’exécute pas, mais j’ai toujours adoré la musique.
--Sous ce rapport, il faut dire qu’à Aubusson, avec les concerts militaires, la Société philharmonique et les troupes de passage, nous étions gâtés.
--L’ouverture de _Poète et Paysan_, _Loin du Bal_, et _Carmen_...
--Je n’ai jamais rien entendu de leur Wagner, et j’avoue à ma honte que je ne le regrette pas.
--Il paraît que la grande musique, c’est de la musique qu’on ne doit pas comprendre.
--Ce n’est plus de la musique, c’est de l’algèbre.
--Au fond, j’imagine que le difficile n’est pas de faire tant de bruit.
--Je me moque un peu que ça soit savant, si cela m’embête.
--Il y a les choses qui me plaisent, et les choses qui ne me plaisent pas.
--Moi, je dis que, lorsque je vais écouter des chanteurs, ce n’est pas pour avoir les oreilles cassées, ou pour sortir de là avec une migraine.
--Nous sommes de la vieille école.
--Les vieux maîtres avaient du bon.
--Nous n’avons pas le tempérament germanique.
--Je veux être pendu si, après l’audition de ces grandes machines, il vous en reste seulement quatre notes à chantonner le lendemain matin.
--Et puis, quand on compare ça, tenez, tout simplement avec une jolie valse de Métra!
XIV.--POUR ABORDER LES QUESTIONS D’ART
--Si j’étais riche, je ne voudrais avoir que de jolies choses dans mon appartement.
--Peu de choses, mais de jolies choses.
--Je n’aime que les meubles de style.
--La première condition, pour une chaise, c’est qu’on puisse s’asseoir dessus.
--Je ne trouve pas qu’il suffise qu’une chose soit ancienne pour être jolie.
--Nous pouvons être fiers de notre cathédrale.
--Il ne se passe guère d’été sans que des Anglais s’arrêtent pour la visiter.
--Une cathédrale intéressante, cela peut devenir une fortune pour les hôtels.
--C’est souvent une question d’engoûment.
--Il suffit qu’il y ait à Paris des gens qui en parlent.
--Charonnat est notre compatriote, le célèbre peintre paysagiste.
--La médaille signifie toujours ceci, qu’elle permet à un peintre de vendre sa peinture trois fois plus cher.
--Il y a des tableaux qui représentent une fortune.
--J’en ai vu la reproduction dans l’_Illustration_: c’est bien, évidemment, mais ça ne me dit pas grand’chose.
--Ce que la gravure ne peut rendre, c’est le coloris.
--Moi, je n’ai jamais rencontré de chevaux bleus ni de femmes violettes.
--Ça vaut peut-être très cher, c’est peut-être très beau, c’est peut-être moi qui ne m’y connais pas et qui ne suis qu’un imbécile, mais je n’en voudrais pas dans mon salon, même si l’on m’en faisait cadeau.
--Une toile de cette dimension ne peut trouver sa place que dans un musée, ou alors il faut des appartements spéciaux.
--Un joli bronze d’art sur sa cheminée...
--Remarquez que cela revient souvent plus cher de donner un bronze à un médecin, que de lui régler tout simplement ses honoraires.
--Le bronze a toujours une valeur.
--Il n’en coûte souvent pas davantage de montrer qu’on a du goût.
--Il y a une éducation de l’œil que je proclame nécessaire.
--Voyez ce qui se passait à Athènes.
--Je suis pour l’augmentation du confortable, mais je déplorerais que la France ne fût plus qu’une vaste manufacture.
--La France a, dans le monde, une véritable responsabilité artistique.
--Vous êtes un dilettante et un raffiné.
--Je n’aime pas ce qui est laid, voilà tout.
XV.--POUR AGITER LES GRANDS PROBLÈMES
--La paix universelle ne sera jamais qu’une utopie, généreuse sans doute, mais une utopie.
--Pour sentir vraiment ce qu’est la patrie, il suffit de voyager un peu à l’étranger.
--Je n’ai jamais quitté la France que pour faire un petit voyage circulaire en Suisse, et cela me faisait quelque chose de voir flotter un autre drapeau que le mien.
--La France est mieux qu’une expression géographique.
--Je suis le premier à reconnaître que le suffrage universel n’est pas sans défauts, mais que mettrez-vous à la place?
--Ce n’est pas tout de démolir, il faut pouvoir reconstruire après.
--Je ne dis pas qu’il n’y ait certaines réformes à faire, mais il ne faut pas vouloir aller plus vite que les violons.
--Je suis partisan du progrès, ennemi des révolutions.
--Évolution et non révolution.
--Il y aura toujours des riches et des pauvres, parce qu’il y aura toujours des travailleurs et des fainéants, des hommes intelligents et des imbéciles.
--C’est très joli de faire des phrases, mais j’attends à l’œuvre Messieurs les théoriciens.
--Évidemment ce n’est ni vous ni moi qui nous laisserons prendre à un discours ou à un article de journal, mais il y a la masse des ignorants et des naïfs.
--Si ces gens-là ne sont pas convaincus, ce sont des criminels qu’on devrait poursuivre; s’ils sont convaincus, ce sont des fous dangereux, et qu’on les enferme!
--En principe je suis avec Victor Hugo contre la peine de mort; mais parfois la société a le droit, et le devoir, de se défendre.
--Croyez-vous que la criminalité diminuerait le jour où les hommes auraient perdu toute religion?
--La première religion, c’est la religion du Bien et du Mal.
--Il n’y a pas de plus beau livre que la Bible.
--Appelez-la comme vous voudrez, mais il faut bien reconnaître l’existence d’une puissance mystérieuse qui nous dépasse et qui nous dirige.
--Religieux ne veut pas dire clérical.
--Je ne veux pas qu’on force les gens à aller à la messe, si ce n’est pas leur conviction, mais je n’admets pas davantage qu’on me défende d’y aller si j’en ai envie.
--J’ai peine à croire qu’il n’y ait aucune différence entre la nature d’un Gambetta ou d’un Pasteur, et celle d’un insecte, d’un brin d’herbe ou d’un caillou.
--Si vous supprimez l’immortalité de l’âme, m’aiderez-vous à vivre, en vivrai-je mieux et plus longtemps?
--Tous autant que nous sommes, nous avons soif d’au-delà, nous avons besoin d’un peu d’idéal.
EXERCICE COMPLÉMENTAIRE DE CONVERSATION
(DEGRÉ SUPÉRIEUR)
Cet exercice fut mis à la scène sous le titre de _Vingt Mille Ames_, et représenté pour la première fois, le 18 avril 1901, sur le THÉÂTRE DU GYMNASE, par les soins de MM. Gémier, Arquillière, Noizeux, Janvier, Frédal, Baudoin, Dujeu, Séruzier, etc.
Et de Mmes Milo d’Arcylle, Bussy, Andral, Jousset, etc.
Au gré général, il ne fut pas jugé assez dramatique.
--Voir, en outre, la note de la page 262.
VINGT MILLE AMES
ACTE PREMIER
_A gauche, au coin de la rue donnant sur le petit square, ceint d’une grille basse en arceaux, la maison de Mme Champenois: La porte cochère est ouverte et, par les fenêtres du premier étage, brillamment éclairées et ouvertes à demi, on entend des bruits de danse et de musique._
_Au milieu de la scène, un réverbère luit, près de l’entrée du square._
_Avant que le rideau se lève, un piano et un violon commencent à jouer le «Pas des Patineurs».--Arrêtés près de la maison, deux agents devisent en fumant des cigarettes.--On est au mois de juillet._
SCÈNE PREMIÈRE
LAMBERT, GUIBAL, LEROUGE, puis 4e, 5e et 6e AGENTS.
LAMBERT.
Par une belle nuit, c’est une chose vraiment agréable que de fumer une cigarette en écoutant de la bonne musique.
GUIBAL.
Oui, Lambert, mais les occasions sont rares et nous faisons bien d’en profiter.
Survient un autre agent.
LEROUGE.
Bonjour, camarades, on ne s’embête pas de vos côtés.
LAMBERT.
Si le cœur t’en dit, reste avec nous, Lerouge, mais laisse-nous écouter en paix.
GUIBAL.
Oui, l’on respire, comme l’air est douce!
LAMBERT.
Oui, l’on se régale! Comme cette air est belle!
GUIBAL.
C’est une danse? Je ne la connais pas...
LEROUGE.
C’est une nouvelle danse. L’autre soir, quand je faisais ma ronde, le substitut était en train de l’apprendre aux clientes de la rue de l’Aiguille.
GUIBAL.
Alors, tu dois connaître ça, Lerouge, c’est dans ton service.
LEROUGE.
Farceur! Arrive un peu, Lambert, toi qui es musicien. Carmen appelle ça le «Pas des Patineurs».
Et Lerouge prenant Lambert par la main esquisse avec lui les premiers pas. Cependant, un quatrième agent survient qui prend le troisième, puis un cinquième avec un sixième. C’est un petit ballet d’agents. La musique cesse.