Part 2
Dans la première catégorie on peut citer: _achaler_, pour importuner; _chouler_, pour exciter les chiens; _catiché_, pour efféminé; _copper_, pour payer; _escousse_, pour espace de temps; _esquinter_, pour fatiguer. C'est là le fonds tout à fait propre et dialectal. Il est assez riche et, après le sémantiste, intéresse à son tour le linguiste. Quelques-uns de ces mots sont en usage sur le continent dans le parler populaire, d'autres sont tout à fait propres au Canadien. Nous ne pouvons nous empêcher de citer: _baucher_, courir vite, travailler vite; _bazir_, disparaître; _de becco_, de trop peu; _berlander_, flâner; _bisquer_, _faire endêver_, contrarier; _bretter_, fureter; _bringue_, fille nonchalante; _cabas_, tapage; _cabochon_, tête; _cani_, moisi; _chalin_, éclair de chaleur; _chaloir_, se soucier (vieux français); _charlander_, ennuyer; _chiâler_, pleurnicher; _chouenne_, mensonge; _cotir_, pourrir, dépérir; _couette_, petite queue, touffe, etc.
Dans la seconde catégorie, voici _chrétien_, qui prend le sens d'homme (comparer le roumain _crastians_), ainsi que _catholique_ dans le sens d'honnête; _chaud_, pour ivre; _char_, pour wagon; _caboche_, pour bourgeon; _créature_, pour femme; _espérer_, pour attendre. Un mot a eu une singulière fortune: _chenu_, dérivé, croit-on, du latin _canus_, blanc; il signifie en français _excellent_, _fort_, _riche_, et au contraire, en canadien, _misérable_.
On voit que l'étude du canadien-français apporte une contribution précieuse à celle des patois et des parlers populaires français. Il y a là une branche qui s'est détachée des autres et qui a ensuite évolué à part; cependant ou peut admirer la persistance chez elle des mots et des caractéristiques emportés de notre continent, et reconnaître encore à ce trait le Canadien fidèle à son origine.
Nous devons savoir gré à plus d'un titre au savant auteur de cet ouvrage d'avoir recueilli avec soin et un grand discernement, et d'avoir fixé désormais dans un véritable monument le vocabulaire du Canadien français.
Raoul de la GRASSERIE.
OUVRAGES MIS A PROFIT
Les ouvrages, dont suit la liste, sont les seuls que l'auteur de ce Lexique a consultés. Tous ne lui ont pas été profitables au même degré. Il va de soi que les glossaires canadiens préparés par Gingras, Manseau, l'abbé Caron, Dunn, Clapin et Rinfret, pour ne citer que les principaux, ont plus servi à l'auteur que les dictionnaires publiés en France. Le _Bulletin du Parler-Français_ lui a été beaucoup plus utile que les glossaires de Borel, de Favre, de Moisy, de Jaubert et autres de provenance française, bien que ceux-ci aient été mis à contribution par l'auteur dans ses études comparatives.
Quoi qu'il en soit, l'auteur exprime toute sa reconnaissance aux auteurs de tous ces ouvrages de linguistique, quels qu'ils soient, et plus particulièrement à M. Clapin et aux lexicographes du _Bulletin_. Que ces messieurs, qui savent ce qu'il en coûte de labeurs pour mener un dictionnaire à bonne fin, ne soient pas trop sévères à son égard, et ne lui tiennent pas rigueur parce qu'il a puisé un peu largement dans leur fonds. Ils comprennent qu'il est bien difficile, sinon impossible, de faire un pareil ouvrage sans s'inspirer des devanciers. L'auteur, du reste, n'ambitionne rien de plus que d'apporter son humble contribution à l'œuvre si généreusement entreprise par la Société du Parler-Français, qui est d'épurer notre langage en le débarrassant des trop nombreuses scories qui le déparent ou le défigurent. Cette œuvre est possible, et elle se fera, sans aucun doute, pour peu que les hommes instruits la prennent à cœur, et donnent le bon exemple, en parlant correctement le français; et ils le pourraient faire, s'ils voulaient s'en donner la peine.
On trouvera dans ce lexique un certain nombre de mots et d'expressions qui ont actuellement cours en France, tout aussi librement qu'en Canada. Ces mots sont généralement tirés du parler populaire et familier. On en retrouve quelques-uns dans Larousse, mais rarement dans le dictionnaire de l'Académie. Si l'auteur a tenu à les faire figurer dans son lexique, c'est dans le but de prouver que le langage du peuple canadien ne diffère que très peu du langage français.
Quant aux canadianismes et acadianismes proprement dits, on pourra facilement s'assurer qu'ils ont, pour la plupart, une origine française: normande, saintongeaise, angevine et percheronne. Ceci s'explique aisément, car n'oublions pas que nos ancêtres aussi, pour le plus grand nombre, sont originaires de la Normandie, de la Saintonge, de l'Anjou et du Perche. Donc, tel père, tel parler. Rien de plus naturel et de plus logique. Ce qui l'est moins, c'est l'intrusion des anglicismes et des mots anglais dans nos conversations. C'est à ceux-là que nous devons faire la guerre, une guerre à mort, sans trêve ni merci. Que nous adoptions quelques anglicismes, un tout petit nombre, parce que nous en avons absolument besoin, passe! Mais soyons prudents, parce qu'il pourrait arriver un jour que notre langage populaire ne serait plus compréhensible, ni pour les Français ni pour les Anglais.
L'auteur manquerait gravement à son devoir s'il n'adressait pas ses plus sincères remerciements à M. Raoul de la Grasserie, qui a bienveillamment consenti à faire la préface de son Lexique. Ou verra, en la lisant, combien il a eu la main heureuse en s'adressant à l'éminent juge nantais. Qui, mieux que lui, même en France, eût pu débrouiller tous les _mystères_ de notre parler, et en tirer des conclusions aussi nettes et aussi justes? Tous les Canadiens français qui s'occupent de linguistique, sauront reconnaître et apprécier le mérite de son œuvre.
BOREL.--_Dictionnaire des fermes du Vieux François ou Trésor des Recherches et Antiquités Gauloises et Françoises._
BUIES.--_Anglicismes et Canadianismes._
BULLETIN _du Parler-Français au Canada_. De 1902 à 1908. [B. P. F.]
CARON.--_Petit Vocabulaire à l'usage des Canadiens-Français._
CASSELL.--_New French-English and English-French Dictionary._
CLAPIN.--_Dictionnaire Canadien-Français ou Lexique-Glossaire des mois, etc._ [Cl.]
DE GASPÉ.--_Mémoires._
DE GASPÉ.--_Les Anciens Canadiens._
DE LA GRASSERIE.--_Etude scientifique sur l'Argot et le Parler Populaire._
DICTIONNAIRE _des Barbarismes et des Solécismes les plus ordinaires en ce pays, avec le mot propre ou leur signification_. Montréal, 1855.
DIONNE (C.-E.)--_Les Oiseaux de la Province de Québec_.
DUNN.--_Glossaire Franco-Canadien et Vocabulaire de Locutions vicieuses usitées au Canada._
EDÉLESTAND ET DUMÉRIL.--_Dictionnaire du Patois Normand._
FAUCHER DE SAINT-MAURICE.--_Notes sur la Formation du Franco-Normand et de l'Anglo-Saxon._
FAVRE.--_Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis._
FAVRE.--_Dictionnaire de la Prononciation Française._
FURETIÈRE.--_Dictionnaire universel._
GINGRAS.--_Manuel des expressions vicieuses les plus fréquentes._
GODEFROY.--_Lexique de l'Ancien Français._
HATZFELD ET DARMESTETER.--_Dictionnaire général de la Langue Française du commencement du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours._
HUGUET.--_Petit Glossaire des Classiques Français du XVIIe siècle._
JAUBERT.--_Glossaire du Centre de la France._
JORET.--_Flore populaire de la Normandie._
LACURNE DE SAINTE-PALLAYE.--_Dictionnaire historique à l'Ancien Langage Français jusqu'à Louis XIV._
LAROUSSE.--_Grand Dictionnaire universel._
LAROUSSE ILLUSTRÉ.--_Nouveau dictionnaire encyclopédique._
LUSIGNAN.--_Fautes à corriger._
MANSEAU.--_Dictionnaire des Locutions vicieuses du Canada._
MARTIN.--_Origine, et explication de 200 Locutions et Proverbes._
MÉLANGES _sur les langues, dialectes et patois._ Paris, 1831.
MÉMORIAL _des Vicissitudes et des Progrès de la Langue Française en Canada._
MÉNAGE.--_Dictionnaire._
MOISY.--_Dictionnaire du Patois Normand._
MOISY.--_Dictionnaire comparatif anglo-normand._
MONTPETIT.--_Les Poissons d'eau douce._
PROVANCHER.--_La Flore Canadienne._
RECUEIL _des expressions vicieuses et des Anglicismes les plus fréquents._
RINFRET.--_Dictionnaire de nos fautes contre la Langue Française._
TIMMERMANS.--_Dictionnaire étymologique._ [Tim.]
UN CURÉ DE CAMPAGNE.--_Botanique médicale au presbytère._
VERRIER ET ONILLON.--_Glossaire Etymologique et Historique des Patois et des Parlers de l'Anjou._
LE PARLER POPULAIRE
DES CANADIENS-FRANÇAIS
A
~A.~
-- _Elle._ Ex. _A_ va aller se promener chez ses parents.
-- _Ce._ Ex. _A_ soir, nous irons au concert.
-- _De._ Ex. Voici le chapeau _à_ Pierre.
-- _E._ Ex. Couv_a_rte, v_a_rdir, al_a_rte, av_a_rse.
-- _Chez._ Ex. Aller _au_ médecin, _au_ prêtre.
~Abajoue~, n. f.
Bajoue, partie de la tête d'un animal qui s'étend depuis l'œil jusqu'à la mâchoire.
~Abander~, v. a.
-- Réunir en groupe un certain nombre d'individus.
-- Soulever une assemblée en l'ameutant contre soi.
~Abander, (s')~, v. pr.
Se réunir en groupe, en bande. Ex. Ne t'_abande_ pas avec ces mauvais garnements, c.-à.-d., ne te mêle pas à eux, à leurs jeux.
~Abandonner~, v. a.
Cesser. Ex. J'ai _abandonné_ de fumer.
~A bas~, loc.
A terre. Ex. l'enfant est _à bas_, il vient de tomber de sa chaise. Dans le vieux français on écrivait _abas_ pour signifier _en bas_, _ici-bas_.
~Abatages~, n. m. pl.
Abatis, tête, cou, ailerons, pattes de volaille.
~Abatteux d'ouvrage~, loc.
Individu qui taille beaucoup de besogne en un temps donné. En Normandie on dit un _homme d'abat_, qui travaille vite et beaucoup.
~Abattre~, v. a.
Faire, exécuter. Ex. Voici un ouvrier qui _abat_ beaucoup d'ouvrage dans une journée. Allusion à ceux qui abattent du bois.
~A belle heure~, loc. adv.
Tardivement, après l'heure voulue. Ex. Tu arrives _à belle heure_, toi; pourquoi avoir tant retardé?
~Abîmer~, v. a.
--Salir, tacher. Ex. Prenez garde _d'abîmer_ mon habit. En Bretagne, _abîmer_ comporte une signification identique.
--Injurier. Ex. Je me suis fait _abîmer_ par ce gars-là.
--_Abîmer l'eau_, faire eau. Ex. Ma chaloupe _abîme l'eau_.
~Abîmer (s')~, v. pron.
Se blesser. Ex. Il s'est _abîmé_ les doigts en travaillant au jardin.
~Able.~
La plupart des terminaisons en _able_ se prononcent comme si la lettre _l_ n'existait pas. Ex. agréabe, aimabe, capabe.
~Aboiteau~, n. c.
Mot de provenance acadienne, qui signifie _digue_. Nous trouvons dans Littré, (vol. suppl.) «_Aboteau_, barrage, obstacle mis au cours de l'eau dans la Saintonge. Etymologie: _a_ et _bot_ qui signifie une digue, suivant le glossaire Aunisien.» La Saintonge, pays natal de Samuel Champlain, fondateur de Québec, a fourni à l'émigration française en Acadie un bon nombre de ses enfants. F. Godefroy, dans son Lexique de l'ancien français, cite le verbe _aboiter_ qui signifiait _tromper_. Tromper la mer ou un fleuve au moyen d'une digue, ne serait pas après tout si mal; de là, pourrait-on dire, un aboiteau. Le mot Saintongeois est _aboteau_, petit batardeau fait pour retenir l'eau; _d'abotare_ de basse latinité. Du Cange lui donne un sens juridique: _abotum_, _abotamentum_.
~A bonne heure~, loc. adv.
De bonne heure. Ex. Viens donc aussi _à bonne heure_ que tu pourras.
~Abord~, n. m.
--Grande réunion d'individus arrivant tous ensemble au même lieu.
--Moment, court espace de temps. Ex. Il commence à tonner, ce ne sera qu'un _abord_.
~Abord (d') que~, loc.
Puisque: Ex. _D'abord que_ tu le veux, je me rends.
~Abordade~, n. m.--Abordage.
~Aborder~, v. a.
--Approcher. Ex. _Aborde_ ici que je te parle.
--Heurter par accident. Ex. Sa voiture a _abordé_ la mienne au coin de la rue Couillard.
~Abouler~, v. n.
--Aboutir, finir. Ex. _Aboule_ et finissons-en.
--Payer une dette. Ex. Je vais le presser tellement qu'il finira par _abouler_.
~About~, n. m.
--Extrémité d'un terrain confinant au terrain d'un autre, dans le sens de la longueur.
--Planche de labour à l'extrémité d'un champ. Autrefois le mot _habout_ signifiait fond de terre abandonné à un créancier et désigné par ses tenants et aboutissants, dans la coutume de Lille.
~Abouter~, v. a.
--Joindre par le bout deux choses susceptibles d'être adaptées l'une à l'autre.
--Confiner. Ex. Ma terre _aboute_ à celle de Mathieu.
--Faire un about.
--Disposer une planche de labour à l'extrémité d'un champ.
~Aboutir~, v. n.
--Finir. Ex. _Aboutis_ donc, tu retardes mon ouvrage.
--Réussir. Ex. Cette affaire a _abouti_ heureusement.
--Avoir le dessus, prévaloir. Ex. Son opinion n'_aboutira_ pas plus aujourd'hui qu'autrefois.
~A brasse-corps~, loc. adv.
A bras-le-corps. Ex. Allons, les enfants, vous allez _colleter_, prenez-vous _à brasse-corps_.
~Abre, âbre~, n. m.
Arbre. Ce mot est d'origine normande: «Pour l'amour du buisson va la brebis à l'_abre_.»--Proverbe du XV^e siècle, cité par Leroux de Lincy. (_Prov. français_, t. I, p. 97.)
~Abrier~, v. a.
--Abriter. Se dit surtout du fait de couvrir une personne couchée et qui veut se mettre à l'abri du froid ou de l'air. Dans le sens propre, _abrier_ signifie se mettre à couvert sous un arbre. (Lac. de S. Pallaye.)
--Excuser. Ex. Ne cherche pas à l'_abrier_ (ou l'_abriller_), il est certainement coupable.
~Abrier (s')~, v. pr.--S'envelopper, se couvrir, se mettre à l'abri.
~Abriller~, v. a.--V. Abrier.
~Abriller (s')~, v. pr.--V. S'abrier.
~Abroué~, n. m.
Abreuvoir, mare d'eau. Ex. Va mener le cheval à l'_abroué_.
* ~Abuser~, v. a.--Injurier, dire des paroles dures. Ex. C'est un polisson qui m'a abusé. (Angl.)
* ~Abutment~, (m. a.)
Culée, arc-boutant, but, borne, contre-fiche.
~Acadien, enne~, adj.
Nom donné à tout Français né dans les Provinces Maritimes, bien que l'ancienne Acadie ne comprît que la Nouvelle-Ecosse actuelle. Il se rencontre encore un bon nombre de familles acadiennes dans la Province de Québec.
~Acagnardi~, part. pas.--Bourru et misanthrope.
~Acagnardir (s')~, v. pr.
Devenir paresseux, bourru, d'humeur acariâtre, misanthrope.
L'Acad. dit _s'acagnarder_, se plaire dans la solitude.
~A cause que~, loc.
Parce que. Ex. Je suis allé me promener _à cause qu_'il faisait beau.
~Accablation~, n.f.
~Accablement.~ Ex. Ces enfants sont insupportables, ils mettent tout à feu et à sang; quelle _accablation_!
~Accalmir (s')~, v. pron.
Se calmer. Ex. Le temps commence à _s'accalmir_.
~Accaparer (s')~, v. a.
Accaparer. Ex. Il est défendu de _s'accaparer_ le bien d'autrui.
~Accent~, n. m.
Action, ardeur, en parlant d'un cheval. Ex. Mon cheval a un bel _accent_.
~Acceptance~, n. f.
Acceptation.
~Accommodation~, n. f.
--Confort. Ce steamer manque _d'accommodation_.
--_Train d'accommodation_, train spécial pour accommoder les voyageurs d'une région restreinte.
--_Billet d'accommodation_, billet de complaisance, qui permet au voyageur de se promener gratuitement.
~Accomparager~, v. a.
Comparer.
* ~Accomplissements~, m. pl. (Angl.)
Talents, qualités, connaissances en général.
~Accord~, n. m.
Réconciliation. Ex. Pourquoi vous chicaner, il faudra ensuite que vous fassiez l'_accord_.
~Accordant~, adj.
Conciliant, facile en affaires.
~Accords~, n. m. pl.
Accordailles, fiançailles.
~Accoster~, v. a.
S'approcher de quelqu'un pour lui parler. Ex. Quel ennuyeux, il _accoste_ tout chacun sur la rue.
~Accoter~, v. n.
--Appuyer, soutenir. Ex. Cet homme jouit de hautes influences, il est bien _accoté_.
--Egaler. Ex. Cet individu a du talent, il est difficile à _accoter_.
_--Accoter une porte_, la rendre stable au moyen d'un meuble, d'un morceau de bois, d'une pierre.
~Accoter (s')~, v. pr.
--S'appuyer sur un mur, un meuble, etc., de façon à se trouver à l'aise et à rester en place pendant un certain temps.
--_S'accoter l'estomac_, bien manger.
~Accotouer~, n. c.--Dossier de chaise.
~Accoupler~, v. a.
Attacher, en parlant des wagons de chemins de fer.
~Accoupleur~, n. m.--Homme d'équipe.
~Accoutumance~, n. f.
--Habitude.
--Caprice, fantaisie. Ex. Ces enfants sont remplis d'_accoutumances_. Ce mot qui, d'après Vaugelas, était déjà vieilli au XVII^e siècle, est resté. Nous le trouvons dans Marot, La Fontaine, Montaigne, Amyot et La Rochefoucauld, de même que dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie.
~Accouver (s')~, v. pron.
S'accroupir, comme la poule qui couve.
~Accrapoutir~, v. a.
--Ecraser. Ex. Je vais t'_accrapoutir_ comme une punaise.
--Accroupir. Ex. Regarde Pierre, il est tout _accrapouti_ dans son banc.
~Accreire~, v. a.
--Accroire. Ex. Tu ne me feras pas _accreire_ cela. Ce mot vient du roman. En berrichon, _accreire_; en wallon, _acreure_; en provençal, _acreire_.
--_S'en faire accreire_, se donner de l'importance. Expression vieillie qui, d'après Hatzfeld, veut dire gagner du crédit, de l'autorité.
~Accrochat~, n. c.
Crochet ou patère qui sert à suspendre un chapeau, un habit, etc.
~Accrocheter~, v. a.--Accrocher.
~Accrochoir~, n. m.--Même sens qu'accrochat.
~Accrochouer~, n. m.--Accrochoir.
~Accroupiller (s')~, v. pron.
S'accroupir. Ex. _Accroupille_-toi par terre.
~Acculer~, v. a.
Eculer. Ex. Ses souliers sont _acculés_.
~Acculoire~, n. f.
Avaloire, pièce du harnais qui, fixée au brancard, descend derrière les cuisses du cheval de timon, pour retenir la voiture dans une descente.
~A celle fin que~, loc.
Afin que. Ex. Je vais aller vous voir _à celle fin que_ vous me rendiez mes livres.
~Acertainer~, v. a.
Certifier. Mot vieilli, et dont l'usage semble disparu ici.
~Achalage~, n. f.--Ennui, embarras.
~Achalant~, adj.
Fatigant. Ex. Il fait un temps _achalant_.--Un individu _achalant_.
~Achaler~, v. a.
--Blaguer, tromper. Ex. Cet homme s'est fait _achaler_ dans cette affaire.
--Importuner. Ex. Va-t'en donc, tu m'_achales_.
--Exciter le feu. Ex. Cours donc _achaler_ le poêle.
--Fatiguer, incommoder. Ex. Il fait un temps qui m'_achale_ au point de me rendre malade.
~Achalerie~, n. f.--Ennui, fatigue.
~Achargnement~, n. m.--Acharnement.
~Achargner~, v. a.--Acharner.
~Achargner (s')~,--S'acharner.
~Acharnation~, n. f.
Acharnement. Ex. Cet homme aime ses enfants, c'est une véritable _acharnation_ qu'il a pour eux.
~Acharnement~, n. m.
Attachement. Ex. Ma mère avait beaucoup d'_acharnement_ pour ses enfants.
~Achesser~, v. a.
Assécher. Ex. Mes habits sont mouillés, il faut les faire _achesser_ au soleil.
~Acheter~, v. n.
Devenir père d'un enfant. Ex. Les cloches sonnent un baptême, sais-tu qui vient _d'acheter_?
~Achienneté, e~, adj.
Expression acadienne pour marquer l'attachement ou mieux l'_acharnement_. Ex. Cet enfant est _achienneté_ à sa mère.
~Achiffe~, n. f.--Affiche.
~Achigan~, n. m.
--Poisson que la science a rangé dans l'espèce des microptères Dolomiens. Ainsi appelé, parce qu'il est très commun dans la rivière Achigan.
--_Manger un achigan_, ne pas faire de points au jeu de whist.
~Achiquette~, n. f.
--Se dit du bois que l'on corde sous forme d'échiquier, c'est-à-dire en plusieurs carrés.
--_Plancher en achiquette_, parquet posé par carrés.
~A clair (tout)~, loc.
Distinctement. Ex. Je l'ai entendu _tout à clair_.
~Acmoder~, v. a.
Accommoder. Ex. _Acmoder_ du poisson.
~A cœur d'année~, loc. adv.
Toute l'année. Ex. Il me faut endurer ce paresseux-là _à cœur d'année_.
~A cœur de jour~, loc. adv.
Toute la journée, du matin jusqu'au soir. Ex. Travailler _à cœur de jour_.
~A cœur jeun~, loc. adv.
A jeun. Ex. Le docteur me fait prendre ses _bolus à cœur jeun_.
~A compte (en)~, loc. adv.
A compte. Ex. J'ai reçu dix piastres _en à compte_. On peut dire: J'ai reçu un _acompte_ de dix piastres, ou dix piastres _à compte_.
~Aconnaître~, v. a.
Connaître. Ex. Pierre est revenu des Etats; il a eu de la misère à se faire _aconnaître_.
~Acouillau, acoyau~, n. m.
Coyau, pièce de bois posée sur la base des chevrons et l'angle du mur, de manière à dépasser la saillie de l'entablement et à former l'avance de l'égoût du toit.
~A coup, d'à coup~, loc.
Subitement. Ex. Le vent s'est élevé _d'à coup_.
~Acoustique~, n. f.
Récepteur. Cylindre évasé qu'on appuie sur l'oreille pour téléphoner.
~Acquéreuse~, n. f.
Acquéreur. Ce féminin a été rejeté par l'Académie.
~Acquêt~, n. m.
Gain, profit, chance. Ex. Tu as autant d'_acquêt_ de ne pas te mêler de cette affaire. Mot vieilli, mais français.
~Acte~, n. m.
Loi. Les _Actes_ sont le journal où sont consignés des actes: les Actes du parlement anglais, les Actes des Apôtres. D'après le B. P. F., _acte_ pour _loi_ est très approprié.
* ~Acter~, v. n.
Tenir un rôle de théâtre. Ex. Ce Monsieur _acte_ à la perfection. (Angl.) Autrefois _acter_ se disait pour _dater les actes_.
~A désamain~, loc.
Qui n'est pas à la main. Ex. J'irais bien me loger à Saint-Roch, mais c'est trop _à désamain_.
~A dire le vrai~, loc.
A vrai dire, pour parler franchement. Ex. _A dire le vrai_, c'est une grosse besogne que de faire un dictionnaire.
~Admettable~, adj.--Admissible.
~Admission~, n. f.
Aveu. Ex. Le prisonnier a fait l'_admission_ de son crime.
~Adon~, n. m.
--Effet du hasard, de la chance. Ex. Quel _adon_! Que je suis chanceux! _Adon_ voulait dire autrefois _don_, _présent_.
--Habileté, talent. Ex. C'est un homme qui a de l'_adon_ pour faire de belles choses, des petits chefs-d'œuvre.
~Adonner~, v. a. et n.
--Etre favorable. Ex. La marée _adonne_, allons à la pêche.
--Jouer une carte de même couleur. Ex. J'ai joué du cœur, _adonne_.
~Adonner (s')~, v. p.
--Convenir. Ex. Cet individu t'_adonne_-t-il, toi?
--Effet du hasard. Ex. Je m'_adonnais_ à passer par chez vous, quand tu m'as appelé.
--S'accorder, marcher en harmonie. Ex. Ces deux cousins s'_adonnent_ bien ensemble.
* ~Adresser~, v. a.
Porter la parole devant une assemblée. (Angl.)
~Adret, te~, adj.
Adroit. Ex. Ce menuisier est _adret_, ce médecin est _adret_. S'entend non seulement de la dextérité du manœuvre, mais aussi du savoir et de l'intelligence.
~Adroisse~, n. f.--Adresse.
~Affaire~, n. f.
--_Faire son affaire_, s'enrichir. Ex. Ce marchand fait son _affaire_.
--_Faire l'affaire à quelqu'un_, le punir, le mettre à la raison. Ex. Si cet individu revient ici, je lui ferai son _affaire_.
--_Etre d'affaire_, être habile en affaires.
--_Avoir affaire à quelqu'un_ Ex. Si tu ne me payes pas, tu auras _affaire_ à moi.
--_Pas d'affaire_, non, je ne veux pas.
~Affaires~, n. f. pl.
--Effets, lingerie. Ex. Déménage au plus tôt toutes tes _affaires_.
--_Faire ses affaires_, aller à la garde-robe.
~Affecté, e~, adj.--Prétentieux, vaniteux.
* ~Affecter~, v. a.
Influencer. Ex. Rien ne saurait _affecter_ mon vote à la Chambre, ni promesses, ni menaces, etc. (Angl.)
~Afficolant~, adj.--Inutile, nuisible. (Expr. acadienne)
~Afficots, Affiquiots~, n. m.
Affiquet, ajustement de femme. Ex. Cette femme a mis tous ses _afficots_, c.-à.-d. qu'elle _affiche_ toutes ses parures, colliers, bracelets, épingles, etc.
~Affidavid~, n. m.
Affidavit, déclaration avec serment faite devant une autorité.
~Affiler~, v. a. et n.
--Tailler en pointe, aiguiser. Ex. Mon crayon est mal _affilé_.
--Amadouer. Ex. Pour le convaincre, il faut d'abord l'_affiler_.
--Se préparer. Ex. _Affile_-toi pour partir bientôt.
--Aligner, mettre à la file.
~Affirmative (dans l')~, loc.
--Affirmativement. Ex. Quelle réponse ferez-vous? Je répondrai _dans l'affirmative_, cela vaudra beaucoup mieux.
~Affligé, e~, adj.
--Malade. Ex. Une personne _affligée_ des yeux, des oreilles.
~Affrancher~, v. a.--Hongrer, procédé qui vient de la Hongrie.
~Affranchir~, v. a.
--Châtrer, hongrer.
--Greffer.
--Civiliser les nations sauvages, les tirer de la barbarie.
~Affranchisseur~, n. m.--Châtreur de bestiaux.
~Affronter~, v. a.
--Tromper impudemment.
--Aborder de front, rencontrer face à face.
~Affûtage~, n. m.--Tir à l'affût.
~Affûteur~, n. m.--Tireur à l'affût.
~Affûts~, n. pl.
Ruses, dissimulation. Ex. Vos _affûts_ me laissent absolument froid, je saurai m'y soustraire.
~Afistoler~, v. a.
Arranger, se parer, se mettre beau, rafistoler.
--Enjôler.