Le monde de la mer

Part 31

Chapter 313,465 wordsPublic domain

M. Nordmann raconte, dans sa _Faune de la mer Noire_, que les Pélicans, très-nombreux dans l'Orient, font souvent des pêches en commun sur les lacs qui avoisinent cette mer.

«C'est ordinairement, dit-il, dans les heures de la matinée ou le soir que ces oiseaux se réunissent dans ce but, procédant d'après un plan systématique qui est apparemment le résultat d'une espèce de convention. Après avoir choisi un endroit convenable, une baie où l'eau soit basse et le fond lisse, ils se placent tout autour, en formant un grand croissant ou un fer à cheval. La distance d'un oiseau à un autre semble être mesurée; elle équivaut à son envergure (3 à 4 mètres). En battant fréquemment la surface de l'eau avec leurs ailes déployées et en plongeant de temps en temps avec la moitié du corps, le cou tendu en avant, les Pélicans s'approchent lentement du rivage, jusqu'à ce que les poissons réunis de la sorte se trouvent enfermés dans un espace étroit. Alors commence le repas commun.

»Outre les quarante-neuf Pélicans dont la compagnie se composait ce jour-là, il s'était rassemblé sur les tas d'ulves, de conferves et de coquilles rejetées par les vagues et amoncelées sur le rivage, des centaines de Mouettes, d'Hirondelles de mer, de Choucas, qui se préparaient à happer les poissons chassés hors de l'eau et à partager entre eux les restes du repas. Enfin, plusieurs Grèbes, de la petite et de la moyenne espèce, nageant dans l'espace circonscrit par le demi-cercle, tant que cet espace fut encore assez grand, prirent, eux aussi, leur part du festin, en plongeant fréquemment après les poissons effrayés et étourdis.

»Quand tous furent rassasiés, la compagnie entière se rassembla sur le rivage pour attendre le commencement de la digestion. Les Pélicans lustraient leur plumage, recourbaient le cou pour le laisser reposer sur le dos, et faisaient ainsi, à côté des petites et frêles Mouettes, l'effet de colosses informes. Leur troupe se composait d'oiseaux de différents âges; il y en avait de tout blancs, de bigarrés et de gris. De temps en temps quelqu'un de ces oiseaux vidait sa poche bien garnie, en étendait le contenu devant lui, et se plaisait à le contempler. Les poissons qui se débattaient encore avaient bientôt la tête écrasée d'un coup de bec.»

Les _Cormorans_ ont une gibecière du même genre que celle des Pélicans, mais beaucoup moins développée. Les Chinois élèvent ces animaux et les emploient comme pêcheurs. Ils leur passent au cou un anneau étroit pour les empêcher d'avaler les proies qu'ils ont saisies. Mais quand l'oiseau a travaillé quelque temps pour son maître, celui-ci enlève le collier, et permet au Cormoran de pêcher pour son propre compte.

Certains Oiseaux de mer, qui ne possèdent ni bec tranchant, ni gibecière gutturale, et qui se nourrissent de coquillages operculés et solidement barricadés, ont l'instinct de les porter dans les hauteurs de l'atmosphère, et de les laisser tomber sur un rocher pour briser leur enveloppe.

Les _Pétrels_, qui ne mangent guère que des poissons, sont tellement huileux, que les habitants des îles Feroë tuent ces oiseaux, leur passent une mèche à travers le corps, l'allument, et se servent du Palmipède comme d'une lampe.

Du reste, beaucoup d'Oiseaux piscivores sont chargés d'une graisse peu consistante, qu'ils doivent à leur genre de nourriture. A cause de cette circonstance, certains d'entre eux ont été nommés _Pingouins_, mot dérivé du latin _pinguis_ (gras, huileux).

Sur les côtes de la Patagonie, où les _Manchots_ sont abondants, on prend ces oiseaux, on les écorche, et l'on fait de l'huile avec leur peau. Cette enveloppe, doublée d'une couche de graisse plus ou moins forte, est soumise à l'action d'une presse, qui ne laisse d'autre résidu que le derme et le duvet. On retire un demi-litre d'huile de chaque animal. Il faut 2000 Manchots pour remplir un tonneau.

Quand on saisit un _Fulmar_[265], il vomit une huile couleur d'ambre, qui est regardée par les habitants de Saint-Kilda comme un bon remède dans plusieurs maladies extérieures, surtout dans le rhumatisme. On brûle aussi cette huile. La meilleure est produite par les vieux oiseaux.

[265] _Procellaria glacialis_ Linné.

On surprend les Fulmars pendant la nuit. On leur presse le bec, et on leur fait rendre environ deux cuillerées d'huile. (L. Wraxall.)

Ce sont les Oiseaux marins qui produisent cette matière précieuse appelée _guano_, ou, pour mieux dire, _huanu_, si recherchée par les agriculteurs.

Le guano[266] est un amas d'excréments déposés au sein de la mer, sur des rochers ou sur des îles. On a calculé qu'un Palmipède de taille moyenne en fournit à peu près 25 grammes par jour. Or, sur certains rochers, on trouve des couches de guano offrant jusqu'à 30 mètres d'épaisseur. Il a donc fallu des centaines d'années et des milliers d'oiseaux pour former ces dépôts. (Boussingault.)

[266] Le guano n'étant que du poisson digéré, il est évident que le poisson naturel doit constituer aussi un engrais d'une grande valeur. Dans les localités maritimes où l'on se livre aux grandes pêches du Hareng, de la Sardine, de la Morue, on utilise les poissons avariés ou les débris inutiles, pour composer un fumier appelé _engrais-poisson_, lequel remplacera peut-être, un jour, le guano, dont les couches sont loin d'être inépuisables.

A cet effet, on fait cuire le poisson; on le presse, on le dessèche, on le réduit en poudre. Cet engrais étant à un point de décomposition moins avancé que le guano, agit moins rapidement que ce dernier. Il en a toutefois les principales propriétés.

L'île de Cincha, près du Pérou, à 100 milles au sud de Calao, est un des endroits les plus riches en guano. Les couches supérieures de cette matière sont d'un brun grisâtre, et les couches intérieures couleur de rouille. La dureté du guano est d'autant plus grande, qu'il est situé plus profondément.

Les Oiseaux producteurs du guano sont surtout le _Fou varié_[267], le _Goëland modeste_[268], l'_Anhinga_[269], le _Bec-en-ciseaux_, le _Pélican thagus_, le _Cormoran de Gaimard_[270], et le _Cormoran de Bougainville_[271].

[267] _Dysporus variegatus_ Ch. Bonaparte.

[268] _Blasipus Bridgesii_ Ch. Bonaparte.

[269] _Plotus anhinga_ Linné.

[270] _Stictocarbo Gaimardi_ Ch. Bonaparte.

[271] _Hypoleucus Bougainvillei_ Lesson.

VI

La voix des Oiseaux marins n'est jamais douce et harmonieuse comme celle de plusieurs oiseaux terrestres. Elle est nasillarde et retentissante, et tient souvent du rauque ou du lugubre. Cependant les Goëlands et les Mouettes jettent des cris aigus qui dominent le bruit de la tempête. Certains Canards rendent une clangueur perçante comme celle du clairon.

Quelques Palmipèdes, dont la trachée est grande et recourbée, imitent plus exactement le son de la trompette.

Il y a des Oiseaux pélagiens qui semblent pleurer comme de petits enfants, ou ricaner comme de vieilles femmes.

Les Grecs avaient désigné le _Pélican_[272] sous le nom d'_Onocrotale_ (cri de l'âne), parce que cet oiseau semble braire.

[272] _Pelecanus onocrotalus_ Linné.

Les _Pingouins_ ont un croassement tout aussi grave et tout aussi désagréable. Lesson dit que, dans l'île de Falkland, le soir, au coucher du soleil, tous les Pingouins poussaient ensemble, à gorge déployée, un immense cri, qui retentissait au loin comme les clameurs d'une armée en révolte.

Un observateur très-original, habitant d'un port de mer, a étudié pendant huit ans la langue du _Pierre-garin_[273]. Il en a composé le dictionnaire, prenant pour modèle le travail de Dupont de Nemours sur la langue du Corbeau. Il a distingué cinquante mots exprimant chacun, suivant lui, une idée particulière: _Ici... là... en avant... en arrière... à droite... à gauche... plus vite... plus lentement... halte... garde à vous... nourriture... danger... Je t'aime... moi de même... méchant... marions-nous... quel bonheur... un nid... nos œufs... couvons... nos petits... Maman... papa... j'ai faim... Tais-toi..._

[273] _Sterna hirundo_ Linné.

Voici le commencement de ce dictionnaire: _Kia, kié, kii, kioi, kioui. Djia, djié, djii, djioi, djioui. Tsia, tsié, tsii, tsioi, tsioui...._

VII

Les Oiseaux pélagiens ont souvent des pattes courtes, attachées plus ou moins en arrière; ils marchent avec mauvaise grâce et en se balançant; plusieurs semblent boiteux.

Les Nageurs se tiennent redressés sur leurs pattes de derrière et presque verticaux. Les _Manchots_, vus de loin sur la plage, semblent assis sur leur croupion: on dirait des enfants de chœur en camail (Pernetty). D'autres se traînent péniblement sur le sable, rampant presque à plat ventre. Ils se servent quelquefois de leurs ailerons en guise de pattes, ce qui les convertit momentanément en quadrupèdes.

Quelques espèces aiment à s'arrêter sur les vagues. Le _Pétrel damier_, ainsi nommé à cause de son dos bigarré de blanc et de noir, se repose habituellement dans le sillage des navires, où le remous lui apporte de nombreux petits mollusques. Le nom de _Pétrel_, qui signifie _petit Pierre_, fait allusion au miracle de saint Pierre marchant sur les eaux.

Les Palmipèdes savent nager avec autant d'élégance que de facilité.

Les Canards et les Harles se balancent avec grâce à la surface des eaux, et se jouent avec tranquillité au milieu des flots les plus rapides. Ces oiseaux ont le corps taillé comme la carène d'un navire; leurs pattes, comme on l'a vu plus haut, servent de rames, et leurs ailes demi-déployées représentent les voiles de ce petit vaisseau vivant.

Les espèces privées de la faculté de voler sont les plus habiles dans l'art de nager et de plonger. Leurs ailes, plus ou moins courtes, fonctionnent comme des nageoires, de manière que l'oiseau possède quatre rames, deux en avant et deux en arrière, exactement comme un poisson.

Suivant leurs besoins, ces oiseaux s'élèvent ou s'enfoncent dans le liquide. Ils voguent généralement la tête en l'air. Les Pingouins s'élancent par bonds, à la manière des Bonites.

Mais le vol constitue la fonction principale des Oiseaux. L'atmosphère est pour eux ce que l'Océan est pour les Poissons. La natation et le vol, dit Lacépède, ne sont, pour ainsi dire, que le même acte exécuté dans des fluides différents. L'Oiseau nage dans l'atmosphère et le Poisson vole dans l'eau (Virey).

Ce sont surtout les Longipennes et les Maritimes ordinaires qui excellent à voler.

Les _Hirondelles de mer_, agiles et vagabondes, légères comme le vent, savent planer, cingler, plonger dans l'air, selon la proie qui les attire, l'ennemi qui les poursuit ou la gaieté qui les emporte (Buffon). Rivales des Hirondelles domestiques, elles parcourent comme elles les régions de l'atmosphère, et dans tous les sens, comme pour en jouir dans tous les détails. Toujours maîtresses de leur vol, elles semblent décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif, dont les routes se croisent, s'entrelacent, se heurtent, se roulent, montent, descendent, se perdent et reparaissent pour se croiser et se rebrouiller de nouveau. (Montbeillard.)

Les _Frégates_[274] sont peut-être, de tous les oiseaux, ceux dont le vol est le plus puissant et le plus fier. Elles se tiennent dans les régions les plus élevées de l'atmosphère; elles se précipitent comme une flèche et se balancent comme une nacelle, tantôt résistant à la puissance du vent le plus violent, et tantôt se laissant emporter par la plus légère brise.

[274] _Tachypetes aquila_ Vieillot.

Elles pêchent mal, mais elles remplacent la maladresse par l'audace. Elles suivent et persécutent les Mouettes qui ont pris quelque animal, leur font rendre gorge, et saisissent prestement la proie dans sa chute, avant qu'elle soit arrivée à l'eau.

Audubon observa un jour une Frégate qui venait d'enlever un assez gros poisson à une Hirondelle de mer. L'oiseau emportait sa victime en travers du bec. Il la jeta en l'air, pour l'avaler la tête la première. Il la reprit comme elle tombait, mais par la queue. Il la lâcha une seconde fois, et la rattrapa encore par la queue. Le poids de la tête en était la cause. La Frégate recommença une troisième fois. Le poisson fut enfin reçu comme il fallait, la tête en bas, et avalé sur-le-champ.

Les Albatros ou les Frégates qui ont saisi dans l'air un malheureux Poisson volant, regagnent aussitôt les hautes régions de l'atmosphère. Mais, souvent, plusieurs maraudeurs de leur espèce, qui les guettaient, les suivent au milieu des nuages, s'en approchent, les harcèlent. C'est à qui leur ravira leur proie. L'un d'eux s'en empare; un autre l'a déjà reprise, mais la bande entière est à ses trousses. L'infortuné poisson, ballotté de bec en bec, meurtri, mourant, finit par tomber et par disparaître sous les flots. Cruel désappointement pour tous ces ventres affamés! (Audubon.)

Le _Stercoraire parasite_, vrai forban de l'air, fait aussi la chasse aux espèces plus petites et plus faibles que lui, leur donne des coups de bec, les force à vomir une partie de leur repas, et se précipite sur cette proie dégoûtante.

Le vol des _Phaétons_, ou _Pailles-en-queue_, est calme, paisible et composé de battements d'ailes fréquents, parfois interrompus par des sortes de chutes ou des mouvements brusques. (Lesson.)

Ces oiseaux défient la furie des orages; au milieu des tempêtes les plus horribles, ils conservent leur sang-froid. Tranquilles et contents, ils s'élèvent avec la lame, et redescendent avec elle dans l'abîme.

Les Phaétons voyagent à plus de cinq cents lieues en mer, et peuvent regagner, chaque soir, les îles ou les récifs qui leur servent de refuge. Du reste, ils s'arrêtent à peine le temps nécessaire pour dormir. Ils semblent faits pour voler, voler, toujours voler.....

Les Oiseaux de mer sont en général pour les navigateurs les indices de la terre. Les vieux matelots interprètent leur apparition et se trompent rarement. Le Pétrel damier leur annonce le voisinage du cap de Bonne-Espérance; le Paille-en-queue leur apprend qu'ils sont sous les tropiques; les Frégates, les Mouettes et les Hirondelles de mer leur prédisent, par la direction et la hauteur de leur vol, le beau temps, l'agitation des flots ou l'arrivée de la tempête.

Le livre de la Nature est une source féconde d'instruction!

CHAPITRE XLII

LES NIDS ET LES ŒUFS.

«Le Passereau a bien trouvé sa maison, et l'Hirondelle son nid, où elle a mis ses petits.»

(DAVID.)

I

Dans la saison des amours, les Oiseaux marins abandonnent les vagues et les eaux, et gagnent les rives et les grèves.

Beaucoup d'espèces se rassemblent en grandes troupes sur des rochers stériles ou dans des îles désertes. Faber croit que ces oiseaux obéissent à un instinct particulier de sociabilité. Boje pense qu'ils sont attirés par l'abondance de la nourriture. Ces deux raisons peuvent être également conformes à la vérité. Mais, probablement aussi, il en existe d'autres: par exemple, la disposition des récifs, dont les cavités et les saillies présentent d'excellents abris; l'absence des animaux carnassiers, l'éloignement de l'Homme; en deux mots, la solitude et la tranquillité.

Graba fait observer que les Palmipèdes choisissent toujours, pour nicher, les rochers tournés à l'ouest et au nord-ouest, et qu'ils dédaignent les autres expositions.

Parmi les îles les plus fréquentées par les Oiseaux nicheurs, il faut placer en première ligne le petit archipel des Feroë, entre l'Islande et les îles Shetland. Cet archipel est formé par vingt-cinq grands rochers à Oiseaux (_Vögelberg_).

Ces écueils ont été souvent décrits. Il y en a un, surtout, qui mérite une attention particulière.

Qu'on imagine un rocher noir, composé d'assises horizontales, s'élevant verticalement à 400 ou 500 mètres au-dessus de la mer, qui mugit et brise à ses pieds. L'eau s'élance souvent, pendant les tempêtes, à plus de 30 mètres de hauteur, et retombe en cascade le long de la paroi verticale. Mais, par un temps calme, elle ondule doucement, en se jouant autour des écueils. Ces escarpements présentent alors l'aspect le plus singulier: des milliers d'Oiseaux sont rangés sur les corniches, à côté les uns des autres; les femelles sur leurs nids, les mâles près d'elles ou volant à une faible distance. Une salle de spectacle, un cirque, un amphithéâtre remplis de spectateurs, ne donnent qu'une faible idée du nombre prodigieux d'animaux qui sont ainsi placés avec symétrie, la tête tournée vers la mer. L'arrivée de l'Homme ne les trouble nullement, et le bruit d'un coup de fusil ne fait envoler que les mâles, les femelles restent sur leurs œufs. Elles ne les quittent même que lorsqu'on s'approche d'elles, et la plupart se laissent prendre sur leur couvée.

Les différentes espèces d'Oiseaux établies sur ces rochers ne sont pas éparpillées au hasard. Chacune semble avoir son campement particulier.

Sur la plage, on trouve le _Goëland à manteau noir_[275] et le _Perroquet de mer_[276].

[275] _Larus marinus_ Linné.

[276] Vulgairement, _Macareux moine_.

Au second rang, dans les endroits couverts de plantes, paraît la _Mouette argentée_[277].

[277] _Larus argentatus_ Brünnich.

Au-dessus, sur les rochers les plus découverts, sommeillent les stupides _Cormorans_[278].

[278] _Phalacrocorax carbo_ Ch. Bonaparte.

Non loin de là, sur les falaises baignées par la mer, s'entassent les élégantes _Mouettes à trois doigts_[279] et les _Guillemots à miroir blanc_[280].

[279] _Larus tridactylus_ Latham.

[280] _Uria grylle_ Latham.

Tout à côté, parmi les Varecs amoncelés, se redressent les _Guillemots à capuchon_[281] et les ineptes _Pingouins_[282].

[281] _Uria troile_ Latham.

[282] _Alca torda_ Linné.

Tous ces oiseaux vivent en bonne intelligence. Souvent des femelles d'espèces différentes sont assises, côte à côte, sur leurs œufs, et l'on croirait, en voyant les mouvements de leur tête et les claquements de leur bec, qu'elles sont engagées dans une conversation animée, pour faire diversion aux ennuis d'une incubation un peu trop longue.

On peut indiquer encore, comme rendez-vous général des Oiseaux marins, les îles Hébrides, et particulièrement celle de Saint-Kilda.

Cette dernière offre cinq milles environ de tour. Elle sort presque perpendiculairement du sein des flots, et forme à son extrémité orientale, qui s'élève à plus de 440 mètres, le promontoire le plus haut des îles Britanniques.

En approchant de l'île de Saint-Kilda, on aperçoit un spectacle presque impossible à décrire. Les rocs sont cachés par des myriades d'Oiseaux aquatiques occupés à couver.

D'énormes essaims de _Fous_[283] blanchissent les sommets sur lesquels ils reposent. Ces plateaux ou ces pics semblent de loin couverts de neige. Les _Mouettes à trois doigts_ et les _Mouettes à pieds bleus_[284] ont envahi chaque crête un peu élevée. Plus bas, les _Fulmars_[285], les _Puffins_[286] et les Guillemots ont pris possession de tous les talus, de toutes les pentes, de tous les endroits où il existe un peu d'herbe. Au bord de la mer, à l'entrée des excavations, perchent des Cormorans, droits et immobiles, comme des sentinelles avancées. (L. Wraxall.)

[283] _Sula alba_ Meyer.

[284] _Larus canus_ Linné.

[285] _Procellaria glacialis_ Linné.

[286] _Procellaria puffinus_ Linné.

Tout autour, au sein des eaux, des milliers de nageurs de toute espèce plongent, barbotent, se poursuivent, se becquètent ou se battent. D'autres remplissent l'air de leurs cris rauques ou aigus, allant de la mer à leurs nids ou de leurs nids à la mer; appelant leurs femelles, tournoyant au-dessus d'elles, caressant leurs petits, jouant avec leurs frères, et manifestant, d'une manière bruyante et naïve, leurs craintes, leurs besoins, leur joie ou leur bonheur.....

Lorsqu'un fragment de rocher se détache et roule du haut de l'île dans les flots, il devient le signal d'un tumulte extraordinaire. La frayeur s'empare de toute la colonie. Le bloc écrase de malheureux Fulmars accroupis sur leur couchette, et entraîne, en bondissant au milieu d'un fracas épouvantable, les herbes et le sable, les œufs et les poussins. Des nuées d'oiseaux épouvantés s'enfuient sur son passage. Mais bientôt ils reviennent à leurs nids, et tout reprend le calme habituel. (L. Wraxall.)

En Hollande, d'innombrables troupes de Mouettes et d'Hirondelles de mer nichent, toutes les années, dans l'île d'_Eierland_ (pays des œufs), et dans les autres îles septentrionales du Texel. Il en est de même dans celles du Slesvig et du Jutland.

Dans la saison de la ponte, les Palmipèdes arrivent par milliers. Beaucoup d'Échassiers se mêlent à leurs troupes.

Les œufs sont pondus par des Goëlands, des Mouettes, des Hirondelles de mer, des Guillemots, des Pingouins, des Canards, et aussi par des Huîtriers, des Pluviers, des Barges, des Vanneaux.....

II

Les Oiseaux marins placent leur nid, soit dans un simple enfoncement, derrière deux ou trois galets, soit parmi les herbes, entre les joncs ou sous quelque arbrisseau, soit encore dans les creux des rochers.

La Mouette tridactyle a l'instinct de s'établir dans les lieux les plus inaccessibles; aussi est-elle rarement troublée par les ramasseurs d'œufs.

Les Pingouins et les Manchots se creusent dans le sable un trou horizontal. Les Macareux s'emparent des terriers des lapins; ils aiment à nicher en société et à couver les uns près des autres. L'endroit qu'ils ont choisi est quelquefois tellement miné, qu'en posant le pied dessus, on s'enfonce jusqu'au genou. Les _Tadornes_[287] ont aussi l'habitude de nicher dans des souterrains. Les anciens donnaient à ces oiseaux le nom d'_Oies-renards_.

[287] _Anas tadorna_ Linné.

Naumann a vu, dans la petite île de Sylt, un très-grand nombre de Tadornes réunis par groupes dans des excavations artificielles. Il a compté jusqu'à treize nids dans un espace quadrangulaire, avec une entrée commune. Au-dessus de chaque nid était un trou couvert d'une touffe de gazon. Quand on soulevait cette touffe, on voyait un Tadorne accroupi. Chaque habitant du village possédait plusieurs de ces souterrains, d'où il retirait par jour, pendant trois semaines, de vingt à trente œufs. Il en laissait six à chaque nid pour l'incubation.

Dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance, les Albatros se réunissent en colonies pour nicher. Ils partagent le terrain en carrés réguliers, un pour chaque nid. Ces carrés communiquent par des chemins. L'ensemble est défendu par une chaussée de pierres.

Les Cormorans nichent tantôt au milieu des joncs et des roseaux, tantôt sur les troncs des vieux saules ou sur des arbres élevés, tantôt encore sur des rochers, toujours dans le voisinage de la mer. Ils construisent de grands nids informes, composés de rameaux et de bûchettes grossièrement assemblés. On trouve souvent plusieurs de ces nids sur le même arbre.