Le monde de la mer

Part 17

Chapter 173,442 wordsPublic domain

Ces cribles, au nombre de onze, sont faits de manière à pouvoir s'enchâsser les uns dans les autres; chacun est percé d'un nombre de trous qui détermine la grosseur des perles et leur donne leur numéro commercial. Ainsi, le crible nº 20 est percé de vingt trous, et les cribles nos 30, 50, 80, 100, 200, 600, 800, 1000, sont percés d'un nombre de trous égal à ces chiffres. Les perles qui restent au fond des cribles nos 20 à 80 sont comprises sous la dénomination de classe _mell_, ou perles du premier ordre. Celles qui traversent les cribles nos 100 à 800 sont de la classe _vadivoo_, ou perles du second ordre. Enfin, celles qui passent au travers du crible nº 1000 appartiennent à la classe nommée _tool_, ou _semence de perles_, qui sont celles du troisième ordre. (Lamiral.)

On enfile avec de la soie blanche ou bleue les perles moyennes et les petites; on réunit les rangs par un nœud de ruban bleu ou par une houppe de soie rouge, et on les expédie ainsi par masses de plusieurs rangs, suivant le choix des perles.

Les très-petites perles, dites _semence_, se vendent à la mesure de capacité ou au poids.

En Amérique, on ouvre les bivalves l'un après l'autre, avec un couteau, et l'on cherche les perles en écrasant le Mollusque entre les doigts. On n'attend pas que son parenchyme ait été ramolli par la putréfaction, et on ne le fait pas bouillir. Ce travail est plus long et moins sûr que le procédé des Indes orientales décrit plus haut; mais les Américains prétendent que leur manière d'opérer conserve mieux aux perles leur fraîcheur et leur _orient_.

VII

Divers auteurs ont donné la mesure ou le prix de plusieurs perles célèbres.

Une perle de Panama, en forme de poire et grosse comme un œuf de pigeon, fut présentée, en 1579, à Philippe II, roi d'Espagne. Elle était estimée 100 000 francs.

Une dame de Madrid possédait, en 1605, une perle américaine du prix de 31 000 ducats.

Le pape Léon X acheta une perle à un joaillier vénitien pour la somme de 350 000 francs.

Une autre perle donnée par la république de Venise à Soliman, empereur des Turcs, valait 400 000 francs.

Jules César offrit à Servilia une perle évaluée à un million de sesterces, environ 1 200 000 francs de notre monnaie.

On ne connaît pas au juste le volume ni la valeur des deux fameuses perles de Cléopâtre: l'une que cette reine eut le singulier caprice de faire dissoudre dans du vinaigre et de boire (Dieu nous préserve d'une pareille boisson!); l'autre qui fut partagée en deux parties et suspendue aux oreilles de la Vénus du Capitole. Quelques auteurs pensent que la première de ces perles valait 1 500 000 francs.

Il y a deux siècles, une perle fut achetée à Califa par le voyageur Tavernier, et vendue au schah de Perse pour le prix énorme de 2 700 000 francs.

Un prince de Mascate a possédé une perle extrêmement belle, non à cause de sa grosseur, car elle ne pesait que 12 carats 1/16e, mais parce qu'elle était si claire et si transparente, qu'on voyait le jour à travers. On lui en offrit 2000 tomans, environ 100 000 francs. Il refusa de la céder.

On trouve dans le musée Zozima, à Moscou, une perle presque aussi diaphane. On l'appelle _pellegrina_. Elle pèse près de 28 carats; sa forme est globuleuse.

On dit que la perle de la couronne de Rodolphe II pesait 30 carats, et qu'elle était grosse comme une poire. Ce volume est plus que douteux.

Le schah de Perse actuel possède un long chapelet dont chaque perle est à peu près de la grosseur d'une noisette. Ce joyau est inappréciable.

En 1855, à l'Exposition universelle de Paris, la reine d'Angleterre nous a fait voir de magnifiques trésors de perles fines, et l'Empereur des Français en a montré une collection de 408, chacune pesant 16 grammes, d'une forme parfaite et d'une belle eau. Elles valent ensemble plus de 500 000 francs.

Les Romains estimaient beaucoup les perles fines; ils ont transmis leur passion aux Orientaux. Ceux-ci attachent une idée de grandeur et de puissance à la possession des perles les plus grosses et les plus éclatantes.

VIII

Les Pintadines ne sont pas les seuls bivalves de la mer qui puissent donner des perles. Presque tous les Mollusques sont sujets à la maladie qui façonne la nacre en tubérosités arrondies ou ovoïdes.

M. Lamiral a vu une perle de la grosseur d'un œuf de poule Bantam, parfaitement sphérique et blanche comme du lait, provenant du _grand Bénitier_.

La _Pinne marine_ produit des perles roses. L'_Oreille de mer Iris_ en donne de vertes. D'autres bivalves en fournissent de bleues, de grises, de jaunes et même de noires. Ces dernières sont très-peu communes.

Il y en avait un collier dans le trésor de l'empereur de la Chine. Est-ce le même dont on a fait présent à une auguste souveraine?

CHAPITRE XXIII

LES MOLLUSQUES CÉPHALÉS.

_Ame tout aquéu poble eïmable é banaru._

(C. REYBAUD.)

Les Mollusques sans tête (Acéphales) nous conduisent naturellement à ceux qui en ont une, les _Mollusques Céphalés_.

Nous trouvons encore, parmi ces derniers, des espèces nues et des espèces testacées.

I

Les Céphalés nus[114] varient assez dans leurs formes. Les plus communs sont ovoïdes, plus ou moins allongés, bombés en dessus, plans en dessous, avec une tête antérieure plus ou moins caractérisée, portant plusieurs organes sensitifs, entre autres deux yeux bombés et humides, et presque toujours des cornes ou tentacules, des barbillons ou des panaches.

[114] Voyez les planches XVII, XVIII et XIX.--Les dessins de ces deux planches nous ont été communiqués par M. Deshayes et par M. de Quatrefages.

Un trait distinctif, assez général chez ces animaux, bien prononcé, surtout chez ceux qui jouissent de la faculté de marcher (ou, pour mieux dire, de ramper), c'est la présence d'une dilatation charnue abdominale, sorte de disque énorme, formé d'un entrelacement inextricable de fibres musculaires, avec lequel le Mollusque exécute une série de petites ondulations successives qui ont été comparées à des _vagues en miniature_. A cause de ce _pied-ventre_, Cuvier a désigné ces individus sous le nom de _Gastéropodes_.

Signalons tout d'abord les _Aplysies_[115], ou _Lièvres de mer_, petits Mollusques qui ressemblent, jusqu'à un certain point, aux quadrupèdes dont on leur a donné le nom.

[115] _Aplysia_ Linné.

Ils vivent parmi les plantes marines. Ils ont un cou plus ou moins long et deux prolongements supérieurs creusés comme des oreilles de Quadrupède.

Leurs dents ne sont pas dans la bouche, mais dans l'estomac. Ce dernier est Quadruple; il se compose d'un jabot énorme, membraneux, d'un gésier musculeux, d'une autre poche accessoire, et d'une quatrième en forme de sac aveugle (Cuvier). Le gésier est armé de plusieurs saillies cartilagineuses, pyramidales, à base rhomboïde, dont les faces irrégulières se réunissent en un sommet partagé en deux ou trois pointes émoussées. Il y en a douze grandes placées en quinconce sur trois rangs, et sept ou huit petites disposées en ligne sur le bord supérieur. Les hauteurs de ces pyramides sont telles, que leurs pointes se touchent au milieu du gésier, et qu'il reste entre elles très-peu d'espace pour le passage des aliments, qu'elles doivent par conséquent triturer avec force (Cuvier). Dans le troisième estomac, il existe une armure tout aussi singulière: ce sont de petits crochets arqués et pointus, dirigés vers le gésier. Cuvier ne peut leur attribuer d'autre destination que d'arrêter au passage les aliments qui n'auraient pas été suffisamment broyés.

En général, chez les Mollusques, par une merveilleuse compensation, la puissance de l'estomac est toujours en raison inverse de l'insuffisance des dents. Cet organe est d'autant plus faible, que la mâchoire est mieux garnie, et d'autant plus énergique, que l'appareil dentaire est plus imparfait. Dans certaines circonstances, comme chez le Lièvre de mer, l'estomac a reçu, en supplément d'organisation, des pièces solides, plus ou moins semblables aux dents, qui lui permettent de fonctionner à la fois et comme estomac et comme bouche.

Les Aplysies exhalent une odeur désagréable[116]; elles sécrètent une humeur limpide particulière, fort âcre dans certaines espèces, qui peut faire enfler les mains de ceux qui les touchent imprudemment. Des bords de leur manteau suinte en abondance une autre liqueur d'un pourpre obscur, dont l'animal colore autour de lui l'eau de mer, quand il aperçoit quelque danger.

[116] «_Fœtidissima ad nauseam usque._» (LINNÉ.)

Ces Mollusques sont doux et timides.

Les Lièvres de mer étaient regardés par les anciens comme des animaux malfaisants. On leur attribuait une influence magique, par exemple celle d'agir sur le cœur du beau sexe et sur ses déterminations. Apulée fut accusé de sorcellerie pour avoir acheté des Aplysies à des pêcheurs. Il venait d'épouser une jeune et riche veuve; son principal crime était son mariage, et son principal accusateur le fils de cette veuve!

Les Aplysies ont des organes respiratoires frangés cachés sous leur manteau.

Chez les _Tritonies_, Céphalés peu différents des Lièvres de mer, ces derniers organes sont à découvert. Ils ressemblent à de petits arbustes.

Le long de nos côtes, nous avons une grande espèce de ce genre, couleur de cuivre, décrite par Cuvier[117]. Dans les eaux de la Sicile, nous en rencontrons une autre encore plus jolie, découverte par M. de Quatrefages. Qu'on se représente une sorte de petite Limace allongée, portant sur ses flancs une rangée de buissons animés, d'une excessive délicatesse. Sa tête est ornée, en avant, d'un voile étoilé de la plus fine gaze, et surmontée de deux grandes cornes transparentes comme du verre, à l'extrémité desquelles s'épanouit un bouquet de branchages roses entremêlés de fleurs violettes.

[117] _Tritonia Hombergii_ Cuvier.

Tout près des Tritonies viennent se ranger les _Scyllées_.

Une d'elles, bien connue, la _Scyllée pélagique_[118], est commune parmi les Varecs de toutes les mers. Son corps est comprimé; le Mollusque embrasse avec son pied étroit, creusé d'un sillon, les tiges des plantes aquatiques. Il a sur le dos plusieurs séries d'organes respiratoires qui s'élèvent comme deux paires de crêtes membraneuses, donnant naissance, à leur face interne, à des pinceaux de filaments. Ses tentacules sont terminés par un creux, d'où sort une petite pointe à surface inégale. La bouche possède une sorte de trompe. Enfin, son estomac présente un anneau charnu, armé de lames cornées, tranchantes comme des couteaux. (Cuvier.)

[118] _Scyllæa pelagica_ Linné.

Forster a décrit, sous le nom de _Glauque_ (_Glaucus_), un genre de Gastéropodes peu différent des Scyllées. Ce sont de charmants petits Mollusques nageurs, à corps allongé, gélatineux, rétréci d'avant en arrière, et terminé par une queue grêle et pointue, comme une queue de Salamandre (Cuvier). Leur couleur est d'un gris de perle passant au bleu céleste, avec le dos nacré, traversé par deux bandes longitudinales d'un bleu foncé brillant, et le ventre taché de brun. Leur tête est petite; elle agite en avant quatre tentacules courts, coniques, disposés par paires. De chaque côté du corps s'étalent trois ou quatre appendices (_nageoires branchiales_) opposés, semblables à de grands éventails ovalaires ou arrondis, d'un gris bleu plus ou moins pur, avec une zone plus foncée. Chaque éventail est composé d'une palette horizontale, bordée de digitations longues, flexueuses et pointues. Les éventails antérieurs sont les plus grands et pourvus d'un pédicule. Les autres diminuent graduellement de taille et manquent de support.

L'animal se tient habituellement renversé sur le dos. Quoique paresseux, il nage avec vitesse; il est aussi distingué dans ses mouvements que recherché dans sa parure.

Cuvier a nommé _Éolides_[119] d'autres Gastéropodes nus, d'une physionomie tout aussi remarquable. Il les signale comme de petites Limaces sans cuirasse ni manteau. Leur tête porte quatre tentacules, et leur bouche deux petits barbillons. Leurs organes respiratoires consistent en lamelles ou filaments groupés par paquets, toujours des deux côtés du dos. Chez le _Dendronote arborescent_, les branchies sont au nombre de six ou sept paires; chacune porte quatre ou cinq branches principales, divisées et subdivisées en un grand nombre de ramuscules.

[119] Voyez fig. =7= et 7, planche XVII, et les figures de la planche XVIII.

Quand ces Mollusques se reposent, leurs branchies affaissées s'entrecroisent, et leurs grands tentacules sont tordus comme les cornes d'un Bélier. Quand ils marchent, ils redressent ces derniers appendices et les brandissent fièrement au-dessus de leur petite tête.

Les Éolides sont des créatures vives, irritables, querelleuses: elles se disputent les proies avec acharnement; elles se mordent et se mutilent. Leurs organes saillants, tentacules ou branchies, se trouvent souvent, après le combat, dans un état déplorable. Il est vrai que tout cela peut _repousser_. M. Rymer Jones a vu un tentacule tout entier refait à neuf au bout de deux semaines.

Nous avons sous les yeux une petite Éolide qui rampe tranquillement sur les parois d'un bocal. Elle a 4 centimètres de longueur, et un corps demi-transparent, légèrement azuré. Sa tête est à peine renflée et sa queue assez pointue. Son dos paraît jaunâtre et chatoyant. Ses cornes antérieures sont grêles et flexueuses; les postérieures, un peu moins longues et légèrement écartées, droites et roides. Les branchies forment quatre touffes rapprochées de lobes lancéolés-linéaires, un peu aigus, d'un rose vif, passant au pourpre à la partie inférieure, et devenant couleur de chair pâle vers le sommet. Leur pointe est incolore et transparente.

Il serait difficile de rendre une vilaine Loche plus élégante et plus gracieuse.

Pour terminer dignement ce paragraphe, nous décrirons, d'après M. de Quatrefages, la délicieuse _Amphorine d'Albert_[120], découverte par M. Camille Dareste, près de Bréhat, parmi les Goëmons.

[120] _Amphorina Alberti_ Quatrefages (voy. fig. =5= et 5, planche XIX). Cette espèce serait, d'après Alder et Hancock, un jeune de l'_Eolis Ferrani_.

L'animal est allongé, avec une tête plus grosse et surtout plus haute que le corps, et la queue très-effilée et très-pointue. Il possède quatre cornes inégales, disposées comme celles des Colimaçons; il a deux yeux petits, violets, placés non pas au bout des grandes cornes, mais à leur base et en arrière. Les appendices branchiaux, au nombre de douze et sur deux rangs, ne ressemblent en rien à ceux des autres Céphalés. Ils sont alternativement fusiformes et ovoïdes, les uns petits, les autres grands; les premiers semblables à des urnes lacrymales, et les seconds à des amphores!

Ce Mollusque paraît légèrement rugueux et d'un beau blanc mat. La partie moyenne de ses cornes est d'un jaune d'or. Un cercle de la même couleur se trouve vers l'extrémité supérieure des branchies, et donne à leur sommet l'apparence d'un couvercle qui fermerait une ouverture à rebord coloré. Sur la ligne médiane du dos, il existe une série de taches jaunes. L'Amphorine est un vrai bijou de la nature.

II

Les Céphalés testacés possèdent une coquille d'une seule pièce. C'est pourquoi on les a nommés _univalves_. Cette coquille présente quelquefois une porte appelée _opercule_.

Chez les _Nérites_, la porte se meut sur un petit gond.

La coquille des Céphalés est habituellement _tordue en spirale_. «_Quelle est la loi de cette organisation?_» nous demandait un jour un jeune bachelier de la plus haute espérance. Voici notre réponse:

«Quand l'œuf des Mollusques univalves vient d'être pondu, il contient un germe punctiforme à peu près microscopique[121]. Ce germe n'est autre chose, suivant les savants, que le _vitellus_, c'est-à-dire le _jaune_ (il ne mérite pas ce dernier nom, attendu qu'il est gris). Tout autour se trouve une certaine quantité de _blanc_ ou _albumen_, incolore et transparent. Au bout de quelques jours, le jaune se transforme en _embryon_. Celui-ci se met à tourner lentement sur lui-même; il fait la cabriole. Puis, il change de place et chemine le long de la paroi de son enveloppe protectrice, décrivant une ellipse. Ce double mouvement a été comparé avec raison _à celui des corps planétaires_. Il est produit par un certain nombre de cils vibratiles extrêmement petits, inégalement placés, qui revêtent l'animal dans les premiers temps de son existence. Ces cils absorbent l'air et la matière nutritive nécessaires au Mollusque; ils servent à sa respiration et à sa nutrition à une époque où les organes spéciaux de ces deux fonctions n'existent pas encore. Mais, pour remplir ces deux rôles, il est indispensable qu'ils s'agitent. En s'agitant, ils déterminent des courants réguliers, et, par suite, le double mouvement de rotation qui vient d'être décrit.

[121] Voyez les figures de la planche XVIII.

»Quand le Mollusque grossit, les cils s'oblitèrent et disparaissent peu à peu. Ce qui fait que les mouvements se ralentissent insensiblement. Au moment de la naissance, il n'existe de cils que sur l'appareil respiratoire, autour de cet appareil et sur les tentacules. De générales, leurs fonctions sont devenues locales.

»A l'époque où les mouvements rotatoires sont dans leur plus grande activité, l'embryon se développe et s'allonge, et, comme il est très-mou, _il se tord forcément en tire-bouchon_. L'animal, tournant sur lui-même un peu obliquement, sa torsion devait offrir le même caractère. Remarquez que le pied, la tête et la queue, c'est-à-dire les parties les _plus fermes_, ne sont jamais en spirale, tandis que le _tortillon_, qui offre toujours, même chez les individus adultes et chez les espèces les plus volumineuses, un tissu _plus ou moins mou_, se trouve l'organe contourné par excellence.

»La coquille, qui s'organise un peu plus tard, se moule sur l'embryon, et _adopte la forme spirale qu'il a lui-même revêtue_.»

Les coquilles spirales peuvent être considérées comme des tubes calcaires qui vont en s'élargissant du sommet à la base, et qui sont plus ou moins enroulés sur eux-mêmes, d'après différents modes.

L'axe réel ou idéal sur lequel le tube opère sa révolution a reçu le nom de _columelle_. Quand cette columelle est creuse, son ouverture inférieure s'appelle _ombilic_.

La spire des univalves tourne le plus souvent de droite à gauche; elle est _dextre_. Charles Bonnet en a fait la remarque il y a longtemps: «Il existe, dit-il, un plus grand nombre de coquilles dont les tours de spirale montent de droite à gauche que de celles dont les tours montent en sens contraire.»--_Pourquoi cette direction dominante?_ (C'est encore une question de notre bachelier.)

«Le soleil tourne sur lui-même de droite à gauche. Il en est de même des mouvements de rotation et de translation de la terre, des autres planètes de ce monde, de la lune et des autres satellites..... _La dextrosité est une loi de la nature!_»

L'homme se sert plus habituellement de ses membres droits que de ses membres gauches. La déviation vertébrale des rachitiques est très-souvent tournée du côté droit! Nos escaliers, nos tire-bouchons, nos vis, nos serrures, les roues de nos charrettes, les aiguilles de nos cadrans, les ressorts de nos pendules, les fils de nos bobines..... _sont généralement dextres comme nos Colimaçons!_

Il existe cependant des coquilles spirales, à la vérité en petit nombre, qui tournent normalement de gauche à droite, c'est-à-dire qui sont _sénestres_. Elles n'avaient pas échappé à l'attention de Charles Bonnet: ce sont des exceptions.

Quelquefois les Testacés dextres deviennent sénestres _par monstruosité_. Ils sont alors très-recherchés par les _collectionneurs_. On sait, pour le dire en passant, que l'homme, dont le foie est à droite et le cœur à gauche, présente dans certains cas, par exception, la situation de ces organes renversée (_situs inversus_), c'est-à-dire le foie à gauche et le cœur à droite. C'est une anomalie analogue à celle de ces derniers Mollusques.

D'autres fois les Testacés sénestres deviennent dextres. Ce sont des _retours à l'ordre habituel_.

Plusieurs coquillages ne sont pas tordus en spirale. Par exemple, les _Patelles_, qui ressemblent à d'énormes Cochenilles ou à de larges éteignoirs. Mais ces espèces, dans leur jeune âge, offraient une torsion manifeste; elles avaient deux tours, trois tours..... Elles rentrent, par conséquent, dans la règle générale.

III

Certains univalves vivent à la surface de la mer, et flottent nécessairement et gracieusement, quelle que soit l'agitation de l'eau.

Le charmant petit coquillage appelé _Janthine_, protégé par une tunique mince, fragile, d'un violet tendre, se suspend à une masse spongieuse, sorte de tissu hydrostatique composé de petites vessies cartilagineuses semblables à de l'écume de savon consolidée[122]. Ce singulier parachute l'empêche de couler à fond.

[122] «_Spuma cartilaginea._» (FABIUS COLUMNA.)

A la plus légère alarme, la Janthine répand une liqueur d'un rouge sombre, devient plus lourde que la vague, et descend dans la mer. Bosc pense qu'elle vide alors ses vessies, mais cela n'est pas certain.

D'autres Mollusques déploient une sorte de voile produit par le bord dilaté de leur manteau ou par quelque appendice développé en forme de nageoire. Ils voyagent de la sorte, à la surface des flots, entraînés par la lame ou poussés par le vent.

Mais la plupart des espèces ont besoin d'être plus ou moins submergées, quelquefois même à des profondeurs considérables. Les _Littorines_ ne s'éloignent pas des côtes. On a pêché des _Fuseaux_ qui vivaient au-dessous de 2800 mètres.

Les Mollusques testacés habitent, soit parmi les plantes, soit parmi les rochers. Les uns restent collés à la surface des corps solides (on assure que les _Patelles_ opposent à l'isolement une résistance de 75 kilogrammes); les autres s'enfoncent dans la vase et s'y creusent des retraites.....

La _Natice mille points_[123] coupe le sable avec son pied dilaté en avant et tranchant comme une pelle; elle chemine ainsi horizontalement dans l'épaisseur du sol (Deshayes). Son manteau, qui est très-ample, se replie sur sa coquille, protége les cornes, les yeux et l'orifice de la respiration contre les frottements entre deux terres, et rend en même temps la marche plus glissante.

[123] _Natica millepuncta_ Lamarck.

Les univalves marins offrent dans leurs coquilles une immense variété de formes et de couleurs.