Le ménagier de Paris (v. 1 & 2)
Part 8
La quinte branche qui vient d’orgueil si est singularité; c’est à dire quant la personne fait ou dit ce que nul autre ne saroit dire ou faire et veult surmonter et estre singulier en dis et en fais excellentement en tout, dont il se fait haïr et pour ce dit-l’en que orgueilleux ne sera jà sans plait[123], et non est-il. Et tout ce vient d’orgueil, c’est assavoir inobédience, jactence, ypocrisie, discorde, et singularité.
Le pécheur ou pécheresse doit commencer sa confession en ceste manière: Sire qui estes vicaire et lieutenant de Dieu, je me confesse à Dieu le tout puissant et à la benoite vierge Marie et à tous les Sains de paradis, et à vous, chier père, de tous mes péchiés lesquels j’ay fais en moult de manières. Premièrement d’orgueil: j’ay esté orgueilleux ou orgueilleuse et ay eu vaine gloire de ma beauté, de ma force, de ma louenge, de mon excellent aournement, et de l’abilité de mes membres et en ay donné matière et exemple de péchier à moult de hommes et de femmes qui me regardoient si orgueilleusement et quant je véoie que on me regardoit je considéroie la puissance que mes successeurs auroient en leur temps, et aussi ma puissance, ma richesse, mon estat, mes amis et mon lignaige, et comme il me sembloit que nul ne povoit à moy de toutes ces choses que j’ay cy devant dictes[124], et par ce péchié d’orgueil je suis cheu ou cheue ès branches[125].
La première branche d’orgueil si est inobédience; car par orgueil j’ay désobéy à Dieu et ne luy ay pas porté honneur ne révérence comme à mon créateur qui m’a fait ou faicte et ma donné les biens de grâce de nature et de fortune dont j’ay méserré[126] et mal usé et les ay mis et despendus en mauvais usaiges comme en vanités et honneurs du monde, sans lui recongnoistre ou mercier, ne pour luy aux povres riens donner, ains les ay eu en desdaing et en despit et pour ce qu’ils me sembloient tous deffigurés et tous puans je ne les laissoie aprouchier de moy, ains me tournoie de l’autre part, afin que je ne les véisse. Je n’ay pas porté honneur ne révérence à mes amis qui sont de mon sang et de ma char, espécialment à mes père et mère et les prédécesseurs dont je suis venu, à mes frères et seurs naturels, à mon mary et autres bienfaicteurs et souverains, ne à mes autres frères et seurs d’Ève et d’Adam, car je n’ay nul autre prisié fors moy tant seulement. Et quant on m’a voulu monstrer mon bien et corrigier de mon mal quant je l’ay eu fait, je ne l’ay voulu souffrir, ains ay eu en indignacion et en despit ceulx qui m’ont ce monstré et leur ay esté pire après et plus fel que devant, et leur en ay mis sus blasme et vilenie grande en derrière d’eulx; j’ay sur eulx parlé vilainement, et tout ce m’est venu d’orgueil et de sa branche de inobédience.
Par jactence, qui est la seconde branche d’orgueil, j’ay diligemment escouté le maldire d’autruy et si l’ay creu et voulentiers raconté ou plus vilain entendement[127]. Et aucune fois, pour vengence ou pour mal, ay-je dit sur autruy ce dont je ne sçavoie riens. Je me suis eslevé ou eslevée et vanté de mes maulx que j’avoie fais et dis et y prenoie grant gloire. Et se on disoit aucune chose de moy qui appartenist à sens, à bon los, ou beauté et on le deist en ma présence et à mon ouie et que ce ne fust à moy, je ne me excusoie pas, qu’il ne feust en moy, ains me taisoie pour moy accorder et m’y délictoie et prenoie grant plaisance. Je me suis eslevé ou eslevée et ay eu orgueil des grans despens que j’ay aucune fois fais et des grans oultraiges et superfluités, comme de viandes grandes et oultrageuses, comme à donner grans mengiers et belles chambres, assembler grans compaignies, donner joyaulx aux dames et aux seigneurs et à leurs officiers ou ménestriers pour estre alosé[128] d’eulx et pour dire de moy que je fusse noble et vaillant et large; certes de povres créatures ne me chaloit-il[129] rien. Certes, Sire, j’ay affermé aucunes choses estre vrayes de quoy je n’estoie mie certain et ce faisoie-je pour plaire aux gens présens qui devant moy estoient et en parloient et tout ce ay-je fait par jactence.
Par ypocrisie, je me suis faint le saint home ou sainte femme et monstré grant semblant de l’estre et mis grant peine de en acquérir le nom devant les gens, et toutesvoies ne me suis-je point tenu de péchier et d’en faire assez quant j’ay veu que je l’ay peu faire couvertement et en repostaille[130], et certes aussy ay-je fait du bien aux povres et des pénitences devant les gens plus pour en avoir leur nom[131] et leur louenge que pour la grâce de Dieu. Et aussi par plusieurs fois monstroie-je par dehors d’estre en voulenté de tel bien faire dont mon cuer n’avoit voulenté, et ce faisoie-je pour avoir le nom du peuple, jasoit-ce que je sceusse bien que c’estoit fait au desplaisir de mon créateur. Et aussi me suis-je offert à moult de gens de faire telle chose pour eulx dont je n’avoie nul talent ne nul corage, et oultre je tenoie[132] de moy mesmes moult de biens qui n’y estoient mie, et se aucun peu en y avoit, il ne me souvenoit ne me vouloit souvenir qu’il venist de Dieu, si comme j’ay dit devant, ne à Dieu n’en savoie-je nul gré; et tout ce faisoie-je par ypocrisie avec grant orgueil.
J’ay esté ferme en discorde et en contencion, qui est la quarte branche d’orgueil. Car se je commençasse à soustenir aucune chose ou le fait d’aucune personne, pour soustenir son bien ou pour destruire un autre, où je me mectoie en grant peine de la défendre ou confondre, feust droit ou tort, j’ay en injuriant autruy raconté aucune fois aucunes choses mensongières et les ay affermées estre vraies pour faire à aucunes gens leur gré et leur faire plaisir; j’ay par despit esmeu aucunes fois aucunes personnes à ire, à courroux et à discorde dont moult de maulx venoient aucunes fois depuis; et d’autres ay-je fait jurer, parjurer et fait mentir, et par les discordes que j’ay mues et les mensongières paroles que j’ay dictes estre vraies et affermées et fait jurer et affermer, j’en ay plusieurs personnes moult scandalisées et courroucées par ma désordonnance. Quant je me suis aucune fois confessé, en ma confession je me suis excusé et mectoie mon excusation premièrement, et après coulouroie en ma faveur la cause de mon péchié, ou je mectoie ma deffaulte sur une autre personne et disoie qu’elle avoit fait la faulte de laquelle j’estoie le plus coulpable, ne je ne m’encusoie pas, ains disoie: _tel me le fist faire et je ne m’en donnoie garde_, et en celle manière disoie-je pour moy excuser de mes péchiés lesquels me sembloient trop griefs, et oultre je laissoie et taisoie les grans et orribles péchiés, et encores des petis et des légiers que je disoie ne disoie-je mie les circonstances qui estoient appartenans à iceulx péchiés, si comme les personnes, le temps et le lieu, etc. J’ay longuement demouré en mon péchié et par longue demeure je suis cheue ès autres mortels péchiés. A l’un de mes confesseurs[133], et à l’autre qui par aventure me plaisoit mieulx, je disoie les autres plus grans péchiés en intencion d’estre de luy moins corrigié et avoir maindre pénitence pour la familiarité que j’avoie avec luy ou qu’il povoit avoir en moy. J’ay désiré vaine gloire en quérant les honneurs et estre pareil aux plus grans ès vestemens, ès autres choses aussi, et ay eu gloire d’estre des haultes personnes honnoré, d’avoir leur grâce, estre haultement saluée et que honneur et grant révérence me fust portée pour ma beauté, pour ma richesse, pour ma noblesse, pour mon lignaige, pour estre joliement acesmée[134], pour moult bien chanter, dancer et doulcement rire, jouer et parler. J’ay voulu et souffert estre la plus honnorée partout: j’ai esté preste à oïr divers instrumens et mélodies, enchantemens, as parties[135] et autres plusieurs jeux qui sont gouliardois[136], désordonnés et lesquels n’estoient pas de Dieu ne de raison, car je rioie et me tenoie moult orgueilleusement et en grant esbatement. J’ay voulu avoir et user de vengence et avoir punicion de ceulx que j’ay seulement pensé qu’ils m’avoient voulu mal ou mal fait et en ay voulu avoir haultement et estroitement mon désir acompli, feust tort ou droit, sans les espargner, ne avoir d’eulx aucune mercy, et ce, chier père, ay-je fait par mon orgueil et m’en repens; si vous en requier pardon et pénitence.
Après s’ensuit le péchié d’envie, lequel descent d’orgueil. En envie a cinq branches. C’est assavoir: haine, machinacion, murmuracion, détraction et estre lié[137] du mal d’autruy et courroucié du bien d’autruy. Envie est née du péchié d’orgueil, car quant une personne est orgueilleuse elle ne veult avoir nul pareil semblable à lui, ains a envie se aucun autre est le plus hault ou aussi hault que lui en aucune chose, ou en aucuns biens, ou grâces, ou en sciences, ou qu’elle vaille mieulx que lui, et pour ce elle l’a en grant haine et la het et s’efforce tousjours de impétrer[138] la louenge et le bien d’autruy par sa parole et par son blasme: et c’est la première branche d’envie.
La seconde branche d’envie si est machinacion: c’est à dire quant une personne porte mauvaises paroles d’aucunes personnes par envie et recorde mal de l’une personne à l’autre par mauvaises acoustumances en apetissant le bien d’autruy et en accroissant le mal.
La tierce branche est murmuracion: c’est à dire que le cuer murmure de ce que plus grant maistre de lui lui commande, ou que on ne lui dit ou de ce que on ne lui fait pas ainsi comme aux autres, ou elle n’en ose parler.
La quarte branche d’envie si est détraction: c’est à dire quant une personne dit mal et parle en derrière et dit ce qu’il scet de lui et ce qu’il ne scet pas, et qu’il contreuve et pense comment il pourra dire chose par quoy il pourra nuire et grever celluy de qui il parle, et quant il oit mal dire de cellui, il aide à son povoir de le accroistre et exaulcer, et de ce parle moult griefment quant il voit son point, pour ce qu’il scet qu’il ne le peut en nulle manière plus dommagier et scet qu’il ne lui peut restituer sa bonne renommée qu’il luy oste, et ainsi lui mesmes se met à mort.
La quinte branche si est d’avoir joie du mal d’autruy ou de son empeschement et destruire à son povoir le bien quand il scet qu’il doit venir à autruy, et de ce bien il est triste et dolent. Et de toutes ces choses tu dois dire en ta confession: Sire, en toutes ces choses que j’ay cy devant nommées j’ay moult grandement péchié; car, de mon cuer je l’ay pensé, et de mon mauvais couraige je l’ay fait, et de ma faulse bouche je l’ay dit et semé partout où j’ai peu, et se je ay bien dit de lui ou d’un autre, je l’ay dit faintement et par faintise, et toutesvoies m’en suis-je mocqué; voire et de ceulx de qui je deusse le bien et l’onneur garder et le peusse bien avoir fait se je voulsisse, je l’ay trestourné et converti à mal; et, quant je véoie qui mal en disoit je me mectoie et aloie avec, et me consentoie au mal dire et affermer à mon povoir du cuer, de la bouche et du corps. Et tout, chier père, ay-je fait par mon envie et m’en repens, si vous en requier pardon.
Après envie vient le péchié d’ire qui descent d’envie. Ou péchié d’ire a cinq branches, c’est assavoir: haine, contencion, présumpcion, indignacion et juracion. Haine est quant aucune personne ne puet mectre autruy en sa subjection ou qu’elle ne puet commander et suppéditer cellui qu’elle vouldroit bien comme plus grant de lui et en vouldroit avoir la seignourie et la subjection, elle en est dolente et courroucée et en a le cuer enflé. C’est la première branche d’ire. La seconde branche d’ire si est quant en parlant la personne a le cuer enflé à mal faire et dire et quant elle parle laidement et désordonnéement par ire contre aucun autre. La tierce branche de ire si est quant par parler meslées et batailles viennent et dissencions, et lors la personne doit penser se aucuns de son costé ou d’autre ont esté grevés de chevance ou de corps par ses paroles; car en ce cas seroit la personne cause de tout le mal qui seroit advenu. La quarte branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu Dieu par jurer. La quinte branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu et fait esmouvoir les autres à courroux, et de ce tu te dois confesser ainsi: Sire, j’ay le nom de Dieu parjuré par mon ire, et de Dieu mauvaisement parlé et de la benoite vierge Marie sa doulce mère et de tous les Sains de paradis; j’ay eu indignacion contre autres personnes, et par mon ire leur ay véé[139] ma parole; monseigneur mon père et madame ma mère ay par mon ire courrouciés et despiteusement à eulx parlé et par ire les ay mal regardés et désiré la fin de leurs jours; aux povres ay moult despiteusement parlé et par mon ire les ay appellé truans. Sire, j’ay par mon ire esmeu plusieurs à jurer moult vilainement et de moult vilains sermens; mes serviteurs et moult d’autres ay-je fait esmouvoir à courroux et les ay esmeus à mal faire. Et ay moult de fois pensé à moy vengier de ceulx que je hayoie et voulentiers les meisse à mal quant je les avoie à contrecuer se je peusse. Grant pièce et long temps ay-je esté en haine, dont je me repens, et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence.
Après si est le péchié de paresse qui est le quart péchié mortel duquel si naist et descent oysiveté qui est lait blasme et laide tache en personne qui vueille estre bonne. Car il est dit en l’Euvangille que au jour du jugement toute personne oyseuse aura à rendre compte du temps qu’elle aura perdu par son oysiveté. Or est grant merveille quelle défense les oyseux auront, quant devant Dieu ils seront accusés. En un autre lieu en L’Euvangille il est dit que la vie du corps oyseux est ennemi mortel à l’âme et monseigneur saint Jérosme dit ceste auctorité: fay toujours aucune chose afin que l’ennemy ne te treuve oyseux; car il est coustumier de ceulx qui sont oyseux mectre en ses euvres et en ses besongnes. Et monseigneur saint Augustin dit ou livre de l’Euvre des moines que nulle personne puissant de labourer ne doit estre oyseux. Ce seroit trop longue chose de réciter les dis de tous les saiges hommes qui blasment oysiveté et paresse.
Le péchié de paresse a six branches. La première branche si est négligence, la seconde rancune, la tierce charnalité, la quarte vanité en cuer, la quinte branche désespéracion, la sixiesme est présumpcion.
Négligence c’est quand l’en aime et craint si peu Dieu et en souvient si peu que parce que on n’en tient ainsi comme nul compte, l’en ne fait nul bien pour lui ne pour son amour, et de ce faire est-l’en paresseux et négligent et l’en n’est mie paresseux de quérir son plaisir et ses aises. Certes c’est grant péchié que d’estre paresseux de bien faire. Car il est trouvé en l’Escripture que se une personne n’avoit onques péchié, ne jamais ne péchast, et elle ne feist aucun bien mais laissast ainsi passer le temps, elle pourroit aller en enfer; et ceste première branche de négligence naist de paresse.
La seconde branche si est quant une personne a rancune en son cuer contre un autre, et pour la mauvaise voulenté qu’elle a à luy, s’applique à vengence et en ce s’endort et crout[140], et en délaisse à faire ses pénitences, ses aumosnes et autres biens. Car tousjours ceste personne rancuneuse pense à grever celluy qu’elle het, et de jour et de nuit y met toute sa pensée; ainsi délaisse à faire le bien qu’elle doit, et c’est la seconde branche qui est en paresse.
La tierce branche de paresse si est charnalité. Charnalité si est quant l’en quiert le désir de la char, comme dormir en bons lits, reposer longuement, gésir grandes matinées, et au matin quant l’en est bien aise en son lit et l’en oit sonner la messe, l’en n’en tient compte et se tourne-l’en de l’autre costé pour rendormir, et telles gens lâches et vaines ont plus chier perdre quatre messes que une sueur ou un somme; et c’est la tierce branche de paresse.
La quarte branche de paresse si est vanité: c’est à dire quant une personne scet bien qu’elle est en péchié et elle est de si vain cuer qu’elle ne se peut ou ne vuelt ou ne daigne retourner à Dieu par confession et par dévocion, ains pense et promet tousjours à lui-mesme de amender sa vie de jour en autre, et si ne se corrige point, ains est paresseux et négligent de soi retourner et ainsi ne lui chault de faire aucun bien et les commandemens de Dieu, si comme bonne personne le doit faire et garder; et c’est la quarte branche de paresse.
La quinte branche si est désespéracion; c’est une manière de péchié que Dieu het moult et quiconques est pris en ce péchié il est dampné si comme Judas qui en désespérance se pendit, car il cuidoit tant avoir fourfait envers Dieu que jamais ne peust impétrer de lui miséricorde, et quiconques meurt en ce péchié et n’a point d’espérance de la miséricorde de Dieu il pèche contre le Saint Esperit et contre la bonté de Dieu; et pour ce en nulle manière on ne doit cheoir en ce péchié de désespérance ne y demourer. Car se tu chiez et fais un très grand péchié comme d’ardre maisons et ardre les biens de saincte église par force qui est sacrilége, tu fais pis que tous les sept péchiés mortels, mais encores dis-je que la miséricorde de Dieu est plus grande à pardonner. Toutesvoies, se tu te veulx confesser et faire pénitence et à Dieu retourner, voire se tu avoies fait plus de maulx que langue ne pourroit dire, ne cuidier, ne cuer penser, si trouveroies-tu en lui miséricorde; et c’est la quinte branche de paresse.
La sixiesme branche si est présumpcion: c’est quant une personne est si oultrecuidiée et si orgueilleuse qu’elle croit que pour péchié qu’elle eust fait, ne pourroit faire, elle ne pourroit estre dampnée; et telles gens sont d’opinion telle qu’ils dient que Dieu ne les a pas fais pour estre dampnés. Et ils doivent savoir que Dieu ne seroit pas juste s’il donnoit paradis aussi bien à ceulx qui ne l’aroient point desservi que à ceulx qui l’aroient desservi. Ce ne seroit pas justement jugié que autant en emportast l’un que l’autre, car s’il estoit ainsi, l’en ne feroit jamais bien, puisque autel guerdon auroit cellui qui ne serviroit point Nostre Seigneur, comme cellui qui le serviroit. Certes ceulx qui ainsi le croient pechent contre la bonne justice de Dieu, contre sa bénignité et sa doulceur. Car combien qu’il soit plain de miséricorde, si comme j’ay dit devant, si est-il juste justicier, et chacun si est fait pour servir icelluy créateur et pour faire sa voulenté, et ainsi peut-l’en avoir et desservir le royaume de paradis et autrement non, car qui de son service faire est négligent et paresseux, il peche. Et pour ce, tu qui es paresseux te dois confesser des branches de paresse et dire ainsi. Sire, j’ay aussi erré en toutes les branches de paresse; par ma négligence ou service de Dieu ay esté lent, paresseux et négligent en la foy et curieusement pensé de l’aise de ma charongne, et ce que j’ay ouy de l’Escripture je ne l’ay pas retenu ne mis à oeuvre par ma paresse. Après, je n’ay pas rendu grâce à Dieu, si comme je deusse, des biens espirituels et temporels qu’il ma donnés et envoiés, et oultre je n’ay pas servi Dieu si comme je deusse, selon les grâces et les vertus qu’il m’a données. Je n’ay pas dit ne fait les biens que je peusse avoir dit ou fait et ay esté lent et paresseux ou service de Nostre Seigneur et ay servi et ay esté curieux ou service mondain, et aussi j’ay plus servi à moi et à ma char et y ay mis plus grant entente que ou service de mon doulx créateur. J’ay esté moult oyseux longuement, dont moult de maulx et mauvaises pensées et cogitacions me sont venues.
Après tu dois dire en toi confessant que quant on chantoit la messe, ou aucune heure, ou quant tu estoies en dévocion, ou en disant tes heures, tu estoies en vaine cogitacion et mauvaises pensées lesquelles ne te povoient proufiter, ains te nuisoient à ton sauvement. Et pour ce tu dois dire ainsi: Sire, et quand je apercevoie ces choses, je ne retournoie pas à Dieu ne me rapaisoie à lui si comme je deusse. Et oultre, Sire, quant l’en disoit et faisoit le service de Dieu je jengloie et disoie paroles oyseuses et de telles qui n’appartenoient pas de parler à l’église. Sire, j’ay dormi en l’église quant les autres prioient Dieu. Sire, aucune fois je ne me suis pas confessé quant ma conscience me remordoit et ramentevoit mon mal, et mesmement quant j’avois lieu et espace et temps convenable je ne me disposoie pas à ce, ains disoie en mon couraige, par ma paresse, tu le feras bien une autre fois ou une autre sepmaine, ou une autre journée, et par telles attentes et négligences je oublioie moult de péchiés; après par négligence et par paresse ay-je oublié à faire mes pénitences enjointes. Je n’ay pas monstré bon exemple à mes gens. Car par ma très déshonneste conversacion à qui ils prenoient garde pour ce que j’estoie leur souverain, je les mectoie en cause de péchier. Sire, et quand j’ay ouy mes gens jurer vilainement, je ne les ay pas reprins ne corrigiés, ains les ay escoutés et l’ay laissié passer par ma paresse. Après, Sire, quant je venoie à confesse je ne m’estoie point par avant advisée de mes péchiés que je devoie dire, ne n’y avoie point pensé; ains quant je me départoie de ma confession je me trouvoie plus plaine de péchiés que devant et de plus grans, et n’avoie point de diligence de retourner à mon confesseur, ains passoie ainsi le temps; et tout ce me faisoit paresse en quoy j’ay demouré et m’y suis tenu dont je me repens; et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence.
Après le péchié de paresse est avarice. Avarice est soi estroitement tenir, escharcement despendre, avec volenté désordonnée et ardeur de acquérir les biens de ce monde à tort ou à droit, ne peut chaloir comment, et toutesvoies la raison de la personne scet bien se l’en fait ou bien ou mal. Certes avarice a moult d’escoliers, comme exécuteurs de testamens qui enrichissent et retiennent les biens des mors qui telle amour leur monstrèrent à leur fin qu’ils les esleurent comme les plus espéciaulx pour avoir la cure du remède de leur salut, et après leur mort ils mordent en leur char comme tirans et s’engraissent de leur sang et de leur substance: tels gens sont escoliers d’avarice. Aussi en sont mauvais seigneurs qui par grosses amendes tolent la substance de leurs povres subjets; hosteliers et marchans qui vendent leurs choses oultre le juste pris et ont faulx pois et faulses mesures; faulx plaideurs qui par plait et par barat font dégaster aux gens simples le leur et les tourmentent ès cours des grans seigneurs tellement et si longuement qu’ils ont d’eulx leur désir comment qu’il soit. Avarice, comme dit est, est née de paresse; quant une personne est paresseuse et négligente de faire ou ouvrer ce qui est de nécessité pour son corps soustenir et ce qui lui est proufitable et par icelle paresse il laisse et pert à acquérir sa substance, pour refournir sa faculté[141] lui vient convoitise de rapine et voulenté de retenir l’autruy injustement et sans raison. Se tu es riche et puissant et tu as assez et largement et te doubtes que ton avoir ne te doie faillir et pour ce tu ne donnes quant il est temps et nécessité aux povres, ou quant tu ne rens ce que tu as de l’autruy, soit par emprunt ou autrement, mauvaisement acquis, tu peches en avarice.
Avarice a sept branches: la première si est larrecin, la seconde rapine, la tierce fraude, la quarte décepcion, la quinte usure, la sixiesme hazart et la septiesme simonie.
Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune chose sans le sceu et contre la voulenté de cellui à qui la chose est; et c’est la première branche d’avarice.
La seconde branche d’avarice si est rapine; c’est quant une personne ravit aucune chose de l’autruy, et quant il l’a, il ne la veult rendre ou envoier à cellui à qui elle doit estre, ains par avarice le retient et recelle pour ce qu’elle lui plaist, et s’il l’oït demander par aventure, si ne la veult-il enseignier, ains la recelle et la muce que nul ne la puisse trouver.