Le ménagier de Paris (v. 1 & 2)
Part 6
Tome II, page 116, note 3.
Ce Jean Duchesne est qualifié procureur général (et ailleurs _procureur_; voy. p. LXXVIII) au Châtelet, dans un arrêt du 5 février 1400-1, qui confirma une sentence du prévôt de Paris dont il avoit appelé. Il avoit demandé à rembourser, moyennant 42 florins à l’écu, 60 sous ou 3 livres de rente qu’il payoit annuellement à Louis Blanchet, seigneur de la Queue en Brie et premier secrétaire du roi, sur une maison avec dépendances qu’il avoit à Romainville.
Tome II, p. 118, note 3.
Ajoutez: Le Ms. du roi, fonds latin, 4641 B, contient la bénédiction et le formulaire du cérémonial usités en cette occasion; je les donne ici, quoiqu’ils puissent se trouver dans d’anciens ouvrages liturgiques.
«_Bénédictio thalami ad nuptias et als._ (aliàs?)
«Benedic, Domine, thalamum hunc et omnes habitantes in eo, ut in tua voluntate permaneant, requiescant et multiplicentur in longitudinem dierum. Per Christum, etc.
«_Tunc thurificet thalamum in matrimonio, postea sponsum et sponsam sedentes vel jacentes in lecto suo. Benedicentur dicendo_:
«Benedic, Domine, adolescentulos istos; sicut benedixisti Thobiam et Sarram filiam Raguelis, ita benedicere eos digneris, Domine, ut in nomine tuî vivant et senescant, et multiplicentur in longitudinem dierum. Per Christum, etc.
«Benedictio Dei omnipotentis, Patris et Filii et Spiritus sancti descendat super vos et maneat semper vobiscum. In nomine Patris, etc.»
Tome II, p. 119, l. 20, Maître Jean de Fontaines.
C’est sans doute le gendre du célèbre Jean des Marès. (Voir ci-dessus remarque sur la page 173 du tome I.)
Tome II, p. 129, l. 10.
Supprimez la virgule après _Nota_.
Tome II, page 134, note 1.
_Élire_ ne peut signifier ici _écosser_, puisqu’il s’agit de vieux pois, mais bien _choisir_, _éplucher_.
Tome II, page 139, ligne 9, L’en connoît les fèves des marais.... et les fèves des champs, etc.
Je pense que les fèves des champs sont les _haricots_ d’aujourd’hui, désignés encore quelquefois sous le nom de _fèves_.
Tome II, p. 154, note 3.
Lisez _feuillet_ d IV vº, au lieu de _feuille_, etc.
Tome II, p. 181, l. 26, le Saupiquet.
Il y avoit en 1401, à Melun, une prison dite _Saupiquet_, (sans doute par une allusion facétieuse à cette sauce) _dans laquelle on ne se pouvoit tourner_ (Matinées III, 68).
Tome II, page 181, note 2.
Ajoutez: Ou jaunie par la cuisson? L’acception la plus ordinaire du mot tanné est celle de _couleur de tan_ (feuille morte).
Tome II, p. 202, note 3, sur le mot _auques_, au lieu de _presque_ lisez _aussi_.
Tome II, page 251, n. 5, Et des poales à Villedieu.
Ce bourg de Normandie est encore nommé sur les cartes _Villèdieu-les-poëles_. Il y a à la Bibliothèque royale (Manuscrits) d’anciens statuts des poëliers de Villedieu.
Tome II, p. 253, n. 5, Dans une curieuse chanson....
Voici le dernier couplet qui paroît avoir été omis par une méprise de l’imprimeur dans les _Chroniques de Saint-Denis_:
L’an mil CCC IIIxx, La veille de la Chandeleur, Par les clers et maistres divins Fus emprisonnés à douleur. Je croy souvent mues couleur Quant ne pues aler çà ne là; _Envis muert qui apris ne l’a_.
On trouve à la suite de cette pièce deux rondeaux relatifs à l’infortuné prévôt.
_Rondel à responce H. Aubriot._
Cent mil fois je vous mercy De vostre vraie escripture. Semblant me monstrez d’amer, cy: Cent mil, etc. Mais je ne puis trouver mercy, L’université m’est trop dure: Cent mil, etc.
_Autre Rondel._
Je croy bien que c’est par mon vice Que Dieu cy durement m’acule. Oncques-mais d’homme ne vy ce; Je crois bien, etc. Car je ressemble à l’escrevisse: Quand je cuide aler je recule. Je crois bien, etc.
Tome II, page 318, note 4, ligne 9, Suivoient en volant les chiens pendant la quête.
Cette remarque ne s’applique qu’au vol des champs, ou chasse de la perdrix, car, pour d’autres chasses, celles au héron ou au milan par exemple, cela se passoit différemment. On en peut voir le détail dans d’Arcussia.
Tome II, page 322, note 4.
Ajoutez: Ou peut-être comme on l’a expliqué au commencement de ce traité.
Tome II, TABLE.
A l’article: _Additions faites au_, etc., ajoutez: _b_, 245.--Aux articles AUBRIOT, _Sa maison_ et AYALA, ajoutez: _b_, 380.--Ajoutez: _b_, 381, aux articles BOS (Tristan du), _Flandres_ et FROISSART, et _b_, 382, à _Estampes et à Gingembre_.--Après BOILEAU, etc., ajoutez: BONAMY, cité, _b_, 380.
(Voir page 380 du tome II, un _supplément aux corrections_).
LE MÉNAGIER DE PARIS.
PROLOGUE.
Chère seur, pour ce que vous estant en l’aage de quinze ans et la sepmaine que vous et moy feusmes espousés, me priastes que je espargnasse à vostre jeunesse et à vostre petit et ygnorant service jusques à ce que vous eussiez plus veu et apris; à laquelle appresure vous me promectiez de entendre songneusement et mectre toute vostre cure et diligence pour ma paix et amour garder, si comme vous disiez bien saigement par plus sage conseil, ce croy-je bien, que le vostre, en moy priant humblement en nostre lit, comme en suis recors, que pour l’amour de Dieu je ne vous voulsisse mie laidement corrigier devant la gent estrange ne devant nostre gent aussy, mais vous corrigasse chascune nuit ou de jour en jour en nostre chambre et vous ramentéusse les descontenances ou simplesses de la journée ou journées passées et vous chastiasse se il me plaisoit, et lors vous ne fauldriez point à vous amender selon ma doctrine et correction et feriez tout vostre povoir selon ma voulenté, si comme vous disiez. Si ay tenu à grant bien et vous loe et sçay bon gré de ce que vous m’en avez dit et m’en est depuis souventes fois souvenu. Et sachez sur ce, chère seur, que tout quanques je sçay que vous aiez fait puis que nous fusmes mariés jusques cy et tout quanques vous ferez en bonne intention m’a esté et est bon et me plaist et m’a bien pleu et plaira. Car vostre jeunesse vous excuse d’estre bien saige et vous excusera encores en toutes choses que vous ferez en intention de faire bien et sans mon desplaisir. Et sachiez que je ne pren pas desplaisir, mais plaisir, en ce que vous aurez à labourer rosiers, à garder violettes, faire chappeaulx, et aussi en vostre dancer et en vostre chanter et vueil bien que le continuez entre nos amis et nos pareilz et n’est que bien et onnesteté de ainsi passer l’aage de vostre adolescence féminine, toutesvoies sans désirer ne vous offrir à repairier en festes ne dances de trop grans seigneurs, car ce ne vous est mie convenable, ne afférant à vostre estat, ne au mien. Et quant au service que vous dictes que vous me feriez voulentiers plus grant que vous ne faictes se vous le sceussiez faire et que je le vous apreigne, sachez, chère seur, qu’il me souffist bien que vous me faciez au tel service comme vos bonnes voisines font à leurs mariz qui sont pareilz à nous et de nostre estat et comme vos parentes font à leurs mariz de pareil estat que nous sommes. Si vous en conseillez privéement à elles et après leur conseil si en faictes ou plus ou moins selon vostre vouloir. Car je ne suis point si oultrecuidé à ce que je sens de vous et de vostre bien que ce que vous en ferez ne me souffise assez et de tous autres services aussi, mais que il n’y ait barat, mesprisement ou desdaing, mais de ce vous gaittiez. Car jasoit-ce, belle seur, que je congnoisse bien que vous soiez de greigneur lignaige que je ne suis, toutesvoies ce ne vous garantiroit mie, car, par Dieu, les femmes de vostre lignaige sont si bonnes que sans moy et par elles mesmes seriez-vous asprement corrigée se elles le savoient par moi ou autrement; mais en vous ne fais-je point de doubte; je suis tout asseuré de vostre bien. Et toutesvoies, jasoit-ce, comme j’ay dit, que à moy ne appartiengne fors un petit de service, si vouldroie-je bien que vous sceussiez du bien et de l’onneur et de service à grant planté et foison et plus que à moy n’appartient, ou pour servir autre mary se vous l’avez après moy, ou pour donner plus grant doctrine à vos filles, amies ou autres, se il vous plaist et en ont besoing. Et tant plus saurez, tant plus d’onneur y aurez et plus loés en seront vos parens et moy aussi et autres entour qui vous aurez esté nourrie. Et pour vostre onneur et amour, et non mie pour moy servir, (car à moy ne convient mie service fors le commun, encores sur le moins) ayant piteuse et charitable compassion de vous qui n’avez, de long temps a, père ne mère, ne icy aucunes de vos parentes près de vous, ne à qui de vos privées nécessités vous puissiez avoir conseil ne recours fors à moy seul pour qui vous avez esté traicte de vostre parenté et du païs de vostre nativité, ay pensé plusieurs fois et intervalles se je peusse ou sceusse trouver de moy mesmes aucune généralle introduction légière pour vous aprendre et par laquelle, sans moy donner telle charge comme dessus est dit, par vous mesmes vous peussiez introduire parmy vostre paine et labour. Et à la fin me semble que se vostre affection y est telle comme vous m’avez monstré le semblant par vos bonnes paroles, il se peut acomplir en ceste manière, c’est assavoir que une leçon générale vous sera par moy escripte, et à vous baillée sur trois distinctions contenans dix-neuf[105] articles principalment.
LA PREMIÈRE DISTINCTION.
La première distinction d’icelles trois est nécessaire pour acquérir l’amour de Dieu et la salvacion de vostre âme et aussi nécessaire pour acquérir l’amour de vostre mary et donner à vous en ce monde la paix que l’en doit avoir en mariaige. Et pour ce que ces deux choses, c’est assavoir la salvacion de l’âme et la paix du mary, sont les deux choses plus principalment nécessaires qui soient, pour ce sont-elles mises cy premièrement. Et contient icelle première distinction neuf articles.
Le premier article parle de saluer et regracier Nostre Seigneur et sa benoite mère à vostre esveillier et à vostre lever et de vous atourner convenablement.
Le second article est de vous accompaigner convenablement, aler à l’église, eslire place, vous saigement contenir, oïr messe et vous confesser.
Le tiers article est que vous amez Dieu et sa benoite mère et continuellement les servez et vous mectez et tenez en leur grâce.
Le quart article est que vous gardez continence et vivez chastement à l’exemple Susanne, Lucresse et autres.
Le quint article que vous soiez amoureuse de vostre mary (soit moy ou autre) à l’exemple de Sarre, Rébecque, Rachel.
Le sixiesme article que vous soiez à lui humble et obéissant à l’exemple de Grisilidis, de celle qui ne voult rescourre son mary de noyer, et la mère Dieu qui respondit _fiat_, etc., de Lucifer, du puys, du bailly de Tournay, des religieux et des mariés, de madame d’Andresel, de Chaumont, de la Romaine.
Le septiesme que vous soiez curieuse et songneuse de sa personne.
Le huitiesme que vous soiez taisant pour celer ses secrets à l’exemple de Papire, de celle qui pont huit eufz, de celle de Venise, de celle qui revint de Saint Jaques et de l’advocat.
Le neuviesme et derrenier article est que se vostre mary s’essoie de foloyer ou foloye, que sans rigueur mais doulcement, saigement et humblement vous l’en retrayez comme Mellibée et dame Jehanne la Quintine.
LA SECONDE DISTINCTION.
La seconde distinction est nécessaire pour le prouffit du mesnage acroistre, acquérir amis et sauver le sien; pour secourir soy et aider contre les males fortunes de la vieillesse à venir, et contient six articles.
Le premier article est que vous aiez soing de vostre mesnaige, diligence et persévérance et regard au labour: mectez peine à y prendre plaisir et je feray ainsi d’autre part afin d’advenir au chastel dont il est parlé.
Le second article est que au moins vous prenez vostre esbatement et vous sachiez aucun peu congnoistre en curtilliage et jardinaige, enter en la saison et garder roses l’iver.
Le tiers article est que vous sachiez choisir varlets, portefais, aides ou autres fortes gens pour faire les dures besongnes qui d’eure en autre se pevent achever et aussi laboureurs, etc. Et en oultre cousturiers, cordouaniers, boulengiers, pasticiers, etc. Et par espécial varlets et chambrières d’ostel embesongner à grains tribler et remuer, robes nectier, éventer et essorer, commander à vos gens de penser des brebis, des chevaulx: garder et garir vins.
Le quart article est que vous, comme souverain maistre de vostre hostel, sachiez ordonner disners, soupers, mès et assietes, congnoistre le fait du bouchier, du poullaillier et savoir congnoistre les espices.
Le quint article que vous sachiez commander, ordonner, deviser et faire faire toutes manières de potaiges, civés, saulses et toutes autres viandes; idem pour malades.
LA TROISIÈME DISTINCTION.
La troisiesme distinction est de jeux et esbatemens aucunement plaisans pour avoir contenance et manière de parler et tenir compaignie à gens et contient trois articles.
Le premier article est tout de demandes d’esbatemens qui par le sort des dez, par rocs et par roys sont avérées et respondues par estrange manière.
Le deuxiesme article est de savoir nourrir et faire voler l’esprivier.
Le tiers article est d’aucunes autres demandes qui regardent compte et nombre et sont subtilz à trouver ou à deviner[106].
LE MÉNAGIER DE PARIS.
PREMIÈRE DISTINCTION.
ARTICLE PREMIER.
Le commencement et premier article de la première distinction parle de adourer et du lever; lequel vostre lever doit estre entendu matin. Et matin, en l’entendement que l’en peut prendre selon la matière dont nous avons à traictier, est dit de matines. Car ainsi comme entre nous gens ruraulx disons le jour depuis l’aube du jour jusques à la nuit, ou du soleil levant jusques à soleil couchant, les clercs qui prennent plus subtillement dient que c’est le jour artificiel; mais le jour naturel qui tousjours a vint quatre heures se commence à mienuit et fine à la mienuit ensuivant. Et pour ce que j’ay dit que matin est dit de matines, je l’entens avoir dit pour ce que adonc sonnent les matines pour faire relever les religieux pour dire matines et loenges à Dieu, et non mie pour ce que je vueille dire que vous, belle seur, ne les femmes qui sont mariées, vous doiez lever à celle heure. Mais je le vueille bien avoir dit pour ce que se à ycelle heure vous oez sonner matines vous louez adont et saluez Nostre Seigneur d’aucun salut, prière ou oroison avant ce que vous vous rendormez; car à ce propos sont cy après propres oroisons ou prières. Car, soit à celle heure de matin ou au matin du jour, j’ay cy escript deux oroisons pour vous à dire à Nostre Seigneur, et deux autres à Nostre Dame propres pour esveiller ou lever. Et premier s’ensuit celle de mienuit par laquelle, en ycelle disant, vous regraciez Nostre Seigneur de ce que de sa grâce il vous a donné venir jusques à celle heure. Et direz ainsi:
Gracias ago tibi, Domine, etc.
C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant qui es un seul en Trinité, qui estois, es et seras en toutes choses Dieu benoist par les siècles, je te rens grâce de ce que tu m’as daigné trespasser dès le commencement de ceste nuit jusques aux heures matinaulx, et maintenant je te requiers que tu me daignes, par ta sainte miséricorde, ce jour trespasser sans peschié, tellement que au vespre je te puisse comme à mon Dieu et à mon Seigneur regracier, adourer et donner salut.
Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Seigneur en disant:
Domine, sancte pater, etc.
C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant et père pardurable qui m’as donné parvenir au commencement de ceste journée par ta saincte vertu, garde moy d’encourir en aucun péril, si que je ne puisse décliner à aucun mortel péchié, et que par ton doulx atrempement ma pensée soit adrécée à ta saincte justice et voulenté faire.
Item s’ensuit les deux oroisons à Nostre Dame, et premièrement:
Sancta Maria, mater Domini, etc.
C’est à dire en françois: Marie, sainte mère de Nostre Seigneur Jhesu-Crist, ès mains de ton benoit filz et de toy commandé-je huy et tout temps mon âme, mon corps et mon sens. Sire, garde moy de tous vices, de tous péchiés et de toute temptacion d’ennemy et me délivre de tous périlz. Sire doulx Jhesu-Crist, aide moy et me donne santé d’âme et de corps, donne moy voulenté de bien faire, en ce siècle vivre justement et bien persévérer. Octroie moy rémission de tous mes péchiés. Sire, sauve moy en veillant, garde moy en dormant afin que je dorme en paix et veille en toy en la gloire de paradis.
Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Dame qui est toute en françois:
O très certaine espérance, dame deffenderesse de tous ceulx qui s’y attendent! Glorieuse vierge Marie, je te prie maintenant, que en icelle heure que mes yeulx seront si aggravés de l’obscureté de la mort que je ne pourray veoir la clarté de ce siècle, ne me pourray mouvoir la langue pour toy prier ne pour toy appeller et que mon chiétif cuer qui est si foible tremblera pour la paour des ennemis d’enfer et sera si angoisseusement esbahis que tous les membres de mon corps defondront en sueur pour la peine de l’angoisse de la mort, lors, dame très doulce et très piteuse, me daignes regarder en pitié et moy aidier à voir avec toy la compaignie des anges et aussi la chevalerie de paradis, et que les ennemis troublés et espoventés de ton secours ne puissent avoir aucun regart, présumpcion ou souspeçon de mal à l’encontre de moy, ne aucune espérance ou puissance de moy traire ou mettre hors de ta compaignie. Mais, très débonnaire dame, te plaise lors à souvenir de la prière que je te fais orendroit, et reçoy m’âme en ta benoite foy, en ta garde et en ta deffense, et la présente à ton glorieux filz pour estre vestue de la robe de gloire et accompaignée à la joieuse feste des anges et de tous les sains. O dame des anges! O porte de paradis! O dame des patriarches, des prophètes, des apostres, des martirs, des confesseurs, des vierges et de tous les sains et sainctes! O estoille de matin plus resplendissant que le soleil et plus blanche que la noif! Je joing mes mains et eslieve mes yeulx et fléchis mes genoulz devant toy! Dame très débonnaire, pour icelle joie que tu eus quant ta sainte âme se parti de ton corps sans doubte et sans paour et fut portée présens les anges et archanges et en chantant présentée à ton glorieux filz et receue et hébergée en la joie pardurable, je te prie que tu me secoures et me viengnes au devant en icelle heure qui tant fait à doubter. Quant la mort me sera si près, dame, soies à m’âme confort et refuge et entens curieusement à la garder, si que les ennemis très crueux d’enfer qui tant sont horribles à veoir ne me puissent mettre au devant les péchiés que j’ay fais, mais iceulx soient premièrement à ta prière à moy pardonnés et effaciés par ton benoit enfant, et soit mon âme par toy, très doulce dame, présentée à ton benoit fils et à ta prière mise à la possession du repos pardurable et de la joie qui jamais ne fauldra! Amen.
Ces oroisons povez-vous dire à matines, ou à vostre esveillier du matin, ou à l’un et à l’autre, en vous levant et vestant, et après vostre vestir, tout est bien, et que ce soit à jeun et avant toute autre besongne. Mais pour ce que j’ay dit en vous vestant, je vueil en cest endroit un petit parler de vestemens. Sur quoy, chère seur, sachiez que se vous voulez ouvrer de mon conseil, vous aurez grant regard et grant advis aux facultés et puissances de vous et de moy selon l’estat de vos parens et des miens entour qui vous aurez à fréquenter et repairier chascun jour. Gardez que vous soiez honnestement vestue, sans induire nouvelles devises et sans trop ou pou de bouban. Et avant que vous partiez de vostre chambre ou ostel aiez paravant avisé que le colet de vostre chemise, de vostre blanchet ou de vostre coste ou surcot[107] ne saillent l’un sur l’autre, comme il est d’aucunes yvrongnes, foles ou non sachans qui ne tiennent compte de leur honneur ne de l’onnesteté de leur estat ne de leurs maris, et vont les yeulx ouvers, la teste espoventablement levée comme un lyon, leurs cheveulx saillans hors de leurs coiffes, et les colez de leurs chemises et cottes l’un sur l’autre et marchent hommassement et se maintiennent laidement devant la gent sans en avoir honte. Et quant l’en leur en parle, elles s’excusent sur diligence et humilité et dient qu’ils sont si diligens, labourieuses et si humaines qu’elles ne tiennent compte d’elles, mais elles mentent: elles tiennent bien si grant compte d’elles que s’elles estoient en une compaignie d’onneur, elles ne vouldroient mie estre moins servies que les sages leurs pareilles en lignaige, ne avoir moins des salutacions, des inclinacions, des réverences et du hault parler que les autres, mais plus, et si n’en sont pas dignes quant elles ne scevent garder l’onnesteté de l’estat, non mie seulement d’elles, mais au moins de leurs maris et de leur lignaige à qui elles font vergongne. Gardez donc, belle seur, que vos cheveulx, vostre coiffe, vostre cueuvrechief et vostre chapperon[108] et le surplus de vos atours soient bien arengéement et simplement ordenés et telement que aucuns de ceulx qui vous verront ne s’en puissent rire ne moquer, mais doit-l’en faire de vous exemple de bon arroy, de simplesse et de honnesteté à toutes les autres; et ce vous doit souffire quant à ce premier article.
LE SECOND ARTICLE.
Le second article dit que à l’aler en ville ou au moustier vous accompaigniez convenablement selon vostre estat et par espécial avec preudes femmes et fuiez compaignie souspeçonneuse et jamais femme souspeçonneuse ne approchiez, ne ne souffrez en vostre compaignie; et en alant ayant la teste droite, les paupières basses et arrestées et la veue droit devant vous quatre toises et bas à terre, sans regarder ou espandre vostre regard à homme ne à femme qui soit à destre ou à senestre, ne regarder hault, ne vostre regard changer en divers lieux muablement, ne rire, ne arrester à parler à aucun sur les rues. Et se vous estes venue à l’église, eslisez un lieu secret et solitaire devant un bel autel ou bel ymaige, et illec prenez place et vous y arrestez sans changer divers lieux, ne aler çà ne là[109], et aiez la teste droite et les bolièvres tousjours mouvans en disant oroisons ou prières. Aiez aussi continuellement vostre regart sur vostre livre ou au visaige de l’imaige sans regarder homme ne femme, peinture ne autre chose, et sans papelardie ou fiction, ayez le cuer au ciel et aourez de tout vostre cuer; et en faisant ainsi oyez messe chascun jour et vous confessez souvent; et s’ainsi le faites et persévérez, honneur vous sourdra et tout bien vous vendra. Et ce que dit est dessus doit souffire quant à ce commencement, car les bonnes preudes femmes entour qui vous repairerez, les bons exemples que vous prendrez à elles tant par leurs fais comme par leur doctrine, les bons vieulz prestres saiges et preudomes à qui vous vous confesserez et le bon sens naturel que Dieu vous a donné vous attraira et donra le remenant quant à ce second article.
LE TIERS ARTICLE.
Le tiers article dit que vous devez amer Dieu et vous tenir en sa grâce. Sur quoy je vous conseille que incontinent et toutes oeuvres laissées, vous vous désistez de boire ou mangier à nuit ou vespre, se très petit non, et vous ostez de toutes pensées terriennes et mondaines et vous mettez et tenez alant et venant en un lieu secret, solitaire et loing de gens et ne pensez à riens fors à demain bien matin oïr vostre messe, et après ce rendre compte à vostre confesseur de tous vos péchiés par bonne, meure et attrempée confession. Et pour ce que ces deux choses d’oïr messe et de confession sont aucunement différans, nous parlerons premièrement de la messe et secondement de la confession.