Le ménagier de Paris (v. 1 & 2)
Part 47
[173] Cette duchesse est Romilde, veuve de Gisulfe, duc de Frioul, tué en 611, dans une bataille contre les Abares. Après la mort de son mari dont elle avoit eu quatre fils et quatre filles, elle fut assiégée par le khan des Abares dans Forojulium, aujourd’hui _Civita di Friuli_. Éprise de la figure du khan, elle lui offrit (et non à un de ses chevaliers) la place et sa main; son offre fut acceptée, mais le khan, maître de la place, fit empaler Romilde et emmena ses enfans et les principaux citoyens en captivité. Les quatre princes s’échappèrent sur la route. Les deux aînés, Tason et Caccon, furent ducs de Frioul, de 621 à 635. Le troisième, Rodoald, fut duc de Bénévent, de 642 à 647, et le dernier, Grimoald, fut duc de Bénévent après son frère, et roi des Lombards en 662; il mourut en 671. On a assez peu de renseignemens sur l’origine de plusieurs de nos reines de la première race. Je n’ai pas trouvé qu’aucune d’elles ait été sœur de Grimoald. La même histoire est racontée avec quelques-unes des inexactitudes de l’auteur du _Ménagier_, dans le LVIIIe chapitre du _Compendion historial_; Paris, Ant. Vérard, 1509.--Elle est tirée de Paul Diacre.
[174] L’auteur du _Jeu des Échecs moralisé_.
[175] Invita, de _semondre_.
[176] Par telle convention.
[177] État, disposition d’esprit.
[178] Les occupations que l’auteur donne ici aux Romaines étoient sans aucun doute celles des femmes de son temps, et ce passage est certainement un des plus curieux de son livre. Le _bric_, qui me paroît la même chose que la _briche_ ou _bricque_, est déjà cité au XIIIe siècle dans les œuvres de Rutebeuf (_de Brichemer_), on y jouoit assis et à l’aide d’un petit bâton.--_Qui féry?_ me paroît évidemment notre _main chaude_.--Le jeu de _pince-merille_ est écrit _pince-morille_ dans les jeux de Gargantua (Rabelais, livre I, chapitre XXII), c’est tout ce que j’en connois.--Le _tiers_ étoit une sorte de colin-maillard dont il est parlé dans Rabelais, les Arrêts d’amour et des lettres de rémission de 1391, citées par Du Cange au mot _Tertium_.--La mention des cartes comme _jeu d’ébatement_, dans un ouvrage écrit sûrement en 1393, est fort importante, et nous paroît démontrer la réalité de la distinction établie par M. Duchesne entre les cartes jeux _d’ébatement_, jeux d’enfans, _naibi_, et les cartes devenues quelques années après jeu de hasard. En lisant ce passage du _Ménagier_ on comprend que les cartes aient pu être connues en 1369, et ne pas figurer cependant parmi les jeux de hasard défendus cette année par Charles V. (Voy. _Jeux de Cartes tarots_, publiés par la Société des Bibliophiles, 1844, in-folio, p. 4.)
[179] Un peu loin, à une petite distance.
[180] Le visage baissé.
[181] Bleues, violettes.
[182] Poudreux; ou faut-il lire _les gens, pouldres_ (poussière) _et fumées_, etc.?
[183] Var. Br. _à peine_.
[184] Evite, esquive.
[185] Car le fait (l’adultère) n’est pas à craindre. Je n’ai vu ce curieux usage mentionné nulle part ailleurs.
[186] Pierre le Mangeur, chancelier de l’Université de Paris, mort en 1179. Voir les _Mss. françois_ de M. Paris, t. II, p. 2.
[187] L’historien Flavius Josèphe.
[188] S’attachera, _adhærebit_.
[189] Prononciation parisienne du mot _mesnie_, suite, famille. Voir H. Estienne, _Précellence du Lang. françois_, p. 179.
[190] Près, comme _Villers-Coste-Retz_.
[191] Stérile. Encore employé pour les biches en terme de vénerie.
[192] Élève.
[193] Allusion à l’incarnation de N. S. J. C.
[194] Outre ou petit baril, _boucellus_.
[195] Bersabée.
[196] Voyage.
[197] Couché.
[198] Voir sur cette plante et sur la _main de gloire_ les curieux articles du Dictionnaire de Trévoux.
[199] Ouvrage qui est à la fois une grammaire, une rhétorique, et un dictionnaire, et qui fut écrit en 1286 par Jehan Balhi de Gênes, religieux dominicain.
[200] Sauvages.
[201] Sans doute _choucas_.
[202] Var. A, _melles_, faute ou nom d’oiseau que je ne connois pas. Tiercelet, pris seul, est le nom du faucon mâle.
[203] Domestiques.
[204] Macaire étoit le nom de l’assassin. Aubri de Montdidier étoit le maître du chien. Bullet, dans une intéressante dissertation sur cette histoire (_Mythol. fr._, p. 64), remarque qu’elle figure pour la première fois dans la chronique romanesque d’Albéric de Trois-Fontaines, auteur du XIIIe siècle, qui la place à l’année 780. Il pense que cet auteur l’a prise dans quelqu’ancien roman ou chanson de geste.
[205] C’est la portion de l’île Saint-Louis qui est entre la rue des Deux Ponts et le pont Louis-Philippe, et qui étoit séparée par un petit bras de la Seine ordinairement à sec en été, de l’autre portion appelée l’île aux Vaches. Quoique le chapitre de Paris eût des droits à la propriété de cette île et en fût en tout cas haut justicier, elle servoit de promenade et de lieu de réjouissance publique. Le 8 mars 1400, le procureur du roi parlant pour les marchands de Paris et les droits de la navigation, contre le chapitre, et faisant peut-être allusion au prétendu combat de Macaire et du chien, disoit que _dès Charlemaine l’île dessus dite fut appliquée à la chose publique_ (Reg. du Parl., Plaid. civ.). Les lices qu’y voyoit à la fin du XIVe siècle l’auteur du _Ménagier_ pouvoient bien provenir de la grande fête (mystères, tournois d’enfans au-dessous de dix ans, etc.) qui y fut donnée à la Pentecôte de 1313, lorsque Philippe le Bel et ses trois fils, et le roi d’Angleterre prirent la croix (_Chron. métrique_ de God. de Paris, 1827, p. 188), ou peut-être aussi de quelque autre solennité plus récente.
[206] Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon et le connétable du Guesclin conquirent presque tout le Poitou sur les Anglois, en 1372: ils revinrent à Paris le 11 décembre, et le lendemain le duc de Berry fit hommage au roi son frère du comté de Poitiers (Reg. du Parl., Plaid. civ.).
Mais Niort et quelques autres places étoient restées au pouvoir des Anglois. Du Guesclin ayant défait à Chisay les garnisons angloises réunies sous le commandement de messire Jehan d’Esvreux, fit, suivant Cuvelier, mettre à ses soldats les cottes d’armes des Anglois, et prit ainsi Niort par surprise.
Froissart (t. I, p. 665 de l’édition du _Panth. litt._ donnée par M. Buchon) dit que le combat de Chisay eut lieu le 21 mars 1372 (1373, n. st.), et cette date se trouve en effet confirmée par les comptes du duc de Berry dans lesquels on voit figurer, à la date du 30 mars, un messager envoyé par le duc à la duchesse pour lui annoncer que _messire Jehan d’Esvreux a esté déconfit_. La prise de Niort dut suivre presque immédiatement le combat de Chisay, surtout si le stratagème raconté par Cuvelier fut en effet mis en œuvre par du Guesclin. Niort étoit en tout cas pris au moins dès le 28 avril. Quoique l’occupation de cette ville ait eut lieu presque sans coup férir, c’est bien certainement en cette occasion qu’avoit péri le maître du chien dont parle notre auteur, soit que ce fût un soldat de l’armée françoise, soit qu’il fût un des hommes de la ville, bons François de cœur suivant tous les historiens.
Le duc de Berry, qui après l’hommage du comté de Poitiers avoit été en Berry et en Auvergne réunir des hommes et de l’argent (il étoit, le 11 janvier 1372-3, et encore le 22 mars, à Bourges), n’arriva en Poitou que dans les premiers jours d’avril. Il étoit les 28 et 30 mars et le 2 avril à la Souterraine, petite ville de la Marche, sur la route de Clermont à Poitiers, attendant probablement ses troupes, et les 15, 18 et 19 avril, à Poitiers. On voit bien dans ses comptes qu’il envoya un courrier de Niort le 28 avril, mais il partit aussi des courriers ce même jour de Poitiers, de Saint-Maixent et de Melle, et si le duc a été le même jour dans ces quatre villes, il a fait une journée de vingt-cinq lieues, ce qui, sans être impossible, est cependant difficile. Il étoit à Poitiers le 30 avril, et paroît y être resté tout mai, tout juin, et jusqu’au 11 ou 15 juillet, mais il étoit le 18 de ce mois à Niort et y séjourna au moins jusqu’au 23 (il y consomma six setiers de blé; fol. 105 vº). Il étoit de retour à Poitiers le 26.
Il me paroît bien probable que le fait raconté par notre auteur comme témoin oculaire, a dû se passer à Niort pendant le séjour que fit le duc dans cette ville _en juillet 1373_. On pourroit opposer qu’au 18 juillet il y avoit déjà plus de trois mois que Niort étoit pris et le maître du chien mort, mais cet animal pouvoit continuer depuis lors à vivre sur la tombe de son maître, et le fait n’en étoit que plus remarquable et plus digne d’être signalé au duc de Berry. Au reste, si le séjour de ce prince à Niort le 28 avril 1373 n’étoit pas douteux, il vaudroit certainement mieux reporter à cette date l’histoire qui a donné lieu à cette note.
Guillaume de la Mousse, attaché à la maison du duc de Berry, étoit châtelain de Niort en novembre 1373, et Hugues de Vivonne, chevalier, en étoit capitaine le 25 juillet 1374.
Le duc de Berry avoit certainement beaucoup de défauts, mais on ne peut lui refuser d’avoir été charitable. Les comptes qui nous restent de lui sont remplis de mentions d’aumônes. J’ai entre autres remarqué, à l’année 1370, beaucoup de dons faits à des chevaliers et écuyers pris par les Anglois à la belle défense de Limoges, et soixante sols donnés en août 1370 _à un povre enfant de village qui fu trouvés tout seul en l’oustel où mondit Sr. se lougha à Saint Denis du Chastel_ (Comptes du duc de Berry, Arch. du Roy., reg. K, 250, 1).
[207] Sérieusement.
[208] Plutôt.
[209] Surtout.
[210] Le Décret de Gratien, bénédictin du XIIe siècle.
[211] Le trône, fauteuil.
[212] A la fortune.
[213] Écrite d’abord en italien par Boccace, la charmante histoire de Grisélidis fut ensuite paraphrasée et mise en latin par Pétrarque. Elle a été traduite plusieurs fois en françois, et même a fourni le sujet d’un Mystère composé en 1395 probablement par un Parisien, puisque l’auteur y parle du _beau gibet de Montfaucon_. Bibl. roy., Cangé, 7999, 3. Il y a à la Bibl. Roy. plusieurs manuscrits de traductions anciennes de Grisélidis. J’en ai examiné quatre. La version du _Ménagier_, toute différente de celle du nº 7387, diffère légèrement de celles des nos 7403 et 7568, mais est tout à fait la même que celle du nº 7999.
[214] Le Mont Viso.
[215] Comptoit, prisoit.
[216] Volonté, pouvoir, de _potestas_; _femme de poste_, femme non libre, serve. V. DU CANGE, à _Posta_.
[217] Pareillement.
[218] Voler; chasser avec l’oiseau.
[219] En grandes troupes.
[220] A leur vouloir, à leurs volontés.
[221] Portant doucement son cavalier, ayant le pas doux.
[222] D’une même manière.
[223] Avec la tête baissée.
[224] Avec attrait.
[225] Sincère, vraie.
[226] Exécuter, accomplir.
[227] Var. Mss. A, _quant est de celle de_.
[228] Que fait.
[229] Par bonne disposition, par zèle.
[230] Transporté, placé.
[231] Cette coutume de donner un objet quelconque en témoignage et comme preuve de stipulation remonte à une haute antiquité. Nos ancêtres l’avoient conservée des Romains. L’abbé Le Beuf raconte, d’après Étienne de Paris, un des plus curieux exemples de cet usage. Le roi Louis le Jeune ayant couché à Creteil qui appartenoit au chapitre de Paris, le chapitre lui ferma le lendemain les portes de l’église cathédrale: mais le roi consentit à payer la dépense qu’il avoit faite à Creteil et les portes lui furent ouvertes. Alors, pour marquer son intention par un acte extérieur, le roi mit de sa propre main une baguette sur l’autel, etc. (_Histoire du Diocèse de Paris_, XII, 12.) Voir aussi DU CANGE au mot _Signum_, 11.
[232] Dissimulées.
[233] Ici, _gâté_ plutôt que _méprisé_.
[234] Pourvu que.
[235] Il n’y a eu, ni sous la régence, ni sous le règne de Charles V, de révolte dont la punition ait présenté des circonstances semblables à celles qu’on remarque dans ce passage du _Ménagier de Paris_, mais il me paroît au contraire s’appliquer parfaitement aux exécutions qui eurent lieu en 1383, au retour de la campagne de Flandre, et je crois que par _une des plus grans cités de ce royaume_ il faut entendre Paris et non pas Rouen qui fut le théâtre de scènes analogues, mais non aussi sanglantes à beaucoup près. Cette expression aura été suggérée à l’auteur par sa prudence, afin de ne pas désigner trop clairement à ses contemporains les personnes dont il parloit.
Suivant le Religieux de Saint-Denis (liv. III, chap. IV), Charles VI (encore presque enfant, et agissant sous l’influence de ses oncles) auroit _appris à Rouen_, où il auroit alors séjourné trois jours, la sédition des _maillotins_ de Paris. Il auroit à cette même époque, (qu’il faudroit placer dans les premiers jours de mars 1381-2, puisque la sédition des _maillotins_ commença le 1er de ce mois), puni de mort les chefs d’une sédition dite _la Harelle_ qui auroit eu lieu antérieurement à Rouen. Le Moine de Saint-Denis est dans l’erreur au moins quant à la date et à la durée du séjour de Charles VI dans cette ville. Il résulte de nombre de pièces du registre 120 du Trésor des Chartes, que le roi entra à Rouen pour la première fois depuis son sacre le 29 mars 1381-2 seulement, et qu’il y étoit encore au moins le 4 avril. Il étoit le 1er mars à Vincennes. En tous cas ces exécutions paroissent avoir été trop peu nombreuses pour qu’on reconnoisse en elles celles dont parle notre auteur. (Le registre 120 ne contient la mention que de l’exécution d’un valet à Rouen.) Il en est de même des poursuites auxquelles donna lieu la même sédition, onze mois après, en mars 1382-3 qui, suivant Farin (_Histoire de Rouen_, 1668, in-12, I, 527), ne coûtèrent la vie qu’à deux misérables. D’ailleurs le roi n’étoit pas présent, contrairement à ce que me semble indiquer le récit du _Ménagier_. Notre auteur paroît en outre avoir eu peu de relations avec Rouen qu’il ne nomme pas une fois dans son livre, et il résulte de son récit qu’il connoissoit la bourgeoise dont il parle. Il est donc plus naturel de supposer qu’elle étoit de la même ville que lui, c’est-à-dire de Paris.
La sédition des _maillotins_ commença le 1er mars 1381-2. Le prévôt de Paris fit bien, peu de temps après, quelques exécutions, mais elles ne portèrent que sur des gens obscurs et furent peu nombreuses. Il n’en est pas de même de la sanglante punition que le roi infligea à la ville de Paris à son retour de Flandre à raison des mêmes événemens.
Vainqueur à Rosebecque, le 27 novembre 1382, le roi entre à Paris le 11 janvier 1382-3. Le 12 et les jours suivans trois cents riches bourgeois sont arrêtés: huit jours après on en conduit deux au supplice, et les exécutions se succèdent rapidement. On voit dans des lettres de rémission qu’Audouin Chauveron prévôt de Paris et des gens d’armes alloient nuit et jour prendre plusieurs bourgeois _dont des aucuns l’on faisoit hastives exécutions_, et que l’on _faisoit justice de jour en jour d’aucuns des habitans de Paris_. (Voir ci-après, p. 138. _Chascun jour._) Le 27 janvier, jour de la publication de l’ordonnance qui abolissoit la prévôté des marchands, douze notables habitans de Paris, parmi lesquels étoit le célèbre Jean Desmares, avocat général, victime innocente de la haine des ducs de Berry et de Bourgogne, périrent encore sur l’échafaud. Cent personnes furent ainsi exécutées du 19 ou 20 au 27 ou 28 janvier: les autres prisonniers furent condamnés à des amendes pécuniaires souvent égales ou supérieures à la valeur de tous leurs biens.
Il me paroît impossible de ne pas reconnoître dans ces événemens ceux auxquels fait allusion l’auteur du _Ménagier_, mais quel est ce seigneur et quelle est cette femme _de très grant nom en bourgeoisie_? Pour découvrir quelque trace de cette mystérieuse histoire, j’ai parcouru les registres 120 à 128 du Trésor des Chartes depuis mars 1381-2 jusqu’en avril 1385-6. Parmi les quarante-sept pièces relatives à ces événemens (sur lesquels je donnerai peut-être un jour un mémoire détaillé), j’ai remarqué trois et surtout deux lettres de rémission qui pourroient s’appliquer au mari dont notre auteur nous a transmis l’histoire.
La première, en date d’août 1383, est accordée à Jehan Filleul, notaire au Châtelet, alors âgé de vingt-six ans, qui avouoit avoir pris part à toutes les délibérations hostiles au rétablissement des impôts, et avoir conseillé à Aubert de Dampierre, riche drapier, l’un des suppliciés, de faire soulever la ville pour empêcher son arrestation.
Il n’est pas dit dans les lettres de rémission qu’il fut emprisonné mais qu’il s’enfuit de Paris. Cependant il est cité dans le Religieux de Saint-Denis (en qualité d’avocat au Châtelet, ce qui est une erreur) parmi les trois cents bourgeois arrêtés depuis le 12 janvier, et si, comme il y a lieu de le croire, cette assertion est exacte, pour qu’il ait pu s’absenter de Paris, il faut qu’il ait été relâché au moins provisoirement. Or, il eut besoin d’une bien forte protection pour échapper ainsi au châtiment que lui auroient certainement valu les faits dont il s’avouoit coupable. On mentionne dans la rémission qu’il avoit une _jeune femme_; son nom de famille n’est pas donné, mais la position du mari peut faire supposer qu’elle étoit d’une bonne famille bourgeoise. (R. 123, 83.)
Colin Brun, drapier, étoit _jeunes homs, issu de bonnes gens et de bon lignage, fils d’Anthoine Brun homme ancien de l’aage de quatre-vingt seize ans lequel s’estoit bien porté envers les prédécesseurs du roi qu’il avoit servis en son mestier de draperie_. Il étoit marié depuis deux ans à une jeune femme qui en avril 1383 venoit d’accoucher de son premier enfant. Il avoit été condamné à deux mille francs d’amende et au bannissement. Le roi lui remit le bannissement et la moitié de l’amende. Il n’étoit coupable que d’avoir assisté aux réunions et aux prises d’armes. (R. 122, 217.)
Giles Labat, procureur général au parlement, mari d’une femme de dix-huit ans, et père de deux enfans dont l’aîné n’avoit que trois ans, obtint, en juillet 1383, des lettres de rémission. Il étoit accusé d’avoir cherché dans les maisons, et fait conduire en prison, des hommes d’armes, et fut gracié à la requête du maréchal de Sancerre, mais je n’ai pas vu qu’il eût été emprisonné; il avoit pris la fuite lors du retour de Flandre, et de plus, le caractère du maréchal ne permet guère de lui attribuer cette aventure. (R. 123, 14.)
J’ai bien encore vu des lettres de rémission accordées à des habitans de Paris mariés à de jeunes femmes, mais leur position ne m’a pas paru convenir au mari cité en cet endroit du _Ménagier_, et qui devoit appartenir à la haute bourgeoisie parisienne.
Je suis au reste loin d’affirmer que le mari dont parle notre auteur soit un de trois Parisiens que je viens de nommer: je me borne seulement à signaler les rapports qui existent entre leur position (surtout celle de Jean Filleul) et la sienne.
[236] On sait que cette ville, berceau de notre monarchie, cessa d’appartenir à la France seulement en 1521, qu’elle fut prise par le comte de Nassau général de Charles-Quint. Elle fut définitivement cédée à l’empereur par le traité de Cambray (1529). L’administration et la juridiction de Tournay ont souvent varié. En 1340, le roi Philippe de Valois avoit donné la justice aux prévôts et jurés, magistrats populaires, mais à la charge de ressortir du bailli de Vermandois. En 1370 ils obtinrent le privilége de ressortir directement du parlement de Paris. Il y avoit alors un bailli de Tournesis officier royal, mais sans juridiction sur Tournay et sa banlieue. (Tassart de Monstreul l’étoit en 1371, Jehan de Sottenghien en 1379 et Jehan Boutelier en 1380.) Mais, en 1383, Charles VI institua un bailliage royal à Tournay. Les appels des prévôts et jurés étoient portés devant le bailli qui avoit la haute administration de la ville et du Tournesis. Tournay se soumit avec peine à cet état de choses, et les registres du parlement contiennent un grand nombre de difficultés suscitées au bailli par les prévôts et jurés dans l’exercice de sa juridiction. En 1389, les prévôts et jurés obtinrent de nouveau des lettres du roi portant que les appels de leurs jugemens seroient portés directement au parlement de Paris, mais le procureur du roi s’opposa formellement à l’entérinement de ces lettres qui n’étoient pas encore enregistrées en 1394. Toutefois ils avoient obtenu d’autres lettres du roi pour jouir provisoirement de ce privilége, malgré le défaut d’enregistrement.
Il est assez difficile de savoir qui est le bailli de Tournay dont parle l’auteur du _Ménagier_: je ne pense pas qu’on puisse appliquer cette qualification à un des baillis de _Tournesis_; elle doit désigner un des baillis nommés de 1383 à 1393. Je n’ai trouvé que le nom de Henri Le Mazier qui fut reçu à la chambre des comptes comme bailli de Tournay, en 1388. (Mém. E.--Voir sur le bailliage de Tournay, Reg. du Parl. Plaid. civiles, 25 nov. 1371.--20 nov. 1380.--17 janvier 1390-1.--7 déc. 1394.)
[237] Dom Carpentier explique bourgage par _bienvenue_ (V. Gloss. de Du Cange au mot _Bourgagium_). Il sembleroit plutôt qu’on doive entendre par ce mot une partie de plaisir faite avec une somme composée de contributions individuelles, telle qu’une poule, par assimilation à l’impôt du même nom que payoient annuellement les bourgeois de quelques villes.
[238] Glorieuse, qui se rengorge.
[239] En premier, un.
[240] D’esgarder, regarder; _voyons_.
[241] Occasions.
[242] S’engouent, raffolent.
[243] Négligent. _Nonchalance_, indifférence, de _chaloir_, intéresser, soucier.
[244] Ce _qui_ s’applique aux maris des femmes désobéissantes et négligées.
[245] Retirer, contraire d’_acharner_.
[246] Voy. ci-après, page 158.
[247] La lumière.
[248] Quand j’aurois dû.
[249] Instrumens que je crois avoir été des petits vases, comme depuis les _gobelets_, dont les _bateleurs_ se servoient pour faire leurs tours, et dont ils ont pris leur nom. Voy. Du Cange aux mots _Bastaxius_ et _Batus_.
[250] Allusion à l’opinion suivant laquelle les sorcières alloient au sabat sur un balai.
[251] Le château de Melun, et par suite la partie de la ville située du côté du Gâtinois, furent livrés aux Navarrois et Anglois par la reine Blanche le 4 août 1358, quatre jours après la mort d’Est. Marcel et la rentrée du Régent à Paris, mais la partie de la ville située en Brie resta françoise, et messire Jean d’Andresel étoit dès le même mois d’août capitaine pour le Régent (depuis Charles V) de Melun et de Brie (J. Reg. 86, 219.--Secousse, II, 89). Il paroît avoir d’abord partagé la défense de cette partie de la ville avec le premier maréchal Boucicaut qu’on voit (J. Reg. 86, 458) avoir fait abattre des maisons pour fortifier cette portion de Melun en août 1358. Il est probable que M. d’Andresel étoit sous ses ordres à cette époque.