Le ménagier de Paris (v. 1 & 2)
Part 45
Il fut bailli de Troyes et de Meaux en 1360 et 1362 et chargé de prendre possession des forteresses occupées par les Anglois en Champagne, Brie, etc., bailli de Vermandois en 1373, maître des requêtes et réformateur de la province de Reims en juin 1383 (Titres de Clerambaut).
Le même Tristan du Bos est encore cité dans Froissart à l’occasion de la position qu’il occupa à Tournay. Froissart raconte (éd. du Panthéon, II, 223), que le roi se préparant à aller en Flandre, envoya à Tournay, en octobre 1382, les évêques de Beauvais, d’Auxerre et de Laon, messire Guy de Honcourt et _messire Tristan du Bois_, comme commissaires pour traiter avec les Flamands et les empêcher de s’allier aux Anglois. On trouve dans cet historien le texte de la lettre écrite le 16 octobre par les commissaires à Philippe d’Artevelt, et la réponse de celui-ci en date du 20. Il ajoute que cette réponse fut communiquée par messire Tristan du Bois, _gouverneur de Tournay_, aux prévôts et jurés (_voy._ t. I, p. 139), et que les commissaires allèrent ensuite rejoindre la cour à Péronne.
Tristan du Bos fut encore, en 1389, un des trois commissaires chargés d’instruire le procès d’Audoin Chauveron, prévôt de Paris (_Acad. des Inscr._, XX, 492). Il a du mourir fort âgé, s’il est, comme je pense, le même qui gardoit le roi de Navarre en 1356.
Henri le Masier (_voy._ t. I, p. 140), nommé en 1388 bailli de Tournay, et qui est celui cité dans le _Ménagier_, si ce n’est pas Tristan du Bos, étoit, en 1399, chevalier, sire de Beausart, maître d’hôtel du roi et encore bailli de Tournay (Titres de Clerambaut).
Tome II, p. 118, note sur Jean de Hautecourt, ajoutez:
Je serois porté à croire que ce Hautecourt étoit avocat au parlement et que c’est lui qui est cité (malgré la différence des noms qui peut tenir à une écriture négligée) dans les registres du parlement (Matinées III, 66 vº, 4 février 1400-1), comme avocat, et ayant obtenu un congé de huit jours pour aller à Étampes. Son nom y est écrit Me Jehan de _Hanucourt_.
Tome II, p. 217, note 1, au lieu de _du gingembre_, lisez:
Peut-être de la cloche de gingembre, peut-être aussi de la loche (poisson).
ACHEVÉ D’IMPRIMER, A PARIS, CHEZ CRAPELET ET LAHURE, LE XXVI NOVEMBRE MDCCCXLVII.
NOTES:
[1] Voir la Notice ci-après, page 1.
[2] La Société des Bibliophiles ne publiant plus de volumes de mélanges dans lesquels les notices nécrologiques de ses membres prenaient naturellement place, a décidé que cette notice sur un de ses membres les plus illustres et les plus regrettés serait imprimée en tête de _Ménagier de Paris_, qui était déjà sous presse à l’époque de la mort de M. le duc de Poix. (_Note de la Société._)
[3] Il était de l’Académie française, et particulièrement occupé de grammaire.
[4] Il prit ce nom après la mort de son père et de son frère aîné, qui l’avaient porté.
[5] Le 12 mai et jours suivants. Elle produisit en cinq vacations 3188 livres sterling 14 sch. 6 d. Le catalogue, contenant 952 numéros et 72 pages, est intitulé: _Catalogue of the splendid library (imported from Paris) of a distinguished collector; which will be sold by auction by Mr. Evans_. 1835, in-8º.
[6] La seconde bibliothèque de M. le duc de Poix, formant un ensemble de plus de douze mille volumes, se trouve maintenant à Mouchy le Châtel chez Mme la vicomtesse de Noailles, M. le duc de Poix ayant disposé par testament de sa bibliothèque en faveur de son petit-fils, possesseur futur de Mouchy le Châtel.
[7] C’est la partie des Chroniques de Saint-Denis qui traite des règnes de Jean II et de Charles V (tome VI de l’édition donnée par M. Paris). Voir, à se sujet, le mémoire de M. Lacabane, t. II, p. 57 de la bibliothèque de l’École des chartes.
[8] Jean de Brie, natif de Villiers sur Rongnon, près Coulommiers, qui écrivit en 1379 le traité du _bon Bergier, que_, dit-il, _il n’eust voulu bailler et manifester à nul autre qu’au roy_ (éd. Ve Trepperel et J. Janot, s. d. fº A 8 vº). Il étoit alors au service de Jean de Hestomesnil, conseiller au parlement en 1373 et ensuite maître des requêtes, mort au commencement de mars 1380-1, qui a pu l’aider à écrire ce traité dont le style et les pensées sont remarquables. Au reste, Jean de Brie n’étoit plus berger quand il écrivit son livre.
[9] Voy. ci-après, p. XXXV.
[10] T. I, p. 148.
[11] _Ibid._, p. 93.
[12] On trouve dans tous les historiens la mention des services qu’Aubriot rendit à la ville de Paris pendant sa prévôté, ainsi que le récit de sa disgrâce. J’aurai cependant occasion de parler de lui avec détail dans mon mémoire sur les Maillotins (voir t. I, p. 136). Je préciserai et j’appuierai de faits inédits les causes de ses malheurs. En attendant, je crois devoir consigner dans cette note l’extrait d’un récit contemporain de sa délivrance, que j’ai rencontré dans mes recherches, et qui donne sur le procès, la fuite et le lieu de la résidence de cet homme éminent des renseignemens qui paroissent avoir été inconnus à tous les historiens. Voici ce curieux document: «.....Il a commis hérésie et en fu en procès devant l’évesque et devant le maistre des hérites. Avant la sentence il supplia à l’ecglise qu’il fust réintégrez, et y fu receus et fu absols: et fu déclaré qu’il avoit esté hérites, et pour pénitence on li assigna les prisons de l’évesque de Paris; et pour la grant repentance qu’il avoit, l’évesque et le maistre des hérites le relevèrent de ce qui (_qu’ils_) porent et se li réservèrent la miséricorde de sainte Ecglise, et li ordenèrent pour prison le plus biau lieu de la tour de la maison épiscopal.» (_C’est cette grande tour quarrée, crénelée, qu’on voit dans deux vues de l’église Notre Dame et de l’évêché, gravées par Israël Silvestre, et surtout dans la planche ayant quatre vers au bas: D’un costé, vous voyez, etc._) «Il ala voluntairement en prison pour faire sa pénitence et y demeura l’espace de dix mois. Le jour que les gens de ceste ville (_Paris_) furent esmeus il alèrent en la maison de l’évesque, et par force et violence rompirent les prisons. Et quant le giolier dist à messire Hugues que les gens de la ville l’estoient allé quérir, il dist que ne s’en iroit point, et li demanda une hache que tenoit; et le giolier li dist que ne li en bailleroit point, et que se il faisait semblant de soy mettre à défense, il les feroit tuer. Et finablement les gens de ceste ville le prindrent et mittrent sus un petit cheval et le menèrent en sa maison et disoient que le feroient leur capitaine. Après, il s’en volt retorner en prison, mais il fu conseillez par aucuns de ses amis qu’il s’en alast devers le pape.... Le suer (_soir_) il se parti de son hostel et se fist passer l’eaue par deux enfans», (_il est remarquable de voir secondé dans sa délivrance par deux enfans l’homme qui avoit rendu aux juifs les enfans que leur avoit enlevés le peuple de Paris_), «et à peines qu’il ne fu noiez. Il estoit malades et s’en ala par Bourgoigne, non pas par aucunes de ses maisons, et demoura malades seize jours à Mucé en Auxois» (_Mussy-la-Fosse, anciennement du bailliage de Semur-en-Auxois plutôt que Mussy situé à 7 lieues de Mâcon_), «et de là ala à Mascon, et illec aussin demoura malades et se fit mettre en l’eaue, et ala jusques à Avignon. Il ne pot pas parler ne si tost avoir assès (_accès_) au pape, mais il parla à un cardinal et li dist et exposa tout ce que dit est et se soubmist en l’ordenance du pape. Le pape et le collége li ordenèrent lieu où il seroit et fu bonne pièce à Sommières» (_petite ville entre Montpellier et Nîmes. Il y avoit aussi un lieu ainsi nommé près Saulx en Bourgogne_), «et a tousjours esté et est par l’ordenance du pape et du collége, etc.» Il est bon de savoir que ce récit présente la version d’Hugues Aubriot lui-même, et il semble permis de douter qu’il eût si grande envie de rester dans les prisons de l’évêque.
J’ai parlé avec détail, t. II, p. 254, de la maison qu’Aubriot habita rue de Jouy, et j’ai donné la suite des propriétaires de cette maison (ultérieument rebâtie) de 1369 à 1573. J’ai appris depuis qu’elle avoit appartenu, à la fin du XVIIe siècle, à M. Nicolas de Jassaud, sieur de Lalande, conseiller d’État, et à Marie de Flandre, sa femme: puis à leur fils, M. Augustin Nicolas de Jassaud, marié en 1697 à Marie-Aimée Lottin de Charny. Une de ses filles, Angélique-Geneviève de Jassaud, la possédoit en 1772, qu’elle épousa M. Macé, secrétaire du roi. Cette dame mourut en 1776, et légua à ses deux nièces cette maison, connue encore dans le quartier sous le nom d’hôtel Jassaud. Elle appartient aujourd’hui à M. de Courmont, conseiller-maître à la cour des comptes, qui a bien voulu me la faire voir en détail. Il existe encore dans une pièce du rez-de-chaussée quelques restes d’ornemens paroissant remonter au règne de Louis XV. Les lettres A. N. D. J. entrelacées (Augustin-Nicolas de Jassaud) se font voir au plafond. Il y a sous la cour deux étages de caves. Cette maison été divisée au XVIIe ou au XVIIIe siècle; la partie qui fait le coin de la rue Percée paroît être depuis longtemps une propriété distincte.
[13] T. II, p. 85 et 86.
[14] T. I, p. 135.
[15] Mémoriaux de la chambre des comptes.
[16] Voir T. I, p. 67.
[17] Charles, duc de Guyenne, né le 6 février 1391 (mort le 11 janvier 1400); Isabelle, depuis reine d’Angleterre, née le 9 novembre 1389, et Jeanne, depuis duchesse de Bretagne, née le 24 janvier 1390. Elle eut encore une autre fille (Marie, religieuse à Poissy) le 24 août 1393.
[18] T. II, p. 142. Voy. ci-après p. XXXII, note 3.
[19] T. I, p. 3 et 4.
[20] _Ibid._, p. 2.
[21] T. I, p. 3, et t. II, p. 53.
[22] T. II, p. 71, etc.
[23] T. II, p. 61 et suivantes.
[24] T. II, p. 59.
[25] T. I, p. 3.
[26] T. I, p. 125.
[27] T. I, p. 186.
[28] Poules farcies, t. II, p. 269.
[29] J’aurois bien voulu trouver parmi les hommes notables appartenant à la haute bourgeoisie ou à la magistrature un personnage dont la vie reproduisît les circonstances qui nous sont connues dans la vie de l’auteur; plusieurs noms se sont présentés à mon esprit: malheureusement mes espérances soutenues plus d’une fois par la découverte d’une série de similitudes, ont toujours fini par être définitivement déçues. C’est-ainsi qu’après avoir cru longtemps pouvoir présenter une conjecture raisonnable en attribuant la composition du _Ménagier_ à Sire Jehan de Fleury dernier prévôt des marchands en 1383 et conseiller au parlement, j’ai été subitement arrêté par la découverte de la date de sa mort arrivée en 1389, avant l’époque où cet ouvrage a sûrement été écrit.--L’intimité dans laquelle le duc de Berry admettoit l’avocat Jean Jouvenel, père de l’historien, m’avoit donné aussi quelques doutes à son égard, mais, Jouvenel étant mort en 1431 ne peut guère s’être trouvé à Melun en 1358, et ce qui rend surtout impossible de lui attribuer le _Ménagier_, c’est que Michelle de Vitry, sa femme, avoit ses parens vivans à Paris en 1393, et n’étoit pas d’ailleurs de meilleure maison que lui.--La position de Jean le Flament, trésorier des guerres en 1371, et des aides pour la guerre de 1388 à 94, présente aussi plusieurs analogies avec celle de l’auteur du _Ménagier_, mais ou j’ignore le nom de sa femme, ou si c’est lui dont il est parlé comme alors décédé, dans les registres du parlement de Poitiers (plaidoy. du 30 juillet et arrêt du 17 août 1425), il avoit épousé Marie de Montgison (Montgiron dans l’arrêt), _damoiselle_. Or Montgison est Montgeron près de Paris, et je n’en vois pas d’autre existant dans le royaume (voir Expilly). Elle étoit donc aussi parisienne; ce qui ne concorde pas avec les paroles de l’auteur (t. I, p. 4).
[30] Il avoit lu tous les ouvrages suivans et en possédoit une grande partie: la Bible, la Légende dorée, saint Jérôme (_la Vie des Pères_), saint Augustin, saint Grégoire, l’Histoire sur Bible (_de Pierre Le Mangeur_), Tite Live, le Roman de la Rose, l’historien Josèphe, le Catholicon, le Décret (_de Gratien_), l’histoire de Grisélidis par Pétrarque, les sept Sages de Rome, le Songe de Scipion (par Cicéron, commenté par Macrobe), le Jeu des échecs moralisé de J. de Cessoles, le Chemin de pauvreté et de richesse de J. Bruyant, Mellibée et Prudence. On trouve encore dans son livre la mention du philosophe Cerxès, de Paul Diacre et du philosophe Bertran le Viel; mais il les cite d’après d’autres auteurs. Le premier de ces ouvrages n’a peut-être jamais existé.
[31] Au moins dans sa famille. Voir t. I, p. 156.
[32] Voir surtout t. II, p. 53.
[33] T. I, p. 75 et 76.
[34] Je l’ai trouvé mentionné avec cette qualité depuis que j’ai fait la note sur lui, t. II, p. 116: Voir les _corrections et additions_.
[35] Dans les registres du conseil surtout, quand la cour compensoit les dépens.
[36] On en verra la preuve dans l’histoire de Jeanne Hemery et de Regnault d’Azincourt, publiée par M. de Lincy dans la bibliothèque de l’École des Chartes (2e S., t. III, p. 316). On en peut dire autant de certains accords; tel est celui de Jean de Hautecourt, donné t. II, p. 119.
[37] T. I, p. 135.
[38] T. I, p. 44.
[39] T. I, p. 156.
[40] T. II, p. 54.
[41] Que diroient vos amis, _que présumeroit votre cœur_, quant il s’en apercevroit? (T. I, p. 130.)--Avec son mari, l’en ne doit mie besongner par aguet ou malice, mais plainement et rondement, cœur à cœur (_ibid._, p. 158).
[42] Ce compte, qui n’est plus connu que par la mention qu’en a consignée le père Menestrier, t. II, p. 175 de sa _Bibliothèque instructive_, ne commençoit qu’à février 1392-3. Le témoignage du _Ménagier_ composé entre juin 1392 et septembre 1394 (voy. p. XXII), pourroit donc être antérieur de quelques mois, et s’il est postérieur, il l’est de bien peu.
[43] Il faut tenir compte, dans ces prix, non-seulement de la différence considérable de poids qui existoit entre les monnoies de la fin du XIVe siècle et celles du même nom employées depuis (le marc d’argent, qui valoit alors 6 livres, valant aujourd’hui 52 francs), mais encore de la dépréciation de l’argent. Un setier de blé (un hectolitre et demi environ), qui se vend aujourd’hui, dans les années ordinaires, environ 30 francs, coûtant alors moyennement 16 sous, on peut multiplier par 35 ou 40 les chiffres énoncés, pour avoir idée de ce qu’ils représentoient pour les contemporains.
[44] J’aurois pu retrancher les deux derniers de ces épisodes sans nuire beaucoup à l’intérêt du livre, mais j’ai mieux aimé publier le _Ménagier_ tel que son auteur l’avoit conçu, et sans être _estrippellé_, comme lui-même aimoit à donner les ouvrages des autres. (Voy. t. II, p. 3.)
[45] On lit (t. II, p. 66), après une recette pour ôter les taches, ces mots que j’ai mis entre parenthèses: _ce que je ne croy pas_.
[46] Voir t. II, p. 124, l’endroit où il est parlé des _additions_ faites au livre: p. 129, le passage relatif à la signification du mot _fressure_; même volume, p. 93, sa remarque sur les _tourtes pisaines_, appelées ailleurs _tourtes lombardes_, et aussi les passages en italiques, p. 164, 166, 167, etc.
[47] Un passage où il est parlé des choux, t. II, p. 142, dans lequel il est dit: _et commence à iceulx pour ce que ce sont de_ CELLE _année les premiers crus_, scilicet _puis avril, et puis_ VA _en descendant vers vendenges, Nouel et Pasques_, pourroit faire penser que l’auteur s’est servi, au moins pour une partie du _Viandier_, de notes faites exprès pour lui et l’année même où le _Ménagier_ a été écrit. En effet, le mot _va_ prouve que _commence_ n’est pas là à la première personne et que l’auteur ne parle pas pour lui. Donc, puisqu’il remarque que le rédacteur primitif de ce passage règcelle ale l’ordre de son discours d’après le mois où commençoit l’année actuelle (_celle année_), il en résulte que la note ou l’ouvrage consulté avoit été rédigée cette même année, et alors, à moins de supposer une coïncidence fortuite bien moins probable au XIVe siècle qu’elle ne pourroit l’être aujourd’hui, on seroit porté à conclure que les élémens de cette partie du travail de l’auteur lui auront été fournis par quelque queux ou écuyer de cuisine profondément instruit des détails de son art.--Je suis toutefois loin de rien affirmer à cet égard, et je remarque même que l’auteur ayant dit dans le _traité de l’Épervier_ (p. 303), l’_alouette de cest an_, pour l’alouette de l’année, il se pourroit que _celle année_ fût de même employé pour _l’année_ dans le passage qui donne lien à cette note, et qu’Avril eût été désigné de préférence, comme étant le mois le plus habituellement le premier de l’année, au moins le second, et en tout cas celui où ces choux commençoient à croître.
[48] Jean Bonfons imprimoit, en 1566, _le Voyage de Charles IX_, et son fils, Nicolas Bonfons, imprimoit en 1574, les _Nouveaux Comptes moralisés_, à la même adresse que celle où avoient demeuré son père Jean Bonfons et sa mère, veuve de Jean. Lottin s’est trompé quand il fait vivre Jean Bonfons en 1606.
[49] Voir sur Guillaume Tirel dit Taillevent, queux de Charles V en 1361 et écuyer de cuisine de Charles VI en 1386, l’article que j’ai publié dans le _Bulletin_ du bibliophile de Techener, nº de juin 1843. M. de la Villegille, qui prépare une édition critique réellement la première de ce curieux ouvrage par la manière dont elle sera exécutée, a bien voulu me prêter pendant toute la durée de mon travail les copies faites par lui des deux manuscrits de Taillevent. Il existe dans les archives de la préfecture de la Manche à Saint-Lô un registre des recettes de la baronnie de la Haye du Puis pour 1454 à la fin duquel est un _Viandier_ (voir le _Nouvelliste de la Manche_ du 3 février 1847) qui paroît être une leçon de Taillevent. Je n’en ai eu connoissance qu’après l’impression de la partie culinaire du _Ménagier_. Il existe encore sur le même sujet un volume que j’aurois bien voulu consulter, c’est la _Fleur de toute cuisine... revue et corrigée par Pierre Pidoux_. Paris, Al. Lotrian, 1543, in-16 goth., mais je n’ai pu le voir.
[50] Ce seigneur qui florissoit en 1350, a écrit en 1372 pour l’éducation de ses filles un Traité assez célèbre dont les deux imprimés sont véritablement introuvables et de plus assez défectueux; je donnerai, soit pour la Société des bibliophiles, soit pour mon propre compte si les autres publications entreprises par la société ne lui permettoient pas de s’occuper de celle-ci, une édition nouvelle de ce livre sur le plan et dans la forme de la présente édition du _Ménagier de Paris_, et j’ai déjà recueilli quelques renseignemens sur l’auteur, sa famille et les personnages qu’il cite.
[51] Amsterdam, 1709, in-8º. Il prouve que ce traité ne peut avoir été écrit par _Marcus Apicius_, fameux gourmand vivant sous Tibère et dont a parlé Athénée (ce qui n’a pas empêché plusieurs auteurs modernes d’attribuer à M. Apicius ce traité qu’ils n’ont sûrement pas ouvert); et d’après certaines expressions employées dans l’ouvrage, il pense qu’il doit avoir été écrit par un affranchi africain. Le nom d’Apicius _Cœlius_ peut, suivant lui, être un pseudonyme destiné à rappeler _Marcus_ Apicius.
[52] Je ne prétends pas dire cependant qu’il n’y ait pas eu au XVIe siècle surtout quelques modifications au service, quelques introductions de plats nouveaux. On peut voir sur ce sujet Legrand d’Aussy et un passage de l’apologie pour Hérodote, d’Henri Estienne, non cité par Legrand, t. II, p. 16 de l’éd. de 1735. Au reste, Henri Estienne avance bien des choses démenties par le _Ménagier_. (Il dit par exemple qu’on jetoit autrefois les issues du veau et du mouton, et qu’on ne mangeoit pas de perdreaux.)
[53] Boileau dans sa satyre III (1665), tourne en ridicule l’usage des épices.
[54] Il avoit été pendant dix ans écuyer de cuisine de Louis Chaalon du Blé, marquis d’Uxelles, tué en 1658 au siége de Gravelines, père du maréchal, et ayant obtenu lui-même un brevet de maréchal de France. Il est dit dans la dédicace de ce livre, adressée à ce seigneur, que sa table avoit été _chérie_ à Paris et dans les armées par les princes, les maréchaux, etc.
[55] Il faut au reste remarquer que Taillevent étoit réimprimé en 1602 à Lyon et non à Paris, et il se pourroit que Paris eût été plus _avancé_ que Lyon en fait de cuisine.
[56] On comprendroit bien mieux les ouvrages littéraires écrits au moyen âge si l’on pouvoit connoître tous les usages de la vie commune à cette époque, tous les noms techniques des objets qui frappoient journellement les regards des auteurs et de leurs contemporains. Penseroit-on qu’il pût être utile de consulter un _Viandier_ pour lire un Noël du XVIe siècle? Voici cependant un Noël tiré du recueil de _Lucas Le Moigne, curé de Notre-Dame du Puy la Garde en Poitou_ (volume unique appartenant à notre confrère M. Cigongne), dont la lecture est singulièrement éclaircie par celle du _Ménagier_. Ce Noël se chantoit sur l’air de l’hymne: _Conditor alme siderum_.
_Conditor_ le jour de Nouel Fist ung bancquet le nompareil Que fut faict passé a longtemps Et si le fit à tous venans. Nouel.
Il y avoit perdris, chappons, Oyseaulx saulvaiges, des hairons: Levraulx, congnilx, aussi faisans, Pour toutes manières de gens. Nouel.
Une grant hure de sanglier, Ypocras, aussi le mestier, Vin Capary et faye Montjeau Pour enluminer leur musseau. Nouel.
Biscuyt, pain d’orge et gasteaulx, Fouace, choysne, cassemuseaulx, pain de chappitre et eschauldez Mangerez si le demandez. Nouel.
Aussi y avoit aulx, oignons, Et ung pasté de potirons Avec les choux-maistre-René Et des lymatz au chaudumé. Nouel.
Il y vint ung bon bouteiller Qui ne cessa onc de verser, Tant que ung barault il aseicha _In sempiterna secula_.
_Amen._ Nouel.
[57] Il y a dans les _Mémoires pour servir à l’Histoire de France et de Bourgogne_, Paris, 1729, in-4º, IIe partie, p. 58, un article curieux sur le queux du duc de Bourgogne qui auroit été supérieur aux écuyers de cuisine; mais ce queux me paroît être un officier dans le genre du _grand queux de France_, non aussi important toutefois. Dans les ordonnances de 1386-7 et 1388-9 sur l’organisation de la maison du roi, les écuyers de cuisine sont nommés avant les simples queux. (Voir sur les grands queux de France l’_Histoire généalogique des grands officiers de la couronne_, t. VIII, p. 825, où se trouvent aussi des premiers queux et même de simples queux qui n’auroient pas dû y figurer, et entre autres Taillevent et Guillaume Lefèvre, dit Verjus. V. t. II, p. 81 du _Ménagier_.)
[58] Je crois qu’il faut adopter la leçon du manuscrit B, II, 117, n. 4.
[59] Vases contenant une quarte (deux pintes) de vin.
[60] Voir cependant T. II, p. 114, n. 3.
[61] Ici vases à _couler_, à _passer_, _passoires_, comme cela est bien expliqué dans du Cange à _Colum_, 3, et non _entonnoir_, comme cela est dit dans le même ouvrage à _Collum_ 3 et à _Coloeria_.
[62] Il y avoit cependant alors un grand luxe d’argenterie. J’ai vu dans les registres du Parlement (_Matinées_, 9 avril 1396-7), que Guillaume des Baux, gentilhomme qui recevoit souvent le duc d’Anjou, avoit _vaisselle de cuisine_ d’argent. Sa fortune n’étoit cependant évaluée qu’à 6,000 liv., ce qui, en tenant compte de la diminution du poids et même de la dépréciation de la monnoie, ne peut représenter plus de 240,000 fr. d’aujourd’hui.
[63] V. T. II, p. 114, n. 1.
[64] A cette époque le vin n’étoit pas mis en bouteilles: on prenoit directement au tonneau le vin nécessaire à la consommation journalière.
[65] Ce mot a cependant quelquefois aussi la même signification qu’aujourd’hui (V. T. II, p. 99, n. 6), et il désigne une fois (T. II, p. 137) un mets solide, sec, par opposition à un mets liquide mis dans une écuelle.