Le major A. Gordon Laing (Tombouctou 1826)

Part 3

Chapter 33,231 wordsPublic domain

الحمد لله رب العالمين وصلاته وسلامه على سيد المرسلين وعلى ءاله وصحبه اجمعين * وبعد فقد وجدت فى رسوم اوائلنا المتقدمين بخط مشابه لخط جدنا القاضى سيدي احمد القاضى بن سيدى محمد بن سيدى امحمد بير ما نصه بعد تعداد اعوام قبل اعنى بعد تعداد وقائع اعوام قبل ذالك قال وفى عام احدو اربعين بعد المايتين والالف وهو العام الذى تامر فيه وتقيد عثمان بن القائد ببكر بعد موت اخيه امحمد بن القائد ببكر وذالك لان امحمد تولى بعد موت ابيه القائد ببكر المذكور المتوفى فى اواخر الثلاثين قبل نصر الشيخ احمد لب للدين بثلاثة اعوام فمكث اعنى امحمد فى الامارة عشرة اعوام وهو امير مبارك سيد فاضل سخى باذل حتى لقب بسيد فتوفى رحمه الله تعالى فتولى بعده اخوه عثمان المذكور فى عام واحد واربعين وفى ذالك العام جاء نصرانى من ڭنس الانكليز من جهة المشرق حتى دخل تينبكت فلم يقدر ان يتعدى للسودان خوفا من افلان لان ذالك زسن اوائل انتصار الشيخ احمد لب للدين الا انه لم يبلغ حكمه تينبكت لان حكمه لم يبلغ تينبكت الا فى زمن عثمان فى نيف واربعين فلما دخل تينبكت مكث فيها ما مكث مستخفيا فخرج منها متوجها لجهة اروان فركب الشيخ احمد بن اعبيد رئيس البرابيش يومئذ وسيدها فى طائفة من قومه فلحقه به اعنى تلاحق به عند السهب موضع فى طريق اروان وقد كان نازلا عند طلحاية رحال نزلها يرصده فمكث زمنا حتى خرج فتبعه حتى ادركه عند السهب المذكور فقتله هنالك ضحوة يوم الثلاثاء فى اليوم الثالث من شهر الله شوال العام المذكور وقتل عند اتيلة غربى المجبد اعنى وسط النهج اعنى ڭبلة الامرائر بلغة العامة فاما الشيخ احمد وعلية اصحابه فما حازوا على متاعه ولا قربوا منه واما السفلة فانهم اتوا دبشه وقماشه فلم يجدوا عنده سوى صندوقين ففتشوهما فما وجدوا سوى بضع عشرة ريالة من الريال فاخذه بعضهم خفية واسره فى بضاعته فلم يطلع عليه الا بعد ذالك وغير ذالك من متاعه دفتره بعد ما احرقوه بجميع ما فيه من كواغد ورسوم وكنانيش وصندوق وغير ذالك فلم يقبل احمد ان يصحب احدا منهم شىء من متاعه سوى ما اسره احد فى بضاعته لم يعلم به وقد قيل والله اعلم انه انما قتله باذن من امراء الارض من رمات وتوارق وهذا هو الحق الذى لامرية فيه كما بلغنا بالتواتر لان احمد ليس له قدرة على ان يقتل من امنه التوارق والرمات كما هو معلوم وقد جاء قبل هذا الانكليز نصرانى اخر قيل انه فرنصاوى حتى وصل تينبكت فكر راجعا ولم يـ كيدا ولا تعرض له احد وذالك فى زمن امحمد بن القائد ببكر اخى عثمان المذكور انتهى باختصار وبه كتب من نفله من الخط المذكور بتاريخ تقدم وتاحر هذه النسخة لشهر الله ذى الحجة الحرام حاتم عام ١٣٢٨ عبيد ربه عال بن عمر بن احمد بن محمد بن محمد بير لطف الله بالجميع والمسلمين ءامين ءامين ءامين

_Le passage qui va suivre est bien de la même écriture que le reste du contexte, mais rien n’indique s’il en faisait partie ou s’il a été ajouté par le scribe._

وانما لم يقبل احمد ان يصحبهم شىء من متاعه لانه معتقد انهم سحرة وانه متى صحبه ذالك اصابه السحر والله اعلم صح

* * * * *

=2e manuscrit.=

_Extrait d’une chronique d’Araouan donnant la liste des principaux événements de cette localité de l’année 1044 de l’hégire à l’année 1268._

وفى عام احدى واربعين بعد المائتين و الف جاء رجل من الانڭليز للسودان واخذ الامان من فلان وغيرهم فى تنبكت وخرج قاصدا اروان حتى بلغ السهب خرج فى اثره احمد الاعبيد فى قومه حتى لحقوا به فى السهب عند اتيل ڭبلة المجبد فقتلوه هناك يوم الثلثاء ضحوة فى ثلاثة خلت من شهر الله شوال عام احدى واربعين بعد المائتين و الف و حرقوا متاعه والله اعلم

_(L’orthographe de l’original a été exactement reproduite.)_

=1er Manuscrit=

_Traduction Houdas_

Louange à Dieu, maître des Mondes. Son salut et sa bénédictions soient sur le seigneur des Envoyés, sur sa famille et sur tous ses Compagnons.

Dans les archives de mes ancêtres, j’ai trouvé, tracé avec une écriture ressemblant à celle de mon grand-père le cadi Sidi Ahmadou, fils de Sidi Mohammadou, fils de Sidi Mahmadou Bîr, un texte dont voici la teneur et qui faisait suite à l’énumération des années précédentes, c’est-à-dire à l’énumération des événements des années précédentes.

En l’année mil deux cent quarante et un, Otsman, fils du caïd Bou Bakar, fut nommé émir et caïd après la mort de son frère Mahmadou, fils du caïd Bou Bakar. Mahmadou avait été investi du pouvoir après la mort de son père, le caïd Bou Bakar susdit, qui mourut dans les derniers jours de l’année trente, trois ans avant que le cheikh Ahmadou Lebbo eût fait triompher la foi. Mahmadou demeura dix ans au pouvoir. Ce fut un prince béni, un seigneur éminent, libéral, généreux, aussi mérita-t-il d’être surnommé Seyyid (seigneur). Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde !) et eut pour successeur son frère Otsman qui fut investi du pouvoir en l’année quarante et un.

Ce fut cette même année qu’un chrétien de nationalité anglaise arriva de l’est et entra à Tombouctou ; mais il ne put dépasser cette ville pour entrer dans le Soudan par suite du danger qui pouvait résulter pour lui des Peuls, car ceci se passait à l’époque des premiers succès du cheikh Ahmadou Lebbo en faveur de la foi, mais avant que son autorité eût atteint la ville de Tombouctou. En effet son autorité ne s’étendit sur Tombouctou que du temps d’Otsman en quarante et quelque. Entré dans Tombouctou, l’Anglais y séjourna un certain temps en se tenant caché. Il quitta ensuite cette ville se dirigeant vers Araouan. Le cheikh Ahmadou ben Abeïda, chef et seigneur des Berâbich à cette époque, monta aussitôt à cheval à la tête d’un groupe de ses contribules et l’atteignit, ou pour mieux dire arriva près de lui près de Es-Sohb, localité sise sur la route d’Araouan. Comme l’Anglais était campé à Telhaïat-arahhal, le cheikh y campa également pour le guetter. Après être resté un certain temps en cet endroit, l’Anglais se remit en marche. Le cheikh se mit alors à sa poursuite, l’atteignit à Es-Sohb ci-dessus indiqué et le mit à mort en cet endroit dans la matinée du mardi, le 3 du mois de Chaoual de l’année précitée. Le meurtre eut lieu près d’un petit éthel à l’ouest du sentier, c’est-à-dire au milieu de la route, à Gueblat-el-meraïr comme on dit vulgairement.

Ni le cheikh Ahmadou, ni les notables qui l’accompagnaient ne mirent la main sur les bagages de l’Anglais et ne s’en approchèrent ; mais les gens du peuple se portèrent vers les bagages et les effets et trouvèrent seulement deux caisses qu’ils fouillèrent et dans lesquelles ils ne découvrirent qu’une dizaine de pièces d’argent. L’un d’eux s’en empara en secret et les dissimula dans ses bagages, mais personne ne s’en aperçut sur le moment et on ne l’apprit que plus tard. Tout le reste des bagages fut enfoui dans le sol après qu’on eût mis le feu aux papiers, documents et albums qui en faisaient partie, ainsi que la caisse et le reste des objets. Ahmadou n’avait pas voulu qu’aucun de ses compagnons emportât quoi que ce fut des bagages et on n’emporta en effet que ce que l’un d’eux avait dissimulé dans ses bagages à l’insu du cheikh.

On assure, — et Dieu sait mieux que personne si cela est vrai, — que le meurtre n’eut lieu qu’avec l’assentiment des princes du pays Roumat ou Touaregs. Et cela ne saurait être mis en doute, comme on nous l’a répété à maintes reprises, car Ahmadou n’avait pas un pouvoir tel qu’il put mettre à mort quelqu’un qui aurait eu l’aman des Touaregs ou des Roumat, ainsi que chacun sait.

Avant l’arrivée de cet Anglais un autre chrétien, un Français, dit-on, vint au Soudan et entra à Tombouctou. Il s’en retourna sans être molesté et sans que personne lui fit obstacle. C’était sous le règne de Mahmadou ben El-caïd Bon Bakar, le frère d’Otsman ci-dessus indiqué.

Ici se termine cet extrait sommaire, qui a été copié sur le manuscrit indiqué ci-dessus et rédigé à une époque antérieure à la date de la présente copie, faite au mois de Dzou’l-hiddja le sacré, le dernier mois de l’année 1328, par l’humble adorateur de Dieu, Al ben Omar ben Ahmadou, ben Mohammadou, ben Mohammadou Bîr. Que Dieu leur soit bienveillant ainsi qu’à tous les Musulmans. Amen ! Amen ! Amen !

* * * * *

Ahmadou n’avait pas voulu que ses gens emportassent quoi que ce fut des bagages, convaincu qu’il était que ces bagages étaient ensorcelés et qu’il arriverait malheur à ses gens s’ils les emportaient. Dieu sait mieux que personne si cela est vrai.

* * * * *

=2e Manuscrit=

_Traduction Houdas_

En l’année mil deux cent quarante et un, un Anglais vint au Soudan. Après avoir pris l’aman des Peuls et autre gens de Tombouctou, il quitta cette ville pour se rendre à Araouan et arriva à Es-Sohb. Ahmadou Elabeïda partit à sa poursuite à la tête de ses gens et l’atteignit à Es-Sohb auprès de l’ethel de Gueblet-el-medjbed. Ahmadou et ses compagnons le mirent à mort en cet endroit, le mardi dans la matinée, le 3 du mois de Chaoual de l’année mil deux cent quarante et un. On brûla ses bagages. Dieu mieux que personne sait l’exacte vérité.

NOTE CONCERNANT LES DEUX MANUSCRITS

Le premier manuscrit a sûrement été rédigé un certain nombre d’années après la mort de Laing. Un fait le prouve de façon indéniable : il y est fait allusion au voyage de Caillé à Tombouctou, et ce voyage est même indiqué comme ayant précédé celui de Laing.

Le passage de Caillé à Tombouctou est de 1828 ; il a suivi de deux ans le meurtre de Sahab. D’autre part, Caillé est passé incognito au Soudan et au Sahara ; c’est seulement après l’arrivée au Maroc du voyageur français que fut connue la véritable personnalité de celui qu’on avait pris pour un humble mendiant. La nouvelle n’en put parvenir à Tombouctou et à Araouan que de longs mois après. Dans ces conditions je crois qu’on peut interpréter le manuscrit sans se considérer comme lié par son texte et ne pas accepter la date qu’il donne pour la mort de Laing.

Le 3 du mois de Chaoual de l’an 1341 de l’hégire correspond au 10 avril 1826. Or, nous avons une lettre de Laing datée du 21 septembre de cette même année.

D’autre part, la tradition orale de Tombouctou et d’Araouan place le meurtre à la fin de la saison des pluies.

On peut supposer avec vraisemblance que la date du premier manuscrit a été reconstituée de mémoire et que le deuxième manuscrit a copié et résumé le premier. On sait que l’année musulmane est une année lunaire et qu’elle retarde de dix ou onze jours par an sur l’année solaire. Les pieux personnages d’Araouan et de Tombouctou, qui sont bons exégètes, puristes subtils et théologiens raffinés, sont de médiocres chronologistes. Leurs Tarikhs, qui sont pleins d’intérêt pour les faits, contiennent souvent des dates contradictoires. On peut supposer que le récit de la mort de Laing du Tarikh d’Araouan a été écrit au moins quinze ou vingt ans après les événements. L’auteur avait un ou deux souvenirs précis pour reconstituer la date. Il connaissait l’année ; il savait que l’acte avait eu lieu le troisième jour de la lune, un mardi à la fin de la saison des pluies. Il a cherché quel était le mois qui avait correspondu pour cette année-là à l’époque en question et il a mis celui de l’année où il se trouvait, commettant ainsi une erreur de cinq mois. Une semblable méprise n’a rien d’invraisemblable chez des gens qui ne possèdent aucun ouvrage pouvant leur tenir lieu de l’_Art de vérifier les dates_.

L. M.-S.

=DÉCLARATION=

Le 26 décembre 1910, les soussignés : Sheikh Araouta, fils aîné d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant Araouan ; Mohammed Ould Mocktar, notable Bérabich ; Béré, Kel Araouan, chamelier ; Boubakar Diallo, habitant Tombouctou, interprète, se sont présentés, accompagnés de M. A. Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger, devant M. le lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le cercle de Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil, pour lui faire les déclarations suivantes :

« Chargé par M. F. J. Clozel, gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit M. Bonnel de Mézières, de rechercher les restes du major Laing, de l’armée britannique, assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans des circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de la façon suivante :

« Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut mis à ma disposition par Sheikh Araouta, le récit de cet événement. Le tarikh en faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé comme ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était également à cet endroit, disait on, que les caisses et objets divers de la victime avaient été brûlés et enterrés.

« Cette indication précieuse était néanmoins incomplète, car il fallait connaître exactement l’emplacement de cet arbre.

« Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould Mocktar, notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui, neveu d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du meurtre, avait été élevé par lui et devait être au courant de cette affaire.

« Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh, me dit en effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major Laing furent brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès de l’arbre, et qu’il était peut-être possible d’en trouver encore des restes, mais que le corps avait été laissé sans sépulture.

« Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir recueillir quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un Bérabich nommé Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman, passant par l’athilé, vit des débris humains qui étaient mangés par les oiseaux. Ignorant ce qui s’était passé, il enterra ces débris auprès de l’arbre. Mohammed Ould Mocktar me déclara en outre qu’il connaissait fort bien cet arbre, car un jour, quittant Tombouctou en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid son fils, de Feradji Ould Eli Ould Abdallah, Himmid demanda à son père de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y rendirent. Mohammed Ould Mocktar me déclara qu’il était certain de pouvoir le retrouver.

« Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould Mocktar, nous sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé Sahab, situé entre Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres au nord de Tombouctou. Le jour même, nous commencions nos recherches et une fosse fut creusée sur le côté ouest de l’arbre. Le lendemain matin 22, vers neuf heures et demie, le travailleur Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de l’arbre et à une profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine du sable, des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents ossements.

« Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre autour de cette place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il est permis de penser que, conformément aux indications données, nous ne pouvions espérer trouver davantage. Nous étions donc probablement en présence des restes du major Laing.

« J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes personnes qui m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins de la découverte, vous remettre officiellement ces différents ossements, et vous certifier que ce sont bien ceux découverts le 22 décembre dernier au lieu nommé Sahab et au pied de l’athilé. »

En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en double expédition, dont lecture et traduction ont été données à chacun de nous. L’extrait du tarikh d’Araouan ayant trait à l’assassinat du major Laing accompagne cette déclaration. »

Tombouctou, le 26 décembre 1910.

A. BONNEL DE MÉZIÈRES.

Signatures de SHEIK ARAOUTA, MOHAMMED OULD MOCKTAR, BÉRÉ, BOUBAKAR DIALLO.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ

« L’an 1911 et le 7 janvier, par-devant nous Marc, Lucien François, lieutenant d’infanterie coloniale hors cadre, commandant le cercle de Tombouctou, juge de paix à compétence étendue, assisté de M. de Zeltner, François, Arthur, Florian, greffier assermenté,

« Et en présence de MM. le docteur Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re classe des troupes coloniales ; Huchery, Maurice, Paul, commis de 2e classe des affaires indigènes de l’Afrique Occidentale française ; et Cristofini, Pascal, Paul, instituteur, témoins, ont comparu les sieurs :

« 1o Bonnel de Mézières, Albert, explorateur, chevalier de la Légion d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique Occidentale française et par le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger ;

« 2o Sheikh Arouata, fils aîné d’Arouata, chef des Kel Araouan, demeurant à Araouan ;

« 3o Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich ;

« 4o Béré, Kel Araouan, chamelier ;

« 5o Boubakar Diallo habitant de Tombouctou, interprète.

« Qui nous ont présenté les débris humains recueillis par eux à l’endroit et dans les circonstances indiquées par le procès-verbal ci- joint.

« Le docteur Lefèvre après examen de ces débris a rédigé la déclaration ci-jointe qu’il a signée devant nous.

« Après avoir reçu cette déclaration, nous avons réuni en trois paquets, enveloppés dans de la toile blanche, les ossements et débris classés par catégories par le docteur Lefèvre.

« Ces paquets ont été déposés dans une caisse en bois blanc qui a été clouée en notre présence, et scellée de treize cachets à la cire rouge, présentant l’empreinte ci-dessous.

« Le présent procès-verbal, rédigé séance tenante, a été signé par nous et le greffier et les deux témoins.

« Ont signé également : M. le docteur Lefèvre, M. Bonnel de Mézières, et les sieurs Sheikh Arouata, Mohammed Ould Mocktar, Béré, et Boubakar Diallo.

« Fait et clos à Tombouctou les jour, mois et an que dessus. »

_Le juge de paix_, Signé : MARC. Les témoins : Signé : BONNEL DE MÉZIÈRES, _Le greffier_, LEFÈVRE, Signé : DE ZELTNER. HUCHERY, CRISTOFINI.

COLONIE DU HAUT-SÉNÉGAL-NIGER RÉPUBLIQUE FRANÇAISE * * * * * INFIRMERIE AMBULANCE LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ DE TOMBOUCTOU * * * * *

=CERTIFICAT D’EXAMEN=

« Nous soussigné Lefèvre, Eugène, médecin-major de 1re classe des troupes coloniales, médecin chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, certifions avoir examiné un lot d’ossements provenant de fouilles faites par M. Bonnel de Mézières, au lieu nommé Sahab, à 50 kilomètres environ au Nord de Tombouctou.

« Ces ossements peuvent être classés en trois catégories :

{ { un pariétal droit presque { { complet, un fragment { Ossements paraissant { de pariétal paraissant 1re catégorie { avoir appartenu à un être { imprégné de sang, une { humain adulte : { moitié antérieure de { { vertèbre, un fragment { { d’ischion.

{ Ossements paraissant { deux pariétaux s’engrenant 2e catégorie { avoir appartenu à un être { parfaitement, un fémur { humain adolescent : { gauche brisé à la partie { { moyenne.

{ { un lot de fragments osseux { { très détériorés, auxquels 3e catégorie { Ossements à identifier { est joint un échantillon { { du sol dans lequel ils ont { { été découverts.

« En raison des moyens rudimentaires que nous possédons, l’examen n’a pu être que superficiel et il serait indispensable, à notre avis, de soumettre ces ossements à une étude plus approfondie en Europe.

« En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de droit. »

Tombouctou, le 7 janvier 1911. Signé : LEFÈVRE.

Vu : Pour la légalisation de la signature de M. le docteur Lefèvre apposée ci-dessus, MARC, Commandant le cercle.

=DÉCLARATION=

Déclaration de Mohammed Ould Mocktar, notable bérabich, âgé de 82 ans, neveu de Sheikh Ahmadou Labeida, au sujet de la mort du major Laing, recueillie à Araouan le 13 novembre 1910 en présence de Arouata, chef des Kel Araouan, Sheikh Arouata son fils, et de Boubakar Diallo, habitant de Tombouctou.

« J’ai été élevé par Ahmadou Labeida qui était dans mon enfance le plus grand des chefs des Bérabich ; plusieurs fois je lui ai entendu raconter ce qui suit : « En l’année 1241, l’Anglais (Laing), étant à Tombouctou et désirant aller à Araouan, demanda au chef des Peuhl et des Songhai l’autorisation de s’y rendre. On n’y mit pas d’obstacle, car sa présence mécontentait la population. Il se mit donc en rapport avec les Bérabich pour lui servir de guides. Ahmadou Labeida accepta, et Laing se mit en route pour Araouan. Il s’arrêta au bout de la première étape à un endroit désigné sous le nom de Sahab et sous un grand arbre nommé athilé. Il y fut rejoint le lendemain de son départ de Tombouctou, vers onze heures du matin, au moment de la sieste, par Ahmadou Labeida, Mohammed Feradji Ould Eli Ould Abdallah et deux autres Bérabich. Ceux-ci étaient à cheval comme c’était l’habitude alors. L’Anglais, croyant que c’étaient des guides qui venaient le retrouver, les laissa approcher ; alors Feradji et les deux autres Bérabich se précipitèrent sur lui et Ahmadou Labeida le frappa de sa lance. On laissa le cadavre sur place. On ramassa les affaires de l’Anglais, et, comme on l’accusait de venir dans ce pays pour l’empoisonner et qu’on se méfiait de tout ce qu’il avait, on fit un trou, on y fit du feu et on y jeta tout ce qu’il possédait en se bouchant le nez. On ne prit que l’or et les bijoux et parmi ceux-ci une petite poule en or les ailes ouvertes, qui devint plus tard la propriété de Ould Mehemet, petit-fils de Ahmadou Labeida. Quand tout fut brûlé on combla le trou.

« Peu de temps après, un Bérabich, Brahim Ould Omar Ould Salah, des Ouled Sliman, passant par là, vit auprès de l’arbre athilé des membres humains, que des oiseaux becquetaient. Il les enterra. Un jour, bien long-temps après, cet homme entendit raconter l’histoire de l’Anglais ; il se souvint d’avoir enterré des ossements et dit alors : « C’est moi qui les ait enterrés, pensant que c’étaient les restes d’un Musulman ; si j’avais su, je les aurais bien laissés là ». Ces souvenirs étaient toujours restés dans ma mémoire, et il y a quelques années, en revenant de Tombouctou en compagnie de Feradji et d’Himmid, fils de Labeida, je demandai à Feradji de passer par l’arbre athilé. Nous étions à ce moment dans une vallée entre Tombouctou et Laouessi. C’est ici-même, me dit Feradji, que l’Anglais a été tué, et il me montra un arbre assez voisin. Himmid demanda à voir l’endroit même, et on s’y rendit. Je demandai alors à Feradji : « Avait-il beaucoup de caisses ? Deux ou trois, me fut-il répondu, et environ dix à quinze pièces d’or ; mais nous avons mis les caisses dans un trou avec du feu, car il venait pour empoisonner le pays et nous nous sommes bouché le nez en les brûlant ».

Araouan, le 13 novembre 1910.

Signature de MOHAMMED OULD MOCKTAR,

Signature de SHEIKH AROUATA.

NOTE RELATIVE A L’EXAMEN MÉDICAL DES OSSEMENTS RECUEILLIS A SAHAB

Il ressortait de l’examen médical fait par M. Lefèvre, médecin-major de 1re classe des troupes coloniales, chef de l’infirmerie ambulance de Tombouctou, que les ossements recueillis à Sahab auprès de l’arbre athilé semblaient appartenir à deux individus, un adulte et un adolescent.

Il est probable que les ossements de l’adolescent trouvés au pied de l’arbre athilé sont ceux d’un serviteur qui a partagé le sort de son maître (voir ci-dessus p. 20). Les auteurs des tarikhs ont passé sous silence cette mort qui leur semblait sans importance.

Je me rendis de nouveau au lieu de la découverte des ossements, et les fouilles furent reprises. Elles mirent à jour un foyer important, des restes de caisses en fer, des débris de vêtements, de chaussette ou de bas, de l’alun et différents débris qui furent placés dans une deuxième caisse et confiée, ainsi que la première, au dépôt mortuaire de Tombouctou.

B. DE M.