Part 1
LE LIVRE
DES SINGULARITÉS.
_Cet Ouvrage se trouve aussi_:
{ CROZET, libraire, quai Malaquais; A PARIS, chez { TECHENER, libraire, place du Louvre; { DUMOULIN, libraire, quai des Augustins.
DIJON, IMPR. DE FRANTIN. 1840.
LE LIVRE
DES SINGULARITÉS,
PAR G. P. PHILOMNESTE,
AUTEUR DES AMUSEMENTS PHILOLOGIQUES.
Non juvat assiduè libros tractare severos, Sed libet ad dulces etiam descendere lusus.
_Johan._ POSTHIUS.
DIJON,
VICTOR LAGIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE ST.-ÉTIENNE.
PARIS,
PELISSONNIER, lib., rue des Mathurins-S.-Jacques, 24.
1841.
Pour toute Préface, ami lecteur, nous vous dirons franchement que ce livre de SINGULARITÉS ou plutôt de sornettes, est un ouvrage à part, un recueil fantasque, sérieux, burlesque, érudit, frivole, grave, amusant, facétieux, admirable, piquant, détestable, parfois instructif, parfois ennuyeux, souvent décousu, mais toujours varié; c'est déjà quelque chose. Au surplus, désirez-vous savoir par le menu ce qu'il renferme? Continuez:
Pag.
=PREMIER OBJET.=--ANTÉGÉNÉSIE, ou Quelles étaient les occupations de Dieu avant la création? 3
=SECOND OBJET.=--CRÉATION DE L'HOMME, poëme épisodique, rédivivifié du XVIe siècle. Liminaire. 12
Invocation.--Formation du corps de l'homme. 15
Siège de l'entendement 16 Les yeux 17 Le nez 18 La bouche 19 Les dents;--les oreilles 21 Les mains;--les genoux;--les bras 22 Les pieds;--la cervelle;--le cœur 23 Le poumon;--l'estomach 24 Epilogue 25 CRÉATION de la femme 26
=TROISIÈME OBJET.=--ONOMATOGRAPHIE AMUSANTE. Préliminaire. Sur la nécessité des noms 31
Note A sur le livre renfermant la tradition relative au nombre des enfants d'Adam 37
Note B relative aux opinions des savants sur le nombre des langues connues et parlées dans les différentes parties du globe 38
I. De certains noms propres chez les Sauvages 42
Mémoires d'un Sauvage 44
Adresse présentée par les chefs de plusieurs tribus sauvages de l'Amérique du Nord, au nouveau gouverneur du Canada 48
De certains noms singuliers dans les îles Sandwich 50
Dans l'Indoustan 54
II. De certains mots bizarres et remarquables par leur longueur,
Au Mexique 56
Chez les Hurons, chez les Iroquois 58
Chez les Yameos, chez les Algonkins 59
Note sur le systême de numération chez les Sauvages 60
III. De la langue mariannaise 61
Modification du mot Coco dans cette langue 62
Anecdote sur l'utilité et les avantages du Cocotier 63
Noms propres singuliers par leur longueur 66
IV. Des noms qualificatifs d'une certaine étendue à Vienne en Autriche 67
V. Des noms et des mots de fantaisie créés d'une manière originale, etc. 70
VI. Historiette monosyllabique 78
VII. De la fatalité attachée à certains personnages dont les noms commencent et finissent par la même lettre 82
VIII. De quelques mots singuliers dans leur décomposition successive 94
IX. Des Sigles 97
De la Croix de S. Benoît vulgairement appelée _la Croix des Sorciers_; son explication 98
Du mot SALIGIA ou Sigles sur les sept péchés capitaux 100
Autres Sigles: Sur l'_Oreste_ de Voltaire, avec une anecdote sur quatre vers supprimés dans _Zaïre_ 102
Sur une Affiche vénitienne 103
Les cinq P (formant la meilleure dot d'une jeune personne à marier) 106
Les trois O de Théodore de Bèze 106
Les cinq mots latins familiers à Louis XI 107
Maximes tirées du Bréviaire des politiques 108
=QUATRIÈME OBJET.=--RÊVERIES RENOUVELÉES DES GRECS, ou symboles et préceptes de Pythagore 109
Son système sur les nombres, leur puissance, faculté et propriété 118
Ses préceptes diététiques 123
Son système de métempsycose 126
Liste des ouvrages qu'on lui attribue 130
=CINQUIÈME OBJET.=--SINGULARITÉS NUMÉRIQUES:
Sur diverses propriétés du nombre neuf 132
--Du nombre TRENTE-SEPT 133
D'un cours de géométrie en vers 134
Vers techniques sur le rapport du diamètre du cercle à sa circonférence, exprimé en décimales 137
Vers mnémoniques sur la passion 138
--Sur les Conciles œcuméniques 139
Vers latins dont la structure a prêté au calcul:
Le premier 140
Le second et le troisième 142
Mot d'Archimède 144
Singularité sur la mort des Papes Pie VII, Léon XII et Pie VIII 144
Autres singularités sur le titre nominal de trois Papes, de trois rois et de trois reines de France 148
Singularité numérique extraordinaire 150
Question sur l'origine d'un usage singulier 153
Mélanges sur le baptême, le mariage et la mort; amphigouri énigmatique 154
Quel est l'âge où la femme trouve le plus ordinairement à se marier 157
=SIXIÈME OBJET.=--DE LA GASTRONOMIE 159
I. Aphorismes gastronomiques, principes généraux 160
De quelques comestibles 162
II. Goûts gastromaniques (et non gastronomiques) de certains personnages célèbres 166
III. Des balances gastronomiques 176
IV. Du _Sanglier à la troyenne_ chez les Anciens, et du _Rôti à l'impératrice_ chez les Modernes 178
V. Bol de punch remarquable 180
VI. Mémoire d'apothicaire et singuliers régimes de santé 181
Repas épiscopal à Rouen 185
VII. Cours de Rhétorique à la cuiller, suivi d'un dîner logique 189
=SEPTIÈME OBJET.=--QUELQUES LETTRES SINGULIÈRES écrites par des Papes, des Rois, des Princes, etc., etc.
Des prétendues lettres écrites par Jésus-Christ, la Sainte Vierge, etc. 191
I. Lettre du Pape Jean XXII à Philippe-le-Long 194
II. Lettre d'un curé de Paris au même Pape Jean XXII, relative au neveu de S. S. qui avait été pendu 196
III. Lettre de l'empereur Maximilien à Marguerite d'Autriche 197
IV. Lettre d'Anne Boleyn, écrite dans sa jeunesse 201
V. Lettre (à double sens) de Mme de Saint-André au prince de Condé 206
VI. Lettre de Charles IX à la comtesse de Crussol 209
VII. Autre lettre du même à son frère le duc d'Anjou 209
VIII. Lettre de Catherine de Médicis au duc d'Anjou 210
IX. Lettre de Charles IX à son frère le roi de Pologne 211
X. Lettre de Henri III à Réné de Faucigny 212
XI. Lettre de Henri IV à Mme de Monglat, pour lui recommander de bien fouetter le Dauphin, son fils; anecdotes à ce sujet 214
Lettre de ce prince encore enfant à son père Henri IV 218
XII. Lettres plaisantes de l'abbé de Montreuil 220
XIII. Correspondance laconique 221
XIV. Lettre facétieuse sur un projet de réforme de l'orthographe 223
XV. Lettres de deux fashionnables 226
XVI. Lettre turque d'Ibrahim Pacha au Grand Seigneur 230
XVII. Lettre indienne de Krichnaya 232
XVIII. Lettre chinoise adressée à la reine Victoria 235
=HUITIÈME OBJET.=--QUELQUES DOCUMENTS SINGULIERS empruntés aux Anglais.
I. Ordonnance de police de Richard Ier partant pour la Croisade 237
II. Episode biographique de la jeunesse d'Elisabeth Woodville 240
III. Instructions données par Henri VII, pour obtenir des renseignements sur le personnel d'une jeune princesse de Naples 244
Réponse 248
IV. Quelques articles d'un réglement pour le service de la Maison du Roi, à la Cour de Henri VIII 250
Repas donné au couronnement d'Anne Boleyn, le 2 juin 1533 256
V. Singulière ordonnance rendue en 1563, sur les portraits et la beauté de la reine Elisabeth 258
VI. Quelques lois d'Angleterre assez singulières 266
VII. Excentriques anglais 270
Le vieux Lowel 271
Sir Stukeley 273
M. Howe 275
L'excentrique politique 277
=NEUVIÈME OBJET.=--VARIÉTÉS.
I. Curiosités microscopiques recueillies chez les Anciens et chez les Modernes 283
Petits chefs-d'œuvre en écriture 284
Petits tours de force en mécanique 290
II. Singularités annulaires:
Bagues hiéroglyphiques 299
Bagues arcaniques 304
III. Du nombre QUATORZE, relativement à Henri IV 307
IV. Quelques singularités extraites d'anciens registres de l'état civil 312
V. D'un certain usage dans l'Inde 320
=DIXIÈME OBJET.=--LE CHANT DU ROSSIGNOL, texte pur, écrit sous sa dictée et traduit en français, précédé de son éloge, et suivi d'un mot sur le langage des animaux 332
De quelques traductions singulières 344
=ONZIÈME OBJET.=--VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
I. Plan d'un petit cabinet d'amateur, composé de dix ouvrages et de dix tableaux seulement, dont le prix coûtant n'a guère excédé la modique somme de deux millions 350
Catalogue des dix ouvrages 351
Catalogue des dix tableaux 355
II. Petite bibliothèque lexicographique 357
=DOUZIÈME OBJET.=--PIÈCES RELIGIEUSES.
I. De quelques ouvrages mystiques assez singuliers, publiés dans les XVIe et XVIIe siècles, parmi lesquels se distinguent:
La doulce mouelle des saints Os de l'Avent 364
Le Quadragésimal spirituel, c'est assavoir la salade, les fèves, les pois, etc. 365
La seringue spirituelle pour les ames constipées, etc. 366
Les pillules spirituelles, etc. 367
Le fouet des pécheurs...., des apostats...., des jureurs..., des paillards, etc. 368
La louange des femmes, etc. 369
II. De quelques ouvrages singuliers, relatifs à la Vierge Marie 370
La maison de la Sainte Vierge, enlevée de Nazareth, etc. (Ouvrage singulier surtout par les dates précises de l'âge de Marie à diverses époques de sa vie.) 371
Le livre de la toute belle sans pair, etc. 379
Salutation aux membres sacrés de la glorieuse Vierge mère de Dieu, par un Capucin 380
Le livre des louanges de la Sainte Vierge, par Albert-le-Grand 383
Méditation sur la saincte gésine de Nostre Dame 385
Du Testament de la Sainte Vierge en faveur des Carmes 387
III. Testament de Jésus-Christ 389
IV. Sentence de Jésus-Christ (quatre textes différents copiés littéralement) 393
Le premier 394
Le second 396
Le troisième 400
Le quatrième 401
V. Du Paradis, de ses merveilles et de ses joyes, par Fr. Arnoulx, chanoine de Riez 405
ADDITIONS.
I. NOTE sur le Christianisme des Sauvages du nord de l'Amérique 423
II. Anecdotes sur le FOUET, correction qu'on administrait assez souvent au petit LOUIS, dauphin de France, même lorsqu'il fut roi sous le nom de Louis XIII. 423
III. Sur l'émeute du LANTURELU, arrivée à Dijon en 1630 425
Lettre d'un Dijonnais contemporain sur cette émeute 426
IV. EXPÉRIENCE PATIBULAIRE, racontée par Bâcon 430
La VILLA DU SUICIDE 432
V. Acrostiche triple sur les mots JESUS MARIA 437
VI. EPISTOLA _de Miseriâ curatorum_. (Les tribulations des curés.) 439
L'ACCUSATION correcte du vray pénitent, ou Dialogues relatifs à la confession 439
VII. L'ELOGE de la Sainte Vierge Marie, tiré d'un vieux mystère et mis dans la bouche du Diable 440
SUPPLICATION à Nostre Dame, par Pierre de Nesson 440
VIII. DEI DESCRIPTIO (Définition de Dieu) 442
IX. LA PRINCESSE DES ORAISONS, ou les attraits ravissants de notre Père céleste, tirés de l'excellence merveilleuse de l'oraison dominicale, etc. 443
SIGNIFICATION et emphase de la diction AMEN 445
X. RECETTE pour devenir un parfait courtisan 446
RECETTE infaillible contre la goutte 446
AMUSETTE d'écolier, ou le _pinta trahit pintam_, etc. 447
TITRES de cinq dissertations curieuses, égarées et retrouvées trop tard pour faire partie du présent volume 447
VOCABULAIRE des noms propres et des mots singuliers, bizarres, sauvages et de fantaisie, éparpillés dans un certain chapitre de l'ouvrage 449
TABLE des matières 453
FIN DE LA TABLE DES DIVISIONS.
ARTICLE OMIS,
à _rétablir_ p. 341.
Nous avons consacré, dans le présent recueil, pp. 332-344, un chapitre au CHANT _du Rossignol_, écrit sous sa dictée; nous avons donné plusieurs variantes de ce chant, mais il nous en est échappé une que nous nous empressons de rétablir ici; son omission serait une lacune impardonnable en si grave matière. Nous puisons cette nouvelle variante dans les agréables causeries de M. de C........, publiées sous le titre de _Souvenirs de madame la Marquise de Créquy_. Voici comment l'auteur met en jeu notre gentil musicien emplumé, accompagné de son savant copiste et traducteur, M. Dupont de Nemours:
«Il arriva qu'un jour (dit Mme la Marquise), chacun se demanda pourquoi tout Paris avait reçu des invitations pour une grande soirée chez la marquise de Villiers? C'était pour entendre de la musique, et tout le monde y fut avec la persuasion que ce serait une étrange affaire. On apprit en arrivant qu'il était question d'un concert vocal, et que toutes les personnes de la famille devaient y faire leur partie. Jugez l'agréable surprise! On se forme en cercle, et c'était un maniaque appelé M. Dupont qui devait diriger toutes ces belles voix.--«Monseigneur, Mesdames et Messieurs (commença par dire M. Dupont, en faisant une inclination profonde à M. le Prince de Conti), vous allez entendre une cantate imitée du chant naturel au _Rossignol_; j'ose me flatter d'avoir eu le bonheur de l'écrire et de l'accentuer sous la dictée de la nature.» Et puis voilà tous ces aimables enfants de la maison qui se mettent à chanter en fausset:
Ti-ô-ou, ti-ô-ou, ti-ô-ou, Spé tiou z'cou-à. Cou-orror-pipi; Ti-ô, ti-ô, ti-ô, ti-ô-tixe! Cou-ciò, cou-ciò, cou-ciò! Z'cou-ô, z'cou-ô, z'cou-ô; T'zi, t'si, t'si.... Curror-tiou! z'quouâ-pipi, coui!
«C'est ainsi qu'on nous donna bien imprimée sur papier couleur de rose, la cantate ornithologique et philomélique de M. Dupont de Nemours; figurez-vous, si vous pouvez, les fous-rires, en entendant chanter sept à huit romances telles que celle-ci par une pareille couvée de rossignols?» (_Souvenirs de madame la marquise de Créquy_, nouv. édit.; Paris, Delloye, 1840. 9 _vol. in_-18; voy. tom. VI, pp. 222-223.)
Tel est le récit de M. de C........, que nous ne donnons nullement pour article de foi, mais qui présente une troisième variante indispensable à notre article ROSSIGNOL.
LE LIVRE DES SINGULARITÉS
que nous offrons au public, ne justifierait nullement son titre, si, comme les livres ordinaires, il commençait par le commencement, c'est-à-dire par quelque chose qui tînt aux origines et même aux origines les plus reculées, telles que la création, par exemple; car en fait d'événements, on n'est guère dans l'usage de remonter plus haut. Eh bien! nous déclarons que, dans la circonstance présente, rien ne serait plus commun, plus vulgaire et même plus trivial que de commencer ainsi. C'est pourquoi, voulant donner à notre recueil une physionomie particulière, originale, singulière, nous avons décidé dans notre haute sagesse, qu'il ne commencerait point par le commencement, mais que, sortant de l'ornière de la routine, il commencerait avant le commencement.--Voilà du nouveau, dira-t-on, et même de l'absurde.--Du nouveau, oui; mais de l'absurde, non.--Dites-nous donc comment un livre peut commencer avant le commencement?--Le voici, Messieurs; et notre démonstration ne sera pas longue: Convenez-vous que la création, dont nous avons eu l'honneur de vous parler plus haut, est le commencement de toutes choses?--Oui, sans doute.--Or, si, dans notre livre, plaçant en seconde ligne ladite création, nous vous présentons de prime-abord l'histoire détaillée de ce qui l'a précédée, qu'en conclurez-vous?--Ah! ah! c'est différent.--Vous en conclurez nécessairement que notre livre commence avant le commencement, puisqu'il commence avant la création. C'est donc cette histoire que vous allez trouver dans le joli petit chapitre suivant, chapitre passablement sérieux, encore plus ennuyeux, mais indispensable en tête d'un livre de singularités, créé et mis au monde uniquement pour votre amusement, instruction et jubilation. Vous remarquerez que nous avons baptisé ce chapitre du beau nom d'ANTÉGÉNÉSIE, mot sublime qui exprime bien l'état des choses tel qu'il était quand rien n'était, hors DIEU dont l'immensité est le mobile de l'histoire en question.
En définitive, nous croyons avoir prouvé victorieusement que le LIVRE DES SINGULARITÉS ne commence point PAR le commencement, mais qu'il commence AVANT le commencement, _Quod erat demonstrandum_ pour son honneur et gloire. Entrons en matière, et prenons le ton sérieux qui convient à la gravité du sujet.
PREMIER OBJET.
ANTÉGÉNÉSIE, OU QUELLES ÉTAIENT LES OCCUPATIONS DE DIEU AVANT LA CRÉATION?
Cette question bizarre qui mérite bien de prendre le pas sur toutes les SINGULARITÉS passées, présentes et futures, a produit vers le XVIIe siècle, un léger opuscule qui, sans être fort curieux par la manière dont il est traité, n'est cependant pas tout-à-fait indigne de fixer un instant l'attention du philologue, ne serait-ce que sous le rapport soit de son originalité, soit de sa rareté; car, comme traité spécial d'un sujet aussi hétéroclite, nous le croyons unique dans son genre. Nous ne faisons pourtant aucun doute que l'auteur, tout simple, tout bonhomme qu'il paraît, n'ait eu quelque connaissance de certaines pensées détachées que les philosophes anciens nous ont transmises sur cet objet, et qu'il n'en ait fait son profit; nous en avons reconnu plusieurs dont il ne parle pas dans son étrange élucubration, mais qu'il est bon de citer.
Platon, par exemple, est le premier qui a considéré la Divinité dans sa solitude éternelle avant la production des êtres finis. Il est vrai qu'ensuite il nous la représente sortant de son unité, pour montrer les différentes manières par lesquelles elle a voulu manifester sa puissance et se dépeindre au dehors.
Aristote a soutenu que Dieu possédait et possède en lui-même un bonheur parfait, parce qu'il se connaît et qu'avant la création des êtres il se contemplait avec un plaisir infini.
Jamblique, disciple de Porphyre, soutient que, selon les Egyptiens, Dieu exista dans son unité solitaire avant tous les êtres, qu'il est la source et l'origine de tout ce qui est intelligent ou intelligible, premier principe se suffisant à lui-même, incompréhensible, père de toutes les essences.
«A l'origine des choses, dit le platonicien Sabellius, Dieu silencieusement concentré dans son être ineffable, unité absolue, sans émanation et sans révélation, n'avait encore rien tiré de cette profondeur où tout reposait. L'ame du Christ, puis l'Esprit Saint, puis enfin l'ame de l'homme, rayonnements successifs de l'ame de Dieu, se produisirent tour-à-tour, et l'univers moral fut créé.»
Le célèbre docteur Pocok, citant Albuféda, dit que, selon la doctrine de Zoroastre, suivie en Perse et en Arabie, Dieu avait existé de tout temps dans une solitude adorable, sans compagnon et sans rival.--Etc., etc[1].