Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2
Part 6
[5] Les sages-femmes étoient peu nombreuses alors, mais d’autant plus considérées. Plusieurs avaient marqué dans le monde, ainsi la fameuse Mme Pilou que l’abbé de Choisy (_Mém._, coll. Petitot, 2e _série_, t. 63, p. 515) nous dit formellement avoir été une accoucheuse; et la grand’tante de Racine, Mme Vitart. (Mesnard, _Vie de Racine_, p. 40.) On ne leur reprochoit que de n’être pas assez instruites. Elles ne l’étoient pas plus à Amsterdam, mais on y avoit avisé en leur donnant pour maître le célèbre Ruysch. V. son éloge par Fontenelle, _Œuvres_, t. VI, p. 512.
Messieurs Boudin[6], Poisson[7], Beaulieu[8] et Doquican[9] premiers Apoticaires du Corps du Roy, logent quand ils sont à Paris chez M. de Rouviere Apoticaire de Sa Majesté près saint Roch.
[6] Philibert Boudin. Son service chez le Roi, avec un aide-apothicaire, le sieur Damaron, étoit celui du trimestre d’avril.
[7] Il servoit pendant le quartier de janvier.
[8] Son service commençoit en octobre.
[9] Son vrai nom étoit de Hoquiquant, comme le donne l’_État de France_. Il étoit de service pendant le quartier de juillet.
M. Benoist qui tient le Cercle Royal rue des saints Pères, et Mademoiselle Benoist rue saint Antoine, font très bien les Portraits en cire[10].
[10] Ce Benoît fut, avec plus de perfection, le _Curtius_ du XVIIe siècle. Il faisoit, en effet, avec la cire, des portraits d’une ressemblance inouïe. Le plus curieux spécimen qui nous en soit parvenu, est celui de Louis XIV, retrouvé à Versailles par Eudore Soulié et placé aujourd’hui dans la chambre à coucher du Roi. Ses masques, dont Saint-Simon a parlé, n’étoient pas moins étonnants: «On avoit fait, dit-il, t. III, p, 135, pendant l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la Cour, au naturel, qui les portoient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y étoit trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en étoit un véritable, tout différent, qui étoit dessous; on s’amusa fort à cette badinerie.» Ailleurs, t. II, p. 72, il nous avoit déjà fait voir, dans un autre bal de la Cour, un masque, dont les quatre visages de cire, représentant quatre personnes différentes, et qu’il faisoit tourner avec la plus amusante adresse, avoient intrigué tout le monde.--Benoist ne s’en tenoit pas à l’industrie des bustes et des masques, il faisoit aussi des personnages de grandeur naturelle. C’est ce qu’il appeloit son _Cercle_, ou _le Cercle du Louvre_, comme dit Robinet dans sa _Gazette_ du 23 fév. 1667, époque vers laquelle il en commença l’exhibition. Chaque année, il l’exposoit à la foire Saint-Germain, voisine de son logement de la rue des Saints-Pères. Dancourt en fait une des principales curiosités de cette foire: «LORANGE. Voyez ici, Messieurs, le Cercle nouveau des figures parlantes, aussi hautes que le naturel.» _La foire Saint-Germain_ (1696), scène XVIII. La Bruyère n’a pas oublié Benoît. «B..., dit-il, s’enrichit à montrer dans un _Cercle_ des Marionnettes.» Benoît devint riche en effet: lorsqu’il mourut, en 1717, il l’étoit. Le Roi y avoit aidé, en lui donnant, en 1668, le titre de son sculpteur en cire, et permission d’exposer dans tout le royaume «les personnes de tout rang qui composoient le cercle de la feue Reine, d’en faire même de nouveaux, et de masquer en cire à sa convenance.» Cette permission, qui étoit de trente ans, lui fut continuée sous forme de privilége exclusif, pour trente années encore, en 1688. Il étoit né en 1632 à Joigny, où il avoit fondé un lit à l’hôpital. V. _Rev. des Soc. sav._, 4e série, t. II, p. 232.
M. Coquelin Chancelier de l’Eglise de Paris[11], demeure rue saint Louis en l’Isle.
[11] Il avoit, comme chancelier, le sceau du chapitre de Notre-Dame, et une partie du soin des petites écoles lui revenoit. Il faisoit aussi l’ouverture des conférences de l’archevêché. Ménage, qui logeoit au cloître et en savoit toutes les histoires, en racontoit une à ce sujet: «M. Coquelin, ayant quitté la perruque, étoit presque méconnaissable. En ce temps-là, il fit l’ouverture d’une des conférences archiépiscopales, fort bien à son ordinaire. M. de Vert lui dit: Monsieur, je ne vous ai reconnu qu’à votre éloquence.» (_Menagiana_, t. II, p. 72.)
On recite tous les Samedis et veilles de la Vierge, des Motets en musique à Notre Dame devant sa Chapelle après Complie.
M. Chartrain dont on n’a pas l’adresse, est un grand maître pour le Grec[12].
[12] Il étoit de la même famille que le M. Chartrain indiqué plus haut, t. I, p. 257, comme excellent maître de géographie, histoire, blason, etc.
Les Medecins en leur Collège rue de la Bucherie, visitent gratuitement les pauvres Malades tous les Samedis matin, et les Chirurgiens sous les Charniers de S. Côme tous les premiers Lundis des mois.
M. Gaultier enseigne en ville et chez luy rue des Petits Champs, l’Architecture civile et militaire, et généralement les parties de Mathématiques.
_Nota._ Qu’outre les jours marquez pour les Audiances des Officiers du Grenier à Sel, ils les tiennent encore tous les Lundis en Janvier, Octobre, Novembre et Décembre.
On vend des Truffles rue Serpente au Messager de Thoulouse[13].
[13] Il étoit du bel usage, selon Richelet, d’écrire et de prononcer _truffles_. Elles étoient un régal en vogue. Les dames surtout en étoient très-friandes. (L’abbé de Villiers, _Vérités satiriques_, p. 199.)
Aux environs du Temple, de la porte Mouton et de la porte saint Louis, il y a des femmes qui fournissent aux malades du lait d’anesse[14], de vaches et de chevres frais tiré.
[14] C’étoit déjà, sur la recommandation des médecins galénistes, qui l’avoient trouvé prescrit par Galien, leur maître, un des remèdes en vogue pour les poitrines débilitées. Gui Patin dit que sa grand’mère put vivre jusqu’à quatre-vingts ans, parce qu’elle avoit pris du lait d’ânesse pendant soixante. (_Lettres_, édit. in-8, t. III, p. 462-463.)
M. Martin rue de Richelieu, est encore un fameux pour le Clavesin[15], M. de Vizé à Luxembourg pour le Theorbe[16], Louis Horteterre près saint Jacques de la Boucherie pour tous les Instrumens à vent[17], des Cotteaux au fauxbourg saint Antoine, et Filbert rue saint Antoine pour la Flute Allemande[18].
[15] Blegny oublie qu’il l’a déjà dit plus haut.
[16] Il n’avoit été cité plus haut, t. I, p. 211, au chapitre des musiciens que pour son talent sur la guitare, fort semblable du reste au théorbe. C’est pour la guitare qu’il est surtout vanté dans les lettres de Mad. de Sévigné, t. X, p. 352. Un autre instrument de la même famille que le théorbe, le luth, et la guitare étoit «l’angélique» dont jouoit «excellement», suivant Richelet, t. I, p. 59, Lefèvre, de la même famille que celui que nous avons vu, t. I, p. 209, parmi les fabricants d’orgues.
[17] Il étoit de la famille de Colin et Jean, qui ont eu plus haut, t. I, p. 212, leur mention pour la fabrication des instruments.
[18] Blegny ne fait encore que répéter à peu près ce qu’il a déjà dit. V. t. I, p. 212-213.
M. Coquart rue Simon le Franc, fait commerce en gros de toutes sortes de cannes[19].
[19] Nous verrons un peu plus loin, par les bois dont il faisoit commerce, qu’il étoit tablettier. Ses cannes ne pouvoient donc être d’un grand prix. Des arrêts, que celui du 26 avril 1700 confirma, enjoignoient, en effet, aux tablettiers, de ne vendre qu’une seule espèce de cannes, sans ornement d’or, d’argent ou d’acier.
Messieurs Halin rue Jean saint Denis, indiquez[20] pour les Timballes et Trompettes, sont aussi d’excellens Maîtres pour le Basson[21].
[20] _V._ plus haut, t. I, p. 215, à la suite des maîtres, pour l’art de chanter.
[21] C’est le _fagotto_ italien, adopté depuis peu chez nous, où on l’avoit appelé «basson», parce qu’il y servoit surtout de basse dans les concerts de musette, alors à la mode. (Mersenne, _Harmonie du Monde_, liv. 5.)
Mademoiselle Cochois rue Briboucher près saint Josse[22], est fort stilée aux Coiffures de Toilles et de Dentelles pour les Dames[23].
[22] La chapelle Saint-Josse faisoit le coin de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Quincampoix.
[23] Les marchands lingers et les marchandes lingères étoient depuis longtemps en nombre dans la rue Aubry-le-Boucher. Bodeau, le riche linger, qui fit tant de folies pour Mlle Paulet, y logeoit. C’est là que Lemaître, dont le fils, Antoine Lemaître, fut une des gloires de Port-Royal, avoit sa boutique de dentelles de Flandre; enfin, c’est rue Aubry-le-Boucher que Mme Coisnard, la grosse lingère et dentellière, fit sa fortune. (_V._ Tallemant, _Historiettes_, édit. P. Paris, t. I, 225; III, 16, 34, 114; VI, 116.)
Madame Roüin devant le Collège des Plessis fait des Rabats unis par excellence[24].
[24] Dans l’édit. précéd., elle est nommée avec «le sieur Des Trapières, rue Bétizy, aux Trois-Bourses», p. 62.
M. Ladoireau rue Tictonne fait de beaux Ouvrages d’Orfèvrerie[25].
[25] Pour une saisie faite chez lui, en 1693, _v._ t. I, p. 244, note 4.
DIVERSES ADRESSES
_Concernant des talens distinguez des articles précédens._
Entre les Orlogeurs qui sont en réputation pour les Montres et Pendules, sont Messieurs Turet aux Galeries du Louvre[1], de Mergue Cour Neuve du Palais, Cribelin rue de Bussy, etc.
[1] Il avoit ce logement des galeries depuis le 30 janvier 1686: «Isaac Turet, écrit G. Brice, horloger de l’Académie des Sciences, qui a beaucoup contribué à perfectionner la pendule.» (3e édit., t. I, p. 73.) Il ne faut pas le confondre avec Huret «horlogeur du Roy», gendre de Bérain.
Le Sieur Chambon habile Guainier, demeure Cour neuve du Palais.
Le Sieur le Sansonnier Ecrivain Juré de l’Université, a le talent de bien dresser et de bien écrire les Placets sur quelque sujet que ce soit, dont il garde religieusement le secret[2], son Bureau est à l’Hôtel de la Préférence sous le Cadran de l’Eglise des Innocens.
[2] Blegny nous surfait beaucoup l’honnêteté de l’écrivain-juré. Il n’étoit rien moins que sûr. Il fut compromis, en 1699, avec les prévaricateurs du commerce des blés et arrêté. Les détails de son affaire se trouvent dans les _mss._ Delamarre, à _la Biblioth. Nat._, nº 21,644, p. 187.
Le Sieur le Febvre rue de Venise au quartier de la rue Quinquempoix, vend et loue des chevaux à toutes mains.
Nicolas le Heurteur, aporte à Paris de Fleury-la-Forest en Normandie, toutes sortes de boettes de Liettiers[3] qu’il vend en gros à juste prix; il vient ordinairement deux fois le mois et loge rue Montorgueil à l’image saint Nicolas.
[3] C’est laïettier qu’il faut lire. La «laïette» n’étoit, en effet alors, qu’une de ces sortes de boîtes qu’on faisoit venir de Fleury-la-Forest, près les Andelys, d’où il n’en vient plus: «petit coffre de bois, dit Richelet, qui n’a qu’une simple serrure, et qui n’est couvert ni de peau ni de cuir.»
Le Bois d’Ebène et de Gayac, sont commercez en gros par M. Coquart rue Simon le Franc.
La Dame Passavant[4] près la Magdelaine a le talent de bien faire les Bonnets carrez.
[4] «Sage-femme.» Édit. 1691, p. 26.
On fait des Calottes de toile jaune et de ratine à mettre sous les perruques, chez un Calotier à la porte neuve du Palais.
La Manufacture de Stuc Cuit[5] est au fauxbourg saint Antoine.
[5] Le stuc est toujours cuit. C’est du plâtre mêlé de poudre de marbre, qu’une forte cuisson durcit, et permet de polir. On en faisoit alors des plafonds, sur lesquels on peignoit comme à fresque.
Les faiseurs de Fourneaux et de Creusets servant à la Chimie, demeurent place de l’Hotel de Conty, rue Mazarini et au fauxbourg saint Jacques.
Le Sieur Rohault Emailleur[6] rue saint Denis, fait des Figures et Aigrettes d’émail.
[6] _V._ les notes sur lui et sur Hubin, qui suit, au chapitre du _Commerce de Curiositez_, t. I, p. 242.
Les Yeux artificiels se font chez le même Hubin rue saint Martin et chez le Sieur le Quin rue Dauphine.
La Folie rue du petit Pont[7], et Thevenot rue Git le Cœur, affichent pour le public.
[7] Dans la première édit., p. 59, son adresse est donnée «rue de la Huchette, aux Trois-Bources». A la suite, vient «le Comte, rue du Petit-Pont, à la Rose-Rouge».
Le Sieur Bara qui vend du Canepin[8] pour boucher les bouteilles, demeure au cul de sac de la porte saint Martin[9].
[8] On appeloit ainsi l’épiderme de peau d’agneau ou de chevreau. Il avoit servi, comme un vélin très-fin, pour écrire; et nous ne serions pas surpris que le mot _calepin_ en fût venu, quoi qu’en dise l’étymologie courante.
[9] Les Bara étoient nombreux dans Paris et d’industries différentes. Mme Sand, _Histoire de ma vie_, t. I, p. 19, en cite un, qui avoit été parrain de sa mère, et dont nous avons connu le petit-fils, qui vendoit des oiseaux, comme son aïeul, au coin de la rue Saint-Claude et du boulevard, dans l’hôtel où avoit logé Cagliostro. Le grand-père de Mme Sand étoit lui-même «maître oiselier» et de plus «maître paulmier», ce qui ne nous surprend pas, les marchands d’oiseaux faisant volontiers plusieurs métiers. Un d’eux, que Blegny n’auroit pas dû oublier au chapitre du _Commerce de Curiositez_, s’étoit enrichi à vendre toutes sortes de bijoux, après n’avoir d’abord vendu que «des cages de prix et des oiseaux». On ne l’appeloit pour cela que l’Oyselier. Son vrai nom ne nous est pas parvenu. (_Mercure galant_, nov. 1683, p. 287.) Chevreau parle de lui dans cette note de ses _Œuvres meslées_, 1697, in-8º, p. 200: «L’Oiselier étoit un fameux marchand de Paris, qui vendoit à toute la Cour toutes sortes de curiosités.»
Le Sieur Dalesme[10] rue saint Denis près la fontaine la Reine, vend des Plumes et Semelles d’acier de son invention, et encore un Tuyau de tolle de fer, où l’on brule le bois sans cheminée et sans fumée.
[10] André Dalesme, qui, de simple marchand de tuyaux fumivores, devint membre de l’Académie des Sciences. On voit ici qu’il avoit devancé les inventeurs de plumes d’acier. Il toucha de près aussi à l’invention du _Thermolampe_ et à celle de la machine à vapeur. _V._ sur lui, _le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 384-385.
La bonne faiseuse de Mouches demeure rue saint Denis à la perle des Mouches[11].
[11] Blegny auroit bien dû nous dire son nom. Nous aurions su ainsi--ce qui ne manquoit pas de curiosité--si c’étoit toujours la femme Chevalier, dont, suivant l’auteur du _Peintre-Graveur_, la fille Madeleine avoit épousé le peintre Bernard, et étoit devenue mère du fameux financier Samuel Bernard.--_V._ dans nos _Variétés_, t. VII, p. 9, une pièce de 1661, _La faiseuse de mouches_.
Les Manufactures de Toilles cirées sont dans la grande rue du fauxbourg saint Antoine[12].
[12] C’est à Paris qu’il s’en fabriquoit le plus. Jusqu’à la fin du dernier siècle, le secret de l’enduit des toiles cirées fut gardé par ceux qui les fabriquoient.
Les Boisseliers de la Halle au bled font[13] les tamis d’Apoticaires et de Parfumeurs.
[13] «Un particulier commerce de tamis à passer les poudres.» Édit. 1691, p. 64.
Le Sieur Barbier qui indique des Privilèges à vendre et à louer pour les Arts et Métiers, demeure rue des Lombars au Plat d’Etain.
Le Sieur Jo et quelques autres Potiers d’Etain près la porte saint Marcel, font de grandes et petites Seringues qu’ils vendent aux Marchands à juste prix.
Le Sieur Colson fauxbourg saint Antoine devant la rue de Charonne, a un particulier talent pour monter les Scelets[14] de toutes sortes d’Animaux, et pour les monter en poil et en plumes.
[14] C’est ainsi qu’on écrivoit encore squelette. L’orthographe d’Ambroise Paré se rapproche toutefois un peu plus de cette dernière forme: «une desquelles, dit-il, parlant d’autruches qu’on faisoit voir à Paris, estant morte, me fut donnée, et en fis un _scelette_.» Ailleurs, il dit un «sceletos», se rapprochant ainsi tout-à-fait du mot grec, d’où vient squelette, et qui signifie séché.
M. Antoine, Chevalier et Medecin Général des Hopitaux du saint Esprit[15], logé au Collège de Boncour, se dispose à donner des preuves publiques du secret qu’il dit avoir trouvé, pour connoitre par la disposition des poux et des urines, les causes cachées et les crises futures des plus extraordinaires maladies; il a une nouvelle espèce de plante Sensitive[16] que les curieux ont veüe avec admiration.
[15] Il n’y avoit à Paris qu’un hôpital du Saint-Esprit, celui qui occupoit tout le côté gauche des bâtiments qu’envahit ensuite tout entiers son voisin l’Hôtel-de-Ville. On n’y recevoit que des orphelines légitimes et il s’appeloit aussi _Hôpital des Enfants-Dieu_.
[16] La Sensitive, _mimosa pudica_, bien qu’elle eût été importée d’Amérique sous Henri IV, par Robin, avec les autres espèces du genre acacia, n’étoit pas encore bien connue, comme on le voit ici. L’Académie des Sciences ne s’en étoit même pas encore occupée. Mairan n’en fit l’objet d’un premier travail qu’en 1729, puis on eut en 1736 le mémoire plus complet de Du Fay.
Le Sieur Lelot sur le Quay neuf[17] à la Perruque d’or, trace et peint les Cadrans au soleil[18].
[17] On appela presque toujours ainsi, jusqu’au commencement du XVIIIe siècle, comme on le voit par _le Journal_ de Barbier, édit. in-18, t. I, p. 142, le quai voisin de la Grève, construit, en 1675, sous la prévôté de Claude Le Pelletier, qui lui avoit donné son nom.
[18] Il étoit rare qu’il n’y eût pas dans la cour ou le jardin de chaque hôtel un de ces cadrans peints sur la muraille en bonne exposition.
OMISSIONS ET CHANGEMENS.
On aurait dû dire à l’article des Vacations des Tribunaux.
Que Nosseigneurs de la Cour des Aydes prennent les mêmes vacations que le Parlement, et encore les veilles de Fêtes de Notre Dame, le lendemain de la saint Jean, et la veille et le lendemain de la Magdelaine.
Qu’à la Chambre des Comptes on n’entre ni les Jeudis ni les Samedis ni les veilles de Fetes de relevée[1], et que la Chambre vaque d’ailleurs le Jeudi de la mi-Carême, en May le neuf, en juin le onze, et encore depuis le Vendredy qui precede la Pentecôte jusqu’au lendemain de la Trinité; en Septembre le onze, et encore depuis le vingt dudit mois jusqu’au lendemain de la saint Denis, en Octobre le dix huit jour de saint Luc, et le trente et un veille de la Toussaints, en Novembre le vingt cinq jour de sainte Catherine, en Décembre le six jour de saint Nicolas et le vingt quatre veille de Noël, outre les veilles et Fêtes de la Vierge, les Foires, etc.
[1] Les fêtes de relevée étoient celles où l’on ne siégeoit pas «de relevée», c’est-à-dire après midi.
Qu’au Chatelet les Vacations durent depuis le 9 Septembre jusqu’à la saint Simon et saint Jude; et qu’outre les jours de Vacations qui sont communes à tous les Tribunaux et particulierement au Parlement; on y vaque encore en janvier le 22 jour de S. Vincent, en May les 2, 6, 9, 10 et 19, et les veilles de la Pentecôte, de la Fete Dieu et de l’Octave, en Juillet le 31, et en Octobre le premier.
La veuve Nion à l’adresse marquée à la première page, vend un traité très curieux sur les Vapeurs du Corps humain[2] de M. Lange Medecin de la Societé Royale; et le Medecin sincère de M. de la Haye Docteur en Medecine.
[2] Voici le vrai titre: _Traité des Vapeurs_, par M. Lange, 1689, Paris, chez Nyon.
CHANGEMENS.
Les Fermes des Aydes et Domaines de France et droits y joints, ont été réunies en cinq grosses Fermes.
Le Département de Messieurs les Fermiers Généraux des Fermes Unies, pour le service desdites Fermes, pendant l’année 1692, a été réglée comme il s’ensuit par Monseigneur le Controlleur Général.
PARIS.
I.
Messieurs[1]
[1] La plupart des noms qui suivent ayant figuré au chapitre des Fermiers généraux, t. I, p. 28 et suiv., nous n’y reviendrons pas. Nous dirons seulement quelques mots de ceux qui sont nouveaux ici et méritent quelque attention.
Berthelot, Turgis, de la Porte, Courchamp, Bigodet[2], Blin et Thomé:
[2] Il devint secrétaire du Roi, et il étoit, en 1702, un des plus considérables des Fermes. Il logeoit dans un magnifique hôtel, rue Coquillière.
La Regie du Bureau Général de la Douane et Droits y joints, et des Greniers à Sel de la Ville et Généralité de Paris.
II.
Pelissier, Laugeois, le Maistre, Arnaud, Dapongny, Rancy[3], Henault:
[3] Paul-Étienne Brunet de Rancy, frère des trois autres, que nous avons vus plus haut: Brunet de Chailly, Brunet de Montferrand et Brunet de Vauxge. Il devint secrétaire du Roi. En 1695, ayant été envoyé en Bretagne dans l’intérêt des Fermes, les États se plaignirent qu’il leur en avoit coûté cent mille francs d’augmentation. (_Correspondance des Contrôleurs généraux_, nº 1478.) C’est lui qui, après la mort de Mme de Sévigné, vint habiter l’hôtel Carnavalet.
La Régie de la Ferme du Tabac et dument demaine d’Occident.
III.
Luillier, du Ruaupallu, Turgis, Menon, de la Porte, Mouchy, Rancy et Blin:
Le Soin et Fournissement des Gabelles de France.
IV.
Laugeois, Remond, Menon, d’Apougny, le Normand, Hénault:
La Regie des Entrées de Paris.
Du Gros[4].
[4] Le «gros» étoit le revenu, le produit fixe des impôts, et, par conséquent, le contraire du «casuel».
Du Huitieme[5].
[5] Droit payé au Roi par les cabaretiers de Paris, pour chaque muid de vin qu’ils vendoient à pot ou à assiette.
Du Pied-Fourché[6].
[6] Droit d’entrée sur le bétail à pied fourchu: moutons, chèvres, etc. L’Estoille (_Édit. du Panthéon_, t. II, p. 422) a parlé de cet impôt déjà fort ancien de son temps. Ceux qui l’affermoient en devoient une part à l’Hôtel-Dieu. V. _Inventaire des Archives hospitalières_, t. I, p. 359 et 391.
Et des Droits de Rivières et leurs Dependances.
V.
Luillier, le Maistre, Courchamp, le Tellier, Delpesche, Montry:
La Régie du Papier et Parchemin Timbré de la Ville et Genéralité de Paris.
Des Aydes du plat Païs[7] et Versailles.
[7] La banlieue.
Et des grandes Entrées de Rouen, Diepe, le Hâvre, et ses dépendances.
VI.
Luillier, Laugeois, du Ruaupallu, le Tellier, le Maistre, Courchamp, Arnaud, Thomé:
Le soin de faire remettre les deniers des Provinces à la Recette générale.
De faire payer tous les Sous Fermiers.
De Vérifier et Controller les Caisses.
De faire les payemens au Trésor Royal.
D’acquiter les Charges des Etats du Roi.
Et des Comptes à rendre au Conseil et à la Chambre.
VII.
Laugeois, l’Huillier, du Ruaupallu, Arnaud, Delpesches, Romanet, Dumas, Henault:
La suite des Etats Alphabétiques[8].
[8] Ce sont les états indiqués dans la série précédente, l’état des pensions notamment.
L’examen des produits.
La Verification des Passe-ports de Sa Majesté.
Et les Arretez des Comptes des Directions et des Comptes de Societé.
VIII.
Pelissier, Rémond, Menon, Mouchy, de la Porte, Cormery, Dumas, Vauxge:
Le Contrôle Général de toute la Depense de la Ferme.
La Garde des Papiers, Registres et Titres de la Ferme.
IX.
Pelissier, Menon, Vallier, Lagny, Henault, Vauxge, Cormery, Douilly, le Jariel:
La suite des affaires du Conseil, au Parlement, à la Cour des Aydes, à la Chambre du Trésor, et en l’Election[9], et l’Assistance à l’Assemblée des Avocats à tenir une fois la semaine au Bureau[10] pour les affaires de la Ferme.
[9] Il a été dit plus haut ce qu’étoit une Élection, et sa juridiction spéciale pour statuer sur les différends survenus à propos des aides et des tailles.
[10] Ce bureau étoit à l’Hôtel des Fermes, ancien hôtel du chancelier Séguier, dont l’imprimerie Paul Dupont occupe aujourd’hui une partie, entre la rue du Bouloi et la rue Jean-Jacques Rousseau, alors rue de Grenelle.
X.