Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Part 25

Chapter 253,906 wordsPublic domain

24. Un grand lit bois noyer à colonnes torces, de damas cramoisy à fleurs d’or, ses tringues[456] fer poly, la housse taffetas cramoisy, garni d’un sommier de crain, lit de plume, matelas, couverture et courte-pointe, avec six fauteuils et deux chaises mesme bois, couvertes de leurs housses, mesme taffetas, et dont on fera honneste composition.

[456] Tringles. Le mot est écrit ici comme on le prononçoit et comme on le prononce encore chez le peuple.

25. Une charge d’apotiquaire des Ecuries de Monsieur[457], qui jouit de tous les privilèges, aux gages fixes de 60 liv.[458] et 200 liv. pour les remèdes qu’on est obligé de fournir pendant les six mois qu’on sert, avec privilège de tenir boutique ouverte à Paris ou en campagne. On se chargera mesme du service, hors Paris, du prix de 2,500 liv.

[457] Il y avoit deux de ces charges qui s’exerçoient par semestre, mais qui pouvoient être tenues, l’une et l’autre, par le même apothicaire, comme nous le voyons dans l’_État de France_ de 1692, t. I, p. 744.

[458] L’_État de France_ donne le même chiffre, mais sans ajouter le détail qui suit ici à propos des remèdes.

26. Une maison à porte cochère sise ruë de l’Esperon, du prix d’environ 38,000 liv.

27. Une Terre en Touraine près la rivière de Loire, de l’Election d’Amboise, seigneur de paroisse, du prix d’environ 50,000 liv.

28. Un grand miroir de 29 pouces de haut sur 20 de large, avec sa bordure de glace, du prix de 120 liv.[459].

[459] C’est la bordure de glace, à la façon de Venise, qui avoit fait hausser le prix de ce miroir. On a vu, en effet, plus haut, p. 143, que les miroirs de 30 pouces ne se vendoient pas plus de 80 livres.

29. Un grand Cabinet d’ebeine fort propre garny de quantité de tiroirs, dont on aura bon marché payant comptant[460].

[460] L’ébène étoit un des bois les plus employés pour les meubles à la mode. L’ouvrier qui les fabriquoit s’appeloit, comme on le voit dans le _Journal_ de Colletet, 24 août 1676, «menuisier en ébène», d’où est venu notre mot ébéniste. Il faisoit surtout, comme on le voit ici, des cabinets. Aussi en anglois le fabricant de meubles s’appelle-t-il encore «cabinet-maker».

30. Une douzaine Chaises bois noyer garnies et bien travaillées à la moderne, couvertes de leurs housses point de Hongrie[461], du prix de 200 liv.[462].

[461] Sorte de point de fil qui n’étoit pas des plus fins; c’est pourquoi Molière le fait figurer dans le _Mémoire_ des hardes et nippes qu’Harpagon, en bon usurier, donne pour argent comptant à son emprunteur: «Un lit de quatre pieds à bandes de _point de Hongrie_, appliquées fort proprement sur un drap de couleur olive, avec six chaises et la courtepointe de même.» _L’Avare_, acte II, sc. 1.

[462] Ces housses se vendoient souvent sans le bois des chaises ou fauteuils. Le _Journal_ de Colletet, 23 octobre 1676, en annonce une douzaine et demie, aussi de point de Hongrie, «toutes frangées, montées et prestes à mettre sur les bois... Les nuances, ajoute-t-il, en sont fort vives et d’une belle mode.»

31. Un cheval entier noir et blanc avec tous ses crains, à longue queuë, de l’âge de 4 à 5 ans, fort vigoureux, du prix de 50 louïs d’or.

_Demandes._

32. On demande à achetter une tanture de tapisserie de Flandre de verdure, d’environ 19 à 20 aulnes de tour sur l’hauteur ordinaire, qui soit bonne et de hazard, et point passée, où l’on mettra environ 200 louïs d’or.

33. Une charge soit de ville ou autre, de 4, 5 ou 6,000 liv. qu’on payera comptant.

34. Une tanture tapisserie Damas de Luques, bonne et de hazard, d’environ 22 aulnes de tour, bonne et point passée.

35. Un carrosse couppé propre et de hazard.

36. Une tapisserie d’Auvergne de 18 aulnes de tour, bonne et point passée.

37. Une maison en fief ou roture aux environs de Paris, où il y ait clos ou jardin, prez, terres, bois, du prix de douze à quinze mil livres.

38. Une charge de judicature à Paris, du prix depuis 10 jusqu’à 20,000 liv. et plus.

_Le sieur Mouillard, bon Praticien et Arpenteur, logé rue de la Huchette à la Tour d’Argent, donne avis aux Seigneurs et Dames qui voudront faire renouveler leurs papiers terriers, et avoir des plants de leurs Seigneuries pour voir l’étenduë de leurs censives; comme aussi à ceux qui ont des héritages à la campagne et qui en veulent avoir des cartes avec la contenance d’iceux par figure, pour empescher les usurpations, qu’il le fera, et pour seureté de sa conduite donnera bonne caution à Paris._

_Le sieur Rolas, rue Sainte Marguerite, fauxbourg St. Germain, entre un perruquier et un chandelier, première chambre, enseigne le toisé, l’arpentage, les fractions, les changes, l’arithmétique en toutes ses parties en un mois de temps, lorsqu’on saura les quatre règles, et plusieurs autres belles sciences, par une méthode courte et très facile; et du tout donne des leçons par escrit[463]._

[463] Cette annonce est reproduite dans la liste suivante, avec cette différence pour l’adresse: «rue Sainte-Marguerite faubourg Saint-Germain, chez le mercier qui fait le coin de la rue des Cizeaux vis-à-vis la porte de l’Abbaye.»

Le Bureau est à l’entrée de la Place Dauphine du costé du Pont-Neuf entre l’epicier et le cabaretier[464].

[464] Cette adresse est répétée à la fin de la liste qui va suivre, avec ce détail en plus: «à la première chambre, au-dessus du cabaretier.»

LISTE GÉNÉRALE

DU

BUREAU D’ADRESSE ET DE RENCONTRE

_estably par privilège du Roy en la place Dauphine_.

Du premier Avril 1689.

Paris contenant en soy beaucoup plus de peuple que ville du monde, et son aport y estant si grand, non seulement de tous les naturels François, mais des Etrangers de toutes les nations, que les moyens que tout le monde y trouve de subsister ne sçauroient estre trop connus pour la grandeur de la ville et pour l’avantage des particuliers.

Tous ceux dont on s’est servi jusqu’icy sur les avis qu’on a voulu rendre publics ont esté d’un foible secours, en comparaison du Bureau d’Adresse et de Rencontre, et des Listes qu’on a commencé de distribuer, parce que les Affiches se couvrent par la quantité des Placards[465], outre qu’elles ne contiennent que des avis particuliers, qu’on ne lit pas commodément et sans une espèce de pudeur[466] pour les gens de distinction[467].

[465] Le Placard, s’appliquant d’autorité, pouvoit ainsi, de droit, couvrir les affiches. Elles-mêmes, en s’accumulant, couvroient des _Avis_ qui valoient mieux qu’elles. Colletet s’en plaint dans son _Journal_ du 8 août 1676: «La quantité d’affiches, dit-il, ont caché un livre d’importance pour les curieux.»--Le placard se distinguoit des affiches par les armes du roi figurées en tête, et qui faisoient qu’on l’appeloit aussi «pannonceau royal». C’est par placards, et non par affiches simples, qu’étoit annoncé tout immeuble à vendre par décret.

[466] Les affiches annonçant certains remèdes ne pouvoient pas, en effet, être lues «sans une espèce de pudeur». On en peut avoir un exemple par celle que donne Locke dans la relation de son _Voyage à Paris_, et qu’a reproduite _Le Vieux-neuf_, 2e édit., t. II, p. 72.

[467] Le _Journal_ de Colletet indique quelques affiches de livres; ainsi, le 6 juillet 1676, le _Traité des maladies des femmes grosses_, par Fr. Mauriceau, dont il a été parlé plus haut, t. I, p. 159; et, le 1er août suivant, _Le Tailleur sincère_, avec plusieurs figures en taille-douce: «il se vend, dit-il, chez A. de Rafflé, rue du Petit-Pont, in-folio en parchemin 40 fr., et in-8 20 fr.» Il oublie d’ajouter que l’auteur s’appeloit Benoist Boulay, dont le portrait sert de frontispice. Son livre, «nécessaire, dit encore Colletet, pour ceux qui veulent pratiquer l’épargne», est aujourd’hui des plus rares.

Ces considérations, celles qui regardent l’utilité publique et l’avantage du commerce, qui depend des Rencontres et des Occasions que les avis font naistre, ont fait les principaux objets du r’establissement du Bureau d’Adresse et de Rencontre, et des précautions qu’on a prises de n’en confier l’administration qu’à des conditions portées par les Règlements, afin d’asseurer dans le Public la confiance des particuliers, et faciliter les ventes, achapts, amodiations, traités et conventions qui se font à l’egard des immeubles, et pour mettre dans un plus grand commerce toutes sortes de meubles, comme Lits, Tapisseries, Bijoux, Tableaux, Chevaux, Carrosses et autres effets, et principalement pour donner aux gens de qualité, et à ceux qui ont besoin de domestiques; des Aumôniers, Gentilshommes, Ecuyers, Gouverneurs, Intendans, Receveurs, Secretaires, sous Secretaires, Hommes d’affaires, Solliciteurs, Commis, Ecrivains, Precepteurs, Maistres d’Hostel, Vallets de chambre, Suisses, Portiers, Concierges, Gardes-bois, Cochers, Postillons, Pallefreniers, Chasseurs, Fauconniers, Sonneurs de Cor, Jardiniers, Vignerons, Gens de Labour, Charretiers, Muletiers, Valets à tout faire, Laquais à gages et à récompense[468], et généralement toutes sortes d’autres domestiques, pour les recevoir, non seulement à leur choix, mais avec plus de seureté et de connoissance que par le passé, le Bureau n’estant estably que pour l’Indication.

[468] Les «laquais à récompense» se distinguoient des «laquais à gages» en ce qu’ils n’étoient payés pour ainsi dire que par hasard ou fantaisie. Après avoir servi trois ou quatre ans, ils reçevoient de leur maître trois ou quatre cents francs et n’avoient pas le droit d’en demander davantage. La plupart des valets de Regnard et de Dancourt sont des «laquais à récompense».

_A Vendre._

1. Une charge de Substitut de M. le Procureur général à Paris, aux Gages et Droits y attribuez, du prix de 25,000 liv.

2. Un Carrosse couppé avec 6 glaces de Venise garni de velours cramoisi, le tout comme neuf, du prix d’environ 700 livres.

3. Une charge de grand Valet de pied de Madame[469], qui jouit de tous les privileges, aux gages et profits y joints, du prix de 3,000 liv.

[469] Ils étoient au nombre de dix, chacun à 20 sols par jour pour leur nourriture «outre leurs habits d’hiver et d’été». _État de France_ pour 1692, p. 776.

4. Deux grands chevaux de carrosse grissel[470] à longue queue, de 5 à 6 ans, du prix de 1,000 l.

[470] Il faut lire _gris-sale_, une des nuances du gris admises dans les haras.

5. Des Tablettes bois noyer avec leurs bordures noires, fermant par un treillis de cuivre à 2 portes[471], une grande Armoire bois chesne fermant de mesme, de 9 à 10 pieds de haut et de 8 à 9 de large, le tout presque neuf, du prix de 160 livres.

[471] Presque tous les corps de bibliothèque étoient disposés ainsi dans les cabinets. Louis Racine en avoit un de ce genre, comme on le voit par son inventaire aux _Mss._ de la Bibliothèque nationale.

6. Un beau coureur danois, poil bay[472], sans deffaut, propre pour l’armée, de 6 ans, du prix de 50 louis d’or.

[472] C’est le _cob_ bai brun, trapu et à belle tête, encore recherché aujourd’hui. Le vrai cheval _danois_ en usage au XVIIe siècle pour les attelages de luxe étoit, au contraire, grand, haut sur jambes, avec tête busquée et robe isabelle, pie ou tigrée.

7. Un carrosse couppé neuf, doré aux extremités[473], garny de drap gris, du prix d’environ 800 liv.

[473] Cet excès de dorures pour les carrosses fut un peu plus tard prohibé par ordre du roi. V. _Correspond. admin. de Louis XIV_, t. II, p. 829, et _Variétés histor. et litt._, Collect. elzévir., t. X, p. 254, note.

8. Une terre seigneuriale en Brie, 9 lieuës de Paris, avec haute, moyenne et basse justice, dont on aura un estat au Bureau, du prix de 120,000 liv.

9. Un coureur à courte queue[474] de 5 à 6 ans, poil noir, du prix de 200 liv.

[474] Richelet définit ainsi le coureur: «cheval déchargé de taille, qui a la queue courte et coupée».

10. Un grand lit de velours verd, ses campannes[475] et molets de soye[476], doublé d’un satin couleur de serize avec sa courte pointe, ciel et dossier même satin, 7 fauteuils et 6 chaises même velours, le tout comme neuf, du prix de 1,000 livres. Une pippe satin plaint, à fond blanc, chamarrée en rond d’haut en bas d’un point d’Espagne d’or et couleur de feu, avec des galons de velours même couleur, garni de campannes d’or, le tout presque neuf, du prix chacune de 120 livres.

[475] V. une des notes précédentes, p. 333.

[476] C’étoit une sorte d’ornement frangé que Molière, en fils de tapissier, se garde bien de confondre avec la frange même, quand il dit dans le _Mémoire_ de l’Avare: «Plus, un pavillon à queue, d’une bonne serge d’Aumale rose, sèche, avec le _mollet_ et les franges de soie.»

11. Quantité de très beaux patrons, tapisserie de verdure en plusieurs pièces, peints sur du carton et de la toille, dont on aura bon prix.

12. Deux tableaux de chasse originaux de Nicasius[477], de 6 pieds de haut sur 5 de large, l’une de Cerfs et l’autre de Chats sauvages, du prix de 24 louis d’or.

[477] C’est le peintre d’animaux Nicasius Bernaert, d’Anvers, élève de Sneyders et l’un des habitués de la maison de _la Chasse_, au coin des rues du Sépulcre et du Four, qui étoit, dit Dubois de Saint-Gelais, «le refuge des peintres de son pays». Sa vie fut assez nomade, si l’on en juge par les registres de l’Académie de peinture. Reçu en 1663, il dut, pour cause d’absence, se faire recevoir une seconde fois deux ans après et se faire réadmettre encore en 1672. Sa vieillesse se noya dans l’ivrognerie. Il en mourut à 70 ans, le 16 septembre 1678. Desportes fut quelque temps son élève.

13. Un lit de garçon de 3 pieds et demy de large, Damas de Lucques aurore et cramoisy, avec sa couverture et 2 teyes d’oreillers de Marseille, le tout presque neuf, du prix de 200 liv. Un Cabinet de Flandre d’écaille de Tortue et d’Ebeine à tiroir, très beau et bien travaillé, du prix de 150 livres.

14. Un Colier de perles rondes de belle eau, très beau et bien choisy, du prix de 200 louïs d’or.

15. Une tenture de tapisserie verdure de Flandre en 6 pièces, de la hauteur et longueur ordinaire, comme neuve, du prix de 800 liv. Une montre en Pendule faite par Martinot[478], à boëtier d’or, sa chaine de même avec son étuit de chagrin garny de cloux d’or, du prix de 15 louïs d’or. Plus 2 Miroirs, l’un tout de glace de Paris, dont la principale est de 27 pouces de haut sur 21 de large, du prix de 150 livres, et l’autre de Venize de 22 pouces de haut sur 17 de large, avec sa bordure d’Ebeine, du prix de 80 livres.

[478] Les Martineau formoient toute une dynastie d’horlogers, dont l’un, Louis-Henry, étoit, en 1692, valet de chambre horloger du roi. En 1700, une descente fut faite chez deux d’entre eux pour avoir contrevenu à l’édit contre le luxe. L’un dut laisser saisir vingt pendules, l’autre dix-huit. Ils logeoient sur le quai des Orfèvres. Un Martineau, qui étoit de la Religion, partit pour Londres après la révocation de l’Édit et s’y rendit célèbre dans son métier. C’est de lui que descendoit miss Harriett Martineau, qui s’est fait un nom dans les romans d’éducation. V. sur les Martineau, Wood, _Curiosities of clocks_, 1866, in-8, p. 387.

16. Une très belle maison à porte cochere bâtie à neuf, située près Grosbois en Brie, Jardins, Cloz, Prez, Terres, Vignes, Bois, Glacière, Reservoir, Canal garny de Poissons, et autres fort belles et utiles commodités, du prix de 45 mille livres.

17. Deux charges, l’une de Lieutenant du Prevost général de Flandre et Haynault aux gages de 1,250 livres, payez par quartier avec privilege et exemption de tous imposts dans Valancienne où est la résidence, du prix d’environ 18,000 livres; et l’autre de Garde au même Pays, aux gages fixes de 375 livres, outre quantité de profits, du prix de 2,000 livres.

18. La charge de Lieutenant criminel d’une Ville, sise sur le bord de la rivière de Loire, où il y a Presidial, Bailliage, Prevoté et Gouvernance, du prix d’environ 35,000 liv.[479].

[479] A la suite de cet article 18, nous en supprimons huit qui ne sont que la reproduction d’articles déjà insérés dans la liste précédente. Le 19e de celle-ci, liste d’avril, se trouve le 2e de celle de mars; le 20e, le 8e; le 21e, le 10e; le 22e, le 11e; le 23e, le 13e; le 24e, le 21e; le 26e, le 32e; et le 28e, le 37e. Nous ne conservons que les nos 25 et 29, qui ne figurent pas dans l’autre liste.

25. Deux grandes Maisons à porte cochere sises en cette Ville à louer presentement moyennant 900 livres chacune, l’une rue S. Martin, près la rue aux Ours, vis à vis le cul de sac de la rue S. Julien[480]; et l’autre sise rue des Gravilliers, avec un grand et beau jardin, dans lesquelles il y a toutes sortes de commoditez.

[480] C’est la rue ou ruelle Saint-Julien, qui devoit son nom au voisinage de l’église de St-Julien-des-Ménétriers. Elle prit ensuite le nom de rue du Maure.

_Demandes._

29. Une Terre en fief, distant depuis 6 jusqu’à 18 lieues de Paris, près, s’il se peut, de quelque petite Ville ou Bourg, où il y ait maison logeable, jardin, cloz, prez, terres et bois, du prix de 50 à 60,000 livres.

Le sieur Macard continue à faire debiter les instruments de Mathématiques du defunt Sr Sevin dans sa boutique sur le Quay des Morfondus, à l’Astrolabe[481].

[481] V. pour les ouvriers en instruments de mathématiques, t. I, p. 148.

Le sieur Legeret, maistre menuisier à Paris, rue Saint Loüis, Isle Notre-Dame, donne avis qu’il fait et vend une machine fort légère et portative, par luy depuis peu inventée, qui coupe la paille aussi menue qu’est l’avoine, ce qui fait que les chevaux la mangent plus facilement, surtout lorsqu’on y mêle un peu d’avoine.

LISTE GÉNÉRALE

DU

BUREAU D’ADRESSE ET DE RENCONTRE

_estably par privilège du Roy en la place Dauphine._

Premier May 1689.

Pendant que toute l’Europe armée contre la France travaille à porter la gloire du Roy jusqu’à l’Immortalité[482], pendant que son nom seul fait trembler l’Univers, et qu’il porte la Terreur et la Crainte jusque sur les Trosnes et jusqu’au Cœur des Armées les plus nombreuses, l’amour au dedans arme ses sujets et luy donne chaque jour de nouvelles marques de sa grandeur, on la voit en effet portée à un point où l’espérance même des autres Roys n’estoit jamais parvenuë, non seulement dans ses forces, dans la protection de ses alliés, dans la magnificence de son règne, dans les vertus du Siècle et de la Religion; mais encore dans ses Estats, Paris n’est pas seullement la Capitale du Royaume; mais celle du Monde ou pour mieux dire un monde entier où ce qu’il y a de sublime dans la politique, dans les Sciences et les Arts, de libre dans la politesse, de bon dans les mœurs, de grand dans les cœurs, d’heureux et de fidelle dans le commerce, y rassemble les peuples les plus esloignez pour en composer une Ville de tous les Habitans du monde, où l’ordre dans la confusion fournit égallement à tous les moyens de subcister, et où le Bureau d’adresse et de rencontre rétably par les Ordonnances du Roy pour l’indication seulement, donne à ce monde entier les avis, les ouvertures et la facilité pour vendre, achepter, échanger et affermer soit charges, seigneuries, terres, maisons, rentes, meubles, tableaux, chevaux, carrosses et generallement tout ce qui tombe en commerce; les Maîtres de quelques conditions qu’ils soient y trouveront toutes sortes de domestiques avec les informations toutes faites pour les prendre avec une confiance égalle, et les Domestiques des conditions suivant qu’ils en sont plus ou moins capables.

[482] On étoit alors sous le coup direct des menaces de la Ligue d’Augsbourg, qui réunissoit contre nous l’Empire, l’Espagne, la Suède, la Bavière, la Saxe et, par surcroît, la Hollande et l’Angleterre, depuis que l’expulsion de Jacques II avoit eu pour conséquence l’avènement du prince d’Orange, son gendre, sous le nom de Guillaume III.

_A vendre._

1. Une charge de Ville de Cinquantenier[483], qui exempte de tutelle, curatelle, logement de gens de guerre et plusieurs autres[484], d’environ 500 l.

[483] Le cinquantenier étoit, en effet, un officier de ville. Chaque quartenier, ou officier de quartier, en avoit deux sous son commandement, auxquels il transmettoit les ordres de la ville pour qu’ils les fissent savoir aux bourgeois.

[484] Ces espèces de charges n’avoient pour bénéfices que des exemptions. On n’y étoit payé que par ce qu’on ne payoit pas.

2. Deux charges aux Siège présidial et Baillage de Vitry le François en Champagne, l’une de Président aux gages de 330 livres, et l’autre de Conseiller aux gages de 50 livres, dont les émoluments sont de 150 livres, plus un droit de deux sols pour livre sur les émoluments qui se lèvent aux dits sieges, qui est de 60 livres de rente, et du tout on fera bonne composition.

3. Une chaise roulante à ressorts sur deux roues[485], garnie d’un petit velours rouge et blanc, dont on aura bon compte.

[485] Ces sortes de chaises, que traînoit un valet, furent très longtemps en usage. On s’en servoit encore en province au commencement de ce siècle. Il y en avoit d’autres, découvertes, qu’on appeloit «chaises à parasol», qui n’étoient employées que pour promener les dames dans les jardins ou les parcs. Seignelay les avoit mises à la mode, lorsqu’il avoit reçu le roi à Sceaux au mois de juillet 1685: «Ce fut là, dit l’abbé Le Beuf, qu’on vit les premières chaises tirées par des hommes pour se promener dans les jardins. On les connoissoit à Versailles, mais elles étoient plus simples. Les chaises de Sceaux étoient à quatre personnes et quatre parasols. Les hommes qui les conduisoient ne marchoient pas devant, mais de chaque côté.» _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 379. A Marly, le roi fit établir dans les grandes allées un système de rainures de fer, pour que le mouvement de ces chaises roulantes y fût plus facile et moins cahoté. Ce sont nos premiers tramways. V. le bel ouvrage de M. Guillaumot, _Monographie du château de Marly-le-Roi_, gr. in-fol.

4. Un carrosse couppé comme neuf à six glaces, garny de velours rouge avec ses ressorts, harnois et testières garnis de cloux dorez[486] du prix d’environ 1,000 livres.

[486] La Bruyère, lorsqu’il s’est indigné du luxe de ces carrosses, n’a oublié aucun des détails qui sont ici: «les rangs de clous parfaitement dorés, les doubles soupentes, les ressorts, etc.»

5. Deux grands chevaux de carrosse poil noir à longue queue, de 4 à 5 ans, du prix de 1,100 livres.

6. Une maison à porte cochere, size à Vanvre, où il y a toutes sortes de commodités avec un clos de 4 arpens, du prix de 6,000 liv.

7. Une Maison à porte cochere, size au lieu d’Antoni, Clos et Jardin derrière de 6 arpens, avec 6 arpens de pré, du prix de 1,500 liv.

8. Une Maison à porte cochere size à Montreuil, cloz de dix arpens, où il y a parterre, jardin, potager, bois d’haute fustaye et autres choses avec quantité d’eaue, et dans une très belle veue, dont on aura bonne composition.

9. Une terre en Fief et Seigneurie, size près Mauleon en Poictou, affermée 4,200 livres, qu’on aura à bon prix.

10. Une Maison à porte cochere size sur le chemin de Chartres, 10 lieues de Paris, jardins, clos de deux arpens, sept arpens de pré, et 130 arpens de terre, le tout près et attenant la maison et du prix de 13,000 liv.

11. Une Maison à porte cochere, quartier de la Porte S. Michel, rue des Francs Bourgeois, du prix d’environ 30,000 liv.