Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Part 23

Chapter 233,846 wordsPublic domain

[365] On trouve les recettes des Dames vénitiennes pour se «blondir les cheveux» et se rajeunir le visage dans un manuscrit des archives de Venise, _Recitario della contessa Nani_, dont MM. A. Baschet et Feuillet de Conches ont publié une traduction: _Les femmes blondes de l’école vénitienne_, pet. in-8º.

[366] Appelée aussi alors fontaine de l’Échaudé, et des Comédiens du Marais (V. p. 330). Elle se trouve au carrefour des rues de Limoges, de Poitou et Vieille-du-Temple, vis-à-vis d’un cabaret de cette dernière rue, qui porte encore son enseigne sur sa grille avec cette inscription AV SOLEIL D’OR. C’est là que fut maintes fois mystifié le petit Poinsinet. (_Poésies satyriques du XVIIIe siècle_, 1788, in-12, t. I, p. 99.)

53. Vingt cinq pièces de pierres de ruyne[367] très bien assorties et disposées pour faire un grand cabinet ou un grand tabernacle. _Adr._ au Bureau.

[367] «On donne ce nom à certaines pierres figurées, sur lesquelles on voit des représentations de vieilles ruines aussi naturelles que si elles étoient l’ouvrage du pinceau.» L’abbé Prévost, _Manuel lexique_, 1755, in-12, t. II, p. 380.

90. Deux chevaux gris avec la chaise roulante à vendre pour 500 l. _Adr._ chez M. Menu, procureur au Chastelet, au coin de l’hostel de Bourgogne.

57. L’artisan chrestien, ou la Vie du _Bon Henry_, maistre cordonnier à Paris, instituteur et fondateur des Communautez des frères Cordonniers et Tailleurs[368], se vend à Paris, chez G. Desprez dans la r. S. Jacques à l’Image S. Prosper.

[368] Son vrai nom étoit Henri-Michel Bunch. Simple garçon cordonnier, il avoit, en 1645, établi la communauté des Frères de son métier, à l’imitation de laquelle fut, peu après, créée celle des frères Tailleurs. V. plus haut, sur l’une et sur l’autre, p. 61 et 67.

62. Une montre à boîte d’argent, ovale, sonnerie et réveil, et tous les mouvements excellents à vendre pour 10 pistoles. _Adr._ au Bur. où on la fera voir.

85. Le sieur Bridaut maistre diamantaire[369] continue à vendre quantité de diamant, excellent à couper le verre, qui luy sont venus depuis peu à prix raisonnable. _Adr._ aud. sieur Bridaut dans la Monnoye.

[369] On appeloit ainsi l’ouvrier qui taille le diamant.

63. La grande carte généalogique royale de France de M. Thuret[370] se débite au cadran S. Honoré[371], chez une lingère à la 4. chambre, chez M. Roger imager, sur le quay de l’Horloge, et chez M. Jaquinet graveur r. S. Anthoine, vis à vis l’hostel de Sully.

[370] Nous ne connaissons pas cette _carte généalogique_ d’Antoine Thurel et non Thuret, qui prenoit le titre d’ancien prieur de Notre-Dame-de-Homblières. Le plus ancien ouvrage que Guigard, _Biblioth. héraldique_, p. 153, cite de lui est la _Table chronologique et généalogique des rois de France_, 1687, gr. in-fol.

[371] Ce cadran se trouvoit rue Saint-Honoré, au-dessus de la porte du cloître. V. Segrais, _Œuvres_, t. II, p. 152.

72. Un collier de fort belles perles de belle eau et assez grosses, entrenettes, d’environ 1,500 l. _Adr._ chez M. Bidaux aux Galleries du Louvre.

75. _Les pensées de M. Paschal sur la Religion et sur d’autres sujets, trouvées dans son Cabinet après sa mort_, sont imprimées, et se vendent à Paris chez G. Després, r. S. Jacques, à l’Image S. Prosper[372].

[372] C’est la première édition des _Pensées_. L’annonce précédait la mise en vente. L’achevé d’imprimer n’est, en effet, que du 2 janvier, et déjà notre _Liste des avis_, datée du 1er, dit qu’elles ont paru.

91. Un beau cheval de selle gris pommelé à vendre. _Adr._ chez M. le Président Tubeuf, rue Vivien[373], derrière le Palais Royal.

[373] Le président Tubeuf, après avoir vendu à Mazarin, pour qu’il agrandît son palais, l’hôtel situé à l’angle des rues de Richelieu et des Petits-Champs, étoit allé habiter, rue Vivienne, celui devant lequel fut percée la rue Colbert.

92. Un carrosse vitré à 2 fonds de moyenne grandeur de velours rouge cramoisi à ramages à 3 glaces[374], et le train neuf à vendre. _Adr._ chez messieurs Tubeuf[375], r. Montmartre, vis à vis S. Joseph.

[374] «L’usage des glaces aux carrosses nous vient d’Italie. Bassompierre est le premier qui l’ait apporté en France.» _Longueruana_, t. I, p. 109.

[375] Ce sont les fils du président nommé tout à l’heure. Tallemant, t. VII, p. 313-314, parle de l’un d’eux, Charles, conseiller au Parlement, maître des requêtes.

97. On continue jusqu’à la feste de la Purification[376] à vendre les plus belles curiositez du Cabinet de M. Gosseneau[377], depuis 2 heures après midy jusqu’à 6 heures du soir, r. et proche la Monnoye.

[376] 2 février.

[377] Nous croyons qu’il faut lire Gosseau, comme dans la liste des curieux donnée par Spon en 1673. Il habitoit alors près des Carmélites, et peut-être, lorsqu’il vendit, comme on le voit ici, une partie de ses curiosités rue de la Monnoie, étoit-ce pour s’épargner l’ennui de les déménager.

59. On a perdu dès le mois d’octobre dernier une Eolipile, ou soufflet de cuivre rouge en forme de teste qui souffle[378]. _Adr._ à M. Audry, r. de la Ferronnerie à la Lampe.

[378] Il a déjà, dans une de nos notes, été question de l’eolypile. Nous n’y reviendrons que pour dire comment elle servoit à Descartes pour expliquer l’origine du vent: «Vous demandez, écrit l’abbé de Fleury (_Nouveaux opuscules_, p. 370), comment se fait le vent, et vous avez recours aux trésors de Dieu. Descartes dit: je vais vous en faire. Il prend une Eolipyle, qu’il remplit d’eau à demi, et la met devant le feu; l’eau échauffée et raréfiée chasse l’air avec violence, qui souffle le feu. Voilà le vent.» Mussenbrok en possédoit plusieurs d’une grande curiosité dans son cabinet à Leyde: «Une éolipile, par le moyen de laquelle on change l’eau en air... Une éolipile attachée sur un petit charriot, et courant sur le pavé d’une rapidité extraordinaire, par la vapeur qui en sort, etc.» (_Catal. des Instrum. de physique, etc., que l’on trouve chez Jean Van Musschenbroek_, 1725, in-8º, de 12 p., p. 7.)

62. Celuy qui a le secret infaillible de guérir le _miserere_, demeure toujours chez M. Le Maire, Peintre du Roy[379], r. S. Thomas du Louvre devant l’hostel de Longueville.

[379] François Lemaire, reçu de l’Académie de peinture en 1657. Il mourut en 1688.

73. Un moulin à bled portatif et aisé à placer où l’on veut, pour moudre à la main, à une et à 2 manivelles à vendre. _Adr._ au bureau, où on le fera voir s’il est besoin.

100. On continue à vendre d’excellent vin de Beaune et de Volnay en gros et en détail, r. S. Louis au Marais, au coin de la r. S. Anastase.

101. Une personne de condition va faire vendre d’excellent vin de Volnay et de S. Aubin en gros et en détail dans la r. de Richelieu, joignant le logis de M. Le Roy: La Cave sera ouverte après les Roys.

103. Un carrosse à 2 fonds, doublé de damas et velours cramoisi, avec 2 glaces de Venise, le tout fort bon, et le train neuf à vendre à prix raisonnable. _Adr._ au sieur de Turny à l’échelle du Temple[380], où il faut demander Dupré, et y aller depuis 8 heures du matin jusqu’à 10 pour le trouver.

[380] Échelle patibulaire de la Justice du Temple, placée au coin de la rue des Vieilles-Haudriettes, qui lui dut un de ses anciens noms, et de la rue du Temple. Il en est parlé dans les registres du Châtelet de 1391, et, jusqu’à l’époque de la Fronde, elle resta intacte. Elle fut brûlée alors par quelques gentilshommes frondeurs. Il ne resta qu’un des montants. V. dans le La Fontaine de la Collect. Elzevirienne, t. III, p. 259, une note communiquée par nous.

105. Le Recueil de tous les Vers mis en chant jusqu’en 1670, en 6 vol.[381] faisant près de 2,000 chansons: se vend ensemble ou séparément chez C. Barbin et G. de Luines au Palais, et chez un Chandelier devant la Croix des Petits Champs[382]; avec les livres d’airs gravez de M. Lambert[383], in-4º et in-8º, et un traité curieux de la méthode de chanter, le tout en gros ou en détail.

[381] C’est le _Recueil des plus beaux vers qui ont été mis en chant_, publié d’abord en trois parties par Charles Sercy, 1661, in-12, et repris par Barbin et De Luynes, qui l’augmentèrent de trois parties nouvelles en le continuant de 1661 jusqu’à 1670. Je ne crois pas qu’ainsi complété il se trouve dans aucune bibliothèque. Brunet, du moins, dernière édition, t. IV, col. 1167, n’en signale pas d’exemplaire.

[382] Ou Croix de Bon-Puits. Elle se trouvoit au carrefour des rues du Bouloy et des Petits-Champs, qui, à cause d’elle, s’appela plus tard et s’appelle encore rue Croix-des-Petits-Champs.

[383] V. sur lui, t. I, p. 205.

106. Un grand Théorbe de _Gaspar_[384], d’autres petits et 3 Luths, portraitz de Nanteuil[385] et autres grandes Thèses à bordure[386] à vendre ou troquer, et toutes sortes de livres à vignettes, reliez en maroquin pour la musique et le luth, à un écu la pièce. _Adr._ chez M. Quichardet, vis à vis la Croix des Petits Champs.

[384] Antérieur aux Amati, il travailla de 1560 à 1610. Il marquait ses instruments de cette étiquette: GASPAR DA SALO IN BRESCIA.

[385] Robert Nanteuil, si célèbre comme graveur de portraits, et qui étoit alors dans toute sa gloire.

[386] Ce sont ses thèses à frontispice et à bordures gravés, «toujours bonnes à garder pour l’image», comme dit la Toinette du _Malade imaginaire_.

115. Ceux qui voudront faire rentraire des vieilles tapisseries, et les faire remettre en couleur, ou en raccommoder les relais, n’auront qu’à s’adresser à M. Lourdet Tapissier du Roy à la Savonerie qui est une des maisons de l’Hopital général[387].

[387] V. une des notes précédentes, p. 320. Trois ans après, la Savonnerie était redevenue un établissement royal. Nous lisons, en effet, dans le _Récolement des Archives de l’assistance publique_ par M. Brièle, 1877, in-8º, p. 157: «Arrêt du Conseil du 22 août 1673, par lequel le Roi reprend la maison de la Savonnerie, dont il avoit fait don à l’Hôpital général, pour lequel cette maison étoit une trop lourde charge.»

118. _Biblia Heintenij cum figuris_[388], _Biblia Benedicti_[389] en grand papier, et la bible des 70 en grec, avec les diverses leçons[390] à vendre, ensemble et séparément. _Adr._ au Bureau.

[388] C’est la Bible, préparée par Jean Henten et publiée à Francfort, en 1566, in-fol., sous ce titre: _Biblia ad vetustissima exemplaria nunc recens castigata_. Les figures sont au nombre de 127, gravées sur bois.

[389] Voici le titre de la première édition: _Biblia sacra latina, juxta Vulgatam, cura Jo. Benedicti_, Parisiis, 1549, in-fol.

[390] Ce doit être celle dont voici le titre: _Divinæ Scripturæ, nempe Veteris et Novi Testamenti omnia, græce, a viro doctissimo recognita et emendata, variisque lectionibus... aucta et illustrata_. Francfort, 1597, in-fol.

120. Deux jeunes chevaux entiers de carrosse, bay brun, à vendre chez M. le Président Tubeuf, r. Vivien, derrière le Palais Royal[391].

[391] V. une des notes précédentes, p. 323.

Demandes.

8. On demande une terre relevant du Roy[392], depuis 10 jusqu’à 30 lieues de Paris, et depuis 100 jusqu’à 150,000 l. ou plus. _Adr._ au bureau.

[392] C’est-à-dire n’ayant que lui pour seigneur.

12. On demande une maison depuis 4 jusqu’à 8 lieues de Paris, sur le bord des rivières de Marne ou de Seine, en remontant depuis 4 jusqu’à 800 l. de revenu, bien bastie, où il y ait un jardin raisonnable, des bois, prez et terres. _Adr._ chez M. Guerin prestre de S. Louis, dans l’Isle Nostre Dame, rue Poultière[393].

[393] C’est le nom féminisé de la rue de l’Ile Saint-Louis, dont Le Poulletier, associé de Marie pour les constructions de ce quartier, avoit été le parrain.

22. On demande une terre à 8, 10, 12, ou 15 lieues de Paris, de 30 jusqu’à 40,000 l., où il y ait de l’eau. _Adr._ au bureau.

23. On demande un carrosse à 2 fonds de velours et vitré, du prix de 4 à 500 l. _Adr._ à M. de Sêve de Plateau, dans l’Isle Nostre Dame sur le Quay de Bourbon.

30. Si quelqu’un a un cheval gris pommelé entier, à vendre, d’une médiocre taille, ou si on en veut acheter un semblable pour appareiller[394]: on pourra s’adresser chez le sieur Pecou mareschal, rue de la Harpe, proche la rue du Foin.

[394] Dans l’_avis_ publié par _le Mercure_ de septembre 1717, p. 181, le nouveau directeur du Bureau d’adresse rappelle avec une certaine satisfaction que Louis XIII avoit ainsi «appareillé» un de ses équipages: «Ce prince, dit-il, après plusieurs recherches inutiles pour découvrir un cheval de poil Isabelle, qui pût assortir à un de ceux qui traînoient son petit carrosse, eut recours au Bureau d’adresse qui luy en indiqua un. C’est ce qui engagea Louis XIII à lire les listes du Bureau, et cette lecture a souvent mis en place des personnes qui n’étoient redevables de leurs emplois qu’à cet établissement.»

30. On demande une chocolatière d’argent[395] qui n’ait guières servy. On la payera tout ce que vaut le marc, et quelque chose de façon si elle n’est pas mal conditionnée. _Adr._ au Bureau.

[395] C’étoit un ustensile alors assez nouveau, l’usage du chocolat n’ayant guère commencé à Paris que vers 1658 ou 1660. V. _Mém._ d’Audiger, _limonadier à Paris_, nouv. édit., 1869, in-12, p. 367, et _Correspond. administ. de Louis XIV_, t. III, Introduction, p. LIII.

31. Si quelqu’un a les livres suivants imparfaits, et les veut vendre; sçavoir le 1 tome d’Horace de M. de Marolles, le 3 tome des leçons de Canisius[396], _H. Rosvitæ opera de Sanctis Germaniæ in-fol. Norimbergæ_, 1601[397], _Metam. Ovidii cum indice Pompeii Pasqualini_, 1614, in-8º. Il peut s’adresser au libraire du Grand Conseil dans le Cloistre S. Germain.

[396] Il s’agit des _Antiquæ lectiones_ de H. Canisius, 1601-1608, 7 vol. in-4º.

[397] Nous n’avons vu indiqué nulle part cet ouvrage de Hrosvita.

46. On demande 6 ou 8 feuilles de paravent simples et assez honnestes. _Adr._ au bureau.

87. On demande un lit de 4 pieds ou environ de largeur, du Camelot de Hollande, doublé de quelque petit satin bien propre, avec des sièges revenans. _Adr._ chez un bourrelier, qui est au milieu de la rue des Juifs.

66. On demande un fauteuil renversé à cremillière[398], qui soit fort bon et bien garny sans housse. _Adr._ au bureau.

[398] Lisez cremaillère. Richelet, du reste, admet l’orthographe que nous voyons ici: «chaise à _cremilière_, dit-il, ou chaise de commodité.» Le Théâtre-François possède encore, parmi ses accessoires, de ces vieux et énormes fauteuils dont le dossier se renverse ou se remonte à l’aide d’une crémaillère. Molière en possédoit un de ce genre. (Eud. Soulié, _Recherches_, p. 267.)

119. On demande une terre en titre de comté ou de marquisat, ou fort seigneuriale, de 40 à 50 mil écus, à 20 ou 30 lieues de Paris, du costé de Chartres ou le Vexin françois, dans le ressort du Parlement de Paris. _Adr._ chez M. Rautier épicier, r. Montmartre près la rue Tiquetonne.

Nota, _qu’il ne faut point avoir d’égard au num. 69 de la pag. 8[399] parce que, par le moyen de la communication du Registre, cet article a esté expédié comme les autres defaillans, avant qu’on eust achevé d’imprimer_.

[399] Ici cet article est à la p. 315.

_Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis à quinze deniers la pièce._

Il y aura un escriteau pour les remarquer.

Rue de la Verrerie au coin de la rue de la Poterie, M. Bullot, chandelier.

Vieille rue du Temple, près la fontaine des petits Comédiens[400], M. Cagnard, chandelier.

[400] V. sur cette fontaine, p. 321. On appeloit Comédiens du Marais ceux dont le théâtre, où Corneille fit jouer la plupart de ses pièces, se trouvoit à peu près à l’endroit occupé aujourd’hui par le nº 90 de la rue Vieille-du-Temple, derrière l’École centrale, établie, comme on sait, rue de Thorigny, dans l’ancien hôtel d’Aubert, traitant de la gabelle du Sel, auquel il avoit dû son nom d’_Hôtel-Salé_. V. Tallemant, édit. P. Paris, 391, et IX, 451.

Rue Grenier saint Lazare, près la rue Beaubourg, M. Macé chandelier.

Rue Montmartre, proche la rue du Mail, M. Cazimir chandelier.

Rue saint Honoré aux bastons Royaux[401], au Bureau des carrosses.

[401] V. plus haut.

Rue Taranne au fauxbourg saint Germain, au coin du carrefour saint Benoist, M. Rossy chandelier.

Rue S. Jacques vis à vis S. Yves, à la Toison d’or, M. Le Petit et Michallet libraires.

Sous la porte S. Marcel, M. de S. Denis marchand.

Isle Nostre Dame, au carrefour de la rue des deux ponts, M. Bichebois chandelier.

Rue saint Antoine, près la Place Royale, au Bureau des carrosses.

A la descente du Pont Marie, proche la Barrière, M. Pierre Paul limonadier[402].

[402] Un café existe encore au même endroit. C’est un des plus anciens, sinon le plus ancien de Paris.

Rue de la Vieille draperie, au milieu, à la Vision de Jacob, M. Horait chandelier.

Grande Sale du Palais vis à vis la grand’Chambre, M. de Ligny.

Au bout du pont S. Michel, rue de la Boucherie, M. Moet libraire à S. Alexis.

AU BUREAU D’ADRESSE, rue Thibault aux dez.

_Dans tous ces bureaux on ne débitera jamais de listes vieilles, mais seulement ceux de la Quinzaine suivante. S’il s’en trouve ailleurs, on n’y doit point avoir d’égard._

Avec privilège et permission.

LISTE GÉNÉRALE

DU

BUREAU D’ADRESSE ET D’AVIS

PAR PRIVILÈGE DU ROY.

_Du 7 Aoust 1688_[403].

[403] V. _Introduction_, p. xlj.

L’on continüera à l’avenir de faire imprimer notre Liste d’avis tous les quinze jours, afin que le public puisse avoir le temps de se reconnoistre.

On ne remet sur cette liste que quelques uns des articles qui estoient sur la précédente, et dont le droit a esté payé.

Les domestiques de l’un et l’autre sexe viennent continuellement au Bureau, où l’on les examine avec beaucoup d’exactitude, aussi bien que leurs repondans, pour les pouvoir produire en seureté à ceux qui en viennent demander.

_A vendre._

1. Une tres belle maison scize rue de la Verrerie, proche S. Mery, louée à présent à une seule personne 1800 liv.

2. Une maison à porte cochère très bien bastie, scize à Soisy sous Etiole[404], six lieues de Paris, proche la rivière de Seine, grand Jardin clos de murs[405], vignes, et autres choses dont on fournira un estat au Bureau, du prix de 10,000 liv.

[404] C’est aujourd’hui une commune d’un millier d’habitants dans le canton de Corbeil.

[405] C’étoit un point très important alors, car ne faisoit pas qui vouloit enclore de murs parc ou jardin; on en a la preuve par les registres du Parlement, où l’on trouve par exemple, à la date du 30 mai 1663, confirmation des lettres portant permission à Le Tellier de faire enclore six cents arpents de terre en son parc de Chaville.

3. Un cheval entier avec tous ses crains, poil bay, de bonne taille, âgé de six ans, fort vigoureux, propre pour la selle et pour le manege, du prix de quarante loüis d’or[406], avec douze jeunes chiens courants blanc et noir entre deux tailles, bons pour le chevreuil et lièvre, du prix de vingt quatre loüis d’or.

[406] Ces chevaux de selle et de manège, toujours bien supérieurs comme prix aux chevaux de labour, se vendoient quelquefois jusqu’à quinze cents livres. V., dans les _Mémoires des Intendants_, celui de la Généralité de Limoges, au chapitre des _Haras_.

4. Une chaise roulante à ressorts à deux places pour un cheval, garnie de drap gris, et d’une campanne soye[407], l’imperialle ronde[408], avec les harnois de deux chevaux, du prix de 120 liv.

[407] La campane étoit un ornement à franges, dont la forme étoit celle d’une cloche (_campana_).

[408] L’impériale, lorsqu’elle étoit ronde comme ici, faisoit sur le dessus des carrosses et chaises l’effet d’une couronne d’empereur. De là son nom, encore aujourd’hui en usage.

5. Pour 60,000 liv. de rente sur l’Hôtel de Ville, en plusieurs contracts créés au denier dix huit[409], et qu’on veut vendre au denier vingt; l’argent sera employé en acquisition de fonds, dont on fournira un estat à la charge du decret.

[409] C’est-à-dire un denier d’intérêt pour dix-huit prêtés, ce qui équivaut à un peu moins de six pour cent, comme le denier vingt à cinq pour cent environ.

6. Une maison à porte cochère scize à Gentilly, très belle et bien bastie, où il y a toutes sortes de commoditez, avec un grand jardin clos de murs, garny d’arbres fruitiers, du prix d’environ 7,000 liv. Il y a seureté pour l’acquisition; on s’accommodera du prix pourvu qu’il y en ait la moitié ou le tiers comptant: on aura au Bureau un estat plus au long de la dite maison.

7. Un lit de bois noyer de six pieds de large, garny d’un somier de paille, matelat, lit de plume et courte pointe serge de S. Lau[410], couleur d’ecarlatte, avec sa housse mesme serge et couleur, du prix de 120 liv. Quinze petites chaises pour la table couvertes de mocades[411] à fleurs de plusieurs couleurs à fond vert de 3 liv. pièce. Une grande aumoire[412] bois sapin à deux portes fermant à clef, servant de garde-meuble, du prix de 40 liv. et une chaise bourgeoise à porteur, garnie d’une étoffe de soye de 30 liv. Le tout bon et de hasard, et qu’on vendra ensemble ou séparément.

[410] Lisez Saint-Lô, dont la fabrication de la serge est encore une des industries.

[411] C’est une forme du mot «moquette», qui se rapprochoit davantage de _camocas_, nom de l’étoffe bien connue au moyen âge, dont la moquette ou mocade étoit une imitation plus moderne. V. plus haut, p. 315.

[412] Le peuple, qui dit «ormoire» pour armoire, se rapproche par sa prononciation de la forme du mot, telle qu’elle est ici, et en même temps de la racine latine, _aumarium_, lieu secret, cachette, suivant le sens que ce mot a dans Pétrone (édit. Burmann, p. 868). _Aumoire_ ne fut remplacé que fort tard par armoire. Il se trouve dans le _Roman du Renard_, vers 3 et 259, et, comme on le voit ici, il étoit encore usuel au XVIIe siècle. L’annotateur du _Catalogue Soleinne_, t. I, p. 227, le rencontrant dans une pièce du même temps, _Le Murmure des femmes_, croit par erreur qu’il vient d’aumusse.--Ajoutons qu’«armoire» toutefois s’employoit déjà. On le trouve dans le _Journal_ de Fr. Colletet, 3 sept. 1676, avec des détails sur ce genre de meuble, tel qu’on le travailloit de son temps: «_On sçait_, dit-il, _une belle paire d’armoires à vendre, toute neuve, et fort bien travaillée à deux grands guichets brisez, pour serrer des habits, du linge ou d’autres hardes: Elle est de ces beaux bois ondoyez, et faite par un bon ouvrier: et elle pourroit estre commode même pour serrer des livres curieux et particuliers dans une Bibliothèque_.»

8. Une très belle maison à porte cochere bien bastie, située au Plessis-Chenet, paroisse du Coudray[413], sept lieues de Paris, proche la rivière de Seine, avec jardin, clos de vingt quatre arpens, où il y a pré, terre, vigne, bois taillis et d’haute fustaye, et plusieurs autres belles commoditez, du prix de 12,000 liv. On aura au Bureau un estat au long de la dite maison.

[413] Le Plessis-Chenet est aujourd’hui un écart de la petite commune du Coudray-Monceaux, dans le canton de Corbeil.

9. Une charge de somier de vaicelle[414] ordinaire de chanssonnerie[415] chez Madame la Dauphine à franc estrillé[416], qui jouit de tous les privilèges aux gages fixes de 300 liv. par an[417], payez par quartier, avec logement et bouche à cour[418] du prix de 4,000 livres.

[414] Le sommier de vaisselle avoit pour office le transport sur un cheval de somme ou _sommier_ de la vaisselle dont avoit besoin la maison du roi, ou celles des princes et princesses quand elles se déplaçoient.

[415] Lisez «échançonnerie».