Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2
Part 21
[249] Quelques tragédies et une farce, _les Carrosses d’Orléans_, firent beaucoup moins pour sa réception, en 1688, à la place de Furetière, que son titre de secrétaire des commandements du prince de Conti. Il fit aussi une sorte de roman, _les Amours de Catulle_, dont se souvenoit La Bruyère lorsque, parlant de lui et du jeune prince, il dit: «CATULLE et son élève...» _Caractères_, édit. Walckn., t. I, p. 504.--La Chapelle eut pour successeur, en 1723, l’abbé d’Olivet.
1689. François DE CALLIÈRES, seigneur de la Rochechellay et de Gigny, conseiller ordinaire du Roy en ses conseils, secrétaire du Cabinet de Sa Majesté[250], _rue de Cléry_[251].
[250] Comme le comte de Crecy qu’on a trouvé plus haut, p. 292, il étoit arrivé à l’Académie, en 1689, à la place de Quinault, par ses services d’ambassadeur. Le cardinal de Fleury le remplaça en 1717.
[251] Il y occupoit, comme l’abbé Tallemant, Pavillon, et plusieurs autres, un de ces nouveaux hôtels qu’on appeloit des «Cléry», et qui mirent, à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe ce quartier à la mode. Il acheta, en 1709, à Jacques Paget, moyennant 60,000 livres, une maison de la rue Neuve-Saint-Augustin, dont il disposa, en faveur de l’Hôtel-Dieu de Paris, par un legs, déjà mentionné plus haut, t. I, p. 113, note 1.--V. aussi _Inventaire des archives hospitalières_, HÔTEL-DIEU, t. I, p. 79.
Eusèbe RENAUDOT, prieur de Fossey[252], _rue de Richelieu_[253].
[252] Il étoit l’aîné des quatorze enfants de Théophraste Renaudot, créateur de la Gazette. Ses écrits ecclésiastiques le firent admettre en 1689, à la place de Doujat. L’abbé Roquette fut son successeur en 1720.
[253] Au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin. On voit en effet par le testament de Callières, rappelé tout à l’heure, que sa maison située dans cette rue touchoit à celle de l’abbé Renaudot.
1691. Bernard DE FONTENELLE, secrétaire de l’Académie des sciences[254], _au Palais-Royal_[255].
[254] Reçu en 1691, à la place de Villayer, il mourut doyen de l’Académie en 1757, et eut A. L. Séguier pour successeur.
[255] Il avoit d’abord, comme on l’a vu plus haut, p. 293, habité chez son oncle Th. Corneille, puis chez son ami M. des Haguais. Le duc de Chartres, devenu duc d’Orléans en 1701, le logea au Palais-Royal, «dans un galetas», comme il disoit lui-même, pour le dispenser de lui en avoir de la reconnaissance. En 1730, il dut en partir, la dévotion du nouveau duc d’Orléans ne s’accommodant pas de sa philosophie, ce qui fit dire dans une épigramme:
Puis le vieux normand parasite, D’athéisme monstre infernal, Délogé du Palais-Royal Depuis que la vertu l’habite.
Fontenelle prit alors un appartement, rue du Faubourg-St-Honoré, près de l’Assomption, où il mourut le 9 janvier 1757, et dont on peut voir la description dans les _Annonces affiches_ de 1758, p. 41-42.
Estienne PAVILLON[256], ci-devant avocat général au parlement de Metz[257], _rue de Cléry_[258].
[256] Il eut pour prédécesseur Benserade, qu’il remplaça en 1691, et pour successeur, en 1705, Brulard de Sillery.
[257] Il s’étoit de bonne heure démis de cette charge et ne s’étoit plus donné qu’au monde et aux lettres.
[258] Il y étoit voisin de son ami Callières, et du trésorier Damon (V. t. I, p. 38) dont la femme reçut souvent l’hommage de ses vers. Lorsque la goutte, qui le cloua chez lui si longtemps, l’eut tout à fait empêché de sortir, il reçut nombreuse compagnie. Le monde, où il n’alloit plus, venoit à lui. V. à ce sujet son _Éloge_, par un autre de ses voisins, l’abbé Tallemant, dans l’_Histoire de l’Académie des inscriptions_.
1692. Jacques DE TOURREIL[259], _rue des Douze Portes, près la rue St Louis au Marais_[260].
[259] Il avoit succédé à Michel Le Clerc en 1692, et il fut remplacé en 1714 par Rolland-Mallet. Pontchartrain, dont il élevoit le fils, contribua beaucoup à son élection, comme il avoit aidé à celle de Pavillon, son parent.
[260] C’étoit sans doute la maison où Scarron étoit mort, et que Crébillon devoit un peu plus tard habiter si longtemps.
1693. François DE SALIGNAC DE FENELON, archevesque de Cambray[261].
[261] L’auteur de _Télémaque_ avoit succédé à Pélisson en 1693; De Boze lui succéda en 1715.
Jean Paul BIGNON, abbé de Saint Quentin[262], conseiller d’Estat ordinaire[263], _rue des Bernardins_[264].
[262] Il succéda le 15 juin 1693 à Bussy, et eut pour successeur, en 1743, un de ses parents, Jérôme Bignon. Il étoit aussi de l’Académie des sciences et de celle des Inscriptions.
[263] Il devint un peu plus tard doyen de Saint-Germain l’Auxerrois, puis bibliothécaire du cabinet du roi, charge que Dacier lui vendit 30,000 liv., tout en gardant les appointements de 1,200 liv., et le logement au Louvre (_Mercure_, fév. 1720, p. 180).
[264] V. sur l’hôtel des Bignon dans cette rue, t. I, p. 48, note 4. Le czar Pierre le visita peu de temps après que M. de Torpane le leur eut acheté (_Mercure_, juin 1717, p. 193).
Simon DE LA LOUBÈRE[265].
[265] Encore une créature académique de Pontchartrain. Son seul titre sérieux étoit d’avoir fait partie de l’ambassade à Siam. Il avoit succédé en 1693 à François Tallemant, et l’abbé Sallier le remplaça en 1729. Si son adresse manque ici, c’est qu’il s’étoit retiré de bonne heure à Toulouse, sa ville natale, où on lui dut le rétablissement des Jeux floraux.
1694. Jean François Paul LEFEVRE DE CAUMARTIN, abbé de Nostre Dame de Buzay[266], _rue Neuve St Estienne_ au faubourg St Victor.
[266] Reçu en 1694, à la place de l’abbé de Lavau, n’ayant guère que vingt-six ans, il eut Moncrif pour successeur en 1733. Pontchartrain, qui avoit contribué à le faire élire, aida aussi à le tirer de l’assez fâcheuse affaire où il s’étoit jeté en persiflant l’évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, que peu de mois après sa propre élection il avoit dû, comme directeur, recevoir académicien. Le roi, qui s’étoit prêté d’abord à la plaisanterie, la trouva trop forte une fois faite; il ne parloit pas moins que d’exiler Caumartin dans son abbaye de Buzay en Bretagne, lorsque l’intervention de Pontchartrain le sauva. (V. Saint-Simon, t. I, p. 134, et _Lettres_ de Sévigné, édit. Hachette, t. X, p. 218.) L’abbé de Caumartin devint plus tard évêque de Vannes, puis de Blois.
1695. Charles CASTEL DE S. PIERRE[267], premier Aumosnier de MADAME, _au Palais-Royal_[268].
[267] Élu en 1695 à la place de Bergeret, il fut exclu des séances en 1718, à la suite d’une dénonciation du cardinal de Polignac contre son _Discours sur la Polysydonie_, dans lequel il attaquoit vivement le gouvernement personnel du feu roi, et demandoit qu’on y substituât l’autorité de plusieurs conseils ou _Synodes_. On ne lui donna toutefois un successeur qu’à sa mort, en 1743; ce fut Maupertuis.
[268] Ce logement au Palais-Royal, qu’il avoit comme aumônier de Madame, mère du Régent, lui fut conservé même après son exclusion de l’Académie.
Jules DE CLÉRAMBAULT, abbé de Saint-Taurin, d’Evreux, de Nostre Dame du Lieu-Dieu en Jard, et de St Savin, _rue des Bons Enfants, près le palais Royal_[269].
[269] Fils du maréchal de Clérambault. Le fauteuil de La Fontaine lui échut en 1695, et «comme il étoit contrefait, dit d’Alembert, les mauvais plaisants prétendirent que c’étoit Ésope qui succédoit à La Fontaine». L’abbé Massieu le remplaça en 1714.
André DACIER, garde des livres du Cabinet du Roy, _au Louvre_[270].
[270] Il fut célèbre pour son érudition dans les lettres grecques, mais moins que sa femme, dont La Bruyère demandoit l’admission à l’Académie. Dacier y fut élu, en 1695, pour le fauteuil de l’archevêque de Paris, M. de Harlay. Il étoit déjà garde des livres du cabinet du Louvre, charge que le roi avoit rétablie en sa faveur pour le récompenser de son Recueil sur les Pythagoriciens (V. à la p. préc. l’art. sur l’abbé Bignon). Dacier mourut en 1722. Le cardinal Dubois le remplaça.
1696. Claude FLEURY[271], abbé du Loc-Dieu, sous-précepteur de Messeigneurs les Enfants de France, _rue St Louis au Marais_[272].
[271] Auteur de l’_Histoire ecclésiastique_. Il fut, en 1696, le successeur de La Bruyère, son ami, et fut remplacé lui-même, en 1722, par le diplomate Adam.
[272] Le roi lui avoit donné l’abbaye de Loc-Dieu, après l’éducation du duc de Vermandois, il lui accorda le prieuré d’Argenteuil après celle du duc de Bourgogne. Dès lors il résida dans ce prieuré, beaucoup plus qu’il ne logea rue Saint-Louis.
1699. Louis COUSIN[273], président en la Cour des Monnoyes[274], _rue Guenegaud_.
[273] Il avoit en 1697 succédé à l’évêque d’Acqs, M. de Chaumont. Le marquis de Mimeure lui succéda en 1707.
[274] V. plus haut, t. I, p. 69. Le président Cousin avoit d’abord été directeur du _Journal des savants_ et censeur royal. Il légua ses livres à la bibliothèque de Saint-Victor, avec un fonds de vingt mille francs pour en augmenter le nombre. V. t. I, p. 137.
1698. Charles Claude GENEST[275], abbé de Saint-Vilmer[276], aumosnier ordinaire de Madame la duchesse d’Orléans[277], _cloistre Saint Honoré_.
[275] Il avoit succédé, en 1698, à Claude Boyer, comme académicien, pour des tragédies qui ne valoient guère mieux que les siennes. Son fauteuil échut après lui, en 1720, à l’abbé Dubos.
[276] Ce bénéfice, de 500 écus de rente au plus, fut tout ce qu’il put obtenir du roi.
[277] Mademoiselle de Blois, fille du roi et de madame de Montespan, avoit eu l’abbé Genest pour précepteur. Devenue femme du duc d’Orléans, futur Régent, elle le garda près d’elle comme aumônier, et lui fit avoir, après la mort du roi, 2,000 fr. de pension sur l’archevêché de Sens.
1699. Jean Baptiste Henry DU TROUSSET DE VALINCOUR[278], secrétaire général de la Marine et des Commandements de Monseigneur le comte de Toulouze. _Cloistre Nostre-Dame_[279].
[278] Bel esprit plutôt qu’auteur, il succéda, en 1699, à Racine son ami. Il eut en 1730 La Faye pour successeur.
[279] Il quitta le Cloître un peu plus tard pour venir habiter l’hôtel du comte de Toulouse, dont il étoit, comme il est dit ici, le secrétaire des commandements. On sait que cet hôtel est aujourd’hui celui de la Banque. M. de Toulouse étant amiral, on comprend que Valincourt, qui l’avoit suivi dans quelques expéditions, et même y avoit été blessé, pût être secrétaire général de la marine.
1701. Louis DE SACY, avocat, _rue Beaubourg_[280].
[280] Il plaida peu, traduisit beaucoup et n’imagina rien. C’est la coterie du salon de madame de Lambert qui le fit recevoir académicien en 1701, à la place du président Rose. Montesquieu lui succéda en 1728.
Nicolas DE MALEZIEU[281], chancelier de Dombes, _à l’Arsenal_[282].
[281] Le grand amuseur de la cour de la duchesse du Maine à Paris et à Sceaux. Le fauteuil de l’évêque de Noyon, dont il a été parlé plus haut, lui échut en 1701. Il y fut remplacé en 1727 par le président Bouhier.
[282] Le duc et la duchesse du Maine tenoient leur cour à l’Arsenal, le duc étant grand maître de l’artillerie depuis 1694, il étoit donc naturel que Malézieux y logeât aussi. Sa charge de chancelier de Dombes s’explique de même par la souveraineté du duc sur cette principauté.
Jean Galbert CAMPISTRON[283], secrétaire général des galères, _rue de Grenelle, fauxbourg Saint Germain_[284].
[283] Le singe de Racine, comme on avoit dit de Silius Italicus qu’il étoit celui de Virgile. Il avoit remplacé Segrais en 1701, et il eut Destouches pour successeur en 1723.
[284] La charge de secrétaire général des galères, qu’il avoit eue en 1694 après la mort de Duché, et qui lui fut confirmée par le roi en 1699, lui valoit 3,000 livres. Il la devoit au duc de Vendôme, qui étoit lui-même général des galères, et auquel, après lui avoir été présenté par Racine, il resta toujours attaché.
1702. Jean François DE CHAMILLART[285], Evesque de Senlis[286], et premier aumosnier de Madame la Duchesse de Bourgogne, _rue de Richelieu_.
[285] C’est sa parenté très proche avec le ministre Chamillart qui l’avoit fait arriver au fauteuil laissé vacant en 1702 par la mort de Charpentier; il l’occupa jusqu’en 1714. Le maréchal de Villars l’y remplaça.
[286] Il avoit eu d’abord l’évêché de Dol.
Pierre de CAMBOUT, duc de COISLIN, pair de France[287], _à l’Hostel de Coislin, rue de Richelieu_[288].
[287] Il avoit succédé, en 1702, à son père que nous avons vu sur la liste précédente, p. 279; il eut en 1710 son fils pour successeur.
[288] C’est l’hôtel qu’avoit fait construire le commandeur de Jars, et qui fut un des premiers de la rue de Richelieu. Il touchoit à l’hôtel Louvois, dont la place du même nom occupe le terrain aujourd’hui. Le jardin de l’hôtel de Coislin avoit une porte sur la rue Sainte-Anne, où logeoit Bossuet, ce qui lui permettoit, avec l’agrément du duc son confrère, de venir s’y promener et même d’y recevoir des visites. (_Journal_ de l’abbé Le Dieu, t. III, p. 14.)
1704. Armand Gaston DE ROHAN, Evesque et prince de Strasbourg[289], _à l’Hostel de Soubize au Marais_[290].
[289] Reçu à la place de Claude Perrault en 1704, il eut pour successeur, en 1749, l’évêque de Rennes, Vauréal, qui avoit encore moins de titres que lui.
[290] C’est aujourd’hui, comme on sait, le palais des Archives.
Melchior DE POLIGNAC[291], abbé de Bonport[292], _rue St Dominique, fauxbourg St Germain_.
[291] Auteur de l’_Anti-Lucrèce_, il fut élu en 1704 à la place de Bossuet, et eut Giry pour successeur en 1741.
[292] Il fut plus tard archevêque d’Auch et cardinal.
Gaspar ABEILLE, prieur de Nostre Dame de la Mercy[293], _près la Porte St Honoré, à l’Hostel de Luxembourg_[294].
[293] Quelques tragédies oubliées furent ses seuls titres à l’Académie, où il arriva en 1704, à la place de l’abbé Boileau, et où l’abbé Mongault lui succéda en 1718.
[294] La rue Neuve-de-Luxembourg remplace cet hôtel. Abeille y logeoit comme secrétaire des commandements du maréchal de Luxembourg.
Jean Baptiste COIGNARD, imprimeur et libraire ordinaire du Roy, _rue St Jacques, près St Yves_[295].
[295] V. plus haut, t. I, p. 189, et II, 288.--Quand le _Dictionnaire_ eut été publié, le travail de Coignard pour l’Académie fut assez restreint. Il se réduisit presque à l’impression de quelques _Avis_ sur de petits morceaux de papier grands comme la main, dans le genre de celui-ci, que nous copions textuellement sur l’original:
«M.
«Vous estes adverty de la part de Monsieur le Directeur de l’Académie françoise, de vous trouver Samedy prochain deuxième jour de Décembre mil sept cent treize, à l’assemblée qui se tiendra au Louvre à trois heures précises après midy, pour le second scrutin de l’élection d’un Académicien à la place de feu M. l’abbé Regnier des Marais.»
LISTE
DES
AVIS DU BUREAU D’ADRESSE
_Pour servir depuis le premier jour de l’an 1670[296]._
[296] V. pour cette liste notre _Introduction_, t. I, p. xxxiv.
On continuera à recevoir les avis tous les jours, jusqu’au 12 de ce mois inclusivement, et aux heures ordinaires, pour le Livre suivant, qui se trouvera aux Bureaux, le 16 à midy, jusqu’à la fin du mois.
_On enseigne _gratis_ à l’ordinaire les adresses qui sont faites au Bureau._
On ne se mettroit pas en peine de faire des avertissements sur l’utilité du Bureau d’adr. si on n’avoit à faire qu’à ceux qui s’en sont servis: mais comme le débit des Livres a fait remarquer que quantité de gens ne font que commencer à en prendre connoissance, et qu’il les faut aussi instruire des avantages qu’ils en peuvent tirer, il est du moins bon d’apprendre aux derniers venus qu’il n’y a pas une voie au monde plus seure, plus abrégée et plus comode que celle là pour trouver ce qu’on souhaite, pour se défaire de ce qu’on ne veut point garder, et pour sçavoir et faire sçavoir aux autres tout ce qu’il est besoin qu’on sçache[297]. L’exemple de cette Liste fait assez voir comment elle produit cet effet, pour apprendre à chacun comment il s’en pourra servir.
[297] Lorsqu’en septembre 1717 le _Bureau d’adresse_, qui prit alors le titre de _Bureau général privilégié d’adresse et de rencontre_, dut rouvrir rue Saint-Sauveur, «l’avis très utile au Public», qui l’annonça dans _le Mercure_, reproduisit presque textuellement ce qu’on lit ici. V. _le Mercure_, sept. 1717, p. 178-183.
Mais il faut à l’occasion satisfaire icy à la plainte de quelques uns contre ces Listes, prétendans qu’elles ne soient toutes que la même chose, sous prétexte seulement qu’ils ont pu voir en chacune, peut-estre 10 ou 12, ou fort peu plus d’avis repétez de l’une en l’autre[298]. Il suffiroit de répondre en un mot, que quand il y auroit quatre fois autant de répétitions, on ne pourroit encore honnestement plaindre ce peu qu’il en couste pour voir les autres avis nouveaux, dont on donneroit souvent dix ou vingt fois autant pour avoir la connoissance d’un seul. Mais de plus, ils doivent, une fois pour toutes, considérer qu’à peine voit-on jamais trois fois de suite cinq ou six avis de choses à vendre ou demandées, si elles ne sont d’une grande conséquence; et qu’à l’égard de ceux qui font sçavoir leur demeure et les choses qu’ils débitent, et de ceux qui ont coutume d’afficher, ils doivent nécessairement estre repetez non seulement trois ou quatre fois, mais toujours, puisqu’il y a continuellement des gens nouveaux qui ont besoin de les connoistre. Et ainsi ce petit nombre d’avis renouvellez, outre qu’il n’est pas considérable à proportion des nouveaux, pour faire qu’on songe à espergner 15 deniers pour les voir[299], est même une chose nécessaire à tout le monde, pour trouver toujours à point nommé de certaines gens et de certaines choses dont on peut avoir affaire.
[298] Nous aurons plusieurs fois à signaler de ces répétitions dans les listes suivantes.
[299] C’est-à-dire un sou trois liards. C’est ce que coûtoit, comme on le verra plus loin, chaque exemplaire de ces _listes_.
_Immeubles à louer, vendre ou échanger._
9. Maison à porte cochère à louer présentement, rue des Poitevins, près St. André des Arts, ayant court, remise, escurie à 4 chevaux, 3 estages par le devant de chacun 4 pièces de plain pied, et un petit corps de logis à 2 étages sur le derrière, le tout pour 900 livr. _Adresse_ chez M. le Président de Mesgrigny, dans la mesme rue[300].
[300] Cet hôtel de Mesgrigny existe encore au bout de la rue des Poitevins, près du retour en équerre qu’elle fait pour gagner la rue Serpente. Il fut occupé longtemps par le libraire Panckoucke, qui en avoit fait un véritable musée archéologique, décrit, ainsi que l’hôtel, dans sa brochure: _Collection d’antiquités égyptiennes, grecques, romaines, etc., etc._, 1841, in-8º.--Germain Brice, dans l’édit. de 1684, in-12, de sa _Description de Paris_, t. II, p. 128, a dit quelques mots de l’hôtel Mesgrigny, que le président, auquel il doit son nom, habitoit encore à cette époque: «Il est bâti avec beaucoup de régularité, et, quoique les appartements n’en soient pas fort spacieux, ils ne laissent pas d’être commodes.»
10. Petite maison à louer presentement 60 escus, ayant cuisine sous terre, cave, chambre et anti-chambre à cheminée de plain-pied, 3 ou 4 cabinets, et une grande terrasse. _Adr. et rue_ comme au précédent.
11. La maison blanche proche la maison rouge[301] à louer présentement à Chaliot, ayant 2 grands corps de logis, quantité de grandes chambres, jardin et court, où il y a savonnerie, et des caves dans les carrières[302]. _Adr._ chez M. La Mouche, rue de Betisi, à la ville d’Arras.
[301] Guinguette fort à la mode au XVIIe siècle, comme on le voit dans _Les Pièces comiques_, 1671, pet. in-12, p. 210, 229. Les grandes dames y alloient encore en parties fines du temps de Voltaire. Longchamp, son valet de chambre, nous a dit dans ses _Mémoires_, t. II, p. 126, tout le débraillé d’un souper qu’y firent Mmes du Chatelet, du Deffand, de Mailly, de Gouvernet et de La Popelinière.
[302] Ce sont les carrières, situées sous l’ancienne butte des Bonshommes, dont on a tant parlé lorsqu’on a dû construire, pour l’exposition dernière, le palais du Trocadéro.
26. Grand Hostel à louer pour Pasques, ayant 2 corps de logis, grande court, basse court, qui sont dans la rue des Maquignons[303], 5 ou 6 remises, 2 escuries pour 30 chevaux, le tout pour 2,700 l. _Adr._ chez M. le Procureur général de la Chambre des Comptes, rue de Richelieu.
[303] Elle étoit alors nouvelle, comme le marché aux chevaux, auquel elle conduisoit et qui avoit été transporté là quand la Butte Saint-Roch avoit commencé d’être aplanie. On l’appeloit plus communément _rue Maquignonne_. Au commencement de ce siècle, elle prit le nom de rue de l’_Essai_. C’est en effet sur tout son parcours, depuis la rue de Poliveau jusqu’au marché, que l’on «essaie» les chevaux à vendre.
27. Grand Hostel à louer ou à vendre présentement propre pour un grand Seigneur, ou pour un grand Bureau ou un grand Magasin; il y a basse court et des escuries pour 50 chevaux. _Adr._ audit lieu r. Betisi, proche la rue S. Germain[304].
[304] Lisez: rue des Fossés-St-Germain-l’Auxerrois, qui en étoit le prolongement.
33. Maison à porte cochère à louer ou à vendre presentement, r. du Brac[305], attenant à l’Eglise de la Mercy, ayant escurie, remises et autres appartenances. _Adr._ chez M. le marquis d’Espinay[306], rue de Richelieu.
[305] Son vrai nom est rue de Braque. Elle le doit à Arnoul de Braque, qui, en 1348, avoit fait bâtir, à l’angle qu’elle forme avec la rue du Chaume, une chapelle devenue plus tard chapelle de la Mercy, reconstruite au XVIIe siècle, démolie à moitié pendant la Révolution, puis enfin remplacée depuis peu par une maison bourgeoise, après avoir été longtemps un magasin de charbons.
[306] François d’Espinay, marquis de Saint-Luc, petit-fils du commandant de Paris sous Richelieu. Il mourut en 1694.
34. Grande maison à louer pour Pasques, rue Neufve Montmartre[307]. Deux corps de logis, un grand et un petit, chacun à trois estages, offices, caves, trois remises, deux escuries pour quinze chevaux, une court à tourner un carrosse à six chevaux, et un grand jardin au bout, le tout de 1,000 livr. _Adr._ à madame Balduc Orphevresse, rue Bourg Labbé, à la ville de Sedan.
[307] On appeloit ainsi la partie de la rue Montmartre qui, depuis la rue Neuve-Saint-Eustache, à l’extrémité de laquelle la porte Montmartre avoit longtemps existé, s’étendoit jusqu’au rempart.
78. Grande maison à louer presentement, ayant 2 corps de logis separez avec leurs courts de mesme, l’un à porte cochère pour 1,000 l. et l’autre à petite porte pour 550 l. dans le cul de sac de la r. S. Denis, proche la r. aux Ours[308]. _Adr._ à mad. Ferrand aud. lieu.
[308] C’est l’_Impasse des Peintres_, séparée par quatre ou cinq maisons seulement du point de jonction de la rue aux Ours et de la rue Saint-Denis.
43. Une chambre à louer presentement, r. S. Honoré, dans la court du Charroy[309], propre pour un homme et son valet, qu’on pourra aussi prendre en pension au mesme estage. _Adr._ à mad. de S. Robert, r. S. Honoré, chez M. Du Pont, proche les Jacobins.
[309] Nous ignorons où se trouvoit cette cour, qui sans nul doute--son nom l’indique--servoit à remiser «le charroi» des équipages. Peut-être, comme la suite le feroit croire, se trouvoit-elle rue Saint-Honoré près des Jacobins.
86. Maison à louer présentement, r. Geoffroy Lasnier, louée 1,700 l. _Adr._ à M. de la Barre, dans l’Isle Nostre Dame, sur le Quay Daufin[310].