Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2
Part 2
Les Marchands en boutique qui font commerce de Points, Dentelles et Galons d’or et d’argent, sont pour la plûpart rue saint Honoré, depuis la Croix du Tiroir jusqu’à la rue de la Feronnerie[3].
[3] L’édit. de 1691, p. 25, diffère un peu: «les dentelles et galanz d’or se vendent rue des Bourdonnois et rue Saint-Honoré, entre la place aux Chats et les piliers des Halles.» La place aux Chats fut remplacée par le cul-de-sac des Bourdonnois, qui existe encore.
Messieurs Boucher rue des Bourdonnois, et M. Payot devant l’Hotel de la Monnoye[4], en ont un grand assortiment.
[4] Il étoit alors dans la rue qui en a gardé le nom de rue de la Monnoie.
Les Dentelles, Guipures[5] et Galons de soye, se vendent principalement sur le petit Pont[6] et rue au Fevre, où l’on vend aussi des Galons de livrées.
[5] Ces guipures, qu’il ne faut pas confondre avec celles d’aujourd’hui qui ne sont que d’anciens passements de fil, étoient une sorte de dentelle de soie qui venoit de Flandre ou d’Angleterre, comme on le voit par le tarif du 18 avril 1667. Il en est parlé dans l’_École des maris_, acte II, sc. 7.
[6] La boutique des _trois Croissants_ étoit la principale de celles des galons d’or et d’argent, «vendus à Petit-Pont», comme on disoit. Auprès étoient de gros marchands d’étoffes, _à la Croix d’or_, _au Bras d’or_, _à la Tête d’Or_, _au Saint-Esprit_, _à l’Annonciation_, _à l’Enfant Jésus_, _aux deux Anges_. Toutes ces maisons furent brûlées à l’incendie du Petit-Pont en 1718. _V. le Mercure_, avril 1718, p. 208-209.
Le Sieur Guidot rue des Filles Dieu qui travaille aux Galons d’or et d’argent, entreprend des fournitures et les passe à un mediocre gain[7].
[7] Il le pouvoit d’autant mieux que les ouvriers rubaniers et passementiers, presque tous logés dans le misérable quartier du faubourg Saint-Marceau, étoient de pauvres gens qu’on faisoit travailler pour presque rien. La Reynie lui-même avoit conscience de les mettre à la taxe: «Il n’a été, écrivoit-il à Colbert, le 2 août 1675, signifié aucune taxe à aucun artisan de Paris. J’ai même pris soin, suivant vos ordres, de faire entendre et il y a longtemps, à cette communauté de rubaniers, qui est très-nombreuse et très-pauvre, qu’elle n’avoit qu’à continuer de vivre, comme elle avoit accoutumé.» Cette lettre étoit motivée par un horrible événement: un de ces rubaniers avoit tué quatre de ses enfants, et l’on disoit qu’il y avoit été poussé par les poursuites des collecteurs d’impôts. V., à ce sujet, la _Lettre_ de Mme de Sévigné, du 31 juillet 1675.
Entre les autres Ouvriers de Galons d’or et d’argent qui font beaucoup travailler, sont les Sieurs Mouzé rue de la Truanderie, Anduroy[8] rue Tictonne, Pelletier rue saint Denis près le grand Cerf[9], Merlier père et Merlier fils même rue près la fontaine du Ponceau, etc.
[8] Il faut lire Auduroy, nom qui fut longtemps en crédit dans le commerce de Paris et d’Orléans.
[9] C’étoit une grande hôtellerie dont il sera reparlé, sur l’emplacement de laquelle a été percé le passage du même nom.
MERCERIE ET QUINCAILLERIE.
Le Bureau des Marchands Merciers, Jouailliers, Quincailliers-Grossiers, etc.[1], est dans la rue Quinquempoix.
[1] Cet _et cætera_ n’est pas pour la forme. Les joailliers et les quincailliers n’étoient pas, en effet, les seuls métiers qui fissent, avec les merciers, proprement dits, partie du corps de la Mercerie. Dix-sept autres en dépendoient aussi. Ce n’étoit pas le premier des six corps, mais c’étoit le plus important. Voici, du reste, quel en étoit l’ordre: la Draperie, l’Épicerie, la Mercerie, la Pelleterie, la Bonneterie, l’Orfévrerie. Les libraires et les marchands de vin, qui n’en étoient pas, mais venoient immédiatement après, avoient des priviléges égaux: ils pouvoient être aussi échevins et juges-consuls.
Les Maîtres et Gardes en charge de la Marchandise de Mercerie, Jouaillerie, etc., sont Messieurs Arlot grand Garde rue saint Germain, Perichon rue saint Honoré, l’Evesque rue des Bourdonnois, le Doux, Baroy, Testart et Sautereau rue saint Denis.
Les Marchands de Fer pour le commerce desquels il y aura un article à part, sont néanmoins du même corps.
La Mercerie en gros se fait par un grand nombre de Marchands qui ont des Boutiques et Magasins rue saint Denis, depuis la rue des Lombards jusqu’à la rue du petit Lion[2], entre lesquels Mrs Maillet aux trois Maillets[3], le Bray à la Gibecière, Bioche au Cheval d’or, Choisy à la Lune, Deplanc à la Boëte d’or, Nique au Cheval noir, Regnault aux trois Agneaux, Milochin, Sauvage, Marcadé[4], etc., ont un grand assortiment de Mercerie pour les Détailleurs.
[2] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 359, donne la même indication.
[3] Son article est plus détaillé dans l’édit. de 1691, p. 21: «les marchandises qui conviennent aux savoyards et colporteurs ambulans, se vendent chez le S. Maillet, rue S. Denis, près le Sépulcre, à l’enseigne des Trois-Maillets.»
[4] «Rue Saint-Denis, à la Rose-Blanche.» Édit. 1691, p. 21. Deux lignes plus loin, il est encore question de lui: «le même M. Marcadé et Messieurs Bellavoine, rue Saint-Denis, et Villaine, rue Bourlabé, envoyent toutes sortes de marchandises de bijouteries dans les pays estrangers.» Marcadé et Bellavoine étoient, comme nous l’avons prouvé dans notre _Notice_ sur lui, des proches parents du poëte Regnard. C’est sans doute avec l’un d’eux qu’il commença ses voyages, dont le premier, qu’il fit de très-bonne heure, ne fut pas moins que jusqu’à Constantinople. Gelée, dont le nom viendra un peu plus loin, et qui, on le verra, faisoit le commerce des marchandises d’Outre-Mer, étoit aussi de sa famille. Monteil possédoit et a souvent cité l’inventaire d’un Bellavoine, sans doute père de celui qui figure ici. L’acte est de 1667.
M. du Moutier rue de la Chanverrie à la Ville d’Hambourg, tient magasin de toutes sortes de Rubans.
Autant en font Mrs le Clerc rue saint Denis aux Balances, et le Roy au Chevalier du Guet.
Il y a un grand magasin d’Evantailles chez M. Lambert derriere saint Leu et saint Gilles, où se fournissent la plus grande part des Détailleurs[5].
[5] «Les magasins d’éventails sont derrière Saint-Leu et Saint-Gilles, au Grand-Navire, et en différents endroits de la rue Saint-Denis et de la rue du Petit-Lion.» Édit. de 1691, p. 26.
M. le Leu rue du petit Lion, fait le même commerce[6].
[6] Les éventaillistes faisoient dans le corps des merciers une communauté à part, de même que les tablettiers, avec lesquels ils eurent même, en juin 1701, un procès assez vif pour une affaire de privilége.
Mrs Gelée au Chevalier du Guet, et Guillery[7] rue de la Tabletterie, tiennent magasin de diverses marchandises d’outremer.
[7] Nous le retrouverons plus loin au chap. des «Marchandises des gantiers et parfumeurs.»
Pour les Curiositez et Bijouteries qui sont commercées par divers Marchands du même corps, il faut recourir à l’article de ces sortes de Marchandises.
Les Bijouteries communes pour les Savoyards, Colporteurs[8] et autres, sont commercées par Madame la veuve Lagny au Cloître saint Jean de Latran.
[8] Presque tous étoient du Dauphiné ou de la Savoie. On les y appeloit _bizordi_, et chez nous _bisouart_, à cause de leurs habits de grosse étoffe bise.
Les Marchands de Soyes qui vendent en gros et en détail, sont au quartier de la rue saint Denis et de la rue Briboucher[9], par exemple, Mrs Vince[10], du Courroy, etc.
[9] Le peuple prononçoit et prononce encore ainsi le nom de la rue Aubry-le-Boucher.
[10] C’est le même que nous avons vu tout-à-l’heure appelé De Vins au chapitre des _Étoffes_.
Le Sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits Miroirs pour les Colporteurs[11].
[11] Le Temple, comme l’enclos de Saint-Jean de Latran, étant lieu de franchise, les magasins où les colporteurs venoient s’y fournir, pouvoient vendre à meilleur compte que partout ailleurs.
Les Coffres et Miroirs d’écaille tortue[12] se fabriquent rue saint Denis joignant le Coq croissant[13].
[12] Lisez «de tortue», correction des plus simples, et que Liger, copiste de ce volume, n’a cependant pas faite pour le sien. A la page 360 du _Voyageur fidèle_, il répète la faute.
[13] Le commerce des miroirs étoit alors le plus en vogue. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, nous en donne la raison: «les rubans, dit-il, les miroirs et les dentelles sont trois choses sans lesquelles les françois ne peuvent pas vivre»; et un peu plus loin: «ceux qui ne sont pas françois ne peuvent souffrir que les hommes se peignent publiquement dans la rue, et que les dames portent toujours un petit miroir à la main.»
Les Joyaux d’Orfeverie au tour, qui se vendent, par les Merciers du Palais, sont très proprement fabriquez par le Sieur Gorin, rue saint Louis de la Cité[14].
[14] «Rue Saint-Louis, quartier du Palais.» Édit. de 1691, p. 22.
Pour les autres ouvrages d’Orfeverie, de Pierreries et de Perles, qui se vendent par les Merciers Jouailliers, voyez l’article qui en traite.
Mademoiselle Richard près l’Echelle du Temple[15], fait et vend des Ecrans d’une beauté singulière.
[15] L’ancienne échelle patibulaire, marque de la haute justice des Templiers. Elle étoit placée au coin des rues du Temple et des Vieilles-Haudriettes. Quelques étourdis de la noblesse du Marais l’avoient brûlée un soir d’hiver, en 1649, ce qui avoit inspiré à Blot une amusante complainte qu’on peut lire dans le _Recueil Maurepas_, et dont l’air fut long-temps célèbre.
David Laurent et David l’Escuyer qui apportent des Marchandises de Diepe[16], logent à Paris, rue Bourlabé au Lion d’or.
[16] C’est-à-dire toutes sortes d’objets d’ivoire et de corne sculptés, ou faits au tour: «Dieppe, dit Piganiol, est peut-être le lieu du monde où l’on travaille le mieux l’ivoire et la corne. On y fait des ouvrages d’une délicatesse étonnante, et il n’y a guère de gens plus adroits à manier le tour que les Dieppois.» _Nouveau Voyage de France_, t. II, p. 332.
Les Sieurs Gaudet, le Clerc et du Val rue d’Arnetal[17], vendent en gros les Rubans étroits qu’on nomme nompareilles[18].
[17] Aujourd’hui la rue Grenetat, dont le nom n’est peut-être qu’une altération de celui-ci.
[18] «Sorte de petit ruban fort étroit», dit en effet Richelet. On en bordoit les galons ou _galants_:
Le beau galant de neige avec sa nompareille
que le Gros René du _Dépit amoureux_ rend à Marinette, s’explique ainsi.
Les Jouailliers forains de saint Claude[19] logent rue Bourlabé au Lion d’argent.
[19] Ces joailliers de Saint-Claude, dans le Jura, venoient vendre à Paris les menus objets de buis fabriqués dans leurs montagnes: «les ouvrages de buis, dit Hesseln, sont le principal commerce de Saint-Claude. On y travaille fort bien en ce genre.» (_Dict. univ. de la France_, t. VI, p. 45.)--Aujourd’hui la «joaillerie de Saint-Claude» se vend et se fabrique aussi: rue Saint-Martin, rue Folie-Méricourt, rue Turbigo, etc.
Les Jouailleries enfantines pour les Foires[20], se font et se vendent chez les Sieurs Prevost rue saint Martin devant la rue aux Ours, et Favre, rue saint Denis devant les Filles Dieu.
[20] On appeloit ainsi ces petits ménages d’enfants faits d’étain commun ou de plomb, et aussi quelquefois d’argent. On sait combien la petite Françoise d’Aubigné, élevée à la prison de Niort, regardoit avec envie le ménage d’argent de la fille de son geôlier.
La veuve Caré même rue, et la veuve Poisson à la Pierre au lait[21], font commerce de cette sorte de Marchandises, et vendent d’ailleurs toutes les sortes de Boetes d’Allemagne peintes et en blanc, de Caffé et autres.
[21] Elle est seule nommée dans l’édit. précédente, p. 21: «la veuve Poisson, marchande à la Pierre au Lait, tient magasin de toutes sortes de boëttes d’Allemagne, de sapin et de bois blanc, peintes et non peintes.» On en fait encore de pareilles dans la Forêt-Noire et à Spa.
Il y a un magasin de Jartieres de soye rue d’Arnetal au Signe de la Croix[22].
[22] La renommée des jarretières de Paris étoit encore la même soixante ans après, lorsque Voltaire écrivoit à Madame de Fontaine, le 26 janvier 1758: «Madame Denis a cru qu’on ne pouvoit avoir une jarretière bien faite sans la faire venir de Paris, à grands frais.»
Les bonnes Epingles et les fines Eguilles se vendent rue de la Huchette à l’Y[23], et près la Croix du Tiroir à la Coupe d’or.
[23] C’est là, en effet, que se vendoient les «aiguilles de Paris», dont Gros René, «avec tant de fanfare», donna un demi-cent à Marinette. Cette maison de l’Y existe encore, avec la fameuse lettre figurée en fer au milieu des balcons du premier étage. C’étoit une enseigne en rébus, comme il y en avoit tant: «les grègues, ou culottes à la grecque, dit Aimé Martin, dans une note sur _la Fable_ 15 du livre III de La Fontaine, s’attachoient avec un nœud de ruban nommé _un lie-grègue_, qui a longtemps servi d’enseigne aux merciers, avec cette légende-rébus: _à l’Y_.» Plusieurs marchands avoient pris cette enseigne, entre autres un marchand d’épingles du Petit-Pont, dont la boutique fut brûlée par l’incendie de 1718, mais c’est le mercier de la rue de la Huchette qui la rendit le plus célèbre, il est parlé de sa boutique et de sa marchandise dans l’introuvable petit poëme scarronnesque du chevalier de Loutaud, _Plaidoyez d’Ajax et d’Ulysse..._ 1653, in-12, p. 28:
J’avois aiguilles de Paris De l’Y grec dedans la Huchette, Où j’en fais toujours mon emplette.
_V._ sur la maison où se trouve cette boutique célèbre l’abbé Le Beuf, édit. Cocheris, t. III, p. 61.
Le Sieur Langlois rue saint Sauveur au Fer à cheval, fait des Buscs et Bois d’Evantails[24] d’une grande propreté[25].
[24] «Les buscs et bois d’éventail curieux.» Édit. de 1691, p. 23.
[25] Les buscs, si nécessaires pour les hauts et roides corsages que les femmes portoient alors, se façonnoient en ivoire ou en bois. Mme de Villedieu en a fait le sujet d’une _galanterie_ assez leste, imprimée à la suite de son poëme le plus rare, _le Carousel de Monseigneur le Dauphin_. 1672, in-12, p. 14:
Qu’il est heureux de tous costez Le joly bois que vous portez, etc.
Les Marchands qui font les Garnitures de Rubans, et qui vendent les Coiffes, Fichus et autres Ajustemens des femmes, ont pour la pluspart leurs boutiques au Palais, et quelques uns devant saint Mederic, rue saint Antoine[26], et ailleurs.
[26] Les broderies du faubourg Saint-Antoine étoient déjà célèbres en 1660. (_Variétés hist. et litt._, t. I, p. 240.)
Pour les Gands, voyez l’article des Gantiers Parfumeurs.
Pour le Papier, l’Encre, la Cire d’Espagne, les Ecritoires, etc., voyez l’article des Papetiers, Cartonniers, etc.
Pour les Masques et Ornemens de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus-Plaisirs.
Entre les Quincailliers-Grossiers qui fournissent les Détailleurs, sont Mrs Bioche au Cheval d’or, Gabeüil au bon Pasteur, Moreau à la Teste d’or[27], et Menedrieux au saint Esprit rue saint Denis.
[27] «Marceau et Nedrigan, rue Saint-Denis.» Édit. de 1691, p. 23. A la suite, on lit encore: «Il y a aussi un magasin de quincaillerie rue des Deux-Boules, chez un charon.»
Il y a d’ailleurs plusieurs boutiques et magasins bien fournis de Quincailleries[28] à l’entrée du quay de la Mégisserie[29].
[28] «Qui font ensemble le gros et le détail.» Édit. de 1691, p. 23.
[29] Dans la partie qui s’appeloit plus spécialement quai de la Ferraille, non-seulement à cause de ces quincailliers, mais parce qu’il étoit encombré de petits marchands qui, sur le pavé même, y étaloient leurs ferrailles. Ils y restèrent jusqu’à l’époque du premier Empire. Piis résuma dans ce distique l’arrêté de police qui les fit déguerpir:
Enjoignons aux vieux ferailleurs De vendre leur vieux fer ailleurs.
MARCHANDISES DE PAPETIERS, CARTIERS ET CARTONNIERS.
Entre les Marchands Papetiers qui font en gros le commerce de Papiers et qui ont de grands magasins, sont, Mrs du Puis rue saint Jacques, Godart et Cousin rue des deux Boules, Melun Cloitre saint Jacques de la Boucherie, Nourry rue des trois Mores[1], etc.
[1] Cette rue peu connue alloit de la rue Trousse-Vache à celle des Lombards. Elle devoit son nom à l’enseigne d’un cabaret où M. de Roquelaure mena un soir Henri IV. (_Histor._ de Tallemant, édit. P. Paris, t. IV, p. 14 et 16.)
M. Beaumont Cartier du Roy, demeure près la place des Victoires[2], et M. Mathas[3] Cartier de Monsieur, près S. Roch.
[2] «Les sieurs Beaumont, rue Neuve-des-Petits-Champs, et Langlade, rue Platrière, font encore de très-bonnes cartes à jouer.» Édit. de 1691, p. 60.--Sauval, t. I, p. 109, parle de cet Anglade ou Langlade, à propos de la rue du quartier Saint-Roch, à laquelle on croyoit qu’il avoit donné son nom: «Jean Anglade, dit-il, maître cartier à Paris, qui met pour devise sur l’enveloppe de ses cartes:
Jean Anglade je me nomme, Et vous prie de jouer et n’offenser personne.»
Les fabriques de cartes étoient moins importantes à Paris qu’à Rouen, où toute l’Europe et l’Amérique s’en fournissoient. (_Archives curieuses_, 2e série, t. XII, p. 230.) A la suite de la révocation de l’Édit, les cartiers rouennais, la plupart protestants, ayant émigré, leur industrie baissa beaucoup. (_Segraisiana_, p. 40-41.) Il resta ceux de Paris, et ceux de Thiers en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. Montaigne, en 1588, visita la fabrique de Palmier, qui l’emportoit sur tous les autres. (V. son _Voyage_, édition in-12, t. II, p. 598.)
[3] Avant l’art. de Beaumont et Langlade, on trouve dans l’édit. précédente: «le sieur Ouynel, cartier du Roi, demeure près des Bâtons-Royaux.» Ensuite vient Mathan, et non Mathas, comme ici.
M. de la Bourde rue Bourlabé, vend les Cartons dorez pour les Reliquaires, et Mrs Culambourgt rue d’Escosse, Boissiere rue de Versailles[4], la Ruelle rue saint Victor, vendent celuy qui sert aux Relieurs, et d’autres pour differens usages.
[4] L’adresse de ces deux derniers est indiquée dans l’édit. de 1691: «près le Puits-Certain», qui étoit, en effet, situé à peu de distance de la rue d’Écosse et de la rue de Versailles.
Le même la Ruelle fait grand commerce de Boetes de Carte[5], et d’Estuis de Manchons et de Chapeaux.
[5] C’est ce que nous appelons «cartons de bureau». La préfecture de police, avant l’incendie de 1871, en possédoit de très-anciens, ceux entre autres qui contenoient les pièces du procès de Cartouche. Ils avoient été vendus par les papetiers des environs du Palais: Picard, _à la Vertu_; Gorgeret, _à la Grande Vertu_. Quand Guyot prit l’enseigne: _à la Petite Vertu_, ce fut par concurrence à celles-ci, qui n’étoient, au reste, qu’un rébus, comme l’Y de tout-à-l’heure. _La Vertu_ s’y figuroit pour un V voyelle, c’est-à-dire un U, peint en vert.
Les Ecritoires de corne sont fabriquées en gros par les Marchands rue Betizy et rue des deux Boules à l’Empereur, sur le quay neuf à la Renommée, et rue saint Denis au grand Charlemagne[6].
[6] Cet article est différent dans l’édit. de 1691, p. 22: «les écritoires de corne sont fabriquez par les sieurs Langlois frères, rue Bourlabé.» Ces sortes d’encriers, en usage encore dans notre enfance, servoient surtout aux écoliers. J.-J. Rousseau n’en eut cependant jamais d’autres. L’abbé de Tersan possédoit celui dont il se servoit à la fin de sa vie. Les écritoires à la mode étoient toujours «façon d’ébène», comme du temps de Loret, t. I, p. 244.
Les Dames Futeau, Gamet, Morand, la Bussière et quelques autres[7] qui logent aux environs de saint Hilaire, achetent et vendent toutes sortes de vieux Papiers et Parchemins.
[7] Toutes ces femmes, d’après l’édit. précédente, p. 60, formoient, à ce qu’il paroît, une sorte de Société. Quelques lignes plus loin que leur article s’en trouve un, qui complète celui qui le précède ici. Les mêmes marchands de la rue Bétizy, de la rue des Deux-Boules, etc., y sont indiqués pour la vente en gros, aux marchands, de la cire d’Espagne. On l’appeloit aussi «cire des Indes», suivant l’_histoire des Drogues_ par Pomet, liv. VII. Son nom de cire, soi-disant importée d’Espagne, où, par parenthèse, on ne s’en servoit pas, paroît lui être venu de ce que le premier livre qui en ait parlé étoit d’un Espagnol. C’est le _Traité sur les aromates et les simples_ publié en 1563 par Garcias de Orta.
A la Reigle d’or, place aux Chats près saint Innocent, on trouve un grand assortiment de Papiers reiglez pour la Musique[8].
[8] Plusieurs manuscrits de musique à la Bibliothèque du Conservatoire portent l’adresse de «La Reigle d’or».
A l’Image saint François, rue saint André du coté du pont saint Michel, il y a un Papetier renommé pour la bonne Encre[9], pour les Canifs fins et pour les Plumes taillées.
[9] On trouve la recette de «cette bonne encre», que le père de Mme Dacier avoit soigneusement transcrite, dans les _Mélanges de la Société des Bibliophiles_, 1850, in-18, p. 342. Nous ignorons le nom de son inventeur et l’époque de l’invention, mais peut-être étoit-ce la même que «l’encre nouvelle», dont la marchande qui en faisoit commerce «sur le pont», figure, en 1622, parmi les commères des _Caquets de l’accouchée_. _V._ notre édit., p. 60.
OUVRAGES ET COMMERCE DE BONNETIERS.
Le Bureau des Marchands Bonnetiers, Bastiers, etc., est au Cloitre saint Jacques de la Boucherie.
Les Maîtres et Gardes en charge des Marchands Bonnetiers sont Messieurs Besnard rue saint Denis, Jeson le jeune au coin du Marché neuf, Lory et Courcelle à la Halle, et Vaze rue saint Denis.
Entre les Marchands Bonnetiers qui tiennent magasin et font commerce en gros, sont lesdits Sieurs Besnard, Lory et Vaze, et encore Mrs Chastelain Chevalier du Guet, Mignot rue de la Savonnerie, de la Croix et le Comte, rue S. Denis, Banche sous les Pilliers des Halles.
Entre les Marchands Bonnetiers tenans boutiques, qui font un fort grand détail, sont Mrs Perdrigeon aux quatre Vents près saint Denis de la Chartre[1], Naü à la Place Royale près la Croix du Tiroir, du Four aux quatre Vents à petit Pont[2], de Lorme rue saint Antoine, et le Roux au Cerf volant Pont Notre Dame.
[1] Il est célèbre depuis les _Précieuses ridicules_, scène X, où Mascarille demandant à Madelon: «le ruban est-il bien choisi?» Madelon lui répond: «Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur.» Loret se sert de la même expression dans sa _Gazette_ du 3 février 1663. Il figure comme le plus fameux vendeur de rubans dans la _Révolte des passements_. (V. nos _Variétés_, t. I, p. 235.)--En 1692, il est encore nommé dans la farce italienne d’_Arlequin-Phaéton_, acte II, sc. V, et mis bien au-dessus des médiocres marchands. Dans le _Procès-verbal de visites pour les marchandises de luxe_, en 1700, nous trouvons, p. 65, un Jean Perdrigeon, qui doit être ou lui, ou son fils. En 1711, cette fameuse boutique existoit encore, avec le nom qui en avoit fait la chalandise. Le Cabinet des Médailles possède un jeton de mercier, qui porte cette date, avec le nom de J. Perdrigeon.