Le grand-ouest des États-Unis

Part 19

Chapter 19574 wordsPublic domain

On dirait qu'à la plus démocratique des républiques modernes il faut des ilotes, comme autrefois à Sparte, des esclaves, comme à Athènes et à Rome. Que la liberté du plus grand nombre, dans beaucoup d'États du nouveau monde, ne puisse marcher sans l'esclavage de quelques-uns, n'est-ce pas là un grave sujet de méditations? Les républiques espagnoles elles-mêmes ne sont pas exemptes du préjugé américain. Bien qu'on s'y soit allié souvent autrefois, et qu'on s'y allie encore aujourd'hui, aux races nègre et indienne, on n'en professe pas moins un profond mépris pour ces races, et les hommes de _sangre azul_ ou de sang bleu, suivant l'expression espagnole, y sont toujours les plus honorés.

Dans la destruction graduelle des Indiens par les Américains, il y a comme le doigt de Dieu. Si les colonies espagnoles sont si dégénérées aujourd'hui, c'est peut-être, et elles le sentent instinctivement, parce qu'elles ont mêlé leur sang avec celui des aborigènes. Il est fâcheux toutefois qu'un pays libre comme l'Union, qu'une généreuse république qui admet si noblement et si fraternellement tous les étrangers dans son sein, ait reçu de la nature la triste mission d'opprimer, et, suivant les cas, de proscrire, et même d'anéantir les races de couleur. Les Américains obéissent aveuglément à ce qu'ils croient leur devoir et leur droit, et l'on ne saurait exercer ce droit avec un plus grand sang-froid et une plus suprême impassibilité. Mais aussi ils savent que ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront faire utilement la conquête des deux Amériques. L'aigle américaine, qui étend déjà ses serres sur tant de pays divers, doit les étendre encore davantage, et la devise: _E pluribus unum_ groupera encore bien des provinces sous la bannière des États-Unis. La doctrine de Monroë, si hautement proclamée par tous les présidents de la république dans leurs messages annuels, ne dit-elle pas nettement que l'_Amérique appartient aux Américains_, et qu'eux seuls ont voix dans leurs affaires? et qui appelle-t-on aujourd'hui Américains, si ce n'est les citoyens seuls de l'Union? Les républiques espagnoles, qui offrent presque toutes le triste spectacle de dissensions intestines sans fin, et d'une décomposition sociale évidente, ne marcheront au progrès et à la civilisation que lorsqu'elles seront tombées, au moins jusqu'à Panama, au pouvoir des Américains. Le Mexique a déjà laissé à ceux-ci plusieurs lambeaux de son vaste territoire.

Que serait aujourd'hui la Californie, même avec la découverte de l'or, si elle fût demeurée aux mains inhabiles de ses premiers possesseurs?

FIN.

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE III

LES PIONNIERS ET LES PEAUX-ROUGES.

I. La Reine des lacs 1 II. Le Missouri 14 III. Le pays des hautes herbes 26 IV. La diligence transcontinentale 38 V. La cité des plaines 49 VI. Les fondateurs du Colorado 63 VII. Les mineurs des Montagnes-Rocheuses 71 VIII. L'or et l'argent 85 IX. La naissance d'une ville 97 X. Les soldats du désert 112 XI. Une caravane 126 XII. Le fort Laramie 143 XIII. Un village Sioux 152 XIV. Montagnards, trappeurs et traitants 165 XV. Le grand conseil des Corbeaux 171 XVI. Monéka, la perle des prairies 208 XVII. Les sauvages 217 XVIII. La question indienne 228 XIX. L'émancipation des femmes 250 XX. La ville impériale 263 XXI. Le peuple américain 276

LES COLONS DU PACIFIQUE.

I. La découverte de l'or en Californie 283 II. L'arrivée des émigrants 290 III. Les premiers temps de San Francisco 297 IV. L'établissement d'une constitution 319 V. La démocratie californienne 338 VI. L'oppression des races de couleur 353

PARIS.--IMP. SIMON BAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.