Le disciple

Part 15

Chapter 153,083 wordsPublic domain

« J’admirai en moi-même, une fois de plus, avec quel art ce grand seigneur rendait insolentes les moindres demandes. Rien que son ton avait suffi pour me froisser. J’obéis cependant, et je commençai de lire cette chronique, plus finement écrite que ne le sont d’ordinaire ces sortes d’articles, et dans laquelle revivait le pittoresque et le chatoyant d’un bal costumé, avec un curieux mélange de reportage et de poésie, et comme un rappel des subtilités de style propres aux frères de Goncourt. Pendant cette lecture, le marquis me regardait avec étonnement. Il faut vous dire, mon cher maître, qu’aux temps de mon amitié avec Emile, j’avais acquis un réel talent de diction. Durant sa maladie, mon petit camarade n’avait pas de plus vif plaisir que de m’écouter lui lire de longs passages choisis dans nos auteurs préférés. Ma voix, que j’ai naturellement un peu sourde, s’était exercée ainsi à devenir douce et claire.

— « Mais vous lisez très bien, très bien!... » s’écria M. de Jussat, lorsque j’eus fini. Son étonnement fit de son éloge une nouvelle blessure à mon amour-propre. Il laissait trop voir combien peu il s’attendait à rencontrer le moindre talent chez un petit jeune homme de Clermont, silencieux, timide, venu au château sur la recommandation du vieux Limasset, pour y être valet de lettres. Puis, suivant comme d’habitude l’impulsion de son caprice, il continua :

— « C’est une idée, cela... Vous nous ferez un peu de lecture, le soir... Ça nous distraira plus que ce trictrac... Petit jan, grand jan, jan de retour, un trou, deux trous, trois trous, c’est toujours la même chose, et puis ce bruit de dés m’agace... Chien de pays!... Si la neige reprend, nous n’y restons pas huit jours... Tu ris, Charlotte, et tu te moques de ton vieux père! Pas huit jours. ... Et quel livre allez-vous nous choisir pour commencer?... »

« Ainsi, je me trouvais du coup promu à une nouvelle domesticité, sans avoir pu même calculer si cela convenait ou non à mes études, puisque, même le soir, j’apportais souvent dans le salon des ouvrages de licence afin de travailler un peu sans quitter Lucien. Mais je ne pensai pas une seconde à esquiver cette corvée, ni même à en souffrir. D’abord la brusquerie du marquis m’avait valu un coup d’œil presque suppliant de la jeune fille, un de ces coups d’œil par lesquels une femme sait demander pardon, sans parler, pour un tort de quelqu’un qu’elle aime. Puis, un projet nouveau venait de s’ébaucher immédiatement dans ma tête. Cette corvée de lecture, ne pourrais-je pas l’utiliser au profit de l’entreprise de séduction commencée, abandonnée, et que le regard de Mlle de Jussat venait de me faire considérer de nouveau comme possible? A la question du marquis sur le choix du livre, je répondis que je chercherais. Je cherchai en effet, mais un ouvrage qui put me permettre de m’approcher de la proie autour de laquelle je tournais, comme j’avais vu une fois, près du puy de Dôme, un milan tourner au-dessus d’un joli oiselet. N’était-ce pas le cas de tenter par un autre procédé cette influence d’imitation que j’avais vainement espérée de ma fausse confidence? C’est à vous, mon cher maître, que l’on doit les plus fortes pages qui aient été écrites sur ce que vous appelez si justement l’Ame Littéraire, sur ce modelage inconscient de notre cœur à la ressemblance des passions peintes par les poètes. J’entrevoyais donc un moyen d’action sur Charlotte auquel je me reprochai de n’avoir pas pensé encore. Mais comment trouver un roman qui fût assez passionné pour la troubler, assez correct d’extérieur pour être lu devant la famille assemblée? Je fouillai en tous sens la bibliothèque. Sa composition incohérente et contrastée reflétait les séjours successifs des maîtres et les hasards de leur goût. Il y avait là tout ce fonds d’ouvrages du dix-huitième siècle dont je vous ai parlé, — puis une lacune. Durant l’émigration, le château était demeuré inoccupé. Ensuite un lot de livres romantiques dans leurs premières éditions attestait les aspirations littéraires du père du marquis, que je savais avoir été l’ami de Lamartine. On retombait ensuite aux pires romans contemporains, à ceux qui s’achètent en chemin de fer et se jettent, à demi débrochés, coupés quelquefois au doigt, sur un rayon perdu, et à des traités d’économie politique, marotte abandonnée de M. de Jussat. Je finis par découvrir dans ce fatras une _Eugénie Grandet_, qui me parut remplir la double condition désirée. Rien de plus attirant pour une imagination jeune que ces idylles à la fois chastes et brûlantes où l’innocence enveloppe la passion dans une pénombre de poésie. Mais le marquis devait connaître par cœur ce célèbre roman, et j’appréhendais qu’il ne refusât d’en écouter la lecture.

— « Bravo! » répliqua-t-il au contraire lorsque je lui soumis mon idée, « c’est un de ces livres qu’on lit une fois, dont on parle toujours et qu’on oublie tout à fait... Je l’ai vu une fois, à Paris, ce Balzac, chez les Castries... Il y a plus de quarante ans de cela, j’étais un blanc-bec alors... Mais je me le rappelle bien, un gros trapu et court, bruyant, important, de beaux yeux vifs, l’air commun... »

« Le fait est qu’après les premières pages, il commença de sommeiller, tandis que la marquise, Mlle Largeyx et la religieuse tricotaient sans rien laisser deviner de leur pensée, et que le petit Lucien, en possession d’une boîte à couleurs depuis peu de jours, enluminait consciencieusement les illustrations d’un gros volume. Moi, en lisant, j’observais surtout Charlotte, et je n’eus pas de peine à constater que pour cette fois mon calcul avait été juste, et qu’elle vibrait sous les phrases du roman, comme un violon sous un habile archet. Tout la préparait à recevoir cette impression, depuis ses sentiments déjà troublés jusqu’à ses nerfs un peu tendus par une influence d’un ordre physique. On ne vit pas impunément des semaines dans une atmosphère comme celle de ce château, toujours tiède, presque étouffante. L’hypocondrie du marquis exigeait que le calorifère chauffât la maison jour et nuit. C’était, ce petit énervement quotidien, un auxiliaire auquel je n’aurais jamais osé songer, et que ma conscience de psychologue a comme un plaisir à marquer aujourd’hui. Dès ce soir-là, je vis cette enfant comme suspendue à mes lèvres, à mesure que les naïves amours d’Eugénie et de son cousin Charles déroulaient leurs touchants épisodes. Ce même instinct de comédie qui m’avait guidé dans ma fausse confidence me fit mettre derrière chaque phrase l’intonation que je jugeais devoir lui plaire davantage. Certes, je goûte ce petit livre, quoique je lui préfère dix autres romans dans l’œuvre de Balzac, ceux, par exemple, comme _le Curé de Tours_, qui sont de véritables écorchés littéraires, et où chaque phrase ramasse en elle plus de philosophie qu’une scolie de Spinoza. Je m’efforçai pourtant de paraître remué par les infortunes de la fille de l’avare jusque dans mes fibres les plus secrètes. Ma voix s’apitoyait sur la douce recluse de Saumur. Elle devenait rancunière contre le déloyal cousin. Ici, comme avant, je me donnais un mal inutile. Il n’était pas besoin d’un art si compliqué. Dans la crise de sensibilité imaginative que traversait Charlotte, tout roman d’amour était un péril. Si le père et la mère avaient possédé, même à un faible degré, cet esprit d’observation que les parents devraient sans cesse exercer autour d’eux, ils auraient deviné ce péril à la physionomie de leur fille, toujours et toujours plus captivée durant les trois soirs que dura cette lecture. La marquise fit simplement remarquer que des caractères de la noirceur du père Grandet et du cousin n’existent pas. Quant au marquis, il avait trop vécu pour proférer des opinions de cette naïveté, il formula d’un mot les causes de son ennui pendant la lecture :

— « Décidément, c’est bien surfait. Ces descriptions qui n’en finissent pas, ces analyses, ces calculs de chiffres... C’est très bien, je ne dis pas... Mais quand je lis un roman, moi, c’est pour m’amuser... »

« Et il conclut qu’il fallait demander au libraire de Clermont la suite entière des comédies de Labiche. Cette nouvelle fantaisie me désola. J’allais donc me retrouver dans l’impuissance d’agir sur l’imagination tentée de la jeune fille, juste au moment où je venais d’entrevoir le succès probable. C’était mal connaître le besoin que cette âme, déjà touchée, éprouvait à l’insu d’elle-même, — celui de se rapprocher de moi, de me comprendre et de se faire comprendre, de vivre en contact avec ma pensée. Le lendemain du jour où le marquis avait porté cet arrêt de proscription contre les romans d’analyse, je vis Mlle de Jussat entrer dans la bibliothèque à l’heure où j’y travaillais avec son frère. Elle venait remettre à sa place le volume maintenant inutile de l’_Encyclopédie_, puis avec un demi-sourire embarrassé :

— « Je voudrais vous demander un service, » me dit-elle; et timidement : « J’ai beaucoup d’heures libres ici et dont je ne sais trop que faire... Je voudrais avoir vos conseils pour mes lectures... Le livre que vous aviez choisi l’autre jour m’avait fait tant de plaisir... » Elle ajouta : « D’ordinaire les romans m’ennuient, et celui-là m’a tellement intéressée... »

« Je ressentis, à l’entendre me parler de la sorte, la joie que le comte André dut goûter en voyant le soldat ennemi, qu’il a tué pendant la guerre, ériger sa tête curieuse au-dessus du mur. Moi aussi, il me sembla que je tenais mon gibier humain au bout d’un fusil. En m’offrant de diriger ses lectures, Charlotte ne venait-elle pas se placer d’elle-même à ma portée? La réponse à cette demande me parut d’une importance telle que je feignis un grand embarras. Tout en la remerciant de sa confiance, je lui dis qu’elle me chargeait là d’une mission si délicate et dont je me jugeais incapable. Bref, je fis mine de décliner une faveur que j’étais ravi, jusqu’à l’ivresse, d’avoir obtenue. Elle insista, et je finis par lui promettre que je lui donnerais le lendemain même une liste d’ouvrages. Il s’agissait de ne pas me tromper dans ce choix, autrement difficile que celui d’_Eugénie Grandet_. Je passai la soirée et une partie de la nuit à prendre et à rejeter en pensée des centaines de volumes. Comment déterminer ceux qui remueraient son imagination sans la bouleverser, qui la troubleraient sans la révolter? Enfin, je me dis tout haut, en imitant la voix de mon père, sa formule favorite : « Procédons méthodiquement, » et je ramenai ce problème à cet autre : comment les livres avaient-ils agi sur mon imagination à moi, dans mon adolescence, et quels livres? Je constatai — ainsi que je vous l’ai indiqué déjà dans cette minutieuse confession — que j’avais été attiré surtout vers la littérature par l’inconnu de l’expérience sentimentale. C’était le désir de m’assimiler des émotions inéprouvées qui m’avait ensorcelé. J’en concluais que c’était la loi générale de l’intoxication littéraire. Je devais donc choisir pour la jeune fille des livres qui éveillassent chez elle ce même désir, en tenant compte de la différence de nos caractères. J’avais aimé parmi les écrivains les compliqués et les sensuels, parce que c’étaient là les deux traits profonds, constitutifs, de ma nature. Charlotte était fine, pure et tendre. Il convenait de l’engager sur le dangereux chemin de la curiosité romanesque par des peintures de sentiments analogues à son cœur. Je jugeai en dernière analyse que le _Dominique_ de Fromentin, que _la Princesse de Clève_, _Valérie_, _Julia de Trécœur_, _le Lys dans la vallée_, les romans champêtres de George Sand, certaines comédies de Musset, en particulier _On ne badine pas avec l’amour_, les premières poésies de Sully-Prudhomme et celles de Vigny, serviraient le mieux mon dessein. Je me donnai la peine de rédiger cette liste en l’accompagnant d’un commentaire tentateur, où j’indiquais de mon mieux la nuance de délicatesse propre à chacun de ces écrivains. C’est la lettre que la pauvre enfant avait gardée et dont les magistrats ont dit qu’elle correspondait à un commencement de cour. Ah! l’étrange cour, et si différente de la vulgaire ambition de mariage que ces grossiers esprits m’ont sottement reprochée! Quand je n’aurais pas, pour refuser de me défendre, une raison d’orgueil que je vous dirai à la fin de ce mémoire, je me tairais par dégoût de ces basses intelligences dont pas une ne saurait même concevoir une action dictée par de pures idées. Qu’on vous donne à moi pour juge, mon cher maître, vous et les autres princes de la pensée moderne. Alors je pourrai parler, comme je vous parle maintenant. Mais vous savez, vous, que j’étais fatalement déterminé à cette heure décisive, comme à celle où je vous écris, et cette société de mensonges aime mieux vivre en dehors de la Science — de cette Science que je servais moi-même alors — uniquement.

« Les ouvrages ainsi désignés arrivèrent de Clermont. Ils ne furent l’objet d’aucune remarque de la part du marquis. Il faut avoir une autre portée d’esprit que ce pauvre homme, pour comprendre qu’il n’y a pas de mauvais livres. Il y a de mauvais moments pour lire les meilleurs livres. Vous avez, vous, mon cher maître, une comparaison si juste dans votre chapitre sur l’Ame Littéraire quand vous assimilez la plaie ouverte sur certaines imaginations par certaines lectures au phénomène bien connu qui se produit sur les corps empoisonnés de diabète. La plus inoffensive piqûre s’y envenime de gangrène. S’il était besoin d’une preuve à cette théorie de « l’état préalable », comme vous dites encore, je la trouverais dans ce fait que Mlle de Jussat chercha surtout dans ces livres, de provenances si diverses, des renseignements sur moi, sur mes manières de sentir, de penser, de comprendre la vie et les caractères. Chaque chapitre, chaque page de ces dangereux volumes lui devint une occasion de me questionner longuement, passionnément et naïvement. Oui, je suis certain qu’elle était de bonne foi et qu’elle s’imaginait ne rien faire de mal quand elle venait causer avec moi maintenant, à propos de telle ou telle phrase sur Dominique ou sur Julia, sur Félix de Vandenesse ou sur Perdican. Je me souviens encore de l’horreur qu’elle ressentit pour ce jeune homme, le plus séduisant et plus coupable des héros de Musset, et de la chaleur avec laquelle je lui fis écho, en flétrissant sa duplicité de cœur entre Camille et Rosette. Or, il n’y avait pas de personnage qui me plût dans aucun livre au même degré que cet amant traître à la fois et sincère, déloyal et tendre, ingénu et roué, qui exécute, lui aussi, à sa manière, son expérience de vivisection sentimentale sur sa jolie et fière cousine. Je vous cite cet exemple, entre vingt autres, pour vous donner une idée des conversations que nous avions sans cesse à présent dans ce château où nous nous trouvions si étrangement isolés. Personne, en effet, ne nous surveillait. La dissimulation dont je m’étais masqué dès mon arrivée continuait de me couvrir. Le marquis et la marquise s’étaient façonné de moi dès la première semaine une image absolument différente de ma vraie nature. Ils ne se donnaient plus la peine de vérifier si cette première impression était exacte ou fausse. La bonne Mlle Largeyx, installée dans la douceur de son parasitisme complaisant, était bien trop innocente pour soupçonner les pensées de dépravation intellectuelles que je roulais dans ma tête. L’abbé Barthomeuf et la sœur Anaclet, que séparait une rivalité secrète, cachée sous les formes d’une amabilité tout ecclésiastique, n’avaient qu’un souci celui de bien disposer les maîtres du château, le prêtre pour son église, la religieuse pour son ordre. Lucien était trop jeune, et quant aux domestiques, je n’avais pas encore appris ce qui se voilait de perfidie sous l’impassibilité de leur visage rasé et l’irréprochable tenue de leur livrée brune, à boutons de métal. Nous étions donc, Charlotte et moi, libres de nous parler presque tout le long du jour. Elle apparaissait une première fois le matin, dans la salle à manger où nous prenions le thé, mon élève et moi, sous le prétexte de déjeuner ensemble, nous causions dans un coin de table, elle avec toute la fraîcheur parfumée de son bain comme respirable autour d’elle, avec ses cheveux tressés dans une lourde natte, et la souplesse de son charmant corps, visible pour moi sous l’étoffe de sa robe à demi ajustée. Ensuite je la voyais dans la bibliothèque, où elle avait toujours quelque motif de venir; — là elle n’était déjà plus la même, coiffée maintenant, et sa taille prise dans son corsage de jour. Nous nous retrouvions dans le salon, avant le second déjeuner, et encore après; et elle mettait sa grâce ordinaire à nous servir tous, distribuant le café un peu en hâte pour s’attarder auprès de moi, qu’elle servait le dernier, ce qui nous permettait de causer encore dans un angle de fenêtre. Quand le temps le permettait, nous sortions, tous les quatre le plus souvent, la gouvernante, Charlotte, mon élève et moi, dans l’après-midi. Le thé de cinq heures nous réunissait, puis le repas, où j’étais assis près d’elle, puis la soirée, en sorte que nos entretiens, pris et repris à si peu de distance, n’en formaient qu’un seul pour ainsi dire. Je comparais mentalement le phénomène qui se passait chez cette jeune fille à celui que j’avais déjà observé à plusieurs reprises en apprivoisant des bêtes. J’avais eu à une époque la curiosité d’écrire quelques chapitres de psychologie animale, et si ma mère, comme je le lui ai demandé, vous communique, après ma mort, ce que la justice lui rendra de mes papiers, vous y trouverez des notes sur ces relations dociles de la bête avec l’homme. J’ai tout lieu de les croire inédites et dignes de votre attention. Un théorème de Spinoza m’avait servi de point de départ. Je ne m’en rappelle plus le texte, mais en voici le sens : — se représenter un mouvement, c’est le refaire en soi-même... Cela est vrai de l’homme, et cela est vrai de l’animal. Un savant d’un rare mérite et que vous connaissez bien, M. Espinas, a expliqué ainsi que toute société est fondée sur la ressemblance. J’en ai conclu, moi, que pour un homme, apprivoiser un animal, l’amener à vivre en société avec lui, c’est ne faire dans ces rapports avec cet animal que des mouvements dont cet animal puisse se rendre compte en les refaisant, c’est lui ressembler. J’avais vérifié cette loi en constatant la mystérieuse analogie de physionomie qui s’établit entre les chasseurs et leurs chiens, par exemple. Je constatais de même — et c’était le signe qu’en effet Mlle de Jussat s’apprivoisait chaque jour un peu davantage — que nous commencions elle et moi, à employer dans nos phrases des expressions analogues, des tournures presque pareilles. Je me surprenais timbrant mes mots d’un accent qui ressemblait au sien, et j’observais en elle des gestes qui ressemblaient aux miens. Enfin, je devenais une portion de sa vie, sans qu’elle s’en aperçût elle-même, tant j’avais souci de ne pas effaroucher cette âme, en train de se prendre, par un mot qui lui fît sentir le danger.