Le déséquilibre du monde

Part 7

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«Les principes économiques dont le nouveau gouvernement italien entend s’inspirer, sont simples. Je crois que l’État doit renoncer aux fonctions économiques, surtout à celles ayant un caractère de monopole, fonctions pour lesquelles il se montre souvent insuffisant. Je crois qu’un gouvernement qui se propose de soulager rapidement les populations de la crise survenue après la guerre, doit laisser à l’initiative privée le maximum de liberté d’action et renoncer à toute législation d’intervention et d’entrave, qui peut sans doute satisfaire la démagogie des parlementaires de gauche, mais qui, comme l’expérience l’a démontré, n’aboutit qu’à être absolument pernicieuse aux intérêts et au développement de l’économie.

Je ne crois pas que cet ensemble de forces qui, dans l’industrie, l’agriculture, le commerce, les banques et les transports, peut être appelé du nom global de capitalisme, soit proche du déclin, comme certains théoriciens de l’extrémisme social se plaisent à l’affirmer. Depuis longtemps, l’expérience qui vient de se dérouler sous nos yeux, et qui est l’une des plus grandes de l’histoire, prouve d’une manière éclatante que tous les systèmes d’économie négligeant la libre initiative et les ressorts individuels, sont dans un très bref délai voués à une faillite plus ou moins lamentable. Mais la libre initiative n’exclut pas l’accord des groupements, d’autant plus facile que la défense des intérêts individuels est faite loyalement.»

J’ai reproduit ce passage parce qu’on ne saurait exprimer d’une façon plus concise et plus juste des vérités éclatantes, que je défends depuis longtemps.

Il faut se féliciter, que l’Europe ait possédé un homme assez énergique pour tâcher de les appliquer. Si son œuvre réussit, il aura contribué à sauver nos civilisations du danger de destruction finale dont le socialisme les menace.

LIVRE III

LE DÉSÉQUILIBRE FINANCIER ET LES SOURCES DE LA RICHESSE

CHAPITRE PREMIER

LA PAUVRETÉ ACTUELLE DE L’EUROPE

Tous les gouvernants, celui de l’empire britannique en particulier, ne cessent de réclamer la reconstruction économique de l’Europe.

Pour découvrir les secrets de cette reconstruction, une douzaine de conférences furent réunies. Leurs résultats ont été lamentablement nuls.

L’instigateur réel de ces conférences, le ministre anglais, Lloyd George, a toujours oublié, dans ses innombrables discours, de révéler sa formule de reconstitution. Il s’est borné à demander avec une tenace insistance, que la France réduisît et même supprimât, par des ajournements divers, l’indemnité due par l’Allemagne.

Le subtil ministre eut, d’ailleurs, la prudence de ne proposer aucune formule de reconstruction. Il ne pouvait ignorer, sans doute, que cette formule n’existe pas.

La restauration cherchée dépend en effet d’une adaptation encore incertaine à des nécessités économiques fort simples, mais généralement méconnues.

La puissance de ces nécessités apparaîtra clairement en recherchant les causes de la pauvreté dont sont victimes divers pays de l’Europe et de l’anarchie qui en résulte.

§ 1.--Les sources réelles de la richesse

Que signifie le programme: reconstitution de l’Europe, inlassablement répété par tous les politiciens de l’âge actuel? Ne traduirait-il pas simplement ce fait que les peuples ne peuvent vivre sans qu’un certain rapport s’établisse entre leur production et leur consommation?

Dans l’état actuel du monde, la richesse d’un pays dépend surtout de la quantité des produits retirés de son sol ou de ses usines. L’excédent de la production sur la consommation, il l’échange au dehors contre les matières nécessaires aux besoins de la vie que sa terre ne fournit pas.

Produire à des prix rendant l’exportation possible ne suffit pas. Il faut aussi, et c’est là un facteur essentiel du problème, trouver des acheteurs. Si un pays manufacture plus d’articles qu’il n’en peut vendre, ses usines sont obligées de limiter leur production et le chômage des ouvriers en résulte. Tel est, justement, le cas de l’Angleterre. Aussi, cherche-t-elle jusqu’en Russie des clients.

Ces nécessités d’échanges commerciaux montrent une fois de plus combien les peuples dépendent les uns des autres. Elles prouvent aussi quelles illusions égarent les pays qui, dans l’état actuel d’appauvrissement du monde, s’entourent de barrières douanières, sous prétexte de protéger leur industrie nationale. Ils ne font ainsi que provoquer des représailles paralysant finalement les industries protégées.

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Les sources de la richesse que je viens de rappeler expliquent facilement pourquoi certaines nations, l’Autriche par exemple, sont tombées dans une misère profonde. Quand un kilogramme de pain, valant jadis cinquante centimes à Vienne, vaut six mille francs environ aujourd’hui, cela ne signifie pas seulement que la confiance dans les billets de banque autrichiens est extrêmement faible, mais aussi, et surtout, que la capacité productive du travailleur autrichien se trouve très inférieure aux nécessités de la consommation. Il est donc illusoire de supposer, comme la fit la Société des Nations, qu’une telle situation puisse s’améliorer avec des prêts d’argent.

Donner assez d’autorité aux gouvernants autrichiens pour leur permettre de réduire immensément une bureaucratie dévorant la presque totalité des revenus de l’État, puis amener les travailleurs, par des salaires convenables, à augmenter leur production, telles étaient les seules solutions efficaces. On pouvait facilement prévoir que les prêts d’argent seraient entièrement inefficaces. C’est en vain qu’ils furent répétés.

De ce qui précède, il résulte qu’un peuple dépourvu de monnaie, mais pouvant extraire de son sol et de ses usines les éléments nécessaires à sa subsistance et à la fabrication de marchandises échangeables, peut devenir beaucoup plus riche qu’un peuple possédant une certaine réserve d’or ou d’argent, mais ne produisant qu’un chiffre insuffisant de marchandises. Les réserves métalliques s’épuisent vite si elles ne se renouvellent pas. La pauvreté des Espagnols, se croyant riches parce qu’ils avaient pris tout l’or de l’Amérique, en constitue un exemple.

L’Allemagne représente, au contraire, un peuple ayant perdu son or, mais dont la situation économique reste cependant prospère grâce à sa production.

Cette création des richesses par le mécanisme de la production et de l’échange se heurte, aujourd’hui, à des obstacles divers, artificiels le plus souvent, redoutables toujours.

En premier lieu, le nombre des acheteurs est énormément diminué dans le monde. Ceux d’Autriche et de Russie ont disparu, les autres réduisent leurs achats.

L’exportation de marchandises à des prix permettant leur vente est devenue, en outre, difficile par suite de la dépréciation du pouvoir d’achat de la monnaie dans plusieurs pays, la France et l’Italie, par exemple.

C’est ainsi que, pour obtenir en Angleterre ou en Amérique une certaine quantité de matières premières valant cent francs en France, une dépense de trois cents francs environ est nécessaire. Le prix de revient du produit se trouvant ainsi fort majoré, sa vente devient difficile. L’acheteur se trouve, d’ailleurs, gêné dans ses approvisionnements par les variations incessantes du pouvoir d’achat de sa monnaie qui l’exposent à des pertes considérables en cas d’approvisionnements importants ou d’engagements commerciaux à époques fixes.

On voit que les peuples, par suite des perturbations que je viens d’indiquer, sont dans des conditions difficiles d’existence. D’autres circonstances compliquent encore cette situation.

Les peuples agricoles vivant des produite de leur sol et les peuples industriels vivant de l’échange de leurs marchandises se trouvent, aujourd’hui, dans des situations bien différentes.

La France, pays surtout agricole, subsisterait, à la rigueur, de sa terre. L’Angleterre ne le pourrait pas. Entourée d’un mur infranchissable, elle vivrait à peine un mois de son sol. Si le même mur entourait la France, sa terre lui fournirait de quoi vivre pendant au moins dix mois.

Ces conditions si dissemblables d’existence expliquent un peu la politique de l’Angleterre. Il lui faut absolument se procurer des produits au dehors. Les marchandises ne se payant qu’avec des marchandises, elle est obligée de chercher partout des acheteurs.

§ 2.--Les sources artificielles de la richesse.

Depuis la guerre, les divers pays produisant peu et vendant mal se sont trouvés obligés, pour subsister, de recourir à des méthodes diverses. Au premier rang, figure la création de billets de banque à cours forcé.

Ce procédé possédant le caractère constant de réussir à ses débuts, beaucoup d’États l’ont adopté.

La monnaie constituée par du papier n’a évidemment d’autre valeur que la confiance du public qui l’accepte à l’égard des gouvernants qui l’émettent. L’expérience enseigne que cette confiance diminue avec l’accroissement des billets émis et avec le retard apporté à leur remboursement.

En principe, la valeur d’une monnaie fiduciaire, c’est-à-dire son pouvoir d’achat, doit diminuer progressivement et arriver à zéro. Si cette valeur, en effet, pouvait toujours rester, de si peu que ce fût, supérieure à zéro, l’émetteur d’un tel papier pourrait l’échanger indéfiniment contre une bonne monnaie étrangère. Que lui importerait, en effet, de donner un billet de mille francs pour obtenir un franc en argent, puisque ce billet de mille francs ne coûte que son impression?

Un État possédant la faculté théorique de fabriquer des billets dont la valeur, tout en se rapprochant de zéro, n’atteindrait jamais ce chiffre, pourrait se procurer avec sa mauvaise monnaie tout l’or de l’univers.

Une telle hypothèse est évidemment irréalisable. L’expérience montre, comme elle le montra à l’époque des assignats, que l’inflation de la monnaie fiduciaire finit par ôter toute valeur à cette monnaie. C’est ce qui est arrivé pour la Russie, la Pologne, l’Autriche, etc.

En Allemagne la dépréciation du mark-papier ne tenant pas du tout, comme dans les autres pays, à un énorme excédent de la consommation sur la production mais uniquement au désir des gouvernants d’ôter au papier toute valeur afin de rendre impossible le paiement des indemnités de guerre, la valeur de sa monnaie artificielle n’est jamais tombée à zéro malgré son inflation.

En réalité, l’inflation fiduciaire donne à l’émetteur la faculté d’échanger momentanément du papier sans valeur contre de la bonne monnaie ou contre des marchandises, mais cette opération ne peut durer longtemps. Si elle se prolonge, le pays émetteur ne possède bientôt plus de monnaie acceptée et n’a--comme la Russie--d’autre moyen de commerce que l’échange direct de ses produits contre d’autres produits. Il retourne ainsi au système antique du troc.

En creusant un peu le sujet, on reconnaît du reste que ce n’est pas dans l’antiquité seule que le troc a constitué le véritable procédé de commerce.

Le papier-monnaie est utile à un pays qui, traversant une crise momentanée, a besoin de remplacer la monnaie d’or ou d’argent absente. Le papier substitué à la vraie monnaie ne représente, alors, qu’un emprunt sans date de remboursement. Il perd sa valeur, je l’ai dit plus haut, d’abord par sa multiplication et ensuite par le retard de son remboursement.

Les États ne doivent donc jamais oublier que le billet de banque à cours forcé constitue une monnaie qui s’use avec le temps et dont la valeur tend toujours vers zéro.

CHAPITRE II

LES FACTEURS ANCIENS ET MODERNES DE LA RICHESSE

Une agriculture médiocre, un commerce lent et incertain constituaient dans le monde antique les sources principales de la richesse. Il était alors admis pour un peuple que le meilleur moyen de s’enrichir consistait à piller ses voisins.

De nos jours, la progressive interdépendance des nations commençait à ébranler, au moins chez quelques économistes, les vieilles idées sur l’utilité des conquêtes. Des faits nombreux prouvaient que les peuples gagnaient beaucoup plus à échanger leurs produits qu’à se détruire. L’expérience montrait aussi que pour s’ouvrir des débouchés commerciaux avec une nation, il était inutile de la conquérir. C’était par exemple avec des pays comme les États-Unis, que l’Allemagne faisait le plus fructueux commerce.

Ces constatations, bien qu’évidentes, appartenaient à cet ordre de vérités que j’ai qualifiées ailleurs d’inactives parce que leur évidence ne les rend pas assez fortes pour dominer des impulsions sentimentales ou mystiques comme la jalousie, la haine, le besoin d’hégémonie, etc., capables d’entraîner les peuples vers de folles aventures.

Quatre années de lutte et de destruction conférèrent cependant une certaine puissance aux vérités jadis inactives. Elles prouvèrent surtout que les guerres de conquêtes ne pouvaient enrichir personne, puisque celle dont nous sortons a ruiné les vainqueurs au moins autant que les vaincus.

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Les peuples consacrent maintenant tous leurs efforts à réparer leurs pertes, payer leurs dettes et reconstituer leurs capitaux perdus.

De quelles sources, dans l’avenir, dérivera pour eux la richesse?

Ces sources, de nature diverse, seront toutes dominées par un principe fondamental que je résume dans la formule suivante:

_La fortune d’un individu ou d’un peuple dépend en grande partie de la rapidité de circulation du capital dont il dispose._

Cette formule est voisine de celle qui régit, en mécanique, la grandeur du travail. Il est égal, on le sait, au demi produit de la masse par le carré de la vitesse.

En économie politique, la masse est représentée par le capital disponible, la vitesse par la rapidité de sa circulation.

Peu importe que le capital initial soit minime. Si sa circulation est rapide, un très petit capital dépassera vite en grandeur un capital considérable, mais à faible vitesse de circulation.

Ici encore, l’analogie mécanique subsiste. Une balle de masse petite, mais animée d’une grande vitesse, est plus meurtrière qu’une masse métallique cent fois plus lourde, mais animée d’une vitesse faible. Toute la balistique moderne a été transformée par l’application de ce principe. Il tend également à transformer l’industrie.

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Les principes qui précèdent conduisent à une conception nouvelle de la richesse.

Dans le monde antique, le trésor d’un pays était constitué par l’accumulation de pièces d’or ou d’argent enfermées au fond de coffres hermétiquement clos, d’où elles sortaient rarement.

Avec l’évolution moderne, le trésor est entièrement sorti de son coffre. Il constitue une masse mobile dont la grandeur varie, ainsi que je viens de le dire, avec la rapidité de sa circulation.

Supposons, pour fixer les idées, qu’un commerçant possède un capital de 1.000 francs qu’il consacre à l’achat d’une certaine quantité de marchandises revendues ensuite avec 10 p. 100 de bénéfice. Si cette opération est renouvelée dix fois dans la même semaine, le capital sera doublé à la fin de la semaine.

Continuant ces opérations, le commerçant sera bientôt plus riche que l’homme possédant 50.000 francs de capital immobilisé ou ne rapportant qu’un faible revenu.

Il résulte également de ces élémentaires calculs que l’importance du bénéfice commercial ou industriel dépend non du gain réalisé à chaque opération, mais de la fréquence de ces opérations.

Il en résulte encore que plus le gain est répété, plus il peut se réduire. La réduction du gain facilite à son tour l’accélération de la circulation du capital, puisqu’elle met la marchandise à la portée d’un plus grand nombre d’acheteurs.

L’acheteur et le vendeur gagnent donc tous deux à la rapidité de circulation du capital. C’est sur ce principe que sont fondés les grands magasins de nouveautés qui remplacèrent les petites boutiques où le marchand, vendant peu, était obligé de vendre cher.

Les exemples que je viens d’indiquer permettent de présenter sous la forme suivante la formule énoncée plus haut: _L’accroissement de vitesse de la circulation d’un capital équivaut à l’augmentation de ce capital._

Cette formule régira de plus en plus le monde industriel moderne. Quels sont les moyens de l’appliquer?

Les facteurs pouvant accélérer la vitesse de circulation d’un capital avaient été très étudiés par les Américains et les Allemands avant la guerre. C’est justement pour cette raison que leur développement économique dépassait le nôtre.

La nécessité de la rapidité dans la production et dans l’écoulement de cette production étant admise, on voit immédiatement l’importance du perfectionnement des méthodes de production, de l’outillage et du développement des moyens de transport.

Je ne saurais examiner ici l’influence des divers facteurs de l’intensification industrielle et commerciale, c’est-à-dire de la rapidité de production et d’écoulement des produits. Il en est un, cependant,--l’accroissement du rendement agricole--que je mentionnerai en passant, car son importance se révélera prépondérante dans la phase de disette dont le monde est menacé.

Le rendement agricole de la France était, avant la guerre, aussi médiocre que sa production industrielle. Les terres à blé ne rapportaient guère que 12 hectolitres à l’hectare alors que les terres allemandes, quoique inférieures en qualité, fournissaient le double, grâce à l’utilisation des engrais.

Qu’il s’agît d’agriculture ou d’industrie, l’insuffisance de notre enseignement technique constituait une cause d’infériorité. Cet enseignement est à refaire entièrement.

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Dans un intéressant travail publié par la revue _l’Expansion Économique_, M. l’ingénieur Loiret a donné de frappants exemples des différences de rendement pouvant être obtenues de la main-d’œuvre et des machines, suivant les connaissances techniques de ceux qui les utilisent.

L’auteur rappelle, notamment, l’exemple classique de Taylor qui, grâce à l’élimination méthodique des mouvements inutiles, arrivait à faire charger 47 tonnes de fonte dans un wagon par un ouvrier, alors que ses camarades opérant sans méthodes n’en chargeaient que 12 dans le même temps.

Il cite ensuite des usines de matériel électrique au rendement plus que doublé par de meilleures méthodes, d’autres ayant pu diminuer leur prix de revient de 40 p. 100, ce qui permettait d’augmenter notablement le salaire de l’ouvrier. Prétendre élever ce salaire sans accroître en même temps le rendement ne fait qu’entraîner la hausse des prix de revient. Le fabricant est alors concurrencé par des rivaux mieux outillés et sa marchandise devient invendable.

L’auteur fait également remarquer que l’utilisation méthodique du charbon peut réduire sa consommation de 30 p. 100. Il rappelle qu’au concours de chauffeurs organisé en 1905, à l’exposition de Liége, avec mêmes appareils et mêmes combustibles, la différence de rendement entre le premier et le dernier concurrent atteignit 50 p. 100.

La nécessité de perfectionner l’instruction technique des ouvriers et de leurs chefs apparaît capitale. La main-d’œuvre devient de plus en plus rare et coûteuse, alors qu’il serait nécessaire de réduire le prix de revient.

Une grande partie de nos dettes étant extérieures ne pourront être payées qu’avec l’excédent de notre production agricole et industrielle.

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Toutes ces considérations montrent qu’un capital matériel, constitué par de l’argent, des usines ou des récoltes, peut considérablement grandir quand il est multiplié par un certain coefficient individuel que j’appellerai le _coefficient de capacité mentale_. C’est de lui que dépend le facteur vitesse de production, dont j’ai montré l’importance.

Il est donc visible, contrairement aux rêves égalitaires des socialistes, que, dans l’avenir, plus encore que dans le passé, la richesse d’un peuple dépendra surtout de ses élites scientifiques, industrielles et commerciales.

Les pays où, sous l’influence socialiste, le développement de l’étatisme continue à paralyser les initiatives individuelles se trouveront dans un état d’infériorité écrasante à l’égard des pays où, comme en Amérique, l’action de l’État est réduite à son minimum et l’initiative des citoyens portée à son maximum.

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Nous avons dû nous limiter dans ce chapitre à la démonstration du rôle de la vitesse dans la création des valeurs.

En étudiant son influence sur l’évolution du monde actuel, il serait facile de prouver que notre civilisation se trouvera de plus en plus dominée par ce facteur. C’est lui, surtout, qui différencia le dernier siècle de tous ceux qui l’avaient précédé pendant plusieurs milliers d’années d’histoire.

De Sésostris à César, à Louis XIV et à Napoléon, la fabrication des produits, la circulation des hommes et même celle des idées se faisaient avec une grande lenteur.

La découverte de la houille, _créatrice de la vitesse_, rendit possibles les transports rapides et les usines à fabrication gigantesque. La vie des peuples et aussi leurs pensées furent alors transformées.

L’existence moderne est suspendue à la production de la houille et s’arrêterait instantanément si cette source venait à disparaître. Une grève prolongée des mineurs suffirait à mettre en danger toute l’évolution économique et Sociale de l’Angleterre. L’importance de la houille dans la vie matérielle et morale des peuples justifie le chapitre qui lui est consacré dans cet ouvrage.

Quel que soit, aujourd’hui, l’élément de civilisation considéré, les efforts de la science tendent à accélérer sa vitesse. On pourrait même dire que ce rôle de la vitesse est d’accroître la longueur de l’existence, à la condition d’admettre cet aphorisme que j’ai déjà formulé ailleurs: _la durée de la vie ne dépend pas du nombre des jours, mais de la diversité des sensations accumulées pendant ces jours_.

CHAPITRE III

LES MYSTÈRES APPARENTS DU CHANGE

Lorsqu’en 1525, Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice et maréchal de France, mourut devant Pavie, il laissait la réputation d’un vaillant soldat, mais nullement celle d’un philosophe. La postérité seule devait--sans qu’on sache d’ailleurs pourquoi--faire de cet honnête guerrier le père de la seule philosophie génératrice de vérités que les hommes ne contestent pas et pour la défense desquelles ils éprouvent rarement le besoin de s’égorger.

Les vérités dites de La Palice constituent, souvent d’ailleurs, les plus importantes conclusions de nos connaissances. On n’exagérerait pas beaucoup en affirmant que les grands progrès de la science consistent à transformer en vérités de La Palice, c’est-à-dire évidentes, des hypothèses d’abord incertaines. J’ai montré, jadis, qu’un des principes essentiels de la thermodynamique, sur lequel la sagacité des physiciens s’exerça péniblement pendant cinquante ans, pouvait être ramené à cette vérité de La Palice: qu’un fleuve ne remonte pas vers sa source.

Il en est de même dans beaucoup de sciences. Tout récemment, un de nos plus illustres maréchaux assurait que les seules vérités utiles à la guerre étaient des vérités de la Palice.

Mêmes observations pour certaines sciences d’aspect sévère, développées dans de lourds volumes, comme l’économie politique. Elle contient en nombre respectable des vérités de La Palice. Tel, par exemple, le principe fondamental de l’offre et de la demande que la plus humble cuisinière comprend fort bien lorsque le prix des œufs qu’elle achète au marché augmente avec leur rareté.

La plupart des autres théories d’économie politique deviennent aussi simples dès qu’on les dépouille de la gangue obscure accumulée par les commentateurs.

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