Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes

Part 6

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Dans la dernière année de son règne, il marcha encore contre les Bakiris, mais fut repoussé à l’attaque qu’il dirigea contre Goulmy. Il rentra alors à Dara, où il mourut peu après. Il laissait deux fils : Oumar-Moussa, qui donna naissance aux Sissibés de Belpounégui, près Sénoudébou, et Malick-Moussa, qui mourut tout enfant.

SÉGA-GAYE (1790-1794).

Séga-Gaye, frère de Moussa-Gaye et héritier direct, selon les lois en vigueur, succéda à l’almamy défunt. A peine fut-il installé sur le trône du Bondou, qu’il eut à réprimer les désordres soulevés par les mécontents, qui avaient fait cause commune avec ses ennemis. Il continua contre les Bakiris la guerre commencée par son frère, et le village de Sangalou ayant méconnu son autorité, il s’en empara, après un brillant assaut, mit à mort un grand nombre de guerriers et emmena en captivité les femmes et les enfants.

Le tunka de Tuabo ne se sentant plus assez fort pour lutter contre l’almamy du Bondou, alla solliciter l’appui de celui du Fouta, Abdoul-Kader. Celui-ci venait d’être élu almamy par les notables Foutankès. Originaire du Bondou, il était né à Diamwély, près de Boulébané, et avait été chassé du Bondou par l’almamy Moussa à la suite des craintes qu’inspirait son fanatisme religieux. Son autorité reconnue de Dembakané à Dagana, il résolut de venger l’injure dont il avait été victime de la part des Sissibés. L’occasion se présentait belle. Il ne la laissa pas échapper. Sur ces entrefaites, les Bambaras du Ségou envahissaient le Kaarta, et ses habitants, obligés de chercher un asile dans le haut Galam, faisaient prévenir de leur arrivée le roi du Fouta. Abdoul-Kader refusa de les recevoir, et leva une armée pour les chasser, lorsque ceux-ci, informés de ses mauvaises dispositions, rebroussèrent chemin et rentrèrent chez eux en brûlant plusieurs villages pour se venger du refus de protection de l’almamy du Fouta.

Iman, chef d’un des villages incendiés, marabout estimé, vint se plaindre à Abdoul-Kader que Séga-Gaye avait enlevé sa femme et sa fille pour en faire ses concubines et lui avait brûlé tous ses livres sacrés, si nombreux, disait-il, qu’il y en aurait eu la charge d’un âne. Au nom de Dieu et du prophète, il adjurait Abdoul-Kader de lui faire rendre justice.

Celui-ci se rendit alors à Marsa, à l’est de Gabou, avec une armée de 20,000 hommes. Grand-prêtre de la religion de Mahomet, et tenant à montrer le respect qu’il avait pour le culte, il somma Séga-Gaye de venir lui rendre compte de sa conduite. Soit par crainte, soit par confiance, l’almamy du Bondou répondit à l’appel d’Abdoul et le rejoignit à Marsa. Dès son arrivée, le roi du Fouta fit saisir son ennemi sans vouloir l’entendre et le condamna à l’exil dans le Toro. Séga-Gaye sortit ; mais à peine avait-il fait cent pas hors du camp qu’il était assassiné par les hommes d’Abdoul et son corps jeté dans un marais, en présence des guerriers du Bondou, qui, en nombre insuffisant, ne purent protéger leur chef.

A l’annonce de sa mort, les Bondounkès se trouvèrent embarrassés pour lui désigner un successeur, et, subissant l’influence d’Abdoul-Kader, nommèrent roi le fils de Paté-Gaye, Ahmady-Gaye, homme absolument nul.

En même temps, un parti considérable proclamait Ahmady-Aïssata, frère de Séga-Gaye, et héritier légitime du trône.

Séga-Gaye laissa un fils, Boubakar-Séga, qui mourut sans s’être jamais fait remarquer en rien.

Ces événements allaient encore plonger le Bondou dans une guerre terrible et il allait avoir à lutter contre un ennemi acharné et maître d’une armée redoutable. C’était à la fois une guerre extérieure et une guerre civile.

AHMADY-AÏSSATA (1794-1819).

Avec Ahmady-Aïssata, la branche des Sissibés de Boulébané monte sur le trône du Bondou. Son premier soin, en prenant le pouvoir, fut de ramener à lui les mécontents qui avaient soutenu Ahmady-Paté et de diminuer ainsi la force de ce dernier.

Il manda près de lui Toumané-Mody et lui fit part de ses projets à l’égard d’Ahmady-Paté. Toumané l’engagea à ne rien entreprendre sans avoir essayé une réconciliation et se chargea de voir Ahmady-Paté, qui ne voulut rien écouter.

Devant cet échec, Ahmady-Aïssata leva une armée, qu’il mit sous les ordres de Toumané, et l’envoya à Féna, résidence de son adversaire. Quelques jours après, il rejoignait la troupe et prenait la ville d’assaut. Ahmady-Paté prit la fuite, et se retira d’abord à Débou, où il fut inquiété et obligé de demander asile à Abdoul-Kader, qui le reçut en grande pompe et le présenta à tous les grands du Fouta. L’année suivante, il accompagna Abdoul-Kader, qui venait de recruter une armée considérable, et alla avec lui attaquer le Bondou. Ils investirent peu de jours après la ville de Dara-Lamine et en tirent le siège. Après quatre ou cinq jours d’un combat meurtrier, où le Bondou perdit sept Sissibés, dont deux de la branche régnante, Dara fut pris et incendié. Malick-Aïssata, frère de l’almamy, y fut tué.

L’étoile d’Ahmady-Paté semblait pâlir. Mais Abdoul-Kader ne s’exagéra pas les avantages de sa victoire, sachant qu’avec des hommes comme les Sissibés tout était à craindre.

En effet, Ahmady-Aïssata ne s’était pas laissé abattre par la défaite. Il se mit en campagne sans perdre un jour, et en peu de temps il eut recruté une nombreuse armée dans le Konkodougou, le Diébédougou, le Bélédougou, le Niambia. Mais le plus fort contingent de guerriers lui fut amené par son allié le roi bambara du Kaarta, Moussou-Koura-bô, qu’accompagnait son fils Moriba.

Aussitôt après avoir réorganisé ainsi son armée, Ahmady-Aïssata se mit à la poursuite de ses ennemis. Sur ces entrefaites, Abdoul-Kader, à la suite d’une de ces révolutions comme il y en a tant dans les royaumes du Soudan, fut détrôné et obligé de s’enfuir avec quelques serviteurs fidèles seulement. Il se retira à Moudiéri, sur le Sénégal. Le chef de ce village, effrayé, et craignant pour sa propre tête, l’engagea à passer sur la rive maure, où les armées coalisées ne pourraient le rejoindre. Mais celui-ci, n’écoutant pas ces conseils, se rendit à Goorick (Toro), attendant tranquillement et décidé à vendre chèrement sa vie. L’armée ennemie l’eut vite rattrapé. Quand il vit tous ses hommes tués sous ses yeux et qu’il n’eut plus d’espoir, il descendit de cheval et fit son salam au pied d’un arbre.

C’est dans cette position qu’Ahmady-Aïssata le trouva. Il s’approcha du vaincu, fit les trois saluts d’usage, et lui demanda compte de l’assassinat commis sur son frère Séga-Gaye. N’obtenant point de réponse, il tira son pistolet et l’étendit raide mort à ses pieds, en lui disant : « Allez ! je vous envoie vers mon frère Séga ! »

La mort d’Abdoul-Kader, survenue sans qu’Ahmady eût pris conseil de son allié Moussou-Koura-Bô, le roi du Kaarta, mécontenta vivement ce dernier, qui, comme doyen d’âge, se considérait comme le commandant en chef de l’armée coalisée. Il reprocha à l’almamy du Bondou de lui avoir tué son marabout favori, et il demanda pour payer cette tache royale que le Bondou lui payât autant d’or qu’en contiendrait le crâne d’Abdoul-Kader. Devant cette injonction, les chefs du Bondou se réunirent, et, considérant désormais l’appui du roi bambara comme inutile, l’engagèrent à rentrer dans ses états. Moussou-Koura-Bô s’éloigna en promettant à Ahmady-Aïssata de venir bientôt avec une nombreuse armée châtier son insolence et sa vanité. Mais il mourut peu après son retour dans le Kaarta sans avoir pu assouvir sa vengeance. Son fils Moriba lui succéda et hérita de sa haine pour les Sissibés. Aussi, vers 1815, il écrivit à Ahmady-Aïssata une lettre conçue dans des termes aussi insolents que ceux de celle que Sattigui avait écrite à Maka-Guiba et dans laquelle il réclamait au Bondou l’impôt qu’il disait lui être dû. Ahmady n’hésita pas. Il fit saisir les envoyés du Kaarta, et, séance tenante, leur fit couper le cou, n’en épargnant qu’un seul, qu’il chargea d’aller dire à son maître qu’en fait de tribut et d’impôt, il lui enverrait les balles de ses fusils. En même temps, il leva son armée et se mit en marche sur le Kaarta. Mais Moriba, prévenu de ses desseins et après avoir traversé le Sénégal à Dramané et la Falémé au gué de Béréba, venait mettre le siège devant Boulébané, après avoir ravagé une grande partie du Ferlo.

Plusieurs fois, le roi bambara tenta vainement l’assaut de ce fort village qui était héroïquement défendu par un petit nombre de jeunes gens renfermés dans le palais de l’almamy. Il résolut alors de le prendre par la famine, et, voyant qu’il lui faudrait plusieurs mois pour en venir à bout, il se fit construire, pour lui et sa suite, en face de l’ennemi, un tata véritable dont on voit encore les ruines.

De leur côté, les Sissibés ne restaient pas inactifs et faisaient tous leurs efforts pour délivrer leur capitale. Salif-Ahmady-Gaye, neveu d’Ahmady-Aïssata, parti avec une forte troupe de Koussan-Almamy, parvint à pénétrer dans Boulébané et à ravitailler ses défenseurs, mais il fut tué quelques jours après dans une sortie contre les Bambaras. Maka-Diara, chef de Sambacolo, attaqua également le camp de Moriba, sans cependant pouvoir l’entamer ; il fut forcé de se retirer.

Le siège traînait depuis longtemps en longueur. Il n’y avait plus, pour ainsi dire, de vivres dans la place, et Boulébané, affamé, allait être forcé de se rendre. La fortune semblait se tourner du côté des Bambaras. Moriba, se croyant hors d’atteinte et sûr de vaincre, laissa ses hommes se répandre dans les environs pour y piller et faire des captifs. Aussi fut-il littéralement surpris lorsque Ahmady-Aïssata, ayant renforcé son armée par des contingents recrutés dans le Bambouck, se rua sur les Bambaras.

L’armée du Kaarta fut mise en déroute, abandonnant tout le butin et les nombreux captifs qu’elle avait faits depuis son entrée dans le Bondou. Les guerriers se dispersèrent par toute la campagne, de telle sorte que, durant plusieurs semaines, on en rencontra qui erraient affamés dans la brousse. On raconte même qu’il y en eut beaucoup qui furent faits prisonniers par des femmes mêmes du Bondou. Moriba essaya bien de rallier les fuyards, mais il fut encore poursuivi par les Bondounkés qui tuèrent sans pitié tous les soldats ennemis tombés entre leurs mains. Il eut beaucoup de peine à rentrer dans son royaume avec quelques hommes seulement qui lui restèrent fidèles.

Ce combat eut lieu en mai 1817. Un an plus tard, Ahmady-Aïssata alla mettre le siège devant Tambo-N’Kané. Le blocus était déjà avancé et on avait dû creuser des puits de 40 pieds de profondeur pour avoir de l’eau, lorsque apparut, sur la rive opposée, une troupe d’environ 400 cavaliers. A cette vue, Ahmady croit avoir affaire à une armée considérable et lève le siège pour se retirer à Lanel qui lui avait ouvert ses portes. C’étaient des Kaartans qui venaient encore l’attaquer. Ils traversèrent le fleuve et se mirent à la poursuite de l’almamy du Bondou. En arrivant devant Lanel, ils trouvèrent la ville fermée et une forte armée dans ses murs pour protéger l’almamy. Ils retournèrent alors à Tambo-N’Kané attendre un renfort de troupes.

De son côté, Ahmady avait demandé du secours à Ava-Demba, chef du Fouta-Toro ; mais aucun des deux camps n’eut avant un mois les hommes sur lesquels il comptait.

Quand l’armée coalisée fut au complet, elle fut commandée par le chef du Guidimakha, doyen d’âge, et qui avait fourni le plus fort contingent. Ce chef se nommait Samba-Gangioli. Elle se composait des guerriers de ce pays, de ceux du Kaarta et d’un détachement du Khasso, commandé par le prince Saféry, soit environ 2,500 hommes.

Les forces d’Ahmady comprenaient le Bondou et une bonne partie du Fouta-Toro et du Gadiaga, sous les ordres d’un neveu de Saféry.

En août 1818, les deux armées se trouvèrent en présence et se livrèrent des combats terribles ; après une lutte acharnée, l’almamy, vaincu, dut s’enfuir dans le Toro, laissant les cavaliers du Kaarta rentrer dans le Bondou qu’ils ravagèrent de toutes façons.

Ahmady essaya bien de persuader à tous les chefs de se liguer de nouveau pour forcer Samba-Gangioli à s’éloigner du Bondou, mais ceux-ci refusèrent de le seconder dans une entreprise qui leur paraissait douteuse, et insistèrent, au contraire, pour faire la paix. Dans ce but, une grande assemblée se réunit à Marsa et envoya des négociateurs auprès de Samba-Gangioli, qui, vers 1818, consentit à signer le traité qu’on lui proposait.

Après ces faits marquants, Ahmady-Aïssata fit avec succès la guerre aux Bakiris. Il se mit de nouveau en campagne contre les Malinkés qui, pendant le siège de Boulébané, s’étaient permis de venir piller et rançonner plusieurs villages du Bondou. Lally et Sourraly, sur la rive gauche de la Falémé, furent emportés d’assaut. L’almamy marcha ensuite jusque sur Gamon, dont il prit la moitié, mais fut forcé de se retirer devant l’attitude des défenseurs. L’année suivante, il attaqua le Kantora et, après plusieurs batailles peu importantes et sans aucun résultat, il revint dans le Bondou.

Vers cette époque, le major Grey traversait le Bondou à la tête d’une expédition anglaise. Retenu depuis quelque temps à Samba-Cantaye, où il campait, il se disposait à aller rendre visite aux bâtiments français venus pour construire un poste à Bakel, en compagnie de l’almamy qui avait manifesté le désir de saluer nos officiers, lorsque celui-ci tomba malade à Kéniou, à 4 kilomètres de Kounguel.

Le major Grey poursuivit seul sa route, et quand il revint, plus tard, au camp d’Ahmady, il le trouva alité et miné par une maladie dont il ne devait pas se relever. Approchant ses lèvres de l’oreille du major, il lui dit d’une voix affaiblie : « Que les hommes sont fripons ; au moment de mourir, je comprends combien ceux qui me craignaient auront de regrets et apprécieront trop tard ma valeur. »

Dès ce moment, Ahmady ne fit que décliner, et il mourut à Boulébané le 8 janvier 1819. Il laissait trois fils : Saada Ahmady-Aïssata et Oumar-Sané, qui régnèrent, et Bokkar-Sané, qui mourut dans la plus profonde obscurité.

MOUSSA-YÉRO-MALICK-AÏSSATA (1819-1827).

A la mort d’Ahmady, trois prétendants se présentaient pour recueillir sa succession : Toumané-Mady, Moussa-Yéro-Malick-Aïssata et Malick-Samba-Toumané, son cousin et héritier le plus direct. Les Sissibés portèrent leur choix sur Moussa-Yéro-Malick-Aïssata, qui fut élu almamy le 20 janvier 1819. Ahmady-Kama, descendant de Toumané-Boubou-Malick, avait bien essayé aussi d’élever des prétentions au trône du Bondou, malgré l’exclusion qui avait été prononcée contre sa famille par les héritiers politiques de Maka-Guiba, mais il fut écarté et sa candidature ne fut même pas discutée.

Moussa-Yéro-Malick était un homme relativement paisible, aussi son règne ne fut-il marqué que par des expéditions de peu d’importance. Il envoya ses colonnes contre Farabanna, dans le Niagala, et contre Goulmy, Kotéra et Moussala, dans le Kaméra. Les N’Diaybès, de Bakel, eurent également à essuyer ses feux ; mais en dernier lieu, protégés par les canons du fort que nous venions d’y construire, il furent laissés en repos par Moussa qui incendia leurs récoltes et parvint ainsi à les empêcher d’inquiéter le Bas-Bondou. Il établit des impôts sur les gens du Bambouck, du Ouli et du Tenda, et réussit à garantir ses frontières du brigandage des peuplades voisines. Mais il se comporta mal avec l’expédition du major Grey, qu’il retint longtemps, espérant toujours en obtenir de nouveaux cadeaux. En janvier 1819, le major put enfin partir, après avoir failli être plusieurs fois victime des indigènes.

Moussa mourut en 1827. Il avait régné huit ans.

Il laissa trois enfants, dont aucun ne devait monter sur le trône, et qui, tous, moururent à la suite d’El-Hadj-Oumar. Ce furent : Demba-Moussa, Saada-Doudé et Bala-Setté.

TOUMANÉ-MODY (1827-1835).

A la mort de Moussa-Yéro-Malick-Aïssata, Ahmady-Saada, fils d’Ahmady-Aïssata, voulut se faire couronner. Il avait des droits légitimes, mais son avarice le fit échouer. Ahmady-Kama, de son côté, chercha encore à monter sur le trône du Bondou ; mais il trouva contre lui Toumané-Mody, le fils aîné d’Ahmady-Gaye, qui, cette fois, pour couper court à toutes réclamations de ce prince, se fit couronner almamy à Koussan.

Ahmady-Kama essaya de contrecarrer l’autorité de Toumané-Mody. Celui-ci, pour en finir, expédia contre lui son frère Malick-Coumba qui, à la tête de quelques guerriers, le força à se réfugier dans le Toro.

Toumané-Mody eut à lutter contre les Malinkés du Bambouck et contre le Tenda. La dernière année de son règne, il traversa la Gambie et marcha contre Coppar, dans le Ghabou. Il s’empara de ce village, mais au moment de rentrer dans le Bondou, tous les habitants du Ghabou se levèrent en masse et lui barrèrent le passage dans un étroit sentier bordé de bambous très épais. L’armée du Bondou fut dispersée et l’almamy lui-même fut blessé au cou. Il rentra en grand désordre à Boulébané et ne guérit jamais de sa blessure. Il en mourut dans ce village un an après.

Toumané-Mody laissa douze enfants, dont voici les noms : Samba-Toumané, mort dans la journée de Fissa-Daro, pendant les guerres civiles ; Alkossoun, assassiné à Somsom-Tata ; Abbas et Ibrahim-Ténendia, morts sans régner ; Oumar-Bily-Carry, Abdoul-Saloum, Ely-Guitta, Hamet, morts chez El-Hadj-Oumar sans postérité, ainsi que Boubakar-Sidik ; Séga-Toumané, mort chez El-Hadj, en laissant un fils à Nioro et l’autre à Koussan-Almamy ; Sourakoto, mort chez El-Hadj, et dont le fils vit dans le Bondou, et enfin Salif, qui vit encore à Koussan-Almamy.

MALICK-COUMBA (1835-1839).

Malick-Coumba, frère de Toumané-Mody et son héritier direct, lui succéda. Ahmady-Kama essaya encore une fois de s’asseoir sur le trône du Bondou. Mais Malick-Coumba, pour le mettre à la raison, lui envoya encore quelques troupes qui l’enfermèrent dans le village de Dialiguel, sur la rive droite de la Falémé, et le forcèrent ainsi à se tenir en repos. Il renonça, dès lors, à faire valoir des prétentions que rien ne justifiait, et l’on n’entendit plus parler de lui.

Malick continua l’œuvre de paix commencée par Toumané et, par son intégrité, se concilia facilement tous les esprits. Il eut néanmoins à réprimer quelques abus des Sissibés, qui cherchaient à soulever le peuple contre lui, et, en plusieurs circonstances, il dut envoyer des troupes contre les Maures qui passaient le Sénégal et venaient piller jusque dans le Bondou. Il continua mollement les guerres entreprises par ses prédécesseurs contre le Bambouck et le Tenda. Son règne, en résumé, fut assez calme et il mourut à Koussan-Almamy sans jamais avoir rien fait d’extraordinaire. Après quatre ans de règne, il s’éteignit en 1839 en laissant cinq enfants qui suivirent tous la fortune d’El-Hadj-Oumar et moururent à ses côtés. Ce furent : Samba-Gaissiry, Moussa-Yéro-Malick, Boubakar-Malick, Boïla-Malick et enfin Alioun-Malick.

SAADA-AHMADY-AÏSSATA (1839-1851).

Après la mort de Malick, tous les Sissibés influents se mirent en avant pour lui succéder. Ahmadou-Sy son frère, héritier direct, avait peu de partisans. En présence de compétitions aussi nombreuses, les courtisans et les captifs de la couronne se réunirent et nommèrent Saada-Ahmady-Aïssata, fils d’Ahmady-Aïssata. Le sort favorisait encore la branche de Boulébané. Les Sissibés de Koussan-Almamy durent baisser la tête, non sans exprimer leur mécontentement.

A peine fut-il monté sur le trône qu’il eut à soutenir contre le Guoy et le Kaméra une guerre qui se termina promptement sans grandes pertes des deux côtés. Peu après il eut à lutter contre les Maures qui, sans aucun motif, avaient, sous la conduite de leur chef Déya, envahi une partie des états de l’almamy. Celui-ci se porta à leur rencontre et les attaqua au gué de Béréba, près de N’Dangan, sur la Falémé. Les Maures furent complètement défaits, et depuis cette époque ils ne se sont plus hasardés à traverser la Falémé pour envahir le Tiali.

Mais toutes ces expéditions étaient peu fructueuses, et le butin qu’elles rapportaient était bien insuffisant pour satisfaire l’avidité de la horde affamée des princes sissibés. Aussi, afin de se faire bien venir d’eux, Saada leva-t-il une nombreuse armée dont il prit le commandement et alla-t-il attaquer le Saloum, dont les habitants pillaient toutes les caravanes qui revenaient du Bondou après y avoir fait le commerce des chevaux et des captifs. Il traversa le Ouli et le Niani en quelques jours, et s’empara de plusieurs villages du Djoloff.

Le roi du Saloum, Bala-Dougou, dut faire sa soumission et demander la paix, que Saada lui accorda, moyennant une forte somme d’argent et plusieurs centaines de pièces de guinée. Il lui fit promettre, en outre, de ne jamais plus inquiéter les caravanes du Bondou et de les laisser commercer librement sur tout son territoire. Il rentra chez lui, ramenant un immense butin et une partie de la population des pays soumis.

Durant cette campagne, il causa une telle frayeur et une telle admiration aussi aux tiédos (soldats) du bour (roi) du Saloum que ceux qui eurent, cette année-là, des enfants mâles dans le pays, les surnommèrent Saada.

L’expédition du Saloum eut un grand retentissement. Tous les souverains voisins s’empressèrent d’envoyer vers l’almamy des députations chargées de lui faire part de leur sincère désir de vivre en paix avec le Bondou, et, pour donner plus de poids à leurs protestations respectueuses, lui firent offrir des présents assez importants. Le Tenda seul refusa de lui témoigner ses déférences. Aussi Saada résolut-il de se venger et leva une armée qui vint s’installer sous les murs de Diamjoïko, capitale du Tenda. Après une énergique résistance des assiégés, les Bondounkés s’emparèrent de cette ville et firent main basse sur toutes les richesses qu’elle renfermait. Après un repos de quelques jours, l’armée de Saada reprit le chemin du Bondou, en infligeant de dures leçons à tous les villages du Tenda qui, trop faibles pour l’attaquer, arrivaient à l’inquiéter et à retarder sa marche.

Saada avait une cavalerie absolument dépourvue de montures, et pour remplir ce vide il ne trouva rien de mieux que de tomber sur le Ouli pour y ramasser un butin en vue de subvenir aux achats de chevaux. Comme il arrivait à Naoudé (village de la frontière sud du Bondou), il se trouva insulté par Lalli-Penda, chef de Gouniam, près de Bakel, qui l’accompagnait et avait répondu par un refus formel à une demande de l’almamy.

Invité de suite à quitter le camp, Lalli-Penda rentra chez lui et apprenant peu de jours après que Saada voulait l’attaquer, il lui fit des propositions de paix. Sur le point de les accueillir favorablement, car il lui semblait peu politique d’entrer en lutte avec les Bakiris, ennemis acharnés de Mayacine, de Makhana, qui était en guerre continuelle avec le Bondou, Saada préféra à la politique l’honneur de son pays et refusa toute réconciliation. De ce moment il ordonna à tous ses soldats de tout ravager et de tout brûler sur leur passage et, après des fatigues inouïes, arriva devant Gouniam, qu’il attaqua le lendemain. Malgré tous ses efforts, l’armée du Bondou dut battre en retraite après avoir perdu beaucoup de monde.

Deux mois après, Lalli-Penda, comprenant que son succès amènerait infailliblement une revanche, dont il prévoyait les suites terribles, fit de nouvelles propositions de paix à Saada qui, cette fois, les accueillit favorablement.

L’année suivante, Saada se dirigeait vers le Bambouck, mais les Sissibés mécontents de lui, ne voulurent pas le seconder. Il dut se contenter de parcourir le pays en prélevant des impôts et pénétra même jusque dans le Tambaoura, dont il rapporta de riches butins.

C’est sous son règne que fut envoyée vers l’almamy du Bondou une mission française chargée de traiter avec lui de l’établissement d’un comptoir à Sénoudébou. Ce comptoir devait être en même temps un poste frontière.