Le Bondou: étude de géographie et d'histoire soudaniennes
Part 2
Dans le Bondou, la Falémé reçoit sur sa rive droite de nombreux marigots, en général de peu d’importance. Mais, avant d’en donner l’énumération, disons en quelques mots ce que l’on entend par cette expression de _marigot_. On désigne ainsi la plus grande partie des affluents des grands fleuves de la côte occidentale d’Afrique. Ce ne sont pas, en réalité, des affluents véritables ; et ils diffèrent profondément des rivières et ruisseaux. Le régime de leurs eaux est, en effet, tout différent. Ils n’ont pas, en général, de sources qui leur soient propres. Ce sont plutôt des déversoirs du fleuve ou rivière dont ils sont tributaires. Au début de la saison des pluies, ils amènent les eaux de l’intérieur dans le cours d’eau principal. Pendant les hautes eaux, ils en reçoivent le trop-plein. Leur courant est alors dirigé du fleuve ou de la rivière vers l’intérieur des terres. Pendant la saison sèche, au contraire, ils se déversent dans le cours d’eau au bassin duquel ils appartiennent. Leur courant est alors dirigé en sens inverse que précédemment. Certains conservent dans les parties basses de leur lit de fortes quantités d’eau et forment ainsi de vastes réservoirs qui sont autant de foyers d’infection palustre. Sur la rive droite de la Falémé, il en est quelques-uns qui proviennent de sources trop faibles pour alimenter leur cours et forment aussi de vastes réservoirs qui ne tarissent jamais sur une longueur de 2 à 3 kilomètres. Ceux-ci proviennent surtout des montagnes. Mais d’une façon générale, on peut dire que les marigots sont absolument taris dans la plus grande partie de leur cours, pendant la saison sèche. Comme le disent fort exactement les indigènes, en cette dernière saison ils sont « vides », tandis que, pendant l’hivernage, ils sont « pleins ».
Si donc nous procédons du sud au nord, c’est-à-dire d’amont en aval, nous trouvons sur la rive droite de la Falémé les marigots suivants :
Le Makhana-kô qui passe à Makhana et se jette dans la Falémé non loin de Bountou ;
Le Koba-kô qui reçoit le Sirokoto, le Samoro et le Diara et passe à Koba, petit village situé à 5 kilomètres environ de son embouchure ;
Le Louda-kô qui se jette non loin de l’ancien village de Sambayaya ;
Le marigot de Boloni qui reçoit celui de Dara ;
Le Diemoma-kô qui passe à Kéniéba ;
Enfin un grand nombre d’autres marigots de peu d’importance qui n’ont pas reçu de noms particuliers et qui prennent, en général, celui du village principal près duquel ils coulent.
Les affluents de la rive gauche sont plus nombreux et plus importants. Leur cours est généralement peu développé, car la ligne qui sépare le bassin de la Gambie de celui de la Falémé est très rapprochée relativement de cette dernière. Ce sont, en procédant d’amont en aval :
Le Gandoma-kô qui reçoit le Saboué-kô, le Mourounou-kô, le Dagué-kô et le Codiari-kô dans le désert de Tandaba et se jette dans la Falémé à 15 kilomètres environ au nord de Bountou, après avoir reçu dans la dernière partie de son cours de nombreux petits marigots qui passent non loin des ruines de Safico, de Segala et de Moricou.
Le Goulongo-kô qui passe à Goulongo dans le Tiali et dont l’embouchure se trouve à quelques kilomètres au sud de celle du marigot de Koba.
Le marigot de Fatendi de peu d’importance et qui passe non loin des ruines de ce village.
Le marigot de Toumboura de peu d’importance ;
Le Deuguillé-kô dont une des branches passe à Diddé dans le Tiali et qui se jette non loin du village de Malouiaki à quelques kilomètres au sud de N’Dagan ;
Le Séno-Séléiabé-kô qui passe dans les environs des ruines du village du même nom et qui, après avoir reçu le Séno-Bané, le Sabou Allah qui passe au sud de Koussan-Almamy, le Ourodoliré qui passe au pied même de ce village, le Tiangot-Maïssa qui passe à Sambacolo et au confluent duquel se trouve Goundiourou et le Tiangot-Ourobaldi, débouche dans la Falémé non loin du petit village de Débou ;
Le Tunka-Souté qui se jette non loin de Sénoudébou ;
Le Dialla-kô qui débouche dans la Falémé dans les environs de Guita après avoir reçu le Tioban-kô, le Dassé-kô sur les bords duquel s’élève le village de Diamwély, et le Dogui-kô qui coule non loin de Boulébané. Le marigot de Dialla passe à peu de distance du village de Fyssa-Daro dont il sera souvent question dans la suite de ce récit ;
Le Boumba-kô qui passe à Dimbé se jette non loin de ce dernier ;
Le Senoudiagué-kô peu important arrose le village de ce nom et son embouchure est peu éloignée de Kidira-Tata.
Le marigot de Mamandas et celui de Selen sont peu importants.
Enfin le Bakili dont la branche nord passe non loin des ruines d’Amady et la branche sud près de celles de Guedié se jette à peu de distance du village de Dialiguel.
Il serait fastidieux de faire ici une énumération complète des autres marigots, tributaires de la Falémé dans cette partie de son cours. Ils sont, du reste, de peu d’importance.
Les marigots dépendant du bassin de la Gambie et qui arrosent le Bondou ou ses provinces tributaires, se jettent dans cinq cours d’eau que ce fleuve reçoit sur sa rive droite. Ces cinq cours d’eau sont : le Niocolo-koba, le Niéri-kô, le Bira-kô, le Niaoulé et le Sandougou.
Au bassin du Niocolo-koba appartiennent les marigots suivants : le Fala-Koulou, le marigot de Maramasita, le Neréba et le Bantignol qui passe à Codioloï. Tous ces cours d’eau se jettent dans le Boumba-kô qui passe à Kippi et à Coufadou et qui est tributaire du Niocolo-koba. Ils coulent tous dans le Tiali.
Le Niéri-kô reçoit tous les marigots qui arrosent le Diaka, le Niéri et le Ferlo-Balignama. C’est le cours d’eau le plus important du Bondou. Beaucoup de géographes ont cru, au commencement du siècle, qu’il faisait communiquer le Sénégal avec la Gambie. Il est aujourd’hui absolument démontré qu’il en est autrement. Toujours est-il que son origine est proche du premier de ces deux grands fleuves, mais leurs eaux ne se mélangent nulle part. Il naît dans la partie la plus septentrionale du Ferlo-Balignama sur la frontière du Lèze-Bondou. La direction générale de son cours est nord-nord-est sud-sud-ouest. Il n’est navigable que dans sa partie ultime et encore pour des pirogues indigènes seulement. Il traverse le Ferlo-Balignama et le Niéri du nord au sud et passe par les villages suivants : N’Dia, Saho, Guina-Sebé, Guina-Tarobé, Ouro-Kaba, Feto-Paté dans le Ferlo-Balignama ; Kouddi, Bodé, Talimangot, Goubaïel, les ruines de Bougoulou et celles de Bagadadié dans le Niéri.
Dans la première moitié de son cours, il est complètement à sec pendant la saison sèche. Dans la seconde moitié, c’est, au contraire, une jolie rivière dont les eaux coulent en toutes saisons, très poissonneuse et dont les bords sont couverts d’une riche végétation.
Sur sa rive droite, il ne reçoit qu’un seul affluent l’Ilam-Ciré qui passe à 1 kilomètre du village de Boulel.
Sur sa rive gauche on trouve, en procédant d’amont en aval :
Le Diaré-kô qui passe à Diaré, Sovekoum et Garalla.
Le Lengué-Doud qui passe à Lewa.
Le marigot de Goundor qui passe à Kaparta et dont une des branches passe à Dendoudi.
L’Anguidiouol-kô dont l’origine est auprès des ruines de Belekindé. Il passe non loin de Soutouta et de Goundiourou, et à Médina-Diaka et se jette dans le Niéri-kô à Talimangot et reçoit un marigot important qui passe à Dalafine, Niossonko et Diankémaka dans le Tiali, et un petit cours d’eau relativement profond qui coule à quelques kilomètres à l’ouest de Bani-Israïla.
Le marigot de Bentenani qui sert de déversoir à la grande mare que l’on trouve au sud de ce village.
Le Balaouol-kô qui passe à Bala et à Goudé-Seïni et reçoit le marigot de Comoti et le Balamat-kô.
Enfin le Mahel-Sanou, le plus important de tous, dont l’origine est près des ruines de Makadinga et qui passe à Sarougni. Le Mahel-Sanou sert dans cette région de frontière au Bondou et le sépare du Tenda. Il reçoit dans le Bondou un grand nombre de petits marigots dont les plus importants passent à Samé, Diannah et à Sarougni.
Le Bira-kô est peu important. Non loin de son origine il passe à Simbanou.
Le Niaoulé qui arrose le Ferlo-Maodo passe à Soumouïel et reçoit le Godjieil-kô qui coule non loin des ruines du village du même nom.
Le Sandougou prend dans la première partie de son cours le nom de Badiara-kô.
C’est un cours d’eau aussi considérable que le Niéri-kô, et il a un développement de près de 300 kilomètres. Il suit le même régime que les autres marigots de cette région et passe à Boldi-Kadjolé, Boké-Guilé, Dendoudi, Maïel, Biramdigué et Badiara dans le Ferlo-M’Bal.
Sur sa rive droite, il reçoit le marigot de Boggal qui passe à Magulé, Boggal et Ouindou-Aly.
Sur sa rive gauche, il reçoit les marigots de Naoudé qui passe à Naoudé, de Kokiara sur la rive droite duquel se trouvent les ruines du village du même nom, celui d’Idakoto et enfin celui de Koromadji qui forme la frontière du Bondou et du Ouli.
Nous citerons en terminant le Tiangol-Ouolof qui dans une partie de son cours sépare le Bondou du désert du Ferlo et qui naît de la grande mare de Djoulambo.
La partie la plus septentrionale du Bondou dépend du bassin du Sénégal et est arrosée par plusieurs petits marigots tributaires de ce fleuve. Ce sont : le Baloukholé qui passe à Kaguel et à Somsom-Tata ; le Samba-Kouté qui passe à Gabou résidence actuelle de l’almamy régnant, et enfin un dernier marigot important qui passe à Bordé, Bordé-Diowara, Diabal et Céra.
Outre les cours d’eau dont nous venons de parler, on trouve encore dans le Bondou bon nombre de mares, dont quelques-unes ne tarissent jamais. Nous citerons particulièrement celles de : Pounegui dans le Nagué-Horé Bondou, de Windou-Balky et de Batga dans le Ferlo-Balignama, de Bentenani dans le Niéri, et de Kessegui dans le Ferlo-Maodo.
Dans les villages, on se sert pour les usages domestiques, et quand on le peut, des eaux des marigots. Dans le cas contraire, on est obligé de recourir à celles des puits. Leur profondeur varie suivant les régions, depuis 1m 50 jusqu’à 18 et 20 mètres. L’eau qu’ils donnent est généralement de bonne qualité, car elle a filtré à travers des couches épaisses de terrain qui ne contiennent aucun principe nuisible. Elle est, par exemple, presque toujours chargée de matières terreuses, surtout pendant l’hivernage. Aussi faut-il, avant de la boire, avoir soin de la laisser reposer et de décanter ensuite. Ces puits sont particulièrement creusés par les Ouolofs, qui sont aussi chargés de leur entretien. Ils ne sont nullement maçonnés. Aussi se produit-il parfois des éboulements qui les comblent en partie. Pour y puiser on se sert d’une calebasse attachée à l’extrémité d’une corde faite avec des fibres de baobab ou de bambous. Leur ouverture est recouverte de pièces de bois jointives qui reposent sur le sol et qui forment une sorte de plancher au milieu duquel est ménagé un espace libre, assez grand pour donner passage aux calebasses qui servent de seaux, mais pas assez ouvert pour qu’un homme y puisse tomber.
_Orographie._ — Le système orographique du Bondou est des plus simples. On n’y trouve guère à signaler comme relief important du sol que la chaîne de collines qui forme la ligne de partage des eaux des bassins de la Falémé et de la Gambie. Cette chaîne part de Bakel et vient se terminer dans le désert de Tandaba. Sa hauteur varie de 25 à 100 mètres suivant les régions, et elle est à peu près orientée nord-sud. A droite et à gauche elle émet de petits contreforts qui laissent entre eux de petites vallées au fond desquelles coulent les marigots. Une autre chaîne, moins importante, se détache de celle-ci dans le Ferlo-M’Bal, et se rapprochant de la Falémé vient se terminer dans le Nagué-Horé-Bondou. Elle passe non loin de Sénoudébou, à 2 kilomètres environ à l’ouest de cet important village.
Le Tiali présente également des reliefs assez importants. Ils sont généralement orientés est-ouest et suivent le cours des marigots. Il en est de même dans le Diaka et le Niéri. Quant au Ferlo, c’est un pays absolument plat dont le sol est à peine vallonné. Aussi, à l’époque des hautes eaux, les marigots y débordent-ils aisément et y couvrent de vastes étendues de terrain.
Dans le Bondou, comme dans les autres parties du Soudan, on rencontre par-ci par-là de ces collines isolées qui ne font partie d’aucun système orographique défini et qui de loin ressemblent à s’y méprendre à de véritables buttes de tir. Leur hauteur varie depuis 10 à 15 mètres jusqu’à 60 et 80 et ont la forme d’une pyramide quadrangulaire tronquée.
_Constitution géologique du sol._ — Le Bondou, à ce point de vue, appartient tout entier à la période secondaire. On n’y trouve, en effet, que les terrains qui caractérisent cet âge géologique. Sans doute, on peut y signaler des alluvions anciennes et récentes, mais l’ossature, le squelette entier du pays, si je puis parler ainsi, ne saurait être rattaché à aucune autre époque. Nul doute qu’il n’ait été longtemps enseveli sous les eaux et qu’il n’ait été une des dernières régions soudaniennes qui aient émergé. L’aspect déchiqueté des roches que l’on y rencontre ne peut laisser aucun doute à ce sujet. La ligne de partage des eaux s’est certainement montrée la première et l’on voit encore maintes régions qui sont complètement recouvertes par les eaux et qui présentent les caractères de véritables marais ou de terrains en formation.
Le sous-sol est formé de deux terrains, le terrain ardoisier et un terrain de formation secondaire auquel on est convenu de donner le nom de terrain ferrugineux. Le terrain ardoisier se trouve dans les plaines particulièrement et y est caractérisé par ses roches essentielles, schistes micacés, ardoisiers et lamelleux. Le terrain ferrugineux est propre surtout aux collines et aux plateaux élevés. Les roches que l’on y rencontre ne sont pas moins concluantes. Ce ne sont, en effet, et à l’exclusion de toutes autres, que des grès, des quartz et des conglomérats. Les grès et les quartz sont simples ou fortement colorés en rouge par des oxydes de fer. Quant aux conglomérats, ils sont formés de grès et de quartz agglutinés dans une gangue silico-argileuse.
On a pu remarquer en certains endroits du Bondou de beaux blocs de granit gris. Ce qui a fait dire à certains voyageurs qu’il y avait là un terrain primitif. C’est là une profonde erreur contre laquelle nous ne saurions trop nous élever. En effet, le granit que l’on peut rencontrer au Soudan, et particulièrement dans le Bondou, n’y existe jamais à l’état de bancs, à l’état de systèmes. Ce ne sont jamais que des blocs isolés, épars dans le terrain de formation secondaire. En un mot, ce sont uniquement des roches erratiques qui ont été entraînées là et déposées par les eaux.
La croûte terrestre diffère également suivant les régions. Au sous-sol ardoisier correspondent les argiles compactes dues à la désagrégation des roches qui composent ce terrain. Ces argiles couvrent les 4/5 de la superficie totale du pays. Elles sont stériles et généralement peu cultivées. C’est le terrain de tout le Ferlo. La latérite recouvre le sous-sol ferrugineux. Elle est produite par l’effritement des roches qui le composent.
On la trouve surtout dans le Tiali, le Niéri, le Diaka et le Bondou proprement dit. Elle constitue un terrain d’une remarquable fertilité et c’est là que les indigènes font leurs plus beaux lougans.
Les bords de la Falémé sont presque partout formés d’argiles et absolument taillés à pic, à cause de la rapidité du courant. Il en est de même de ceux des marigots qui en sont tributaires. Au contraire, les rives des marigots qui dépendent du bassin de la Gambie sont couvertes de dépôts argileux glissants qui en rendent le passage très difficile surtout pour les animaux. Le fond en est presque partout vaseux.
La couche d’humus est dans tout le Bondou peu épaisse. On n’en trouve guère que dans le fond des vallées, dans les forêts et sur les bords des grands marigots.
La nappe d’eau souterraine se trouve à des profondeurs variables suivant les régions. Très peu profonde dans le Ferlo, elle est, au contraire, à un niveau fort éloigné de la croûte terrestre dans le Diaka et le Niéri. Elle repose, suivant les terrains, sur des argiles compactes ou bien sur des sables ou un lit de quartz et de grès ferrugineux.
Dans le terrain ardoisier, on traverse avant d’y arriver les couches suivantes : 1o argiles compactes ; 2o sables siliceux ; 3o grès et quartz ferrugineux ; 4o terrain ardoisier ; 5o nappe d’eau souterraine reposant sur une couche d’argiles.
Dans le terrain ferrugineux, au contraire, on rencontre : 1o la latérite ; 2o grès et quartz ; 3o sables siliceux ; 4o nappe d’eau reposant sur un lit de sable ou de cailloux ferrugineux résultant de la désagrégation des conglomérats. Il est facile de voir d’après ce qui précède que les eaux des puits, quel que soit le terrain où ils sont creusés, doivent être propres à tous les usages domestiques. Elles ne peuvent contenir, en effet, que fort peu de principes nuisibles.
Les sables sont assez communs dans tout le Bondou. On les trouve surtout dans les terrains à latérite, et ils couvrent les lits de la plupart des marigots tributaires de la Falémé et le fond de la plus grande partie de cette rivière.
_Produits minéraux._ — Le fer se trouve partout, soit à l’état natif, soit à l’état d’oxydes. Il est presque toujours uni soit aux grès, soit aux quartz. Quoiqu’on le trouve en notable quantité, son exploitation ne sera jamais rémunératrice. Cela tient surtout à ce que les gisements sont fort éloignés les uns des autres et que le rendement est relativement peu considérable.
Le métal qui donne un produit plus certain, sans cependant être rémunérateur, est assurément l’or. Il ne faut pas toutefois s’en faire une idée trop enthousiaste, car les gisements sont loin d’être aussi riches qu’on a bien voulu le dire. Pour se faire une idée exacte de ce que valent les fameuses mines d’or du Bondou, il n’y a qu’à se reporter à ce qu’a écrit à ce sujet M. Lamartiny, qui a pu étudier sur place cette importante question.
Les sables aurifères de la Falémé proviennent des montagnes du Fouta-Djallon et du Bambouck, d’où ils sont détachés par les pluies. Ils sont alors roulés et entraînés par la rivière, les paillettes les plus lourdes se déposant les premières et les plus légères étant portées beaucoup plus loin.
Les bancs de roches, les îlots qui barrent le fleuve, sont autant d’obstacles qui donnent lieu à des dépôts d’alluvions et en même temps aurifères. Tels sont les bancs que l’on voit à Farabanna, à Sansankoto et tout le long de la rivière. La tète du banc est généralement plus riche que la partie arrière.
La richesse d’un banc et surtout la grosseur des paillettes qu’il renferme se mesurent à la grosseur des galets qui y sont déposés. Et ceci est naturel : le caillou roulé subit les mêmes lois de la pesanteur que la paillette aurifère.
Plus on remonte la Falémé et plus ces dépôts sont riches.
Outre les dépôts actuels de la Falémé, il existe encore dans la plus grande partie du bassin de cette rivière un vaste dépôt aurifère dont on doit la découverte à M. Roux de Béthune, ingénieur des mines, qui étudia cette question dans tous ses détails. Ce dépôt, divisé en nombreux lambeaux d’une superficie assez vaste, se trouve à une profondeur moyenne de 5 à 6 mètres.
Lamartiny a reconnu ce gisement depuis Farabanna jusqu’aux environs de Séleng ou Sélen, sur une largeur de 5 à 6 kilomètres.
On le voit bien tranché sur les rives de la Falémé, où l’on peut suivre ses contours sinueux. Il a dû être formé par un cataclysme qui a entraîné et arraché du flanc des montagnes les quartz qui l’accompagnent. Il repose sur un amas de grès schisteux, et a comme toit une épaisse couche d’argiles de 5 à 6 mètres.
Malgré les études et les missions faites sur ces points, soit par des ingénieurs, soit par des officiers du génie ou autres, aucun rapport n’avait encore fait mention de ce riche dépôt appelé à tripler la valeur des sables aurifères de la Falémé.
Raffenel, dans son voyage, nous parle bien des sables aurifères déposés le long des rives, mais il n’a pas remarqué ceux qui y forment un dépôt déjà ancien.
Ces richesses ne sont pas inconnues des populations indigènes du bord de la rivière et surtout des femmes Malinkées qui ont là-dessus une expérience pratique acquise depuis longtemps. Comme Lamartiny, nous avons remarqué à Tomboura, Sansandig, à Fatendi, le soin avec lequel elles grattent la partie inférieure de la couche reposant directement sur les grès du mur. Cette partie est en effet d’une richesse extraordinaire : les cailloux de la partie supérieure, ayant fait filtre, ont laissé déposer les parties lourdes et argileuses. Ayant un dépôt fixe, dont nous pouvons déterminer l’étendue, la superficie et la capacité en mètres cubes, nous avons des données certaines sur lesquelles peut se baser une exploitation, connaissant la teneur moyenne de ce dépôt. Les alluvions de la Falémé ne nous présentent plus cette même certitude, et là encore on est obligé de marcher au hasard.
Outre les alluvions de la Falémé, le Bondou possède encore d’autres mines, particulièrement celles de Kéniéba que le gouvernement français a essayé d’exploiter en 1859 et 1860. Nous empruntons à Lamartiny l’étude qu’il en a faite d’après le rapport de M. Maritz, capitaine du génie, directeur de l’exploitation.
Le village de Kéniéba est situé à 25 kilomètres de la Falémé, à l’est du village de N’Dagan. Il fut saccagé en 1840 par l’almamy du Bondou qui voulut tirer vengeance de pillages exercés par les Malinkés sur les cultivateurs des bords de la rivière. Depuis cette époque, il fait partie du Bondou et fut repeuplé en partie par des Peulhs émigrés du Fouta-Djallon.
En 1856, Boubakar-Saada, aidé de Bougoul, chef de Farabanna, alla attaquer Kéniéba qui était au pouvoir des partisans d’El-Hadj-Oumar. Ils prirent le village, qu’ils mirent à notre disposition pour l’exploitation de ses mines. Le 28 juillet 1858, une colonne française, sous le commandement du gouverneur Faidherbe, s’y installa sans coup férir. Un poste et des magasins y furent de suite construits et l’exploitation des mines entreprise sous la direction de M. Maritz. Le pays jouit alors d’une tranquillité et d’un bien-être jusqu’alors inconnus. Mais l’ardeur du climat qui décimait nos malheureux soldats et les moyens imparfaits avec lesquels se faisait l’exploitation ne donnèrent point les résultats attendus, et l’abandon en fut décidé deux ans après. C’est à 4 kilomètres au nord-est de Kéniéba que sont situées les alluvions aurifères, au pied d’une montagne de forme conique d’une hauteur de 80 mètres environ. C’est le mont Pellel.
Les abords des mines sont couverts de quartz blanc légèrement veiné de rouge, extrait des puits pendant l’exploitation. Ces quartz renferment de l’or natif, et, souvent, en les cassant, on en voit d’assez beaux morceaux visibles à l’œil nu. Le terrain des mines se compose :
1o D’une couche d’argile rouge avec débris de quartz d’une épaisseur variable. Cette couche renferme des paillettes d’or ;
2o D’une couche d’argiles schisteuses rouges renfermant des paillettes d’or ;
3o Une couche d’argile blanche, semblable à de la chaux hydraulique. Cette couche ne contient pas d’or. Elle happe à la langue. Attaquable par les acides, son résidu est insoluble dans l’acide sulfurique ;
4o Une couche de schiste micacé, noirâtre, sous laquelle est un sable primitif noirâtre, renfermant des paillettes d’or en abondance. C’est la principale couche aurifère. Elle est à une profondeur de 12 à 18 mètres.
Au-dessous de cette couche se trouve une couche de schiste ardoisier d’une dureté excessive, et qu’on ne peut enlever qu’à la mine.
Le mont Pellel, sur lequel se voient encore deux puits creusés dans la roche, est un immense conglomérat ferrugineux, ainsi que toutes les montagnes environnantes.