La Vie d'un Simple (Mémoires d'un Métayer)
Part 19
A chaque interruption de l'ivrogne, des rires éclataient au long des tablées; les rumeurs se croisaient suivies d'un bourdonnement long à s'éteindre: L'orateur, après un temps d'arrêt, s'efforçait à reconquérir l'attention. Sa tirade finale, assez ampoulée, mais lancée avec force, avec chaleur, ramena le silence complet.
--Journaliers, métayers, petits fermiers, écrasés de travail et que tout le monde gruge, quatre révolutions en moins d'un siècle ne vous ont pas libérés:--vous restez ignorants, raillés, misérables. La vraie révolution fera le peuple souverain. Travaillez sans relâche à la mériter, mes amis! Cessez de vous faire, représenter par des bourgeois: monarchistes ou républicains ils se chicanent pour la galerie, mais s'entendent pour vous mieux duper. Signifiez-leur que vous avez assez d'eux! Faites-vous représenter par un homme de votre classe: votez tous pour le citoyen Renaud!--Puis voyez à vous entendre, à vous grouper pour faire valoir vos droits! Ainsi vous serez forts et l'aube nouvelle finira par luire... Un jour viendra où, cultivateurs, vous aurez vos champs, comme les mineurs auront leurs mines et les ouvriers d'industrie leurs usines. Alors il n'y aura plus d'intermédiaires parasites, plus de maîtres ni de serfs--mais seulement la grande collectivité humaine mettant en rapport les richesses de la nature. A vous, camarades, de hâter la venue des temps nouveaux!
--C'est un _partageux_! énonça à mi-voix un assistant à barbe blanche.
--C'est un nommé Laronde, fit un autre; je connais son père qui est le cousin de mon beau-frère; il est _laboureux_ à Couleuvre, son père; mais lui l'a laissé, étant trop feignant sans doute pour travailler la terre...
--En tout cas, il a une bonne lame!
Laronde ayant cessé de parler, épongeait son visage couvert de sueur. Des jeunes gens l'applaudissaient, criant: «Vive la Sociale! A bas les bourgeois!» Au milieu de la salle, debout et gesticulant, l'ivrogne déblatérait toujours contre les francs-maçons. Quelques métayers peureux filèrent, craignant de se compromettre dans cette assemblée révolutionnaire. Daumier dit:
--On ne devrait pas tolérer de tels discours; ça met la zizanie dans le monde en faisant croire des choses qui ne peuvent pas arriver.
--Qu'en savez-vous, si ça n'arrivera pas? répondis-je. Pensez donc à tous les changements que nous avons vus dans le cours de notre vie, à tout le bien-être qu'il y a en plus maintenant...
--On n'en est ni plus heureux, ni plus riche; on a cela, on voudrait autre chose; et le bien-être ne fait pas devenir vieux.
--Devenir vieux n'est pas tout; il faut accorder une part aux satisfactions de l'existence, que diable!
Laronde traversa la salle, saluant à droite et à gauche en souriant. Et, dévisagé par des groupes de femmes qui attendaient dehors pour le voir, il réenfourcha sa bécane, fila sur Ygrande où il devait parler dans le cours de l'après-midi.
* * * * *
Après son départ on se reprit à discuter, les uns l'approuvant, les autres le blâmant.
Un maître-carrier, beau parleur, ayant entendu mes réponses à Daumier, s'approcha:
--Bien sûr, dit-il, on continuera vers le progrès, de par les découvertes nouvelles qui faciliteront le travail. Mais de la science seule, il faut attendre le mieux. La politique est impuissante et nulle. Jamais les députés ne feront vraiment des lois pour le peuple. Les gros bourgeois qu'on dédaigne un peu dans les élections n'en conservent pas moins toute leur influence, croyez-le bien... Quant à Renaud, à Laronde et à leurs pareils, ce sont des ambitieux qui voudraient prendre la place des autres pour faire les bourgeois à leur tour. Au fond, il n'y a de vrai sur ce chapitre que l'_ôte-toi de là que je m'y mette!_
Plusieurs approuvèrent bruyamment Mais un commerçant protesta--qui en tenait pour M. Gouget, le député sortant:
--Il ne faut rien exagérer... La politique a son importance. Ne devons-nous pas à la République l'école gratuite et la diminution du temps de service? S'il y avait une majorité de bons républicains comme M. Gouget, nous aurions bientôt l'impôt sur le revenu, des retraites pour les vieux travailleurs--et l'État romprait d'avec l'Église. Ce programme, le programme de tous les bons républicains, M. Gouget l'a toujours soutenu de ses votes. Mais beaucoup lui retirent leur confiance sous prétexte qu'on ne voit jamais aboutir les réformes qu'il prône. Comme s'il était seul!
Et voilà-t-il pas que je me risquai à parler aussi!
--Pour moi, il y aura toujours des forts et des faibles, des malins et des grugés... Il s'en trouvera toujours pour vivre du travail des autres... Ceux qui font métier de politicailler sont souvent des ambitieux ou des farceurs. Mais, n'ayant rien à craindre puisque nos rentes sont au bout de nos bras, nous pouvons nous risquer à voter pour les «avancés»--quand ça ne serait que pour embêter les bourgeois qui nous en ont tant fait!
Alors le carrier:
--Vous avez foi au partage, père Bertin; vous voudriez jouir de votre locature sans payer de fermage... Oui, mais si l'on vous envoyait à tel ou tel endroit (il me citait de mauvais petits biens fâcheusement situés) qu'est-ce que vous diriez? Le partage n'est pas commode à faire, allez!
--On ne peut changer des choses qui ont toujours existé, dit le père Daumier.
--Non, je ne suis pas _partageux_! Mais je vois bien la commune propriétaire de ses terrains au lieu et place de quelques Messieurs de Paris ou d'ailleurs. La commune louerait à de bonnes conditions aux paysans et emploirait les revenus en améliorations et embellissements dont tout le monde profiterait.
«Quant à votre objection, père Daumier, elle ne tient pas debout, vous savez... Défunt ma grand'mère se rappelait du temps où les curés passaient dans les champs pour la dîme, où les seigneurs avaient tous les droits. Vous pouvez croire qu'à l'époque, pas mal de gens tenaient pour impossible de voir supprimer ces choses-là. Et l'on s'est étonné après coup qu'elles aient pu durer si longtemps! Pensez-vous qu'à présent, si les fermiers généraux de notre centre, par exemple, venaient à disparaître, nous ne pourrions plus vivre? Ça nous serait au contraire un grand soulagement de n'avoir plus ces ventrus à nourrir sans rien faire...
--Bien dit! fit le carrier en se levant pour aller rejoindre un client qui lui faisait signe.
--Bravo! père Tiennon. Vive la Sociale! s'exclamèrent trois jeunes gens qui m'avaient entendu.
Et ils offrirent le café. Mais je me sentais un peu étourdi par le bruit de la salle, par la chaleur et la fumée. Je regardai la pendule.
--Non, mes amis, non; il est temps que j'aille panser mes vaches.
Daumier intervint:
--Allons, buvons le café avec ces jeunes gas, vieux socio.
--Merci! La tête me fait un peu mal; je dirais sans doute des «âneries». C'est toujours ce qui arrive quand on reste au café longtemps. Au revoir!
Et leur ayant serré la main à tous je partis, laissant le père Daumier qui prit sa «cuite». C'est la seule fois de ma vie qu'il m'arriva de tant causer politique.
* * * * *
Les élections furent vite oubliées, et les discussions et les rêves auxquels elles avaient donné lieu, en présence du grand désastre qu'on eut à subir cette année-là... Tout le printemps, tout l'été sans pluie; un soleil constant qui brûlait les plantes jusqu'en leurs racines; une récolte de foin dérisoire; une récolte de céréales médiocre; les pâtures desséchées; les mares vidées; les animaux se vendant pour rien:--quelle misère! Je fus obligé d'aller au bois râteler des feuilles sèches dont j'amassai une provision pour la litière, et d'acheter des fourrages du Midi qu'un négociant faisait venir à Saint-Aubin par wagons. Je compris, cette année-là, que le chemin de fer pouvait tout de même rendre des services aux paysans!
LVII
Au cours de ces grandes chaleurs de 1893, la mort--qu'il avait tant souhaitée--délivra enfin mon pauvre martyr de frère...
En novembre de cette même année, ma vieille servante entra au service d'un curé, espérant y être plus tranquille que chez nous.
J'en engageai une autre, une grande bringue, bêbête et méchante, qui ronchonnait à tout propos et bousculait ma soeur à la moindre frasque. Plus tard, je découvris qu'elle prélevait la dîme sur la vente de mes denrées au marché de Saint-Hilaire, et qu'elle buvait à mes dépens des tasses de café, des bols de vin sucré. Je la conservai quand même, préférant tout supporter que de changer encore, et sachant que je n'arriverais jamais à trouver la ménagère idéale.
* * * * *
Nous fûmes pris par la grippe, la Marinette et moi, au cours de l'hiver tardif et rude de 1895;--Madeleine, la femme de Charles, dut venir de Puy-Brot pour nous soigner. Cette maladie emporta la malheureuse innocente, d'ailleurs très affaiblie depuis un certain temps. Et, pour moi aussi, je crus que ç'allait être la fin, tellement je me sentais sans force, miné par la fièvre, épuisé par une toux caverneuse qui m'arrachait l'estomac. Je guéris pourtant, péniblement à vrai dire, après être resté traînard et courbaturé pendant plusieurs mois,--et ne retrouvant plus qu'une petite part de la vigueur que j'avais conservée jusque-là.
Alors j'aspirai au jour où, mon bail fini, je pourrais retourner avec mes enfants.
* * * * *
Durant cette période, mes idées tournèrent souvent au lugubre. Je me voyais rester là tout seul, comme un vieil arbre oublié dans un taillis au milieu de la poussée des jeunes. Un à un, ceux que j'avais connus s'en étaient tous allés... Morte, ma grand'mère en châle brun et chapeau bourbonnais.--Mort, l'oncle Toinot qui avait servi sous le grand empereur et tué un Russe.--Morts, mon père et ma mère,--lui bon et faible, elle souvent dure et mauvaise d'avoir été trop malheureuse.--Morts, le père et la mère Giraud, mes beaux-parents, et leur fils, le soldat d'Afrique, et leur gendre, le verrier, qui parlait toujours de tirer le pissenlit par la racine...--Morts, mes deux frères et mes deux soeurs.--Morte, la Victoire, bonne compagne de ma vie, dont les défauts ne m'apparaissaient à la fin que très peu sensibles, comme devaient lui apparaître les miens, sous l'effet de l'accoutumance.--Morte, ma petite Clémentine, douce et mutine.--Morte, ma nièce Berthe, délicate fleur de Paris, des suites d'une couche pénible.--Morts, Fauconnet père et fils, Boutry, Gorlier, Parent, Lavallée, Noris.--Morts, tous ceux qui avaient joué un rôle dans ma vie, y compris Thérèse, ma première amoureuse. Je les revoyais souvent; ils défilaient de compagnie dans mes rêves de la nuit, dans mes souvenirs de la journée. La nuit, ils revivaient pour moi; mais le jour, il me semblait à de certains moments marcher entre une rangée de spectres...
Et pourtant, pas plus qu'autrefois, l'idée de la mort ne m'effrayait pour moi-même. Ah! mes premières émotions funèbres à la Billette, lors du décès de ma grand'mère! Mon serrement de coeur à l'entrée de la grande boîte longue où on devait la mettre, et ma tristesse poignante, sincère, en entendant tomber les pelletées de terre sur le cercueil descendu dans la fosse! J'avais trop vu de scènes semblables depuis; et mon coeur à présent restait dur et fermé. A chaque nouveau convoi s'accroissait mon indifférence. Et pourtant mon tour approchait d'être couché dans une caisse semblable qu'on descendrait aussi, avec des câbles, au fond d'un trou béant--et sur laquelle on jetterait par pelletées le gros tas de terre resté au bord, comme la barrière infinie qui sépare la mort de la vie! Mais cette pensée même ne me faisait pas ému...
* * * * *
Je m'intéressais d'ailleurs à toutes les floraisons d'énergie épanouies derrière moi. Mes fils étaient les hommes sérieux, les hommes vieillissants de l'heure actuelle. Mes petits-fils représentaient l'avenir; ils avaient l'air de croire que ça ne finirait jamais... Pourtant, l'enfance, derrière eux, gazouillait, croissait...
LVIII
Il y a cinq ans déjà que je suis revenu avec mes enfants. Ils ne me sont pas mauvais. Rosalie même a pour moi des tendresses qui m'étonnent. Madeleine est toute dévouée, toute aimante et laisse gouverner sa belle-soeur. L'harmonie règne dans la maisonnée et j'en suis bien aise. Mais une séparation prochaine n'en est pas moins imminente; ils vont être trop nombreux pour rester ensemble.
C'est qu'il y a un troisième ménage. Mon filleul, le fils de Jean et de Rosalie, rentré du régiment depuis trois ans, s'est marié à la Saint-Martin dernière. J'ai une petite-bru; j'aurai bientôt, je pense, un arrière-petit-fils. Et Charles a deux filles qui sont d'âge à se marier aussi. Il devient urgent que mes deux garçons aient chacun leur ferme. Duverdon, qui tient à eux, a promis d'ailleurs de placer le sortant dans un autre de ses domaines.
* * * * *
Moi, je suis le vieux!
Je rends des petits services aux uns et aux autres. Les brus me disent:
--Mon père, si ça ne vous ennuyait pas, vous devriez bien...
Et, pour les contenter, je casse du bois pour la cuisine, je donne à manger aux lapins, je surveille les oies.
En été, les jours de presse, mes garçons aussi me demandent souvent de faire une chose ou l'autre. Et je conduis aux champs les vaches ou les moutons, je garde même les cochons tout comme il y a soixante-dix ans. Je finis par où j'ai commencé:--la vieillesse et l'enfance ont des analogies...
Quand on fait les foins, je fane encore et je ratèle. Et lorsqu'on charge, je prêche la prudence et les charrois moins gros; je donne des conseils qu'on ne suit pas toujours. Les jeunes veulent oser, risquer le tout pour le tout, faire les malins... Mais funeste à la témérité est l'expérience que l'âge donne. Et je suis le vieux!
Mes forces, de plus en plus, vont déclinant; j'ai les membres raidis; on dirait que le sang n'y circule pas. L'hiver, Rosalie met chaque soir dans mon lit une brique chaude enveloppée d'un chiffon,--faute de quoi je ne pourrais ni me réchauffer, ni dormir. Je me courbe en arc de cercle; je regarde la pointe de mes sabots; le sol, que j'ai tant remué, me fascine à présent, semble se hausser vers moi avec un air de me dire qu'il aura bientôt son tour. Je vois gros et je tremble un peu; j'ai du mal à me raser sans entailles; il m'arrive, quand je vais à la messe, de ne plus reconnaître des personnes que je connais très bien.--Jusqu'à mon petit Francis que je ne remettais pas lorsqu'il est venu me voir au retour du service!--Je suis dur d'oreilles en tout temps et très sourd par périodes durant l'hiver. Lorsqu'on s'adresse à moi, il m'arrive de mal comprendre, de répondre de travers, ce qui fait rire tout le monde à mes dépens. Quand j'ai mangé, si je reste assis, je m'endors--et la nuit, au contraire, les longues insomnies sont fréquentes. J'ai des absences de mémoire impossibles; je conserve très bien le souvenir des épisodes saillants de ma jeunesse, et les choses de la veille m'échappent. Ma pensée, j'imagine, est à ce point fatiguée des événements qui l'ont préoccupée pendant trois quarts de siècle qu'elle n'a plus la force de se porter sur des sujets neufs. Le résultat est que j'aime trop parler de ces choses d'autrefois qui n'intéressent plus personne, et que j'ai sur les nouvelles des naïvetés qui font rire. Cela me rend un peu ridicule. Sur la physionomie de mes petits-enfants, je lis souvent cette phrase du langage d'aujourd'hui:
--Ce qu'il est «rasant» tout de même, le vieux...
Oui, je suis le vieux! Il faut bien que je le reconnaisse de bonne grâce. Mes organes ont fait leur temps; ils aspirent au grand repos!
* * * * *
Et puis, vraiment, on voit des choses trop étonnantes. Dans ma jeunesse, tout le beau monde allait à cheval parce que les voitures ne pouvaient circuler dans les mauvais chemins. A présent, il circule des voitures qui n'ont pas besoin de chevaux... Dans un de nos champs qui borde la grand'route, j'ai gardé les cochons cet été. Souvent il m'arrivait d'entendre dans le lointain un bruit criard, disgracieux, très vite rapproché:--l'automobile passait avec ses voyageurs accoutrés en sauvages, enlunettés comme des casseurs de pierres, laissant derrière elle un nuage de poussière et de fumée, une mauvaise odeur de pétrole...
Un jour, la petite servante d'un domaine voisin conduisait son troupeau de vaches dans une pâture dont les claies donnaient sur la route. Et voilà que survint à grand train, du côté de Bourbon, l'une de ces voitures devant laquelle se prirent à courir les bêtes. Le conducteur ayant donné de la trompe les effraya davantage. Deux s'engagèrent dans un chemin latéral à gauche; deux autres, franchissant la bouchure, pénétrèrent dans un champ d'avoine, cependant que les trois dernières continuaient leur course folle. Je rejoignis sur la route la pauvre gamine éplorée, qui me dit les apercevoir encore à l'extrémité d'une longue côte, à deux kilomètres au moins, fuyant toujours dans les mêmes conditions. Vite je l'envoyai prévenir ses maîtres. Un homme partit à la recherche des trois vaches coureuses--qui revint longtemps après, n'en ramenant que deux. L'autre était crevée de fatigue au bord d'un fossé; il avait dû aller quérir un boucher d'Ygrande pour la faire enlever.
Il me souvient d'avoir dit, en racontant la chose chez nous:
--Ah! on avait bien tort de se plaindre du chemin de fer; le chemin de fer a sa route à lui et il ne passe qu'à de certaines heures; avec de la prudence, on peut l'éviter. Mais ces automobiles sont de vrais instruments du diable qui envahissent nos routes, nous inquiètent et nous font du mal.
Je dis cela, mais non sans penser, après coup, que je n'avais pas à me mettre en peine de ces choses... Homme d'une autre époque, aïeul à tête branlante, ce n'était pas à moi d'avoir une opinion. Les jeunes s'habitueront au passage de ces véhicules nouveaux, mais ils en voudront plus encore aux riches de causer ainsi, par inconscience ou plaisir, du désagrément tous les jours, des accidents quelquefois. Au reste, les animaux eux-mêmes s'habitueront...
* * * * *
Moi, que m'importe! Je ne demande qu'une chose, c'est de rester jusqu'au bout à peu près valide. Tant que je rendrai des services à mes enfants, ils me supporteront aisément. Ils me seront encore humains, je n'en doute pas, si j'en arrive à n'être bon à rien. Mais j'appréhende de devenir paralytique ou aveugle, ou de tomber dans l'inconscience, ou encore de souffrir longtemps de quelque maladie de langueur. Cette idée me causerait trop de peine de savoir que je suis un vieil objet encombrant qu'on voudrait bien voir disparaître... Que la mort survienne, elle ne m'effraie pas! Je songe à elle sans amertume et sans crainte. La mort! la mort! mais non l'horrible déchéance venant troubler le labeur des jeunes, des bien portants, la vie ordinaire d'une maisonnée. Qu'elle me frappe à l'oeuvre encore, afin qu'on puisse dire:
--Le père Tiennon a cassé sa pipe; il était bien vieux, bien usé, mais point à charge. Jusqu'au bout il a travaillé.
Mais je redoute comme oraison funèbre ceci:
--Le père Bertin est mort. Pauvre vieux! C'est un grand débarras pour lui et un grand bonheur pour sa famille.
De la vie, je n'ai plus rien à espérer, mais j'ai encore à craindre. Que cette calamité dernière me soit évitée: c'est là mon unique souhait!
Ygrande (Allier), 1901-1902.
FIN
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ADAM, PAUL. Stéphanie.
AICARD, JEAN. L'Illustre Maurin. Maurin des Maures. Notre-Dame-d'Amour.
ANGELL, NORMAN. La Grande Illusion.
AUGIER, ÉMILE. Le Gendre de M. Poirier et autres Comédies.
AVENEL, LE Vte G. D'. Les Français de mon temps.
BALZAC, HONORÉ DE. Eugénie Grandet. La Peau de Chagrin, Le Curé de Tours, etc. Les Chouans.
BARDOUX, A. La Comtesse Pauline de Beaumont.
BARRÈS, MAURICE. Colette Baudoche. Le Roman de l'Énergie Nationale: * Les Déracinés. ** L'Appel au Soldat. *** Leurs Figures.
BASHKIRTSEFF, MARIE. Journal.
BAZIN, RENÉ. De toute son Âme. Le Guide de l'Empereur. Madame Corentine.
BENTLEY, E. C. L'Affaire Manderson.
BERTRAND, LOUIS. L'Invasion.
BORDEAUX, HENRY. La Croisée des Chemins. La Robe de Laine. L'Écran brisé. Les Roquevillard. Les Derniers Jours du Fort de Vaux. Les Captifs délivrés.
BOURGET, PAUL. Le Disciple. Voyageuses.
BOYLESVE, RENÉ. L'Enfant à la Balustrade.
BRADA. Retour du Flot.
BRUNETIÈRE, FERDINAND Honoré de Balzac.
BUCHAN, JOHN. Le Prophète au Manteau Vert.
CAMPAN, MADAME. Mémoires sur la Vie de Marie-Antoinette.
CARO, MADAME E. Amour de Jeune Fille.
CHATEAUBRIAND. Mémoires d'Outre-tombe.
CHERBULIEZ, VICTOR. L'Aventure de Ladislas Bolski. Le Comte Kostia. Miss Rovel.
CHILDERS, ERSKINE. L'Énigme des Sables.
CLARETIE, JULES. Noris. Le Petit Jacques. Les Huit Jours du Petit Marquis.
CONSCIENCE, HENRI. Le Gentilhomme pauvre.
COULEVAIN, PIERRE DE. Ève Victorieuse.
CROCKETT, S. R. La Capote lilas.
DAUDET, ALPHONSE. Contes du Lundi. Lettres de mon Moulin. Numa Roumestan.
DICKENS, CHARLES. Aventures de Monsieur Pickwick (3 vol.).
DUMAS, ALEXANDRE. La Tulipe noire. Les Trois Mousquetaires (2 vol.). Vingt Ans après (2 vol.). Le Vicomte de Bragelonne (5 vol.).
DUMAS FILS, ALEX. La Dame aux Camélias.
FABRE, FERDINAND. Monsieur Jean.
FEUILLET, OCTAVE. Histoire de Sibylle. Un Mariage dans le Monde.
FLAUBERT, GUSTAVE. L'Éducation sentimentale. Trois Contes.
FRANCE, ANATOLE. Jocaste et Le Chat maigre. Pierre Nozière.
St FRANÇOIS DE SALES. Introduction à la Vie dévote
FRAPIÉ, LÉON. L'Écolière.
FROMENTIN, EUGÈNE. Dominique. Les Maîtres d'Autrefois.
GAUTIER, THÉOPHILE. Le Capitaine Fracasse (2 vol.). Le Roman de la Momie. Un Trio de Romans.
GONCOURT, EDMOND DE. Les Frères Zemganno.
GRÉVILLE, HENRY. Suzanne Normis.
GYP. Bijou. Le Mariage de Chiffon.
HANOTAUX, GABRIEL. La France en 1614.
HAY, IAN. Les Premiers Cent Mille.
JEAN DE LA BRÈTE. Mon Oncle et mon Curé.
KARR, ALPHONSE. Voyage autour de mon Jardin.
KIPLING, RUDYARD. Simples Contes des Collines.
LABICHE, EUGÈNE. Le Voyage de M. Perrichon, etc.
LA BRUYÈRE, JEAN DE. Caractères.
LAMARTINE. Geneviève.
LANG, ANDREW. La Pucelle de France.
LE BRAZ, ANATOLE. Pâques d'Islande.
LEMAÎTRE, JULES. Les Rois.
LE ROY, EUGÈNE. Jacquou le Croquant.
LÉVY, ARTHUR. Napoléon Intime. Napoléon et la Paix.
LOTI, PIERRE. Figures et Choses qui passaient. Jérusalem.
LYTTON, BULWER. Les Derniers Jours de Pompéi.
MAETERLINCK, MAURICE. Morceaux choisis.
MASON, A. E. W. L'Eau vive.
MÉREJKOWSKY. Le Roman de Léonard de Vinci.
MÉRIMÉE, PROSPER. Chronique du Règne de Charles IX.
MERRIMAN, H. SETON. La Simiacine. Les Vautours.
MICHELET, JULES. La Convention. Du 18 Brumaire à Waterloo.
MIGNET. La Révolution Française. (2 vol.)
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NOLLY, ÉMILE. Hiên le Maboul.
ORCZY, LA BARONNE. Le Mouron Rouge.
PÉLADAN. Les Amants de Pise.
POE, EDGAR ALLAN (trad. BAUDELAIRE). Histoires Extraordinaires. Nouvelles Histoires Extraordinaires.