La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung

Part 42

Chapter 423,399 wordsPublic domain

«... pourrait différer d'un _crapaud_...»,

ces paroles, qui se rapportent à Mime, au Nibelung Mime, sont accompagnées par le Motif de la forge. (Partition, page 33, en bas.)--Immédiatement nous songeons à ce crapaud,--métamorphose d'Alberich,--dont le coassement ponctua le martèlement des enclumes, dans les Forges des Nibelungen (_Or-du-Rhin_, IIIe tableau); et le particulier antagonisme existant, entre Siegfried et Mime devient ainsi, plus profondément, l'intime écho des grands chocs dont le Drame a jusqu'ici tressailli.

Le Motif de la Forge précède immédiatement, dans la Partition, le thème de la Nature. Si les paroles de la présente traduction, avant tout dramatique et littéraire, étaient _notées_, il faudrait écrire ainsi la phrase citée ci-dessus:

[«... Je m'y suis trouvé (dans l'eau) tout différent de toi:]

_... tout autant que pourrait différer d'un crapaud un poisson qui brille..._»

--«Jamais un poisson n'est issu d'un crapaud», conclut triomphalement l'Enfant Siegfried.--En effet..., le Thème de la Nature n'est guère issu du Motif de la forge.]

[Note 422-1: Littéralement: «Je ne suis [un] père--Ni [un] cousin pour toi.»

Nicht bin ich _Vater_ Noch _Vetter_ dir.

C'est un jeu de mots fondé sur l'allitération. Aussi les expressions _père_, _parent_, rapprochées, traduisent-elles mieux l'original que la plus fidèle des versions. Répéterai-je que je me suis rarement donné la peine de justifier ainsi mes «infidélités»? Ce jeu fût devenu fastidieux pour le lecteur plus que pour moi. Mais un exemple çà et là peut contribuer à le convaincre que, dans la présente traduction (n'eût-elle aucun autre mérite, ce qui est possible), absolument pas une syllabe ne fut choisie à la légère.]

[Note 423-A: Le motif triste des Wälsungen et le motif de la Compassion accompagnent très doucement ces paroles. Cette combinaison se passe de commentaires. (Partition, page 37, en bas.)]

[Note 423-B: Le Motif de l'Amour de Siegmund et de Sieglinde succède aux deux motifs précédents. (Partition, page 38.)]

[Note 423-C: Cette évocation, qui a déjà ramené les thèmes notés ci-dessus, éveille enfin, à l'orchestre, le thème héroïque de Siegfried; il passe, très doucement, enveloppé, comme les autres, dans une brume de souvenir. (Partition, page 38.) Avec quelle rapidité se succèdent les thèmes, comme ils s'entrelacent, drus, en un large tissu harmonique, on le voit par les exemples précédents. Une seule portée, parfois, en contient jusqu'à trois. Cela sans disparates, chacun d'eux exprimant une idée précise qui se lie, _dramatiquement_, à l'idée suivante. De toutes ces palpitations surgit, noble et clair, le mouvement. On pourrait dire de cette musique ce que Berlioz écrivait au sujet de la _Neuvième Symphonie_: «Les dessins les plus originaux, les traits les plus expressifs se pressent, se croisent, s'entrelacent en tous sens, mais sans produire ni obscurité, ni encombrement; il n'en résulte, au contraire, qu'un effet parfaitement clair, et les voix multiples de l'orchestre qui se plaignent ou menacent, chacune à sa manière et dans son style spécial, semblent n'en former qu'une seule, si grande est la force du sentiment qui les anime.»--(Passage cité par Victor Wilder, à propos de _l'allegro maestoso_ de la _Neuvième Symphonie_: Beethoven, 1 vol. Charpentier, 1886).--Le finale de la _Walküre_ offre un exemple frappant de cette combinaison des thèmes. _Trois_ motifs différents s'y développent simultanément et complètement: le Motif de l'Incantation du Feu, la Mélodie du sommeil et le thème héroïque de Siegfried. (Voy. _Walküre_, partition, pages 303 à 308, et la note de la page 402.) Ces exemples, cependant, et ces citations concernent plus particulièrement la _combinaison_ des motifs. Il y a un autre point de vue, celui de la _liaison_ des motifs, et qui est plus important encore, dès qu'il s'agit de la _Tétralogie_. Nous y reviendrons, sur un prochain exemple.]

[Note 424-1: _Voir_, dans _la Walküre_, la note (2) de la p. 387.]

[Note 425-1: Dans les sources norraines, Hjördis.--Voir l'annotation de _La Walküre_, pp. 388-389.]

[Note 425-2: Littéralement: «Silence avec la vieille--Chanson d'étourneaux»!]

[Note 426-1: Dans les _Chants de Iles Féroë_, comme dans la _Völsunga Saga_ (voir l'annotation de _La Walküre_, p. 387), Hjördis a reçu, grosse de Sigurd, les débris du Glaive sur le champ de bataille, où, blessé à mort, Sigmund lui a dit: «Quand je reçus le premier coup, mon épée se brisa en deux..... Prends les deux morceaux de mon épée, et fais-les porter au forgeron par le jeune fils que tu as conçu..... Regin le forgeron habite de l'autre côté du fleuve.... Tu lui feras porter les deux morceaux de mon épée.....»]

[Note 426-2: Dans les _Chants des Iles Féroë_, Sjurd est allé trouver sa mère, laquelle n'est point morte en le mettant au monde: «Ecoute, ô mère chérie, et dis-moi la vérité.....» ..... Hjördis se dirigea vers un coffre qui était tout lamé d'or: «Voici l'armure que portait ton père quand il fut tué.» ..... Elle prit aussi les morceaux de l'épée et les remit à Sjurd: «Voilà ce que m'a donné ton père qui me chérissait si tendrement. Prends les deux morceaux de son épée, afin d'en faire forger une nouvelle aussi bonne que la première. Le forgeron Regin habite de l'autre côté du fleuve, tu lui feras porter les deux morceaux de l'épée.» Voir ci-dessus la note (1) de la p. 413; et, dans _La Walküre_, p. 387, note (1).]

[Note 426-A: Le Motif de la forge souligne à souhait ce jeu scénique. (Partition, page 43). Il devient, pour ainsi dire, inséparable du thème de l'Épée, de même qu'il avoisine, en quelque sorte, dans _Rheingold_, le motif du Tarnhelm. Remarquez ce continuel souci d'unité.]

[Note 426-B: A ces paroles, l'orchestre entonne solennellement la Fanfare du Glaive. (Partition, page 44.) Par une suite de sonorités martiales, qui l'élargissent, elle se lie à l'un des deux motifs d'impétuosité, à celui qui caractérise l'impatience juvénile de Siegfried. On a là un exemple très complet de la liaison des thèmes, chez Wagner, la parfaite réussite d'un des plus efficaces moyens que le Maître employa pour obtenir la double unité musicale et dramatique sur tous les points de son immense composition. On le voit: les thèmes successivement affectés à un personnage se lient, à point nommé, _sur_ ce personnage. En outre, Wagner a, par ce moyen, obtenu de pouvoir logiquement transformer, transposer plutôt, les thèmes ramenés et d'éviter ainsi la monotonie. Ils se lient en un frisson mélodique dont le diapason convient aussi bien au thème ramené qu'au thème surgissant. Ils s'enrichissent l'un l'autre. C'est la vie nouvelle, incessamment végétante, chargeant de ses vivantes couleurs les vieux dessins sculpturaux du Passé.]

[Note 427-1: «Tu mourras, Regin, et de ma main, car tu as voulu me tromper avec tes ruses d'armurier.» Il prit les deux morceaux de l'épée et les jeta sur ses genoux. Regin, le forgeron, se mit à trembler comme une feuille de lis. Il prit les deux parties de l'épée brisée dans sa main, mais sa main tremblait comme la tige d'un lis.--«Tu vas me forger une autre épée, mais sache-le bien, Regin, si tu ne la fais pas mieux que celle-ci, tu ne conserveras pas la vie. Tu me forgeras une épée d'une trempe effroyablement dure. Je veux pouvoir couper le fer et l'acier.....» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 428-1:

Wie führ'ich _den Huien_.....

Littéralement: «Comment conduirai-je _le Prompt_?» Siegfried sera qualifié plus tard «Héros _rapide_», _geschwinder_ Held.]

[Note 428-A: Ici, le thème du Voyage,--un charmant _Scherzo_,--d'un mouvement gracieux et preste, déambule. (Partition, page 46.) L'impatience aventureuse du jeune Héros[428-A-a] y prend son aspect le plus séduisant; et c'est dans cet élan rieur vers là-bas que Siegfried, pour toujours, demeure tout entier profilé.--Cette idée, jaillissante ici, Wagner la développera, ou pour mieux dire, il la liera étroitement à la signification générale du Drame. A ce thème du Voyage, si jeune et si léger, correspondra,--amenant un élargissement qui est comme le regard promené sur le Monde enfin dévoilé,--la symphonie de la _Rheinfahrt_ (le Voyage sur le Rhin). Large fleuve où se perd le torrent tombé de la montagne, cette symphonie--, page d'une importance capitale--, est comme le but et le couronnement de tous les motifs d'aventure qui accompagnent le personnage de Siegfried. (Pour la _Rheinfahrt_, voy. la partition du _Crépuscule-des-Dieux_, pages 39 et seq., et, ci-après, page 524.) Dans la partition de _Siegfried_, le thème du Voyage se lie au motif d'impatience.]

[Note 428-A-a: Cf., notre Michelet (toujours génial!): «Dans cette figure colossale de Siegfried est réuni ce que la Grèce a divisé, la force héroïque et l'instinct voyageur, Achille et Ulysse».]

[Note 429-1: «Honneur à toi, Vafthrudner!..... Je me nomme Gôngrôder» (Odin) «j'arrive de voyage et suis altéré; une invitation hospitalière de séjourner chez toi me ferait plaisir, car j'ai fait une longue course, géant.» (_Vafthrudnismal_, le chant ou le poème de Vafthrudner, dans l'_Edda_ de Sœmund).]

[Note 429-A: L'apparition de Wotan s'annonce par une magistrale succession d'accords, dite _Harmonie du Voyageur_. (Partition, page 50, en bas.)--Ces accords reparaissent, un peu plus loin (page 51), à ces mots de Wotan «... C'est le Voyageur...».

A noter aussi, dans cette scène, le thème du Pouvoir des Dieux, où se retrouve un souvenir du thème de l'Epieu (voy. note de la page 236) et de la Détresse des Dieux (voy. note de la page 227).

Divers thèmes reparaissent, notamment celui du Walhall (p. 61, au bas, et page suivante), à ces paroles du Voyageur:

«... Sur les cimes nébuleuses...»

Disons, d'une manière générale, que, dans toute cette scène rétrospective, il y a à peu près autant de thèmes ramenés que de faits accomplis rappelés et que ces thèmes expriment ces faits.--L'Harmonie du Voyageur ne dérive nullement, comme on le pourrait croire par un raisonnement assez naturel, des thèmes d'aventure entendus déjà.--Elle exprime bien autre chose!--En sa résonnance lente et profonde, voilée, elle donne, positivement, l'impression d'une Force mystérieuse circulant par le Monde.--Wotan, c'est bien cette Force-là, désormais. Maintes fois déjà, dans ce premier acte de _Siegfried_, l'on a perçu comme de grands murmures sombres et sourds.--Les accords qui les constituent, je penche à les considérer comme des ébauches ou bien des dérivés de cette Harmonie du Voyageur, fixée ici en sa plénitude;--ils exprimeraient l'approche, encore indécise, de Wotan, un environnement indéfini de Fatalité.

L'Harmonie du Voyageur appartient, avec d'autres harmonies, telles que celles du Tarnhelm et du Philtre, à la série des Thèmes qui, sans offrir un dessin mélodique caractérisé, _cantabile_, ont pourtant toute la clarté, toute la signification du _leit-motiv_ proprement dit, et se ramifient, avec non moins de souplesse, suivant les variations du Drame.]

[Note 431-1: «J'ai beaucoup _voyagé_.....» dit Gôngrôder (Odin) dans le _Vafthrudnismal_ cité.--«Jamais, _depuis que je voyage parmi les peuples_, je n'ai été appelé du même nom.» (_Poème de Grimner_, 48.)--«On peut aussi chercher la signification de plusieurs de ces noms dans les _voyages d'Odin_, dont les antiques sagas nous ont conservé le souvenir.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.)]

[Note 431-2: «Je me suis _mû_ beaucoup.»--«Grimm, l'Archéologue allemand, va jusqu'à nier», dit Carlyle, «qu'un homme Odin ait jamais existé. Il le prouve par l'étymologie. Le mot _Wuotan_, qui est la forme originelle d'Odin, mot répandu, comme nom de leur principale Divinité, d'un bout à l'autre des Nations Teutoniques partout; ce mot qui se rattache, d'après Grimm, au latin _vadere_, à l'anglais _wade_ et autres semblables, signifie primitivement _Mouvement_, Source de Mouvement, Puissance, et est le digne nom du plus haut Dieu, non d'un homme quelconque..... Il faut nous incliner devant Grimm en matière étymologique. Considérons comme un point fixé que _Wuotan_ signifie _Wading_, force de _Mouvement_.» (_Les Héros_, trad. citée, p. 39.) Quelque bizarre qu'ait pu sembler ma traduction de _rührt'ich mich viel_, «je me suis _mû_ beaucoup», je crois que la voilà justifiée. Dans les pages de la _Deutsche Mythologie_, auxquelles fait allusion Carlyle, Grimm énumère d'abord et rapproche le gothique _Vódans_, le vieux-haut-allemand _Wuotan_, le normannique (nordisch) _Odinn_. Il donne, comme étymologies, le vieux-haut-allemand _watan_, _wuot_, le vieux normannique _vada_, _ód_, en leur attribuant les sens, non seulement du latin _vadere_, mais de _meare, transmeare, cum impetu ferri_. Il ajoute: De _watan_ sort le substantif _Wuot_ (μενος, _animus_, _mens_, _ingenium_) qui en vint insensiblement à signifier _Ungestüm_ (impétuosité) et _Wildheit_ (fougue, sauvagerie), si bien que le nom de _Wuotan_ lui-même, après avoir évoqué les idées de puissance (_mächtig_) et de sagesse (_weise_), finit par évoquer celles de fougue sauvage (_wild_), d'impétuosité (_ungestüm_), de violence (_heftig_). Aussi Wagner (qui, je l'ai montré dans une note à propos de Fasolt, avait lu Grimm avec profit) qualifie-t-il Wotan de _Wilder_ (sauvage), _der Mächt'ge_ (_le Puissant_), _Wüthender_ (furieux), etc., etc. Cette dernière signification est, de même que celle de _Mouvement_, l'une des plus étymologiques.]

[Note 432-1: Ce passage complète la synthèse des caractères prêtés à Odin par la tradition Scandinave; il suggère le souvenir d'un chant tout entier de _l'Edda_ de Sœmund, intitulé le _Havamàl_, ou le «Discours sublime» d'Odin. C'est, comme l'a dit J.-J. Ampère, un poème _gnomique_, dans lequel, sous une forme sentencieuse, sont déposées les idées que se faisaient les anciens Scandinaves de la supériorité intellectuelle et morale. Les vertus les plus recommandées sont la prudence, la libéralité, l'_hospitalité_: «Heureux celui qui donne! Un hôte entre, où va-t-il s'asseoir?»--«Celui qui entre, les genoux glacés, a besoin de feu.» Etc., etc.]

[Note 432-2: «J'ai beaucoup voyagé, j'ai essayé d'un grand nombre de choses, j'ai mis bien des intelligences à l'épreuve.» Et plus loin: «J'ai beaucoup voyagé, beaucoup appris, j'ai mis à l'épreuve bien des intelligences.» (_Vafthrudnismal_, cité plus haut.)]

[Note 433-1: «Odin partit donc pour mettre à l'épreuve l'habileté du savant Vafthrudner.....--ODIN: «Honneur à toi, Vafthrudner! Me voici dans ta salle, où je viens te visiter en personne. Je désire savoir d'abord si tu es en effet le plus savant des géants. VAFTHRUDNER: Quel est cet homme qui vient dans ma salle pour m'adresser la parole? _Tu ne sortiras jamais d'ici, à moins que tu ne sois plus savant que moi....._ Assieds-toi dans la salle: nous lutterons ensuite à qui est le plus instruit de nous deux.» (_Vafthrudnismal._) Et plus loin: «_Par notre tête_, étranger, nous nous livrerons dans la salle des combats d'esprit.»--Par d'autres notes voisines, extraites du même poème, on peut se rendre compte des emprunts, assez importants, qu'y a faits Wagner. Ce genre de lutte à coups d'énigmes est un lieu commun de la poésie norse (Comparez, ci-dessous le passage tiré d'un chant tout analogue, avec, pour interlocuteurs, le dieu Thor et le nain Allvis).]

[Note 434-1: Littéralement: «_Noir-Alberich_». Mais plutôt faut-il, décomposant le nom en ses éléments étymologiques, lui donner son vrai sens de «_Chef_», ou «_Maître_», ou «_Roi-des-Alfes_ (_Alben_)-_Noirs_», en opposition avec le titre que Wotan s'attribue plus loin, celui de «_Licht-Alberich_», «_Alberich-de-Lumière_», c'est-à-dire aussi «_Chef_», ou «_Maître_», ou «_Roi-des-Alfes_ (_Alben_)-_de-Lumière_.»--Dans une note de la «Scène» Première de _L'Or-du-Rhin_, j'ai déjà, parlant d'Alberich, dit quelque chose des Alfes-Noirs ou _Schwarzalben_. Voici comme l'_Edda_ de Snorro les distingue des Alfes-de-Lumière ou _Lichtalben_ (j'emploie les termes de Wagner; ceux de l'_Edda_ seraient _dock-alfar_ et _lios-alfar_): «Alfhem (Alfheimr) est la demeure des Alfes lumineux; les Alfes-Noirs habitent dans la terre. S'ils diffèrent des premiers par l'extérieur, ils en diffèrent bien davantage encore par leurs œuvres. Les Alfes lumineux sont plus beaux que le soleil, les Alfes ténébreux plus noirs que la poix.» Des passages de l'_Edda_ de Sœmund complètent ceux-ci, par exemple dans le chant de Grimner, etc.--L'antithèse et la symétrie, dans le texte allemand, sont éclatantes:

--_Schwarzalben sind sie: Schwarz-Alberich....._ etc. --_Lichtalben sind sie; Licht-Alberich....._ etc.

Alberich est d'ailleurs nommé, précédemment, _Nacht-Alberich_ (Alberich-de-la-Nuit); plus loin, dans _Le Crépuscule-des-Dieux_, _Nacht-Hüter_ (Gardien-de-la-Nuit), etc. Fasolt, s'adressant à Wotan, le qualifiait de _Lichtsohn_ (Fils-de-Lumière). Aussi bien chacun de ces détails est-il expliqué à sa place.]

[Note 435-1: «Tu es savant, ô étranger!.....» (_Vafthrudnismal._)]

[Note 435-2: Littéralement: «La troisième question à présent menace.»]

[Note 435-3: «Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton esprit a quelque valeur, d'où vient la terre et le ciel élevé, savant géant?»--«Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton esprit a quelque valeur, quelle est l'origine des Dieux?.....» (_Vafthrudnismal_, 20, 40.)]

[Note 436-1: La Lance d'Odin, que les _Eddas_ nomment Gungnir, est l'une des choses de l'univers sur lesquelles sont gravées les «véritables runes», suivant le _Sigurdrifumàl_: «Apprends à connaître les runes de l'intelligence..... Celui qui les trouva, les exprima et les grava le premier fut Sigfadir (Odin); il les puisa dans la rivière qui coulait du crâne de Heidraupnir (Mimir)..... Il se tenait sur le haut de la montagne, son épée étincelante à la main et le casque en tête. Pleine de sagesse, la tête de Mimir prononça sa première parole et indiqua les véritables runes. Il parla, et elles se gravèrent sur le bouclier du Dieu de la Lumière, ..... sur l'or et sur le verre, ..... sur le siège de Wala, _sur la pointe de Gungnir_ et la poitrine de Grani, sur l'ongle de la Norne et sur le bec du Hibou..... Voilà les runes du savoir et les runes secourables, ..... et les runes si renommées de la puissance..... Apprends à les connaître et laisse-les agir jusqu'à ce que les dieux meurent.»--Cf. p.254, note (2).]

[Note 437-1: La terre.]

[Note 437-2: «Puisque tu désires connaître la capacité d'un nain, mets-moi à l'épreuve, Vingthor. J'ai parcouru les neuf mondes, et je sais bien des choses.» (_Edda_ de Sœmund, _Poème du nain Allvis_, 9, analogue au _Vafthrudnismal_.) Thor, l'interlocuteur d'Allvis (ou de Celui-qui-sait-tout), commence par ces mots l'interrogatoire: «Dis-moi, Allvis, car tu connais, je crois, tout ce qui concerne les races humaines.....»]

[Note 437-3: «Tu es bien savant, ô géant!» (_Vafthrudnismal_).]

[Note 438-1: _Ein kühnes dummes Kind_, littéralement: «un intrépide [et] _niais_ enfant». «_Naïf_» serait peut-être plus exact, avec une idée d'_ignorance_ et l'ironique intonation qu'il a souvent en notre langue. Siegfried est ainsi qualifié de _dumm_, plusieurs fois, par Mime, par soi-même. Sa _naïveté_, du reste, éclate à chaque instant, et Brünnhilde, à la fin du drame, y fait d'attendries allusions (soit lorsqu'il la prend pour sa mère, soit lorsqu'il s'effraye, comiquement, de ce qu'il a si vite «oublié» la peur). Sans cette _ignorance_ de sa destinée, sans cette _inconscience_ de sa haute mission, non seulement Siegfried ne serait pas _joyeux_, non-seulement il ne serait pas _libre_, libre de _crainte_, mais surtout il ne serait point, ne pourrait pas être, on le sait déjà, le Héros Rédempteur attendu par Wotan.--Aussi importe-t-il de souligner ici une première concordance entre le rôle de Siegfried, _niais, naïf, ignorant, dumm_, et celui plus sublime, sans doute, de Parsifal, «le Pur _Simple_» (ou «Fol»), _der reine Thor_.--D'autres comparaisons à faire seront indiquées, tout extérieures--car je ne puis, hélas, en ces notes, traiter le fond de semblables questions.--Qu'il me suffise, pour le moment, de conseiller, à quiconque aurait lu _Parsifal_, une méditation: sur les mères, de l'un et de l'autre Héros, Sieglinde et Cœur-Dolent ou Herzeleide; et sur les circonstances où sont nés l'un et l'autre; Beauté virile, Force virile, Joie virile, Prédestination rédemptrice,--issues de l'extrême faiblesse, de la suprême douleur, de l'affreuse prédestination à la défaite ou à la mort.--Cf. p. 451, note.]

[Note 439-1: Au sujet de l'origine eddique de cette idée, voir, dans _la Walküre_, la note (1) de la p. 403.]

[Note 440-1:

Hehe! _Mime!_ du _Memme_!

Littéralement: «Hé Hé! _Mime_! toi _poltron_!» On voit assez que de tels jeux de mots sont intraduisibles en français. Tout au plus pourrait-on, _si le passage importait_, risquer une assonance, encore insuffisante, celle de «pusillanime», comme je l'ai fait plus loin, p. 443:

Doch wie bringst du, _Mime_ mir's bei? Wie wärst du _Memme_ mir Meister?

«Mais comment pourras-tu me les inspirer, _toi, Mime_? _Toi_, le _pusillanime_, _toi_, comment serais-tu mon maître?» (Dans la première phrase interrogative, _les_ se rapporte à l'horreur, aux vertiges de la peur; dans la deuxième, _toi_ répété, joint à l'assonance de _pusillanime_, vise à rendre l'original par des effets équivalents).]

[Note 440-A: A signaler le curieux passage orchestral qui souligne les terreurs de Mime. (Partition, page 78 et seq). On en retrouvera les mystérieux murmures dans la _Symphonie de la Forêt_.]

[Note 442-1: Wagner, ne le voit-on pas assez? n'a pas le moindre besoin, grâce à son génie _dramatique_, d'une aride forme sentencieuse pour émettre de ces vues profondes. On trouvera bientôt, ci-dessous, p. 444, un autre exemple, aussi _naturellement_ amené.]

[Note 444-1: _Neid-Höhle_, «Antre-de-Haine-et-d'Envie».]

[Note 444-2: Wagner, disais-je plus haut, n'a pas le moindre besoin, grâce à son génie _dramatique_, d'une aride forme sentencieuse pour émettre de ces vues profondes. J'en donnais alors un exemple, et j'en annonçais un deuxième--le voici: «Alors, ce ne serait pas loin du monde?--Neid-Höhle? (_Antre-de-Haine-et-d'Envie_) On ne peut plus près du monde!»--En effet?.....]

[Note 445-1: Dans le _Wieland der Schmied_ de Simrock, Siegfried disait textuellement: «C'est moi-même qui le forgerai, mon Glaive!» et toutefois ne le forgeait-il point.--Dans le poème d'Uhland, _Siegfried's Schwert_, déjà mentionné, le héros d'ailleurs élève d'un forgeron, réussissait à se créer l'arme.--Dans la _Tétralogie_ seulement, il vient à bout d'un tel projet malgré son ignorance de l'art,--à cause même de cette ignorance, marmottera Mime un peu plus loin.]

[Note 446-1:

Nun ward ich so alt Wie Höhl'und Wald, Und hab'nicht so'was geseh'n!

Presque textuellement tirée de maints _Märchen_ populaires allemands, cette phrase est tout évocatrice de cette mythologie panthéistique des Nix, des Alfes, des Dvergues, des Elfes, etc. C'est pourquoi sans doute Wagner l'a cueillie, afin que la synthèse fût complète.]

[Note 447-1: Voir, dans _la Walküre_, la note (4) de la p. 337.--D'après cette note, le Glaive s'appelle, dans la _Völsunga_, dans les deux _Eddas_: _Gram_, qui signifie _angoisse_ ou _colère_.--D'ailleurs, dans le _Nibelunge-nôt_, l'épée de Siegfrid a nom: _Balmung_; dans le chant danois (_Sivard et Brynhild_): _Adelring_, etc.]

[Note 447-2: _Voir_ dans _la Walküre_ la note (1) de la p. 387.]