La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung

Part 40

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[Note 358-1: Et maintenant, le lecteur juge-t-il que cette «longue» scène soit une «longueur»?--Il paraît que c'en est une, pourtant! Hé bien, je prie les critiques de nous déduire en quoi... Je sais beaucoup d'«actions» fort grouillantes, pour ma part, qui sont plus «longues» que cette «longueur»: l'«action?» mais, dans le «récit» de Wotan, ne progresse-t-elle pas de phrase en phrase, de vers en vers, de mot en mot? Voudra-t-on comprendre, à la fin, que _La Walküre_ n'est point faite pour être jouée seule? Je ne veux pas me refuser le plaisir, dans tous les cas, de noter: qu'en une lettre à Liszt, Wagner nomme cette scène (et pour cause!)--«_la plus importante du quadruple Drame_.»--Qu'en pense-t-on? Cela vaudrait qu'on y pensât, j'espère!--Cf. p. 307, n. (1).]

[Note 358-2: _Siegvater_, «le Père-des-Victoires.» C'est, dans l'_Edda_ de Sœmund (_Poème de Grimner_, 48), un autre des surnoms d'Odin, recueilli par Snorro dans son _Gylfaginning_.]

[Note 361-A: L'orchestre paraphrase divers motifs de l'Amour de Siegmund et de Sieglinde, celui de la Mélodie du Regard, principalement (partition, page 156).]

[Note 361-B: La scène quatrième débute par un magnifique passage orchestral. Le thème de l'Interrogation de la Destinée (dont nous entendrons une réminiscence lors de la marche funèbre du _Crépuscule des Dieux_) rythme trois notes, mornes comme un écho dans une caverne (tubas); une mélodie lui répond:--l'Annonce de la Mort (cuivres). Mais, aussitôt, comme une lointaine aurore de résurrection, voici, par bouffées, les ineffables harmonies du Walhall, douces et majestueuses.--La Walkyrie s'avance...--Beaucoup estiment cette scène la plus belle de toute la _Walküre_; avec raison, peut-être. Bien plus profondément que dans la fameuse _Chevauchée des Walkyries_,--cette prodigieuse page décorative,--le véritable aspect psychique des Walküres scandinaves, de ces symboles sublimes de mort et de résurrection, est ici impérissablement fixé. (Partition, pages 156 et 157.)]

[Note 362-1: _Walvater_, «le Père-des-Prédestinés-au-Carnage.» Encore l'un des surnoms d'Odin dans les _Eddas_ (_Völuspa_, 1; _Vegtams-Kvidha_, 5): «On donne à Odin le nom... de Valfader, père des prédestinés, parce que les guerriers qui succombent sur les champs de bataille sont ses élus. Ils ont des places à Walhall..., où ils portent le nom d'Einhærjars». (_Edda_ de Snorro: _Gylfaginning_.)]

[Note 362-A: Durant tout ce dialogue entre Brünnhilde et Siegmund, le thème de l'Annonce de la Mort, développé, alterne avec les motifs de la Destinée, du Walhall (partition, pages 157-158), des Walkyries (page 160 et seq.), de Freya. Le thème d'Amour reprend, amenant une phrase qui exprime l'émotion de Brünnhilde.]

[Note 363-1: «Mais à quoi les Einhærjars passent-ils le temps quand ils ne sont pas occupés à boire?» Har répondit: «Tous les jours, après avoir fait leur toilette, ils prennent leurs armes, se rendent dans la cour pour se combattre et se vaincre mutuellement. Ce sont leurs jeux. Vers le moment du déjeuner, ils rentrent à cheval dans Walhall, et se mettent à boire comme il est dit ici: «Tous les Einhærjars combattent chaque jour dans la cour d'Odin; puis ils reviennent s'asseoir à la salle du festin et sont amis comme auparavant.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.) Le passage cité par Snorro se trouve, plus ou moins textuellement, dans l'_Edda_ de Sœmund, au _Vafthrudnismal_, 41.]

[Note 363-2: _Wunschmädchen_, «Filles-de-Désir», ou «Filles-du-Désir» est la traduction littérale de l'islandais _ôskmeyjar_, dénomination donnée aux Walküres dans l'_Edda_ de Sœmund et la _Völsunga_. D'autre part, _Oski_ signifie «Désir» (_Wunsc_) et c'est l'un des noms que s'attribue Odin dans les vieux poèmes scandinaves. Grimm, qui rappelle tous ces détails (_Deutsche Mythologie_, édition citée, I, 347) les résume en cette phrase que j'ai déjà reproduite: «Die Walküre ist ein Wunschkint, Wunsches Kint.»]

[Note 364-1: «Il y a encore d'autres femmes à Walhall; elles sont chargées de verser à boire, de frotter les tables et les coupes. Voici leurs noms, comme on les trouve dans le poème de Grimner: «Je veux que Hrist» (Bruit-des-Boucliers) «et Mist» (Désordre) «m'apportent la coupe. Skeggjœld et Skœgul» (Hache et Fuite) «Hikl et Thrud» (Courage et Persistance) «... servent la bière forte aux Einhærjars.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_). «Elles sont appelées les Walkyries.» (_Id._) Ganglere demanda: Où trouve-t-on de quoi désaltérer les Einhærjars? boivent-ils de l'eau?--Har répondit: Tu me fais maintenant une singulière question. Odin inviterait-il chez lui des rois, des jarls ou d'autres hommes illustres, pour leur donner seulement de l'eau à boire? La plupart de ceux qui viennent à Walhall trouveraient, je crois, que cette eau leur coûte cher; je parle des guerriers dont les blessures et la mort ont été douloureuses. Mais j'ai autre chose à te raconter à ce sujet. Il y a dans Walhall une chèvre appelée Hejdrun, elle mange les feuilles de Lerad, sapin célèbre; de ses mamelles coule l'hydromel nécessaire pour remplir une cuve très grande et enivrer tous les Einhærjars.» (_Id._)]

[Note 366-1: Je signale, aux commentateurs des «Qu'il mourût», cet exemple de ce que nos bons pédants nomment «le sublime.»]

[Note 366-2: Au VIIIe siècle, Radbot, prince des Frisons, recula devant le baptême, quand il apprit que, comme chrétien, il ne retrouverait pas dans le ciel ses compatriotes païens.]

[Note 366-3: _Hella_, _Héla_ ou _Hel_, dans la mythologie norraine, est la fille de Loki ou Loke et d'une géante. Personnification de la Mort, elle règne sur ceux qui ne sont morts ni en combattant ni en se suicidant. «Odin précipita Hel dans Niflhem, et lui donna puissance sur neuf mondes, afin qu'elle pût faire changer de demeure aux hommes qu'on lui envoie, c'est-à-dire qui meurent de maladie et de vieillesse. Elle y possède de grandes habitations entourées de murailles excessivement hautes. Sa principale salle se nomme _Eljudener_; son écuelle _Hunger_ (la disette); son couteau _Svœlt_ (la faim); son esclave mâle _Senfærdig_ (lent); son esclave femelle _Sena_ (lente). Le seuil de la porte par laquelle on passe pour entrer chez Hel est appelé _Fællande-Svek_ (piège perfide); son lit Tiensot (la phtisie); les rideaux de ce lit sont appelés _Fortærande-Sorg_ (chagrin dévorant). Une moitié du corps de Hel est bleue, l'autre a la carnation humaine; son aspect est effrayant et sinistre; elle est fort connue.» (_Edda_ de Snorro.) Une citation de ce genre ne manquera pas de faire rire, aux dépens des «barbares» vieux Norses, tels critiques tant pieusement pâmés (1894) sur les allégories intolérables d'un _Lutrin_.]

[Note 368-A: Mélodie du Sommeil. (Partition, pages 176 et seq.)]

[Note 368-B:

«... Quelque rêve bienheureux sourit à sa tristesse.»

Un des motifs du _lied_ du Printemps accompagne ces paroles.]

[Note 370-1: «Sa colère s'enflamma en même temps contre le Géant, et peu s'en fallut qu'il ne lui fît à l'instant _goûter_ son marteau.» (_Edda_ de Snorro; Épisode de Thor chez Hymer.)]

[Note 371-1: Wotan nous est ainsi montré comme dieu de la mort. Mais est-ce bien un nouvel aspect, car lequel des dieux Wotan n'est-il point? Il conviendra toutefois de se le rappeler, cet aspect, lors de telle victoire de Siegfried sur Le Voyageur (Wotan), au drame de _Siegfried_.--A propos de Hunding, j'ai d'autre part noté, vers le début de l'Acte Deuxième, quelle confusion consciente il semble que Wagner ait établie entre Fricka (Frigg) et Freya, relativement à la tradition suivant laquelle la moitié des héros tués «appartenaient» à la dernière. Cf. p. 340, note (1).]

[Note 371-A: Le thème de la _Détresse des Dieux_ accompagne la sortie de Wotan. (Partition, page 187.)

Quel que soit notre effort à démêler, à travers le touffu de la partition, les lignes maîtresses des principaux thèmes, nous ne pouvons pousser cette nomenclature jusqu'à noter, dans ces thèmes, les nuances, les subtiles transformations, les points précis de développement, par où s'expriment--plus complètement peut-être que par le texte--des situations morales complexes. Un exemple: Brünnhilde, incarnation de l'intime désir, du cœur même de Wotan, en voulant sauver Siegmund, agit selon le secret mouvement de ce cœur. Mais Wotan, pour les raisons que l'on sait, doit taire son cœur, laisser mourir Siegmund. La musique de Wagner, toute en combinaison de rappels, d'harmonies diverses simultanément contrepointées, de nuances suggestives, était merveilleusement apte,--mieux que n'importe quel texte,--à décrire un tel état d'âme dédoublée. Mais quelle analyse verbale voudrait suivre, en ses infinis méandres, une telle polyphonie? Il faut tout un orchestre pour rendre sensible la signification des motifs ainsi combinés.]

[Note 373-1: Tous ces noms de Walküres ont chacun un sens, comme ceux des Walkyries donnés par les _Eddas_ (_Poème de Grimner_, 36; _Völuspa_, 24; _Edda_ de Snorro, _voir_ ci-dessus la note (1) de la p. 364. M. Schuré a essayé, à défaut d'une vraie traduction, la transposition de quelques-uns: par exemple celle de _Helmwige_ en _Berceheaume_; celle de _Rossweisse_ en _Blanchecrine_; ou celle de _Schwertleite_ en _Conduirépée_. D'autres me semblent moins heureuses: _Siegrune_ (Rune-de-Victoire) deviendrait _Grondevictoire_, etc.) Je devais au lecteur la mention de ces jeux innocents autant qu'inutiles; mais je les imiterai d'autant moins que ces noms sont dans le drame huit noms, et rien de plus.]

[Note 373-A: _La Chevauchée des Walkyries!_ Quelque admiration que l'on éprouve pour cette prodigieuse page décorative, il ne faut pas oublier qu'elle n'est dans le drame qu'un élément secondaire. On entend dire:--«Allez donc voir la _Chevauchée des Walkyries_.» J'estime que ce n'est pas la raison principale d'écouter la _Walküre_. D'autres chefs-d'œuvre, sans doute, ont, de même, frappé par d'autres côtés que ceux où leur auteur s'attendait à provoquer le plus d'émotion. Mais jamais Art n'ayant été plus volontaire que l'Art de Wagner, il ne faut pas que là, encore, il en aille ainsi. Certes la plastique physique du drame, son intensité musicale aussi, deviennent ici formidables. Mais Wagner, très probablement, n'entendit ni ne put y mettre aucune réelle _sensation d'âme_. Le fond de l'œuvre ne s'ouvre pas, n'a pas à s'ouvrir ici. L'interprétation la plus juste que Wagner ait donnée de cette création scandinave des Walküres, c'est, selon nous, la scène de l'Annonce de la Mort (Voy. note de la page 361).

Les lignes suivantes de M. Alfred Ernst donneront, de cette épique _Chevauchée des Walkyries_, une belle idée musicale:

«Quelques traits de cordes, violents, incisifs mettent en branle les trilles des instruments à vent, depuis les clarinettes jusqu'aux petites flûtes. Sous ce _fortissimo_ rageur, cors, bassons et violoncelles jettent un rythme entraînant de galop. Bientôt des traits s'envolent aux bois et aux cordes, sur chaque temps de la mesure, en tous sens, sifflants, exaspérés, avec un déchirement de rafale furieuse. La trompette basse, renforcée de deux cors, attaque le _thème des Walkyries[373-A-a]_. Une deuxième phrase, née du même motif, éclate, martelée par quatre cors et par toutes les trompettes. Puis, dans le tourbillon croissant, le thème recommence, rugi par les trombones, tandis que le rideau s'ouvre sur un paysage sinistre.» (Partition, page 188 et seq.) (_La Chevauchée des Valkyries_ a été éditée à part.)]

[Note 373-A-a: Voy. note de la page 310. Voy. partition, pages 80 à 83; le thème y est donné pour la première fois.]

[Note 375-1: «Dans une masse nuageuse», etc. J'ai déjà fait remarquer ailleurs (mais il n'est pas mauvais de le rappeler quelquefois) que Wagner, en cette géniale synthèse des mythologies septentrionales, en cette géniale synthèse qu'est à titre secondaire, mais à titre réel, la _Tétralogie_, Wagner donc n'a jamais omis de suggérer, pour chaque personnage introduit par lui dans ses drames, toutes les virtuelles interprétations se rapportant, physiques ou morales, au personnage. C'est une des multiples raisons pour lesquelles chacune des Walküres arrive au milieu d'un nuage illuminé par les éclairs; c'est encore de même que Waltraute, en une magnifique scène du _Crépuscule-des-Dieux_, viendra vers Brünnhilde au galop; et, quand Waltraute s'éloignera: «Éclair et nuée», lui criera Brünnhilde, «éclair et nuée, par le vent soufflée, va-t-en donc et ne reviens jamais!» Maints passages nous laissent entrevoir, dans les vieux poèmes scandinaves, cette signification mythique; voici l'un des plus transparents: «Elles étaient trois bandes de neuf chacune, mais une vierge chevauchait à leur tête; elle était blanche sous le casque. Les chevaux secouèrent leur crinière, la rosée tomba dans les vallées profondes, et la grêle sur les arbres élevés.» (_Poème de Helge, vainqueur de Hating_, 28, dans l'_Edda_ de Sœmund).--Plus d'un commentateur a d'ailleurs expliqué, dit avec justesse Henri Heine, que les Walkyries sont ces nuages qui jadis jouaient un grand rôle dans les batailles, et auxquels on faisait souvent des sacrifices avant la lutte.--Cf. _Commentaire musicographique_, pp. 307-309.]

[Note 376-1: Un Witeg apparaît, dans le _Nibelunge-nôt_, à la cinquantième strophe de la XXVIIe aventure. Wittich, d'ailleurs, est l'un des principaux héros de la _Wilkina_ ou _Thidreks Saga_.--De même un Sindolt, «le guerrier choisi», est mentionné par l'épopée (aux strophes 10 et 11 pour la première fois) et y fait figure à plusieurs reprises.--Il fallait de semblables détails, pour que fût plus complète l'évocatrice synthèse qu'est,--entre autres choses,--la _Tétralogie_.]

[Note 378-1: Voy. la note (1) de la p. 354.]

[Note 379-1: Sur Grane, voy. au drame de _Siegfried_, la note (1) de la p. 504.]

[Note 380-1: _Heervater_, «le Père-des-Armées». Voy. la note (1) de la p. 350.]

[Note 381-1: _Walvater_, «le Père-des-Prédestinés». Voy. la note (1) de la p. 362.]

[Note 381-2: Dans les sagas, ce cheval d'Odin est blanc.--Dans les _Eddas_, il naît d'une façon merveilleuse, s'appelle Sleipner, et a huit pieds.--Dans Wagner, on voit ce qu'il devient. Encore dans _Siegfried_, lorsqu'approche Wotan, sous la forme du Voyageur accompagné d'un vent d'orage: «Là! quelle est cette lueur qui brille?» dit Alberich. «Elle se rapproche, elle resplendit, c'est une éblouissante clarté; il court comme un _coursier d'éclairs_ qui se fraye par la Forêt passage, en s'ébrouant.» Puis, au moment où le quitte le Dieu: «Il part, sur sa _monture de flamme_...» etc. (Voy. _Siegfried_, acte II, scène Ire.)]

[Note 381-3: _Der wilde Jäger_: autre preuve du génie synthétique de Wagner. On sait que, d'après les mythographes, le _Chasseur sauvage_ des légendes n'est autre que Wotan (Odin), lequel n'est lui-même autre chose que la tempête poussant les nuages devant elle: «_Selbst Wuotans wüthendes Heer was ist anderes als eine Deutung des durch die Luft heulendes Sturmwindes?_» dit Grimm. (_Deutsche Mythologie_, édition citée, I, 526.) A tout insolite bruit nocturne, le paysan de Norvège, encore, profère que «c'est Odin qui passe!» Si le vent gémit dans les sapins, «C'est la chasse d'Odin qui poursuit les loups.» Pauvres mythes, d'être ainsi réduits, par la critique de notre époque, à ces phénoménalités! Mais heureux mythes puisqu'un Wagner, sans négliger _l'exactitude_ (_relative_) de leurs sens physiques, a mis en pleine lumière en quatre Drames vivants, nonobstant la critique myope, et sans dissertations «savantes», toute l'immense _vérité_ latente (_absolue_), de leur principe moral.]

[Note 382-1: «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre: l'un avait nom Hialmgunnar: il était vieux, c'était le plus vaillant des guerriers et Odin lui avait promis la victoire. L'autre s'appelait Agnar, frère d'Auda, _et personne ne voulait le protéger_. Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat.» (_Sigurdrifumàl_.)]

[Note 383-1: Littéralement: «Le volant», «le flottant.»--Cf. p. 375, note.]

[Note 384-1: Faut-il signaler à nos pions cet autre exemple de «sublime»? Ils ont le _droit_ d'admirer, nous le leur affirmons.]

[Note 385-1: «Fafnir se dirigea vers la Guitaheide, s'y fit une couche, prit la forme d'un dragon et s'étendit sur l'or.» (_Edda_ de Snorro.)]

[Note 385-A: Ces paroles de Siegrune et de Schwertleite sont soulignées, à l'orchestre, par les motifs de l'Anneau et du Dragon. (Partition, pages 227 et 228.) Le Motif du Dragon a déjà paru, dans _Rheingold_ (partition de _Rheingold_, page 150), lors de la première métamorphose d'Alberich. On remarquera le souci qu'eut Wagner de ménager des retours de ce motif, qui n'est point pourtant fondamental dans l'œuvre. Mais cela prouve que sa conception lui est présente, à tout instant, dans tous ses détails,--détails non improvisés...--Ces lignes pour qui pourrait croire,--après d'autres,--que le Dragon est une fâcheuse... superfétation.]

[Note 386-A: A ces paroles:

«... Des héros du monde, le plus sublime.»

l'orchestre déroule, à la basse, sous une suite de clairs accords passionnés, l'héroïque phrase du thème de Siegfried, phrase que reproduit exactement la voix de Brünnhilde. (Partition, pages 230 et seq.) Bien volontiers dirions-nous que ce thème d'héroïque allure, que ce long thème double, proclamé par la double puissance de la voix et de l'orchestre, est parmi «les plus beaux» de la _Tétralogie_, comme il en est l'un des plus longs, si dans la conception dramatique de Wagner, d'une unité si profonde, où, toujours, dans une mesure précise,--ni plus, ni moins,--l'expression musicale correspond à l'intensité du sentiment,--l'on pouvait, réflexion faite, véritablement, avancer, sans hérésie, que «ceci est plus beau que cela». Ces réserves données, il faut ajouter que ce thème est sublime de grandeur épique et d'éperdue passion. Il est,--mais plus largement,--de la même venue que le thème de l'Epée.]

[Note 387-1: Les sources scandinaves mettaient cette prophétie dans la bouche de Siegmund mourant. (_Voir_ en note, dans l'Étude d'Edmond Barthélemy, p. 201, l'analyse de la _Völsunga_.) Hjördis, femme de Siegmundr, vient sur le champ de bataille; le héros dit alors ceci: «Odin ne veut plus que je brandisse mon glaive; _gardes-en les morceaux avec soin, car de toi va naître un fils qui sera le plus glorieux héros_ de notre race; il portera _victorieusement_ l'épée qu'on _reforgera avec ces débris que je te donne_, et on nommera cette épée _Gram_ (angoisse, colère).» Dans les _Chants des Iles Féroë_, récit tout à fait analogue: «Hjördis s'enveloppa d'un manteau bleu et se rendit sur le champ de bataille où gisait Sigmund:...--«Tu es venue trop tard, Hjördis, pour m'apporter les baumes qui pourraient guérir mes blessures... Prends les deux morceaux de mon épée et fais-les porter au forgeron par le jeune fils que tu as conçu. L'espoir que tu portes en ton sein, c'est le fils d'un héros. Élève-le avec soin et donne-lui le nom de Sjurd. Je te le dis en vérité, ce fils vengera ma mort.»]

[Note 387-2: Littéralement: «Celui qui, de nouveau jointe,--Brandira cette Épée un jour,--Que de moi il reçoive son nom:--«Siegfried»: [c'est-à-dire] qu'[il] se _réjouisse_ de» (ou «dans», ou «par») «la _victoire_.»--Étymologiquement, _Siegfried_ se compose du mot _Sieg_, _victoire_, et du mot _Friede_, qui signifie _paix_. Dans la première version du _Crépuscule-des-Dieux_, laquelle, sous le nom de _Siegfried's Tod_, était comme une condensation de la _Tétralogie_ future, Wagner faisait dire par une Norne: «Durch _Sieg_ bringt _Friede_ ein Held,» «Par la _victoire_, un Héros apportera la _paix_.»--Mais ce sens ne s'adaptant plus à sa conception nouvelle du rôle de Siegfried, lorsque _Siegfried's Tod_ (la _Mort de Siegfried_), drame d'abord unique, se déquadrupla, il aima mieux ramener, un peu arbitrairement, le deuxième élément du nom de son héros à cette idée de _Joie_, _Freude_, qui sonne à peu près comme _Friede_. Le caractère de Siegfried, _der überfrohe Held_, «le Héros joyeux-à-l'excès», dans les deux derniers drames du _Ring_, commente et justifie assez cet arbitraire. Aussi bien Wagner n'était-il pas libre de modifier le nom de Siegfried, et l'interprétation qu'il en a su trouver témoigne, opportune comme elle est, de l'extraordinaire souplesse de son génie, non moins attentif aux plus petits détails, que capable des plus compréhensives synthèses.--Du reste, on pourrait presque dire qu'il est revenu au sens des sources scandinaves: «Sig-Urd», «_Destinée-de-la-Victoire_.»]

[Note 387-A:

«.. Ces robustes tronçons du Glaive...»

A ces paroles, la Fanfare du Glaive, succédant immédiatement au thème de Siegfried, s'élève à l'orchestre: deux mesures, et l'évocation est complète. (Partition, page 231.)]

[Note 387-B: Le motif de Siegfried retentit de nouveau. (Partition, page 231.)]

[Note 388-1: «En ce temps-là croissait dans le Niderlant le fils d'un roi puissant.--Son père se nommait Sigemunt, sa mère _Sigelint_...--Ce brave guerrier s'appelait Siegfrid.» (_Nibelunge-nôt_, aventure 11, strophes 1 et 3.)--Dans toutes les sources scandinaves, notamment dans la _Völsunga_ (se reporter à l'Etude d'Edmond Barthélemy, pp. 201-204), dans les _Eddas_, dans les _Chants des Iles Féroë_, l'épouse de Sigmund, la mère de Sigurd, a pour nom Hjördis.--Si Wagner a choisi pour elle celui de Sieglinde, d'après le _Nibelunge-nôt_, sans doute est-ce qu'il en eut des raisons importantes: j'en développerai ci-dessous quelques-unes dans _Siegfried_, en donnant, à propos de Sieglinde et de l'étymologie de ce nom, des indications que je crois neuves. Cf. p. 463, note (1).]

[Note 388-A: La voix de Sieglinde chante ici le thème de la Rédemption par l'Amour, dans les accords glorieux de l'orchestre,--idéale harmonie pacifiée, fugitivement éclose entre deux tourmentes.--Remarquez cette conception, toujours présente, d'Amour et d'Angoisse. Ce thème s'éteint bientôt. Mais, à la fin de la _Tétralogie_, lorsque l'Amour aura pour jamais triomphé, ce thème de la Rédemption reviendra, large, suprême, illimité. (Partition, pages 232-233.)]

[Note 391-1: «Ta cuirasse»: Brünne; et, plus loin: «ton nom.»--_Brünnhilde_ signifie «Hilde-sous-la-Cuirasse», _Hilda_ (courage) étant une déesse de la guerre. Il est probable que si le nom,--comme celui de Siegfried, d'ailleurs,--n'eût pas été traditionnel, Wagner l'aurait rendu plus expressif de l'idée que symbolise Brünnhilde dans son Drame: le Désir de Wotan, la volonté de Wotan, Désir et Volonté d'aimer, «radieux Amour.»--Mais, s'il n'a pu modifier le nom, Wagner s'en est quand même servi comme il a pu. La «cuirasse» est devenue, pour lui, le signe extérieur de ce Désir, le signe extérieur de cette Volonté, aussi longtemps que le Dieu _les arme_ pour l'Action, aussi longtemps qu'à cette Action il n'a point encore renoncé. Mais ce Désir, mais ce Vouloir, cette faculté d'aimer, d'agir, il va bientôt, avec Brünnhilde, les retrancher de soi-même et les «endormir», il va punir Brünnhilde, le cœur, la fille de la Nature, l'instinct, d'avoir désobéi à sa pensée, Fricka, à son égoïste pensée, servante avisée du destin. Et enfin ce Désir et cette Volonté, c'est Siegfried qui, coupant la «cuirasse» de Brünnhilde, achèvera de les rendre inactifs, tout au moins inutilisables pour Wotan. C'est pourquoi Brünnhilde, réveillée, Brünnhilde, désarmée, s'écriera, «avec une mélancolie graduellement accrue»:--«Je vois de la _cuirasse_ l'étincelant acier: un Glaive affilé l'a tranchée en deux; grâce à lui ma chair virginale est sans défense: sans sauvegarde, sans abri, sans fierté, je ne suis plus qu'une femme, rien qu'une triste femme!» et finalement: «Il m'a déshonorée, le héros qui m'éveille! Il m'a vue sans heaume ni _cuirasse_ (_Brünne_): _Brünnhilde, je ne suis plus Brünnhilde!_» J'interromps ici ce développement: aux lecteurs sagaces de l'achever.]