La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung

Part 33

Chapter 333,327 wordsPublic domain

[Note 124-1: Il m'est arrivé néanmoins, quoique parfaitement édifié sur la différence existant entre le sens moderne de certains mots, et le sens primitif employé par Wagner, de me décider pour un moyen terme: lorsque j'ai cru pouvoir enrichir, de la sorte, une phrase quelque peu vague (comme beaucoup de phrases allemandes,--cf. p. 313, note), d'une signification supplémentaire conforme au caractère du personnage, à la situation dans laquelle il se trouve, à l'esprit d'un passage heureux,--intraduisible. Je dis donc tout bas (pour ceux des écrivains spéciaux qui peuvent être appelés à me juger) que je n'ignore en aucune façon dans quelle stricte acception Wagner s'est servi (je cite au hasard un certain nombre de mes fiches) de vocables ou d'expressions tels que _sehren_, _uas_, _Wunder_, _selig_, _heilig_, _Harst_, _die Trauten_, _Lungerer_, _Halle_, etc. Je n'ai donné que de bien rares exemples des transpositions tentées: ce jeu, qui n'eût intéressé que des philologues ou des linguistes, fût devenu fatigant, bientôt, pour le public, plus que pour moi; et ma Traduction littérale, d'ailleurs, paraîtra tôt ou tard, j'espère, soit seule, soit en regard de celle-ci.--Autre observation qui s'applique, non plus à des mots isolés, mais à des groupes de mots entiers; dans le même esprit que ci-dessus, lorsque la traduction quelque peu gauche de l'un de ces groupes, mais seulement en des phrases d'importance secondaire, eût interrompu sans nécessité le cours dramatique du dialogue, je me suis efforcé d'établir, sur le fonds des mêmes mots allemands, une version d'allure plus aisée, de sens le plus voisin possible; mais je n'y apporte aucun amour-propre; et s'il m'est proposé pour ces phrases peu nombreuses (très rares: quinze à vingt-cinq au plus) une version _à la fois_ heureuse ou dramatique--et littérale, je n'hésiterai naturellement pas, dans l'une des éditions futures, à substituer à la mienne cette nouvelle version fragmentaire.--Que cette note me soit l'occasion de placer une remarque essentielle, relative à la cause profonde en vertu de laquelle le mot-à-mot strict importe, çà et là, fort peu; cette cause profonde réside en ce que, _à l'exception, bien entendu, des irréductibles passages ressortissant à la symbolique générale de l'œuvre_, le texte du poème eût admis des variantes (et il en existe, en effet). M. Chamberlain, l'un des deux auteurs de l'essai de littéralité philologique à quoi j'ai dû faire allusion, M. Chamberlain ne pense-t-il pas lui-même, et n'a-t-il pas écrit lui-même, qu'abstraction faite, il faut le redire, des passages plus haut mentionnés, le poème, en un certain sens, est plus «fortuit» que la musique? car celle-ci est tout expressive (étant principe d'émotion pure) d'une vérité d'ordre plus vague, ou plutôt moins particulier, pour lequel peut changer la «fable»,--mais d'une vérité, par là même, plus certaine et plus absolue; c'est ce que signifie cet axiome, le plus wagnérien des axiomes (contenu dans _Oper und Drama_): «La Musique, au lieu d'exprimer, comme la Parole, ce qui n'est que pensé, exprime la Réalité.» Pour être en même temps musical, il suffit, en effet, qu'un sujet soit _humain_, à la condition qu'on entende ce terme en son acception esthétique la plus intime et la plus large. Ainsi pensa Schopenhauer, ainsi Wagner, ainsi Carlyle--et du dernier me revient à la mémoire l'idée, providentiellement à propos, l'idée qui lui faisait trouver, dans la substance des deux _Eddas_, une «_Mythologie_ MUSICALE».]

[Note 126-1: Hans von WOLZOGEN: _Die Sprache in Richard Wagners Dichtungen_ (Leipzig, Reinboth, éd.).]

[Note 127-1: Cf. _Gesammelte Schriften und Dichtungen_: «Le Drame n'a qu'un seul but,--_agir sur le sentiment_» (tome IV, p. 253.--Cf. aussi dans le même volume, pp. 97, 246, etc., etc., des affirmations analogues).--Se reporter d'autre part aux citations, plus haut, pp. 97, 123, de la _Lettre sur la Musique_.]

[Note 128-1: DE MON ANNOTATION PHILOLOGIQUE DES DRAMES.--Il importe de dire ici, pour mes juges, comment je l'ai conçue. Les remarques dont elle se compose sont tour à tour: les unes «philologiques» (au sens restreint du mot); d'autres, mythographiques; d'autres, herméneutiques; d'autres, comparatives des textes et des sources.

1º «Philologiques» (au sens le plus restreint de ce mot), les Notes donnent le sens littéral, soit d'après tels prédécesseurs, pour légitimer une transposition,--soit, plus souvent, d'après moi-même: tantôt pour préparer l'esprit à l'idée d'une future Traduction littérale, tantôt pour lui permettre d'entrevoir, au moins, des beautés que rendent intraduisibles la différence de génie des deux langues et les particularités de la Métrique wagnérienne. Ce sens littéral, au surplus, je ne l'ai noté que peu fréquemment: j'ai plutôt essayé de choisir des exemples très expressifs du dramatique de ma méthode. Assez nombreux pour _L'Or-du-Rhin_, plus rares déjà pour _La Walküre_, de plus en plus rares pour _Siegfried_, ces exemples sont presque absents du Crépuscule. C'est qu'à mesure que, de Drame en Drame, le lecteur me semblait devoir s'accoutumer mieux à la Pensée de Richard Wagner, non seulement toute explication devenait de moins en moins nécessaire, mais moi-même, insensiblement, graduellement, je tentais de _rapprocher_ mon style de la littéralité pure.

2º Mythographiques, les Notes visent à livrer, flagrants, des éléments de comparaison entre l'Œuvre traduite, d'une part, et, d'autre part, les Mythes germains et scandinaves dont elle est à titre _secondaire_, mais à titre réel, pourtant, une synthèse, un panorama; elles montreront qu'avant d'être un grand Musicien, Wagner fut un très grand Poète, rendant aux vieilles Légendes mieux qu'il ne leur a pris, faisant arriver ces Légendes profondes à la «définitive conscience de leur signification propre». Je conseille du reste aux lecteurs peu familiarisés avec ces mêmes Légendes (qui sont moins connues en France qu'en Allemagne) de _s'en faire une idée, d'abord_, par les articles consacrés, dans toutes les encyclopédies, aux personnages mythiques (Odin, etc.) mis en scène par Wagner dans _L'Anneau du Nibelung_. Je me suis borné à dire, ici, ce qu'on n'aurait peut-être pas toujours trouvé partout: on comprendra que le reste eût encombré ces pages.

3º Herméneutiques, éxégétiques, loin de prétendre à tout expliquer, les Notes se contentent de fournir des exemples de la manière dont il importe de chercher le sens symbolique et profond des Drames, sous la surabondante vie extérieure, concrète, qui toujours y suffit à l'intérêt de l'action (Cf. les notes (2) de la p. 248, et (1) de la p. 494). L'étude de mon ami Edmond Barthélemy, et le livre de M. Ernst: _L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre Poétique_, achèveront d'éclairer quiconque serait peu familiarisé avec de telles méditations.

4º Comparatives, les Notes sont avant tout _choisies:_ un second volume comme celui-ci n'eût pas suffi à tout contenir. Au reste l'essentiel, en ce cas, n'était nullement d'être complet: à quoi bon tant d'érudition? les Drames de Wagner, en eux-mêmes, ne doivent agir sur notre esprit que par l'intermédiaire du cœur, sur notre cœur que par l'intermédiaire des sens. Seulement, à un point de vue critique, il peut être attachant, démonstratif, utile, de suivre, presque vers par vers, ce qu'a su faire des sources cet immense Poète. Elles sont de deux familles, ces sources: les Scandinaves, les germaniques. De celles-là, les plus importantes sont les _Eddas_ (et même la _Völsunga-Saga_); de celles-ci, le _Nibelunge-nôt_, l'épopée nationale allemande. Sans doute en est-il d'autres que j'ai dû citer, mais d'une manière fortuite et brève: presqu'aucune d'elles n'étant traduite, je n'aurais pu faire de rapprochements qu'au prix d'une foule de commentaires qui auraient rebuté le lecteur, la place ne m'eût-elle pas manqué. D'autre part, une difficulté m'embarrassait: Wagner, évidemment, n'a pas lu les Eddas dans leur vieil idiome islandais, mais dans leurs traductions allemandes (celle d'Ettmüller (1837); celle de Simrock (1851), qui, remarque assez importante, offrent l'une et l'autre un système, déjà très heureux, d'allitération; pour la _Völsunga_, voir ci-dessous pp.201-204, l'_Etude Critique_. Or mes Notes font presque toujours, pour ainsi dire, _toucher du doigt_: le travail personnel accompli, par Wagner, sur ces précieux poèmes par lui transfigurés; mais elles le feraient sentir bien davantage encore, si j'avais pu citer les textes. Si j'avais pu? je pouvais! mais à quoi bon? pour qui? Encore une fois, notre œuvre s'adresse au Public, à celui qui ne sait pas l'allemand: car, pour quiconque le sait, qu'a-t-il besoin de notre aide? Telles quelles, mes Notes comparatives, empruntées aux versions françaises (dont j'indiquerai plus loin la bibliographie), sont suffisamment concluantes, grâce à la sélection sévère que j'en ai faite,--puisqu'elles se rapportent, en somme, aux mêmes passages scandinaviques que les traductions feuilletées par Wagner. L'avouerai-je? un de mes secrets désirs serait que le lecteur, par une étude des vieux poèmes, complétât les notions qu'aura pu lui donner, sur la profonde Ame septentrionale, la prise de connaissance de _L'Anneau du Nibelung_. Moi-même travaille depuis deux ans, en ce qui concerne les _Eddas_, à une Traduction-Édition française: mais sans doute faudra-t-il beaucoup plus de temps encore pour «mettre au point» cette tâche ardue. Aussi me suis-je effacé (provisoirement, au moins) devant les interprètes antérieurs de ces sources, quitte à rectifier leur version, parfois, d'une manière qui ne la rendît point méconnaissable. Toutes mes citations des _Eddas_ appartiennent à la traduction, introuvable et défectueuse, mais seule complète, de Mlle R. du Puget (Paris, Bibliothèque Etrangère, 1838), ou à celle, déjà bien meilleure mais fragmentaire, de M. Emile de Laveleye (_La Saga des Nibelungen dans les Eddas et dans le Nord scandinave_; Paris, Librairie Internationale, 1866. Quant à mes citations du _Nibelunge-nôt_, j'ai pris soin de les faire suivre de l'indication des pages de la version française, par le même M. Emile de Laveleye (_Les Nibelungen_, nouvelle édition; Paris, C. Marpon et E. Flammarion; s. d.).--Un dernier mot pour ceux qui, n'ayant pas présente la chronographie que j'ai donnée (pp. 65-66, 67-68, 71-76) de la composition poétique de _L'Anneau_, se demanderaient pourquoi ces extraits des sources, rares pour le _Rheingold_ comme pour _La Walküre_, sont multipliés pour _Siegfried_ et pour le _Crépuscule-des-Dieux_. A ces oublieux je répéterai: que _Le Crépuscule-des-Dieux_ est le Drame, D'ABORD UNIQUE, duquel est issue la _Tétralogie_ (il s'appelait alors _Siegfried's Tod_): un intérêt spécial s'attache donc à la genèse d'un semblable générateur! N'en est-il pas de même pour _Siegfried_, qui, sous le nom du «_Jeune Siegfried_» fut dramatisé après le _Crépuscule_, afin que fussent montrés, sur la scène, certains épisodes, seulement racontés dans la conception primitive? Et ainsi de suite: Wagner, parti de la légende nationale du _Nibelunge-nôt_, qui, nécessairement, devait le frapper d'abord, s'est avancé peu à peu dans les origines mythologiques de cette légende, pour _aboutir_, enfin, à _L'Or-du-Rhin_.--On comprend, dans ces conditions, que les Notes, relatives à la genèse de l'œuvre, soient infiniment moins nombreuses et pour le Prologue, et pour _La Walküre_.]

[Note 131-1: Cf. la note (1) de la p. 31 et, _passim_, toute l'Annotation de _l'Avant-Propos du Traducteur_.]

[Note 132-1: Wagner lui-même disait que sa musique dramatique n'aurait, sur l'Art français, d'influence salutaire qu'à la condition péremptoire qu'on ne tenterait point de la franciser.]

[Note 132-2: Cette imagination du lecteur, aidons-la.--Cf. d'abord les notes (1) de la p. 97 et surtout (1) de la p. 110.--Voici maintenant comment un témoin peu suspect, M. Octave Fouque, a décrit dans _l'Art_ (7e année, t. IV, pp. 68-70, 138-140, 199-200) l'impression produite à _Bayreuth_, par les Drames de Richard Wagner, sur un Public plutôt mêlé: «Au moment où la toile se lève, _les lumières s'éteignent dans la salle_, et le spectateur reste plongé dans une nuit profonde. Au milieu de ces ténèbres _remplies des mille sonorités de l'orchestre invisible_, le cadre scénique s'illumine. _Forcément_ l'œil est attiré, peu à peu _fasciné par ce point brillant_. Les chanteurs sont les premiers de l'Allemagne. Disciplinés par une volonté despotique, ils ne songent nullement à leur métier de chanteurs. _Toute idée de virtuosité est éteinte dans leur âme_; pour rien au monde, ils ne voudraient faire valoir les artifices de leurs gosiers, ou gagner par des tours de force vocaux les bravos des dilettanti. Leur unique et constante préoccupation est d'entrer dans l'idée du poème et de représenter dignement le personnage dont ils portent le costume. Les hommes ont la taille des héros, les femmes sont belles; _gestes, attitudes, silences, ils ont tous appris du maître_, et traduisent fidèlement, consciencieusement la physionomie qui, pour une soirée, devient leur être véritable. Ce n'est pas herr Niemann ou herr Schlesser, ce n'est pas frau Materna ou frau Wekerlin: c'est Siegfried, Hagen et les Walküres. La scène est machinée avec art; elle a su utiliser toutes les inventions de la science moderne; _les prodiges s'y succèdent_, toujours commentés par cet orchestre qui _enveloppe la représentation d'une sonorité magique_. Le Phénomène s'accomplit, et, dans ce demi-rêve où tout ce magnétisme l'a jeté, l'esprit du spectateur, ACCEPTANT, SANS LA MOINDRE RÉSISTANCE, LES OBSCURITÉS, LES NAÏVETÉS, PARFOIS LES MONSTRUOSITÉS DE LA LEGENDE, est violemment tiré hors de lui-même; songeur, inconscient, halluciné, il chevauche, à la suite du poète, emporté par une imagination sans frein à travers le pays fantastique que peuplent les dieux, les héros, les chimères et les fées.»--Ces deux termes: «chimères» et «fées», sont malheureux et me gâtent le reste. Des «fées»? sont-ce des _Walküres_ que M. Fouque veut dire? Des «chimères»? seraient-ce le Dragon du _Rheingold_, et celui du Drame de _Siegfried_? N'importe! L'essentiel est que sur le fond de la chose, l'auteur de l'article ait dit juste. Oui, placé dans les conditions pour lesquelles seules le Drame est fait, le spectateur français lui-même accepterait, j'en suis certain, tout ce que, dans _L'Anneau du Nibelung_, plusieurs dénomment: la «ménagerie».--Une partie du but de Wagner ne fut-elle pas de nous arracher au souvenir de la vie réelle? (Cf. _Gesammelte Schriften_, t. VIII, p. 37, et ci-dessus, pp. 15-17; 19; et 63. n. (1) de provoquer un état d'âme plus favorable à la vision, à la conception des choses idéales? de faire parvenir notre esprit, jeté dans une sorte de rêve, jusqu'à cette entière _clairvoyance_ où il découvre un enchaînement, «un nouvel enchaînement des phénomènes du monde, que, dans l'état de veille ordinaire, nos yeux ne pouvaient apercevoir»? Cf. _Lettre sur la Musique_, p. LVIII.) Or, si le _but_ est rempli, qu'importent les _moyens_? «Le Merveilleux dans l'Art, disait Richard Wagner, EST le _moyen_ de rendre claire à tous la Vérité de la Nature.» (_Entwürfe, Gedanken, Fragmente, loc. cit._, p. 66). Voyez comme simplement, dès ouvert le rideau, le _Rheingold_ nous plonge en plein surnaturel, ainsi qu'au milieu de choses palpables! et comme si notre monde réel n'était que le seuil d'un autre monde--plus réel, en un certain sens. Dante seul eut cette audace tranquille, que note Carlyle... mais Dante (hélas!) était d'un Age de Foi...]

[Note 134-1: Cf. _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_: «C'est seulement par la scène que l'art national peut devenir vraiment la propriété du peuple, et seulement quand la grande partie de l'art qui touche à la scène, en popularisant et en personnifiant l'art, lui est assurée en propriété, que cet art peut atteindre une pleine et libre vie nationale dans d'autres branches. Un drame national vrai, vivant, élevé à la hauteur d'un idéal artistique, est la source réelle, pure, vivifiante, de toute autre vie artistique nationale. Aussi la condition misérable de la scène de l'Europe moderne, étant entièrement non nationale et non artistique......, est-elle l'une des plus sûres mesures de l'esprit de la civilisation européenne en général.» (Pp. 19-20.)]

[Note 135-1: _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, p. 79.--«Rien de pareil à ce que j'avais projeté, et, en dernier lieu, commencé avec confiance, grâce au concours d'amis enthousiastes, n'avait jamais encore été entrepris: c'eût été essentiellement digne de notre jeune gouvernement impérial, qui ne pouvait inaugurer son brillant règne plus glorieusement qu'en donnant l'aide la plus franche à un objet purement idéal et pour un motif purement idéal... Mais les pouvoirs qui régnaient en Allemagne, négligents comme jamais des intérêts de l'art véritable, ne virent alors dans mes efforts, comme ils n'y avaient toujours vu auparavant, que l'expression de la plus extrême ambition personnelle, et, dans l'institution que je projetais, rien que les demandes extravagantes d'une représentation extraordinaire et inusitée de mes propres ouvrages, pour ma seule satisfaction d'amour-propre personnel. L'achèvement de mon entreprise fut dès lors laissé entièrement à moi et à mes amis.» (_Id._, p. 78).]

[Note 136-1: _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, p. 77.]

[Note 136-2: _Traité de l'Education des Filles._]

[Note 136-3: _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, p. 91.]

[Note 137-1: Michelet, _Introduction à l'Histoire universelle_.]

[Note 140-1: Vers 1210, selon Lachmann.

Chants, Lieder:--Nibelungen _lied_ oder Nibelungen _lieder?_ s'est demandé un érudit allemand, H. Fischer. Lachmann, avant lui, s'était posé la même question et avait dit: _Lieder_--Chants détachés, rhapsodies. Il faut adopter l'opinion de Lachmann.]

[Note 141-1: Nous verrons bientôt que le poème des _Nibelungen_ constitue la première forme de cette tradition,--la première en date. Les _Chants héroïques de l'Edda_ jailliront, plus tard, sous l'action d'un événement parallèle à celui de la chute de l'empire romain, et qu'ils exprimeront avec les mêmes symboles. Nous voulons parler des invasions danoises, du démembrement de l'empire carlovingien.]

[Note 143-1: Gibich, père des Gibichungen, dans le _Crépuscule-des-Dieux_.]

[Note 143-2: Hagene?]

[Note 144-1: Waldo, prince-abbé de Reichenau, fit copier douze chants en langue germanique, _Duodecim Carmina Theodiscæ linguæ formata_. Des recensions latines furent faites, toujours dans les couvents (surtout en Saxe, semble-t-il), d'autres chants teutoniques, de celui, par exemple, dont un poète se servit pour composer la _Klage_, qui est un résumé de la légende des _Nibelungen_: sans doute aussi du chant qui a fourni à l'_Edda_ le _Gubdrunarkant, Gudrune sauvée des eaux_, et qui raconte la mort de Swanhilde, fille de Sigurd et des Gudrune, écartelée sur l'ordre de son époux, le roi goth Airmanarecks (Hermanaric). Fulco, archevêque de Reims, édifia de cette légende Charles le Simple, à propos de telle circonstance de la vie de ce roi, qui aurait présenté des analogies avec les traditions relatives au roi goth. Ce clergé mi-barbare prenait ses textes de sermons aussi bien dans les vieilles légendes abruptes, dont son sang roulait le souvenir, que dans les Ecritures mêmes. N'étaient-elles pas un peu pour eux, ces légendes, aussi les _Ecritures_?]

[Note 147-1: Cf. Guillaume de Jumièges, _Historia Northmannorum_, I. C. 5.--Saxe Grammaticus, _Historia Danica_, L. IX--Sagan af Ragnari Lopbrock, C. I. Stockholm, 1737.]

[Note 147-2: Sigurd Ier (1103-1130), Sigurd II (1136-1155), Sigurd III (1162-1163).]

[Note 148-1: Dans l'imagination du temps, ces deux noms: Hermanaric et Théodoric, semblaient s'appeler l'un l'autre; ils se trouvent réunis (malgré l'énorme écart chronologique: Hermanaric, an 336; Théodoric an 455), dans divers chants barbares, dans le _Chant d'Hildebrand et d'Hadubradt_, entre autres, mentionné, je crois, pour la première fois, en France, par J.-J. Ampère. «Dans ce chant, dit Ampère, Théodoric, selon la légende et non pas selon l'histoire, avait été forcé de laisser son royaume aux mains d'Hermanaric, qui, à l'instigation d'Odoacre, s'en était emparé. Le héros fugitif avait trouvé un asile chez le roi des Huns, Attila.»]

[Note 148-2: Cf. _Gudrune sauvée des Eaux_ et le _Chant de Hamdir_.]

[Note 149-1: C'est, très probablement, après Charlemagne, et à son exemple, que les Moines recueillirent les poésies barbares, en même temps que ce groupe de récits qui contiennent tout le légendaire carlovingien: la _Chronique de Turpin_ (Roland à Roncevaux); les _Cantilènes héroïques_; le _Chant de Fontenay_; la _Captivité de Louis II à Bénévent_ (Dissolution de l'empire carlovingien); la _Chronique du Moine de Saint-Gall_ (Cycle de Charlemagne); la _Chronique de l'Abbaye de Saint-Amand_ (Invasions northmannes).]

[Note 150-1: _Deux travaux allemands sur Hincmar._ (Revue des Questions historiques.)]

[Note 150-2: Partout où l'Eglise eut des biens: propriétés épiscopales, abbayes, prieurés, menses innombrables,--l'administration romaine, tout lointainement transposée qu'elle fût,--après le Sénat, le Chapitre, après la toge du Consul, la chape de l'Abbé,--régit de nouveau les hommes.--«Une abbaye, dit Châteaubriand, n'était autre chose que la demeure d'un riche patricien romain, avec les diverses classes d'esclaves et d'ouvriers attachés au service de la propriété et du propriétaire, avec les villes et les villages de leur dépendance. Le Père-Abbé était le Maître; les Moines, comme les affranchis de ce Maître, cultivaient les sciences, les lettres et les arts.--L'Abbaye de Saint-Riquier possédait la ville de ce nom, treize autres villes, trente villages, un nombre infini de métairies, etc.»]

[Note 150-3: Voici de bien caractéristiques effets de cette latinisation qui gagne, dès lors, tout. Lorsque Lothaire, ligué avec Pépin, lutte contre Charles le Chauve pour reconstituer, à son profit, l'héritage de Charlemagne, la tradition romaine, ce sont les hommes de langue latine, les Aquitains, qui l'aident le mieux. Mais ensuite les deux rois s'appuient au contraire sur les Saxons, sur les Northmanns, sur les Esclavons, sur le Nord païen. Alors l'Eglise, brusquement, se déclare pour Charles le Chauve, les Aquitains aussi. Et le fils puîné de Louis le Débonnaire sera le défenseur du culte, de l'unité romaine, canonique, contre l'anarchie du Nord, et c'est alors que Hincmar rêve du plan de Charlemagne réalisé par le Clergé, par le Midi, par l'Orient. Charles le Chauve étant l'épée de ce Clergé, comme, autrefois, Pépin le Bref et Charlemagne furent l'épée du Saint-Siège.]

[Note 152-1: Je n'emploie pas ce mot au sens monacal: _legenda_ (_legendum_ est), mais dans l'acception générale.]