La terre promise

Chapter 22

Chapter 223,084 wordsPublic domain

Pour avoir la réponse à cette question qu'il se posait plus anxieusement tandis que le train courait loin de Palerme, et que ce matin voilé éclairait la mer mouvante, violette ou grise tour à tour, les montagnes nues et brunâtres, les vastes plaines peuplées de citronniers et d'oliviers, il lui eût fallu entrer, avec Mme Scilly, à cette même heure, dans la chambre d'Henriette. La lumière de ce jour mélancolique -- un de ces jours où il y a comme de l'adieu dans l'air -- s'harmonisait à la pâleur du visage souffrant de la jeune fille. Ses beaux yeux bleus brûlaient de ce feu d'une sombre fièvre, qui décelait mieux que cette pâleur la révolution morale à laquelle le pauvre être se trouvait en proie. La comtesse, qui s'était demandé toute la nuit quelle phrase assez tendre elle prononcerait pour faire parler sa douce malade, se sentit incapable, comme la veille, de provoquer cette confidence lorsqu'elle eut rencontré ces yeux. Le regard d'Henriette avait changé. Vingt-quatre heures plus tôt les saintes clartés de la plus entière ignorance rayonnaient dans ces prunelles. D'autres pensées s'en échappaient maintenant. La mère s'assit au chevet où reposait cette tête blonde sur laquelle sa sollicitude avait veillé des années, et elle n'osait seulement pas en scruter la souffrance! Comme elle l'avait dit la veille à celui qu'elle espérait toujours continuer d'appeler son fils, elle se rendait compte que sa fille avait tout entendu, sans deviner ce que cette jeune, cette candide intelligence avait compris. Et comment ne pas hésiter devant des paroles à prononcer, si différentes de celles qui s'étaient depuis des années échangées entre elles deux? Elles étaient pourtant inévitables, ces paroles, car le caractère incomplet à la fois et définitif de la révélation infligée si soudainement à la jeune fille ne lui permettait pas de demeurer sur cette affolante et indistincte évidence. Mme Scilly ne s'était pas trompée, la pauvre enfant était bien incapable de venir surprendre par un espionnage clandestin les secrets même qui intéressaient le plus vivement sa passion pour son fiancé. Si elle s'était arrêtée, sans avancer, derrière le battant entr'ouvert de la porte du salon, c'est qu'elle avait entendu, à ce moment même, la voix de l'homme à qui l'engageait la plus sainte des promesses, prononcer ces terribles mots: «J'ai douté de l'enfant, j'ai cru que je n'étais pas son père...» et le reste avait suivi, ne lui permettant aucun doute sur le mensonge continu où cet homme l'avait fait vivre depuis ces dernières semaines. Mais ce qui l'avait comme foudroyée de cette horreur dont ses yeux continuaient d'exprimer la fièvre intense, ç'avait été ce brutal, cet affreux contact de son naïf esprit avec les réalités de la vie passionnelle qui demeurent une indéchiffrable énigme pour la fille la moins réservée, tant qu'elle est vierge, à plus forte raison pour une jeune personne gardée comme elle l'avait été. Seulement elle avait plus de vingt ans, et à cet âge, l'innocence la plus entière n'est pas une ignorance absolue. C'est là un phénomène de demi-lueur si délicat, si indéterminé, qu'il en est presque indéfinissable. Comment traduire en termes précis ce vague instinct du sexe, ce retentissement obscur éveillé dans le cerveau par tout un travail inconscient qui s'accomplit à travers cet organisme encore endormi et cependant complet? Comment doser par une analyse assez subtile chacun des éléments d'initiation que représente autour de la créature la plus enveloppée de modestie le mariage d'une amie intime, par exemple, chez laquelle elle continue d'aller en visite comme auparavant, dans la chambre de laquelle elle entre, avec qui elle cause en libre et pleine confiance, qu'elle voit devenir mère enfin? Tout cet ensemble de choses féminines se résume pour la jeune fille en un pressentiment qui va quelquefois jusqu'à l'épouvante. Cela fait dans ces âmes trop tendres, trop vibrantes, comme un frisson autour de l'idée de ces rapports mystérieux entre l'homme et la femme d'où naîtra une nouvelle existence, cet enfant qui éveille à l'avance le coeur de la mère dans le sein de la vierge. Quant aux égarements de l'amour hors du mariage, la plupart ne les soupçonnent même pas, ou si quelque hasard dangereux de conversation et de lecture leur a fait comprendre qu'une femme peut manquer à ses devoirs, ce sont bien plutôt des imprudences de coquetterie qu'elles imaginent, et non pas des aventures du genre de celle que Francis avait résumée en quelques phrases, trop lucides pour laisser place au doute, et cependant trop chargées de signification cachée pour que la pensée d'Henriette ne reculât pas d'épouvante. Ce qui ajoutait à cette épouvante, c'était le souvenir du cri de douleur par lequel sa mère avait répondu à la confession de Francis: «Si elle m'interroge, que lui répondrai-je?...» Ce gémissement de Mme Scilly poursuivait la jeune fille. Elle en était à ce point où l'on ne peut physiquement supporter l'idée que ceux qui nous entourent nous mentent pour nous ménager. Et cependant, à qui s'adresser pour comprendre tout à fait cette horrible confidence qu'elle avait surprise, sinon à cette loyale et bonne mère qu'elle voyait, par cette matinée de brumes, assise silencieusement à côté de son lit? Un tel silence était rempli de cette tendresse dont Henriette avait eu d'innombrables preuves. N'en était-ce pas une de plus que ce respect de sa douleur, que cette pitié caressante qui l'enveloppait sans vouloir toucher à aucun des points meurtris de son être? Et voici que la comtesse vit avec une indicible émotion ces yeux bleus, dont la muette détresse l'effrayait tant, se tourner vers elle avec une expression qu'elle n'y avait plus retrouvée depuis la veille. Elle ne s'y méprit pas une minute: la subite rougeur revenue sur ce visage tourmenté annonçait que ce coeur comme noué de chagrin allait s'ouvrir. Que répondrait-elle? Dans ses méditations de la nuit et de ce commencement de matinée sa volonté s'était fixée sur le seul parti qui pût lui permettre d'influencer cette âme malade. Elle s'était décidée à répondre simplement et franchement à toutes les questions que lui poserait la jeune fille. Elle ne les aurait pas provoquées, car les réponses allaient beaucoup lui coûter. Mais c'était son devoir de ne pas s'y dérober si elle voulait secourir avec efficacité cette créature si cruellement ébranlée.

-- «Maman,» avait commencé Henriette, «vous n'avez pas cru, n'est-ce pas, que j'aie manqué à la délicatesse?... Vous m'aviez laissée seule. J'ai eu peur de la conversation qui allait se tenir si près de moi, à cause de moi. J'ai voulu l'empêcher... Je suis allée jusqu'à la porte que j'ai ouverte sans frapper, comme toujours. Vous ne m'avez pas entendue, et alors il m'a été impossible d'avancer... Je tremblais tellement que je me suis appuyée contre le mur. Mes jambes étaient comme brisées...»

Elle avait de nouveau fermé les yeux, et sa bouche avait frémi au souvenir que cette scène évoquait en elle. La mère lui caressa ses blonds cheveux d'une main lente et douce, en lui disant:

-- «Tu n'as pas besoin de te justifier. Je te connais trop bien pour avoir jamais pensé que tu avais cédé à un mouvement bas... Et puis, tu y aurais cédé, que je ne me sentirais guère la force de te gronder. Tu en aurais été déjà trop punie. Mon Dieu!» ajouta-t-elle, «je savais que je t'aimais plus que tout au monde. Je ne savais pas combien, avant de t'avoir prise contre moi sur le seuil de cette chambre où tu venais d'être frappée... Tu vois, je ne t'ai rien demandé. J'ai respecté ta peine. Je la respecterai encore. Je ne veux que te soigner comme tu le désires. Souviens-toi seulement que je suis là...»

-- «Chère mère,» répondit la jeune fille en prenant entre ses mains brûlantes la main de celle qui lui parlait ainsi. Puis, après un silence, d'une voix basse, comme honteuse et de nouveau avec la pourpre de l'émotion sur sa joue: «Chère mère, il a dît que cette petite Adèle était sa fille...»

-- «Tu l'as entendu,» fit la comtesse qui voyait que la pauvre créature n'osait pas formuler la question qui lui brûlait le coeur. «C'est une chose affreuse qu'une femme puisse être mariée et devenir ainsi mère d'un enfant qui n'est pas l'enfant de son mari... Mais quand tu seras entrée dans le monde, tu verras que cette chose affreuse se rencontre trop souvent. Toi qui es si bonne chrétienne, rappelle-toi et aujourd'hui et dans l'avenir le mot que Notre-Seigneur a dit à la femme adultère: «Je ne vous condamne pas non plus...»

-- «Cependant,» reprit Henriette, «cette petite Adèle porte le nom d'un autre homme. Elle m'a parlé de lui, ce soir de Noël, quand elle m'a demandé si je croyais qu'elle le reconnaîtrait après la mort... Si cet homme vivait, il la croirait sa fille?...»

-- «Sans doute,» dit Mme Scilly.

-- «Et la mère saurait que cet homme n'est pas le père de cette enfant, et elle ne le lui dirait pas? Elle laisserait cet homme embrasser cette petite fille devant elle? Quand l'enfant fait sa prière du soir maintenant, elle doit lui dire de prier pour son père, comme vous me disiez à moi de prier pour le mien?... Elle n'a pas peur de Dieu qui sait tout... Quelle horrible femme!...»

-- «Elle en souffre sans doute beaucoup,» répondit la comtesse, «comme elle souffrirait beaucoup de voir le mari qu'elle a trahi embrasser cette petite fille. Tu vois bien qu'elle n'est pas vraiment mauvaise, puisqu'elle a mené, depuis qu'elle est veuve et libre, une vie qui semble avoir été irréprochable. Si tu savais combien de malheureuses s'engagent sur le chemin de l'amour défendu avec un aveuglement qui leur vient de leur milieu, des fausses maximes de la société, d'une absence de religion, d'un mauvais exemple, des duretés de leur mari aussi?... Et puis, quand elles ouvrent les yeux sur les conséquences de leur faiblesse, elles sont perdues, et c'est trop tard...»

-- «Elles ne peuvent pourtant pas s'aveugler au point de ne pas se rendre compte qu'il leur faudra mentir...,» répondit Henriette. «Et quand une femme aurait ces excuses que vous dites, est-ce qu'un homme les a?... Mme Raffraye n'avait pas quitté son mari, n'est-ce pas?...»

-- «Non,» reprit la mère.

-- «Et lui,» demanda la jeune fille à voix tout à fait basse, «est-ce qu'il connaissait ce mari?...»

-- «Il n'en a point parlé,» dit la mère, «mais c'est bien certain...»

-- «Il allait chez lui? Il lui donnait la main? Il s'asseyait à sa table?...»

-- «Ne te torture pas à de pareilles imaginations,» reprit Mme Scilly, «tu sais qu'il a été très coupable, que cela te suffise. N'attache pas ton esprit à tous ces détails qui ne sauraient que te faire du mal en t'empêchant d'être charitable et d'être juste...»

-- «Je ne peux pas,» s'écria la jeune fille avec un accent où se révélait la sombre ardeur de la passion la plus douloureuse. «Je ne peux pas. Je les vois trop... Je les vois se disant qu'ils s'aimaient... Je les vois...» Elle ferma les yeux avec un battement affolé de ses paupières. La seule image physique dont son innocence pût nourrir sa jalousie venait de s'offrir à sa pensée: celle de Francis embrassant Pauline, et elle répétait: «Il lui disait qu'il l'aimait, comme à moi. Et il savait qu'elle trahissait, qu'elle mentait. Comment peut-on aimer ce que l'on méprise? Et il l'aimait cependant, il l'a dit. Ah! je ne m'étonne plus s'il a été capable de me mentir comme il l'a fait pendant des jours, puisqu'il a été capable de ressentir des sentiments si bas, si honteux, si vils...»

-- «Si douloureux aussi...,» interrompit la mère. «Ce mépris dans l'amour, dont tu parles, c'est le châtiment des passions criminelles, et un châtiment terrible. Tu l'as entendu aussi confesser que ce mépris l'avait amené à douter de cette femme et le doute sur cette femme l'a conduit à douter de l'enfant, de son enfant... Il s'est dit qu'ayant trahi son mari pour lui, elle devait le trahir lui-même. -- Il n'a pas cru qu'il fût le père de cette fille qui porte sur son visage cette ressemblance si étonnante qu'elle t'a saisie, comme elle l'a saisi quand il l'a vue. Mais c'est un hasard qu'une telle ressemblance et si terrassante. C'est un hasard que cette rencontre après tant d'années. Pense à ces années et au poignard qu'il avait dans le coeur chaque fois qu'il se souvenait de cette petite fille et qu'il lui fallait se dire: je ne saurai jamais si elle est ma fille. Pense à ses remords quand il l'a su et ce qu'a été pour lui cette rencontre, quel supplice quand ç'aurait pu, quand ç'aurait dû être une telle joie. Souviens-toi de son trouble dans ce soir de Noël auquel tu viens de faire allusion... Ce n'est pas pour le défendre que je te rappelle tout cela, c'est pour te montrer que si ses fautes ont été grandes, l'expiation a été grande aussi et qu'il a droit à la pitié que je voudrais te voir lui donner comme je la lui ai donnée. C'est avoir payé pleinement sa dette, je te le jure, que d'avoir acquis l'évidence de sa paternité comme il l'a acquise...»

-- «Ah! maman,» s'écria Henriette avec plus de douleur encore, «vous venez de toucher à la place la plus malade... Cela me désespère qu'il m'ait menti, cela me désespère qu'il ait pu aimer une femme indigne. Je lui pardonnerais et l'un et l'autre. J'admettrais qu'il a voulu m'épargner un chagrin. J'admettrais qu'il a subi dans sa jeunesse des entraînements que je ne comprends pas. Je suis une ignorante, je le sais. J'admettrais qu'en le jugeant avec trop de sévérité je suis injuste. Mais sur ce point je ne peux pas être injuste. Non. Je ne suis pas injuste. Il n'y a pas d'entraînement qui explique cette monstrueuse chose que pendant ces années il n'ait seulement jamais vu, jamais essayé de voir cette petite fille. Vous avez prononcé un mot terrible contre lui. Vous avez dit que le hasard l'a fait se rencontrer avec elle... Le hasard! Est-ce qu'il n'aurait pas dû épuiser toutes les chances de savoir la vérité plutôt que de courir ce risque épouvantable d'abandonner son enfant? Lui que je mettais si haut! Lui que je croyais la délicatesse et la noblesse mêmes, devoir penser de lui qu'il a sur la conscience cette cruauté vis-à-vis d'un pauvre petit être!... Il y a des gens du peuple qui adoptent des enfants déposés dans la rue par des parents barbares, et lui, il n'a même pas cherché à vérifier des doutes qu'un regard aurait dissipés! Il vous l'a déclaré lui-même que ce regard avait suffi.»

-- «Il a encore cette excuse,» dit la mère, «que cette petite fille n'avait pas besoin de lui, que même il n'avait pas, qu'il n'a pas le droit de s'en occuper. La mère était là...»

-- «Et si cette mère avait été mauvaise pour cette enfant? Si elle avait été ruinée et toutes deux réduites à la misère? Si elle était morte et la petite livrée à des étrangers cruels? Si...»

-- «Tu n'as pas le droit d'imaginer des hypothèses pareilles,» interrompit Mme Scilly. «Nous ignorons absolument ce qu'il aurait fait si cette enfant, au lieu d'être riche et gâtée, avait été pauvre et malheureuse...»

-- «Ah!» dit Henriette, «il ne l'aurait même pas su.»

Cette fois la comtesse ne répondit pas. Les jugements ainsi portés par sa fille avaient cette rigueur intransigeante contre laquelle il est très difficile de protester, même quand on la trouve excessive, par scrupule de toucher à cette fleur de moralité qui fait la force et la grâce en même temps des âmes vraiment droites. La mère savait ce qu'elle voulait savoir. Henriette avait bien tout entendu de la confession de son fiancé, tout entendu et tout compris dans la mesure où son ignorance de la vie physiologique le lui permettait, et la révolte de sa jeune loyauté la rendait implacable pour les compromis de sens moral que cette triste aventure supposait. L'amour seul, avec sa générosité irrésistible, pouvait triompher de cette indignation et seul guérir une conscience pure atteinte au plus vif, au plus profond de son rêve de noblesse et de loyauté. Mais en ce moment cet amour ne se faisait sentir à ce coeur blessé que par la souffrance. Mme Scilly en eut la preuve lorsqu'elle voulut reprendre cet entretien après un silence, non plus afin de défendre Francis auprès de la jeune fille, mais pour la prévenir de la résolution qu'elle avait cru devoir adopter:

-- «Ne remuons pas toute cette misère,» recommença-t-elle. «Laisse-moi seulement te mettre au courant de ce que j'ai fait... Le docteur Teresi avait ordonné de t'éviter la plus légère émotion. J'ai pensé qu'il valait mieux pour M. Nayrac et pour toi de ne pas vous rencontrer dans les conditions particulièrement étroites de notre vie d'hôtel, et je lui ai demandé de s'en aller...»

-- «Il est parti...,» dit Henriette, et ses traits traduisirent un surcroît d'émotion qui fut pour la mère une première espérance de ce pardon auquel sa sagesse avait souhaité aussitôt amener sa fille. Elle lui répondit en la calmant d'une nouvelle caresse:

-- «Il n'est pas retourné à Paris, bien entendu. Il est à Catane, où il attend ce que tu décideras de vos relations à venir... Je lui ai dit que je te parlerais comme je t'ai parlé, et que tu resterais libre de rompre votre mariage si tu ne peux plus retrouver en toi les sentiments qui t'ont portée vers lui. Quoique ce soit une chose bien grave que de dénoncer des fiançailles aussi avancées que les tiennes, je te le répète à toi aussi, tu en restes libre, absolument libre... Je ne ferai que lui transmettre ta réponse, devant laquelle il s'incline d'avance sans protester, comme je m'inclinerai moi-même... Je te demande seulement que cette réponse ne soit pas immédiate. Quand il s'agit d'un parti à prendre qui pèsera sur toute l'existence, la réflexion n'est jamais trop mûrie. Tu réfléchiras... Aujourd'hui,» ajouta-t-elle en embrassant sa fille tendrement, «ne parlons plus de ce qui ne peut que nous peiner davantage en y revenant toujours... Tu es trop souffrante, je ne veux que te soigner, te dorloter, t'aimer comme si tu étais encore la petite fille qui travaillait sagement à sa table devant la fenêtre de la salle d'études. Te la rappelles-tu, et comme tu m'obéissais quand je te disais d'avoir du courage pour tes leçons? Et je te dis maintenant avec la même tendresse d'avoir un peu de courage pour ta santé. Ne m'obéiras-tu pas comme autrefois?...»

-- «Je l'aurai, chère mère, ce courage,» répondit la jeune fille en mettant son front contre la bouche de sa mère et en l'y appuyant comme pour prolonger l'influence bienfaisante de ce baiser, «je vous obéirai en tout, mais vous ne pouvez cependant pas vouloir que je ne sois point désespérée de devoir penser ce que je pense de celui que j'ai tant aimé?...»

XI

LA VOIE DOULOUREUSE