Chapter 11
«Mais c'est mon enfant, c'est ma fille...» Cette phrase qui s'était prononcée toute seule dans son coeur devant la terrassante, l'invincible évidence de l'hérédité, Francis se la répéta soudain à voix haute et à plusieurs reprises. Il s'écoutait la prononcer, et une corde tressaillait dans les profondeurs de sa personne, qui n'avait jamais été touchée avec cette force: «Ma fille!...» C'étaient deux mots bien clairs cependant et bien simples. Il se les était dits et redits bien souvent, depuis des années, chaque fois qu'il pensait à la possibilité, malgré tout, que le sang de cette enfant inconnue fût son sang à lui. Mais cette possibilité était demeurée pour son esprit une idée inefficace, une irréelle et vague abstraction qu'il ne réalisait pas plus en une image concrète et positive que nous ne réalisons la mort de quelque cher malade. Tant que nous n'avons pas vu, inanimée et raide sur son lit d'agonie, cette forme autour de laquelle palpitait notre espérance, cette mort ne nous est pas vraie. Nous savions trop que ce malade pouvait, qu'il devait mourir; puis notre déconcertement confine à la stupeur devant une fin qui nous surprend comme si nous ne l'eussions jamais pressentie. C'est qu'il s'accomplit dans le passage de la pensée à la réalité présente, immédiate, indiscutable, dans la métamorphose d'une hypothèse en fait positif, d'un doute flottant en évidence, comme un déplacement total du plan intérieur de notre âme. Nous ressemblons, à ces moments-là, et pour un temps qui varie suivant le degré d'importance de la révélation, aux aveugles opérés de la cataracte. Dans le désarroi de leur éveil à la lumière, n'ayant pas adapté leurs mouvements aux impressions qui les entourent, ils hésitent, ils trébuchent, ils tombent à terre. Francis Nayrac était ainsi. D'avoir contemplé de ses yeux Adèle Raffraye au lieu de la rêver, d'avoir constaté ce qu'il avait constaté au lieu de le supposer, avait subitement déconcerté toutes ses anciennes manières de sentir vis-à-vis de cette enfant. Si huit jours auparavant, si la veille même on fût venu lui raconter un tragique accident survenu à cette petite, qu'elle avait été, par exemple, brûlée dans un incendie, broyée dans le déraillement d'un train, noyée dans la perte d'un bateau, il aurait sans nul doute frissonné d'un frisson très particulier. Mais quoi? C'eût été un fait divers un peu plus troublant que beaucoup d'autres, voilà tout, -- au lieu qu'à présent, et tandis qu'il allait cheminant dans la campagne, entre les oliviers et les aloès, de se rappeler seulement la pâleur d'Adèle, sa délicatesse de traits, la fragilité de ses membres, lui causait une souffrance presque insupportable. Si le père avait dormi en lui pendant trop longtemps, comme il s'était réveillé depuis cette rencontre du matin! L'appel de tendresse qui grondait maintenant dans son coeur, sortait des fibres les plus vivantes de sa chair. Un appétit irrésistible, passionné, sauvage, le possédait: celui d'étreindre la petite fille, de la serrer contre lui, de toucher ses cheveux, de la couvrir de ses caresses, de la protéger. Qu'elle était devenue soudain vivante pour lui, et comme, sans raisonner, sans discuter, il la croyait, il la sentait sa fille plutôt, après avoir tant pensé qu'il douterait davantage encore, si jamais il la voyait!... Un regard avait suffi. L'évidence était entrée jusqu'au coeur de son coeur. Il n'y a pas de preuve qui l'établisse, cette évidence. Elle s'impose ou ne s'impose pas. Celle-ci l'avait pris et retourné en quelques minutes et pour toujours. Ah! Ces années passées à fuir Adèle et sa mère systématiquement, comme il les payait durant cette nuit où il marchait dans l'ombre, droit devant lui, poursuivi, vaincu par cette voix du sang qu'il avait niée, lui comme tant d'autres, lorsqu'il lisait dans un livre quelque allusion à ce phénomène mystérieux, très rare et très étrange, mais, quand il se produit, aussi rapide, aussi farouche et aussi souverain que l'amour lui-même. À deux ou trois reprises et pendant cette course affolée, il essaya bien de se débattre encore contre cet envahissement. À quoi bon? Il avait beau se rappeler ses trop justes griefs contre Pauline, que prouvaient-ils? Qu'ayant un mari et deux amants, cette haïssable femme se prostituait à trois hommes, et qu'elle avait risqué également d'être mère entre les bras de chacun d'eux? Soit. Mais qu'elle fut devenue mère dans ses bras à lui, le visage de l'enfant le lui avait crié, ce visage où l'hérédité de la race était écrite d'une indéniable écriture. Il essayait aussi de se démontrer qu'il y a de ces caprices de ressemblance qui ne démontrent rien. N'arrive-t-il point, par exemple, que l'enfant du second lit d'une veuve ressemble au premier mari? Non. Pas comme cela. Pas avec cette identité de corps, d'âme, de nature. Il avait vu de ses yeux le fantôme de sa soeur devant lui, sa soeur de nouveau vivante, -- hélas! de quelle pauvre, de quelle faible vie de fantôme en effet! Il avait vu _son enfant_. De même qu'autrefois aucun raisonnement n'avait prévalu en lui contre le soupçon, quand il se rappelait sa station devant le rez-de-chaussée fatal, la femme voilée descendant du fiacre, -- et le reste, -- de même aucun raisonnement ne prévalait à cette heure contre cette nouvelle certitude. C'était la tristesse des tristesses qu'elle ne fut pas contradictoire avec la première. Mme Raffraye l'avait trahi pour Vernantes, comme elle avait trahi d'abord pour lui son mari. C'était une malheureuse, et qui avait peut-être eu encore d'autres amours, des galanteries de hasard. Que savait-il? Mais galante, sensuelle, avilie, quelque mépris qu'elle méritât, elle avait conçu par lui, Francis. Dans ce cher et fragile petit être, aperçu sous les arbres pendant un quart d'heure, il avait senti, il sentait frémir une parcelle de lui, un peu de sa chair et un peu de son sang. Cela ne se nie pas plus qu'une fièvre, qu'une blessure, qu'une émotion quelconque. Ah! cher, ah! fragile être et dont il n'empêcherait pas que subitement elle ne fût devenue pour lui une créature à part de toutes les autres, quelque chose d'aussi unique au monde que cette soeur autrefois à qui elle ressemblait tant ou que leur mère!
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À travers ces pensées, il s'était engagé, sans y prendre garde, dans le chemin qui, par la Rocca, mène à Monreale, magnifique route de montagne qu'il avait suivie déjà plus d'une fois dans des sentiments si autres, pour aller avec sa fiancée visiter la vieille basilique normande, rayonnante de mosaïques, avec ce cloître aux fines colonnettes arabes, où chante un jet d'eau intarissablement épanché dans sa vasque sculptée. Il s'arrêta presque à mi-côte pour respirer, tant cette marche folle l'avait épuisé. D'un geste machinal il se retourna, et il demeura saisi, même dans son trouble, du spectacle de beauté qu'offrait cette nuit d'un décembre méridional. À ses pieds, des cordons de lumière marquaient la place où dormait la ville, baignée, comme la blanche mer là-bas, comme les montagnes bleues, comme la vallée ténébreuse, par une lune à demi pleine et dont le croissant s'achevait en cercle avec une mince et brillante ligne d'or. Cette lumière de la lune mettait au ciel la douceur de son profond reflet. Elle en nuançait le velours sombre et violet où les diamants des étoiles brillaient d'un feu plus large, et, tout près du promeneur, elle dessinait les formes confuses des grands aloès dentelés, des cactus rongés par la dent des bestiaux, des oliviers frémissants et grisâtres, des orangers immobiles et noirs. Un infini silence enveloppait ce paysage de songe qui frappa le jeune homme à cette minute, comme eût fait l'entrée dans cette cathédrale dont la masse imposante surplombait derrière lui la pointe de la colline. Le fait d'avoir donné la vie agite les plus égoïstes d'un étrange frisson. Mais chez beaucoup ce premier saisissement est suivi d'un retour de cet égoïsme, et ils ne veulent plus penser à l'enfant qui dérangerait les combinaisons de leur existence. Ils y parviennent vite. Chez d'autres, l'éveil de la paternité n'a pas lieu tout de suite, et un enfant qu'ils ne connaissent pas, fût-il bien certainement le leur, ne les intéresse qu'à demi Il en est, au contraire, que cette idée d'une existence issue de leur existence, d'une créature jetée par leur faute sur ce sol de douleurs remue d'une émotion suprême et sainte, et qui en tremblent jusque dans le fond du fond de leur moralité. Soit que la trace trop marquée d'anciennes blessures rendît Francis plus sensible, soit que la ressemblance avec sa soeur eût attendri son être intime, soit que les circonstances particulièrement délicates où il avait retrouvé Adèle et Mme Raffraye le prédisposassent à des troubles de cet ordre, il fut saisi de cette grande émotion-là, du tremblement sacré de la responsabilité paternelle. La majesté religieuse de ce ciel immense, de ces astres immortels, de cette mer lointaine se mêla malgré lui à sa rêverie. Il sentit sourdre de son coeur et monter à ses lèvres une espèce de prière inarticulée pour cette douce et faible petite créature, née d'une femme deux fois adultère, mais elle-même si purement innocente, et qui dormait là-bas, dans une des maisons de cette ville étendue sous la transparence bleue de cette nuit, au pied de la montagne et sur le bord de la mer. Elle dormait, ses frais yeux clos, sa bouche demi-ouverte, de ce paisible sommeil des enfants autour desquels flotte une destinée qu'ils ne soupçonnent pas. Que ne pouvait-il veiller sur ce sommeil, et lui murmurer, pendant qu'elle ne les entendait pas, ces mots: «Ma fille...» qui lui jaillissaient de l'âme toujours et toujours plus brûlants! Il lui semblait qu'à cette heure il ne se rassasierait pas de promener ses regards sur les lignes de ce visage qu'il s'était interdit de seulement rencontrer pendant des années. S'il avait su quels traits il y retrouverait, aurait-il eu la force de cette abstention? Il le savait à présent et il redisait tout haut: «Mon enfant!... Ma fille!...» Mais à qui? Au vent, qui passait et qui n'emportait même pas son soupir; aux feuillages, qui ne l'entendaient point; aux étoiles insensibles; à la nature muette et sourde; à tout, -- excepté à celle qui dormait là-bas. Non. Le soin de veiller sur ce sommeil, le droit de murmurer de tendres mots à cette oreille si délicate parmi ces cheveux si blonds, le privilège d'écarter de ce lit d'enfant les coups de la destinée, tout cela appartenait à une autre personne qui peut-être, à cette minute même, se penchait sur Adèle dans son périt lit, pour la contempler, pour la caresser, pour l'aimer. Et Francis aperçut dans sa pensée le pâle visage de Pauline. Il la revit telle qu'elle lui était apparue, elle aussi, le matin, consumée et mourante. Il revit l'amaigrissement de ces joues dont il avait autrefois idolâtré la ligne, le dépérissement de ce svelte corps auquel il s'était enlacé dans de si brûlantes étreintes, la flétrissure commençante de cette beauté dont il avait été si follement, si âcrement jaloux. Cette évocation suffit pour que sa pieuse, sa tendre pitié cédât de nouveau la place à un sursaut d'amère rancune. S'il ne s'était pas trouvé au berceau de la petite fille, dès le lendemain de sa naissance, à qui la faute? À cette femme qui s'était conduite de manière à lui rendre impossible toute certitude sur l'enfant, sinon par ce double hasard d'une ressemblance et d'une rencontre également extraordinaires. S'il avait laissé grandir Adèle sans jamais avoir qu'un frémissement d'épouvante quand il y pensait, à qui la faute, sinon à cette femme encore? À qui la faute, s'il avait associé cette pauvre petite fille à d'infâmes souvenirs de perfidie, à de honteux soupçons, à des visions abominables de luxure, s'il n'était même pas assuré d'être pareil demain à ce qu'il était aujourd'hui, s'il n'était déjà plus celui de tout à l'heure? Qu'elle avait bien mérité, la misérable, les tortures de son agonie présente et qu'elle avait été scélérate à son égard! Ne s'était-elle pas rendu justice d'ailleurs, et s'il avait pu conserver quelques doutes sur la trahison de jadis, quelle preuve, après tant d'autres, que ce fait de ne s'être jamais rapprochée de lui quand elle savait, elle aussi, par cette ressemblance, ayant connu Julie comme elle l'avait connue, de qui était cette fille! Elle n'avait pas osé. Et, sentant à cette idée ses pires colères se réveiller douloureusement, il jeta ce cri qu'il avait jeté si souvent à d'autres horizons, durant son premier voyage, et qui contrastait avec la sérénité de cette douce nuit Sicilienne, moins encore qu'avec la mystique élévation dont il avait eu, quelques minutes plus tôt, le coeur transporté:
-- «Comme je la hais! Ah! Comme je la hais, et comme j'ai le droit de la haïr!...»
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Francis regardait de nouveau Palerme, dans cet accès de frénésie intérieure, comme pour y chercher la néfaste créature à laquelle il lançait cette malédiction d'un impérissable ressentiment. C'était à l'extrémité du quai, et dans une place plus sombre à cause du voisinage immédiat du jardin fermé de la villa Giulia, que devait se dresser la tour du _Continental_. Il se remit à marcher, lentement cette fois, et en redescendant, du côté de cette ville qu'il avait fuie avec une fièvre si folle tout à l'heure. Il venait de penser à l'autre habitante de cette tour, à cette pure et sincère Henriette qui dormait, elle aussi, dans le silence de cette heure, qui rêvait peut-être de lui, et, à travers ce rêve, elle ne le voyait certes pas errer le long des sentiers baignés de nuit, en proie au tumulte de passions qu'il lui avait cachées toute la journée, qu'il lui cacherait tant qu'il vivrait. Les secousses trop fortes de tout à l'heure avaient-elles épuisé sa maladive exaltation, ou bien est-il vrai que nos sentiments soutiennent entre eux comme une lutte pour l'existence, si bien qu'à chaque effort de l'un correspond une plus vigoureuse réaction d'un autre? Jamais il n'avait compris davantage que dans ce subit reflux de souvenirs combien sa fiancée lui était chère. Son esprit se détacha de lui tout d'un coup pour aller vers elle, dans cette chambre de jeune fille entrevue une fois depuis qu'il était à Palerme, -- chambre sacrée et sur le seuil de laquelle ses songes les plus amoureux s'étaient toujours arrêtés, pour n'en point profaner le virginal mystère. Il en passait la porte par l'imagination à cette seconde, comme il aurait le droit de la passer dans plusieurs semaines, réellement. Il se voyait par avance au soir où il se glisserait ainsi auprès d'elle pour la première fois. Le parfum qu'elle préférait, un doux et faible arome à peine perceptible flotterait autour d'eux. Comme elle l'attendrait avec une sublime simplicité de son jeune coeur!... Cette vision le remua, non plus seulement dans sa sensibilité, mais dans les plus nobles, les plus intimes portions de sa conscience. Elle était demeurée, cette conscience, et malgré la vie, celle d'un très honnête homme. Il n'avait pas laissé abolir en lui ce loyal scrupule qui nous montre, dans le fait d'accepter l'amour d'une vraie jeune fille, un engagement d'honneur à ne pas décevoir cette âme si dépourvue de défense, si candidement simple et confiante. Le respect religieux de l'innocence était demeuré intact en lui, et de même qu'une séduction lui fût apparue ce qu'elle est, le plus lâche des crimes, le plus inexpiable, de se marier sans être sûr de son sentiment pour sa fiancée lui eût semblé une affreuse faute, presque une scélératesse. Quand il avait constaté, avec ravissement et avec terreur à la fois, qu'il aimait Henriette, moins d'une année auparavant, quelle lutte il avait soutenue contre lui-même! Comme il avait sondé son coeur afin de savoir s'il gardait, dans ce coeur épuisé de trente-quatre ans, assez d'ardeur morale et une délicatesse assez fervente! Il avait voulu s'assurer que, malgré ses souvenirs et ses déchéances, il n'était pas absolument indigne de cette créature si chaste, si droite, si intacte, dans laquelle il devinait cette fière vertu de l'honnête femme, fille d'une honnête femme, et qui sera, si elle est mère, la mère d'honnêtes femmes: -- l'incapacité d'aimer deux fois. Puis, quand il avait su qu'il était aimé en effet, et pour toujours, comme il avait été triste, même dans son extase, de penser qu'il portait, sur sa mémoire, la cicatrice d'une première passion et creusée si avant! Comme devant ce don ineffable et irréparable d'une âme toute neuve, il s'était juré de mériter ce bonheur par une vérité de dévouement qui ne connaîtrait pas de défaillance!... Il n'y avait pas beaucoup plus de cinq mois qu'ils étaient fiancés, et déjà il trahissait Henriette. Il lui avait menti en paroles, menti en actions. Il lui mentait en ce moment même, puisqu'il ne lui avouerait jamais l'emploi de sa nuit, quand elle causerait avec lui demain, familièrement, au réveil. Mentir! Toujours mentir! Hideuse et dégradante habitude qu'il avait tant pratiquée autrefois quand il était dans l'adultère et qu'il avait crue si bien finie pour lui avec les affreux compromis des passions coupables! Pouvait-il s'attendre, lorsqu'il avait voulu refaire sa vie, qu'une fatalité presque folle le remettrait si brusquement en face d'un passé qu'il avait eu le droit de déclarer mort? Comment surtout aurait-il prévu qu'un prodige d'hérédité détruirait du coup ses doute les plus justifiés et le contraindrait de reconnaître sa fille, quoiqu'il en eût, dans l'enfant d'une femme qui, à sa connaissance, avait un autre amant que lui, en même temps que lui? Était-il coupable d'avoir subi, de subir avec un tel bouleversement de sa personne l'éveil foudroyant d'une paternité imposée par la plus irrésistible évidence? Henriette elle-même le condamnerait-elle, si, prenant la petite fille, il lui était permis de la lui porter, de lui dire: «Elle n'a que moi, et sans vous elle ne peut pas m'avoir?...» Insensé! Il était entré dans le fatal chemin de l'hypocrisie et de la trahison, précisément parce que cette démarche lui était interdite, qu'elle lui serait interdite toujours. Qu'Adèle fût ou non son enfant, il n'en avait ni plus ni moins de droits sur elle. Il ne pouvait pas faire pour cette fille, qui légalement portait le nom de l'homme qu'il avait trompé, ce qu'il eût fait pour la fille d'une femme libre. En parler à Henriette maintenant, même si la pudeur de la jeune fille lui permettait cette confidence, ce serait percer ce coeur virginal, pour quoi? Pour rien. Mais, comment expliquer même à cette honnête créature tous les mystères coupables que supposaient cette naissance de l'enfant et cette horrible histoire de ses relations avec Pauline Raffraye? Il n'en avait pas le droit. Ce serait la flétrir dans la virginité de sa naïve imagination, lui souiller la pensée, lui déflorer le coeur! Dieu! qu'il est difficile parfois de connaître son devoir, presque plus difficile que de l'accomplir!
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