La pénétration saharienne (1830-1906)
Part 9
En 1886, le commandant Rinn[224], étudiant l’état des frontières sahariennes de l’Algérie, conseillait de porter notre ligne de postes militaires tout contre les Areg, et préconisait notamment l’occupation d’Igli, à défaut de celle du Touat. Igli, placé sur la rive de l’Oued-Saoura, à proximité de l’Oued-Guir et de l’Oued-Zousfana, fermerait l’ouverture entre nos derniers établissements du Sud-Oranais et les Areg[225]. M. Rinn conseillait surtout la construction progressive de voies ferrées, ouvrant le pays à l’avant et garantissant sa soumission à l’arrière.
II
Au delà de nos frontières et de la région occupée par nos troupes, le Sahara se fermait de plus en plus. La douloureuse émotion causée par le désastre de la mission Flatters était à peine calmée, que le Sahara faisait de nouvelles victimes. Le bon accueil relatif que le P. Richard avait trouvé en 1879 chez les Imanghasaten et les Ifoghas avait fortifié sa résolution d’aller fonder une mission à Ghat même[226]. Ce missionnaire, brillant tireur, cavalier intrépide, médecin réputé infaillible, était devenu Arabe au point de voyager avec les caravanes sans laisser soupçonner qu’il fût Français, et put faire ainsi à plusieurs reprises la course dangereuse d’Ouargla à Ghadamès[227]. A la fin de décembre 1881, le Père Richard, accompagné des Pères Morat et Pouplard, partit de Ghadamès, suivi de quelques Chaanba et guidé par des Touareg Imanghasaten, avec l’intention de gagner Ghadamès. On apprit bientôt que les trois Pères Blancs avaient été assassinés par les Touareg peu de jours après leur départ. En 1893, M. Foureau, au retour d’une de ses missions, put visiter le lieu du massacre, à 11 kilomètres seulement à l’ouest de Ghadamès, un peu au nord de la route de Ghadamès à Hassi-Imoulay ; il rapporta les ossements de deux des victimes. Le cardinal Lavigerie, à la suite de ce meurtre, renonça à la voie du Sahara pour étendre ses missions dans le centre africain. Il se borna désormais à entretenir des stations de missionnaires à Ghardaïa, Ouargla et El-Goléa[228].
Le Gouvernement de l’Algérie parut lui aussi se désintéresser désormais des explorations sahariennes. Aussi ce fut au Ministère de l’Instruction publique que s’adressa M. Foureau pour obtenir l’appui qui lui était nécessaire, et c’est avec son aide qu’il put entreprendre, en décembre 1882, son premier voyage saharien. Son intention était d’aller au moins jusqu’à Hassi-Messeguem. Partant d’Ouargla, il gagna directement Aïn-Taïba par Hassi-Djeribia. Ses guides Chaanba refusant d’aller plus loin, à cause de l’insécurité du medjebed d’In-Salah à Ghadamès, il revint à Hassi-Djeribia, puis poussa une pointe dans le Sud-Ouest sur Hassi-Ouled-Aïch par Hassi-Tamesguida et Hassi-Chaanbi. Il reprit ensuite le chemin d’Ouargla, laissant à sa gauche la vallée de l’Oued-Mya. Bien qu’il n’eût pas accompli son programme primitif, il rapportait des renseignements intéressants sur le Sud du Sahara d’Ouargla. Son itinéraire du Hassi-Djeribia au Hassi-Ouled-Aïch est entièrement nouveau, et le voyageur a fixé l’emplacement de tous les puits visités sur une carte au 1/500.000e qui reproduit dans ses moindres détails le relief de la région parcourue[229].
En 1883, M. Bourlier, qui venait de visiter Ouargla, songea à pousser une pointe sur In-Salah. Mais on le dissuada de donner suite à ce projet ; pour qu’une pareille entreprise réussisse, lui disait-on, il faut qu’elle soit exécutée avec rapidité, afin de ne pas laisser à ceux qui pourraient y porter obstacle le temps de se reconnaître ; mais alors les résultats en sont peu profitables pour la science.
En 1885, M. L. Teisserenc de Bort, accompagné de M. R. Deschellereins, ingénieur civil, et de M. Bovier-Lapierre, préparateur au Muséum, partit de Touggourt et s’avança jusqu’à Hassi-Ould-Miloud, dans l’Igharghar. Puis, inclinant vers le Sud-Est, il alla passer à Bir-Aouidef et remonta ensuite sur Berresof, gagnant de là le Nefzaoua et Gabès[230]. En 1888, M. L. Teisserenc de Bort parcourut le sud de l’Algérie ; il s’avança jusqu’à El-Goléa, et remontant l’Oued-Seggueur, par Daïat-el-Hamra, atteignit Brézina[231].
Ces excursions sur les confins immédiats de nos possessions demeurent seules possibles pendant cette période ; ceux qui tentent de s’avancer au-delà succombent. L’un de ces derniers fut Marcel Palat, lieutenant de cavalerie, qui avait publié, sous le pseudonyme de Marcel Frescaly, plusieurs volumes de poésies ou de nouvelles algériennes qui ne sont pas sans quelque mérite. Palat, qui avait obtenu une mission et des fonds du Ministère de l’Instruction publique, comptait d’abord partir du Sénégal. L’opposition des bureaux de la Marine et la promesse de Si Hamza de l’accompagner jusqu’à In-Salah le décidèrent à pénétrer par la province d’Oran (1885). Mais Si Hamza, empêché au dernier moment, le confia à un de ses parents éloignés ; Si Kaddour devait le rejoindre au Gourara et le conduire à In-Salah. Palat se rendit d’abord à El-Goléa, puis suivit l’Oued-Meguiden ; il séjourna quelque temps dans les ksour du Tinerkouk (Gourara septentrional), où il fut rejoint non par Si Kaddour, mais par son fils Mohammed. Palat se rendit dans l’Aouguerout[232] et de là poussa seul une pointe jusque chez Bou-Amama, dans le Deldoun, où il reçut un bon accueil. De retour dans l’Aouguerout, il quitta définitivement ses compagnons de route, les Ouled-Sidi-Cheikh, pour se confier à des gens des Ouled-ba-Hammou, venus soi-disant le chercher de la part d’Abd-el-Kader ben Badjouda, cheikh d’In-Salah. Quatre jours après, Palat était assassiné à Hassi-Cheikh, à l’Ouest d’In-Salah, avec son interprète Belkassem.
Quoique les détails de cette fin tragique et ses causes ne soient pas exactement connus, et que l’endroit même où périt le jeune officier n’ait pas pu être déterminé d’une façon exacte[233], il semble qu’il ne faut pas en accuser seulement une bande de pillards des Ouled-ba-Hammou[234] ; ni la responsabilité de Bou-Amama, ni celle des gens du Gourara ne parait engagée dans cette mort ; mais il n’en est pas de même des gens d’In-Salah, qui avaient fourni à Palat les guides qui le tuèrent. D’ailleurs, une pareille issue était plus que probable, étant donné les conditions de l’exploration de Palat ; si Rohlfs avait pu parcourir les oasis en 1864, c’est qu’il voyageait, comme il le dit lui-même, sous le masque de l’Islam, à une époque où les populations du Touat ne se sentaient pas encore menacées par la venue des chrétiens : il en était autrement en 1885. Peut-être cependant la mission eût-elle fini moins tristement si le Gouvernement général et les Ouled-Sidi-Cheikh avaient déployé en sa faveur une action plus énergique.
La fin de Camille Douls est enveloppée de plus d’obscurité encore que celle de Palat. Elle n’est connue que grâce à des renseignements recueillis par les officiers français dans le Sud-Algérien, et consignés dans une lettre adressée au Président de la Société de Géographie de Paris par le général Poizat, commandant la division d’Alger[235]. Douls était un jeune voyageur français qui voulait parcourir le Sahara en se faisant passer pour musulman et même pour hadji ; mais il n’avait qu’une connaissance insuffisante des idiomes et des coutumes de l’Afrique musulmane. Après un premier voyage au Sahara occidental, il partit en compagnie de deux pèlerins marocains ; il s’était muni, paraît-il, de lettres de recommandation du chérif d’Ouazzan. Il se rendit au Touat, refaisant vraisemblablement l’itinéraire suivi par Rohlfs en 1864. Il fut reconnu comme Européen bien avant d’atteindre le Reggan ; tout alla à peu près bien jusqu’à l’Aoulef, mais avant d’atteindre les oasis d’Akabli, au lieu dit Iliren, le voyageur fut assassiné par des Touareg avec qui il avait fait marché pour être conduit à Tombouctou[236].
Mentionnons encore quelques projets d’exploration ou de pénétration commerciale qui n’eurent pas de suite. En 1886, le général Philebert propose de conduire à Amadghor, en passant par El-Goléa, Farès-oum-el-Lil, Teganet, Kheneg-el-Hadid et Idelès, une colonne suffisante pour n’avoir rien à craindre des Touareg, et de former en ce point des caravanes qui seraient envoyées dans les directions de Tombouctou par Timissao, de Kano par l’Aïr et de Kouka par Ghat, Kaouar et Bilma. Si la seconde partie de ce projet paraît peu pratique, la première en revanche, qui consistait à se montrer en force dans l’Ahaggar, aurait eu sans doute les meilleurs résultats.
En 1889, M. E. Bonhoure propose d’occuper pacifiquement le Touat et le Tidikelt et d’y fonder un établissement commercial, en un point bien choisi entre In-Salah et Akabli. Le Gouvernement général émit l’avis que ce projet, pour produire des résultats avantageux, devrait être précédé de tentatives qui permettraient à nos négociants de s’initier aux choses du Sahara.
En 1890, MM. Hackemberger, ancien officier, et Flault, commis à l’inspection académique de la Sarthe, sollicitent du Ministre de l’instruction publique une mission pour se rendre d’Algérie à Tombouctou et au Sénégal. Sur un rapport de Duveyrier et un avis conforme du Gouvernement général, ces demandes sont rejetées parce que leurs auteurs ne sont nullement préparés par leurs études antérieures à accomplir un tel voyage et que les dangers à courir sont trop grands pour des résultats bien précaires.
III
A défaut d’explorations, il faut se contenter, pendant cette période, de progrès cartographiques ou scientifiques et de renseignements indirects. En 1885, le Service géographique de l’armée commençait la publication d’une carte d’Afrique à 1/2.000.000e, dressée par le commandant Lannoy de Bissy, qui mit à profit toutes les cartes françaises et étrangères, ainsi que les renseignements fournis par les recueils géographiques et les relations de voyages ; elle donnait autant que possible tous les itinéraires des explorateurs. La première édition de cette carte fut publiée de 1881 à 1890, en deux couleurs (planimétrie en noir, figuré du terrain en gris bleuté).
Lors de la réapparition de nos armes dans la région de Figuig en 1881-82, le capitaine Henry de Castries avait souvent campé dans les environs des oasis avec nos colonnes, mais sans pénétrer dans aucun ksar[237]. Après avoir levé la partie ouest des plateaux oranais en 1878, il avait dressé la carte de la région des ksour en 1880-82[238]. En juin 1883 paraissait une réédition de la carte du Sud-Oranais au 1/400.000e, revue et complétée d’après les travaux de M. Castries et de diverses autres officiers[239]. En 1886, le Service géographique publiait également une carte provisoire du Sud-Oranais à 1/200.000e[240]. La même année, le Gouvernement général publiait une carte de l’Extrême-Sud de l’Algérie à 1/800.000e[241].
Après l’occupation de la Tunisie, le progrès géographique marche de pair avec le progrès de la pacification. Une première carte du Djebel-Douirat accompagne _Le Sud de la Tunisie_, par le commandant Rebillet (1886). Vers la même époque paraît la carte du Service géographique de l’armée à 1/200.000, dite _Carte de reconnaissance_, œuvre tout à fait remarquable comme rapidité topographique et aussi comme exactitude. La limite sud de cette carte longe le bord méridional du Djerid et du Nefzaoua : elle pousse ensuite une pointe dans le Sahara jusqu’au poste romain d’El-Haguef ; elle donne le Djebel-Douirat et ses ksour[242].
En matière de cartographie privée il faut mentionner la carte du Sahara septentrional par laquelle M. Foureau préludait à ses explorations ultérieures[243].
En outre de ses travaux cartographiques, le capitaine de Castries avait recueilli, dans la région de Figuig, les éléments d’un remarquable et consciencieux mémoire[244], demeuré jusqu’à ces dernières années le meilleur guide sur la grande oasis saharienne.
En 1886, le capitaine Le Châtelier publiait dans le _Bulletin de la Société de Géographie_[245] un intéressant mémoire sur le _Régime des eaux du Tidikelt_, et, dans le _Bulletin de Correspondance Africaine_[246], une _Description de l’oasis d’In-Salah_ d’après les renseignements recueillis pendant un séjour de 18 mois à Ouargla. Il y traite de la géographie du territoire d’In-Salah, des populations nomades et sédentaires, de leur constitution sociale et politique, de la situation commerciale. Les renseignements et itinéraires indigènes ont été vérifiés et critiqués avec soin[247] ; c’est une œuvre de recherches minutieuses et savantes autant que d’érudition. Le même auteur a écrit l’histoire d’une bande de pillards Chaanba, qui ont tenu le Sahara pendant dix ans, de 1874 à 1883, et dont l’épopée forme un curieux chapitre de l’histoire saharienne[248].
Diverses missions de M. René Basset intéressent la géographie saharienne, celle notamment qu’il accomplit en 1881 à Aïn-Madhi, et au cours de laquelle divers itinéraires au Sahara central lui furent communiqués par le bureau arabe de Laghouat ; il les a publiés et commentés avec l’érudition la plus sûre et la plus étendue[249]. Dans un autre ordre d’idées, la mission de M. René Basset au Mzab et à Ouargla en 1886 doit être mentionnée ; il y faisait des recherches sur les manuscrits arabes des zaouïas des oasis du Sud[250] et en rapportait de précieux matériaux non seulement sur le dialecte parlé par les Mozabites, mais aussi sur d’autres dialectes berbères, notamment sur celui des Aoulimmiden[251].
Les curieuses populations du Mzab continuent d’ailleurs à intéresser les savants. En 1885, M. de Motylinski donnait une excellente notice sur Guerara[252] ; il dressait le catalogue des livres des Beni-Mzab et analysait leurs principales chroniques[253]. En 1886, Masqueray publiait son œuvre la plus considérable au point de vue historique, la _Formation des cités chez les populations sédentaires de l’Algérie_[254] ; un tiers de ce bel ouvrage est consacré aux populations du Mzab, que le Dr Ch. Amat, chargé de l’organisation du service médical au Mzab, étudiait peu après à son tour à un point de vue différent[255].
Vers la fin de 1887, des Touareg Taïtoq et Kel Ahnet furent amenés à Alger et internés au fort Bab-Azoun, à la suite d’une expédition malheureuse qu’ils avaient entreprise chez les Chaanba Mouadhi. Masqueray se mit en relations avec eux, fit faire à deux d’entre eux, Kenan-ag-Tissi et Chekkad-ag-Râli, le voyage de Paris en 1889, et publia son _Dictionnaire français-touareg_[256], celui-là même qu’il avait dû se faire pour converser avec eux dans leur langue. La mort ne lui a pas permis d’achever cette publication, mais le dernier fascicule du _Dictionnaire_, ainsi que les textes, ont été publiés par les soins de M. René Basset, qui a succédé à Masqueray dans la direction de l’Ecole des Lettres d’Alger. Masqueray a publié aussi, dans divers journaux, des contes touareg, des descriptions de la vie et des mœurs des Touareg, où l’imagination a peut-être une trop grande part, mais qui sont néanmoins une importante contribution à la connaissance des populations du Sahara.
Ces mêmes Touareg du fort Bab-Azoun fournirent à M. le capitaine Bissuel, chef de bureau arabe, la matière d’un ouvrage qui intéresse plus directement encore la géographie. Chargé par le général Poizat, commandant la division d’Alger, d’interroger ces captifs et d’obtenir d’eux le plus de renseignements possible sur leur pays, M. Bissuel réussit au delà de toute espérance, et se fit donner de précieuses indications géographiques, consignées dans son ouvrage _Les Touareg de l’Ouest_[257], accompagné de deux cartes portant, l’une les routes suivies par les Touareg de l’Ouest, l’autre l’Adrar-Ahnet à l’échelle approximative de 1/800.000e, d’après un plan en relief exécuté par ces indigènes. Les renseignements recueillis par M. Bissuel sur la direction des vallées de ce massif ne concordent pas avec ceux de M. Sabatier[258].
Les Touareg Taïtoq sont encore liés d’une autre manière à l’histoire de l’expansion française en Afrique. L’un d’eux, Chekkad, fut donné comme guide au jeune explorateur Paul Crampel, qui se proposait, partant du Congo, de gagner le lac Tchad. La mission Crampel fut anéantie, et le Targui, malgré les protestations d’amitié qu’il envoyait à Masqueray, doit vraisemblablement porter la responsabilité du massacre.
* * *
Le domaine de la France dans l’Afrique occidentale s’est considérablement étendu pendant cette période décennale. En 1890, les Etats situés sur les rives du Sénégal sont, ou directement administrés par nos agents, ou soumis à notre influence. A l’Est et au Sud, nous avons débordé sur les pays soumis de trois côtés à la fois, au Soudan (Haut-Niger), dans le Fouta-Djallon, aux Rivières du Sud. Ces résultats ont été obtenus avec des forces militaires très restreintes. En 1887, le lieutenant de vaisseau Caron s’est même avancé sur le Niger jusqu’à Kabara, port de Tombouctou. Mais l’exécution de la voie ferrée du Sénégal au Niger a été poursuivie avec une extrême lenteur. Les changements de personnel, la cherté des envois, faits souvent pendant la mauvaise saison, le gaspillage du matériel, enfin deux épidémies de fièvre jaune absorbèrent la majeure partie des crédits[259] ; au bout de deux ans, 40 kil. seulement étaient construits, et c’est seulement en 1888 qu’on atteignit Bafoulabé (132 kil.)[260].
Pendant ce temps se passait sur le Bas-Niger un événement d’une bien autre portée. En 1884, les Compagnies françaises qui avaient remonté le Niger et y avaient fondé des comptoirs, lassées d’une lutte inégale et n’étant pas soutenues par le Gouvernement, se laissèrent acheter leurs comptoirs par leurs concurrents anglais. La Compagnie anglaise ne perdit pas de temps. Pour prévenir le retour d’un semblable péril, elle se fit décerner en 1886 une charte royale lui donnant le droit d’administrer le pays, et dès le 18 octobre 1887, l’Angleterre notifiait officiellement son protectorat sur les territoires possédés par la Compagnie du Niger[261].
Nos comptoirs de la Côte-d’Ivoire, Grand-Bassam et Assinie, ont servi de point de départ à de nombreux explorateurs qui ont entrepris la conquête pacifique de l’arrière-pays. En 1888, le capitaine Binger signait à Kong un traité de protectorat qui nous attribuait une partie de l’immense boucle du Niger, jusque là à peu près inconnue.
L’acquisition de la nouvelle colonie donnée à la France par de Brazza avait été ratifiée par le Parlement en 1882 ; à la suite du Congrès de Berlin, l’Association internationale africaine devenait l’Etat indépendant du Congo, dont le roi des Belges, Léopold II, était reconnu souverain. Les limites entre cet Etat et le Congo français furent fixées par un traité de 1887, qui assignait comme limite à la France la rive droite de l’Oubangui, depuis son confluent avec le Congo jusqu’à sa source. De même que l’Ogooué nous avait conduit au Congo et le Congo à l’Oubangui, l’Oubangui à son tour nous conduisit vers le lac Tchad et vers le Haut-Nil.
C’est par cette voie que nos explorateurs ont pénétré dans l’Afrique centrale, cherchant d’une part à relier par le lac Tchad le Congo à l’Afrique nigérienne et soudanienne, de l’autre à se rapprocher de la vallée du Nil.
La pénétration saharienne prend une allure différente à partir de 1890. C’est cette année-là que fut fondé le _Comité de l’Afrique française_, qui a joué un si grand rôle dans la fondation de l’empire colonial français en Afrique, et a provoqué le grand mouvement d’opinion qui rendit les entreprises africaines populaires en France. La mort de Crampel n’arrêta pas l’action du Comité ; les projets du jeune explorateur furent repris et exécutés par d’autres missions. Enfin, le 5 avril 1890, une convention franco-anglaise partageait entre la France et l’Angleterre une partie des territoires sahariens et soudaniens. Le « partage de l’Afrique », commencé pendant la période précédente, va marcher à pas de géant pendant la période décennale qui termine le XIXe Siècle. Du côté de l’Afrique septentrionale, notre politique, quoique bien timide encore, est un peu plus active que dans la période précédente. M. Jules Cambon, Gouverneur général de l’Algérie, manifeste de diverses manières l’intérêt qu’il porte aux questions sahariennes, et, bien que cet intérêt soit généralement demeuré platonique, son gouvernement marque une reprise de la pénétration saharienne. En dernier lieu, la mission Foureau-Lamy et la mission Flamand-Pein sont venues apporter ou tout au moins préparer la solution de questions pendantes depuis plus de trente ans, et ouvrir véritablement une ère nouvelle.
[Note 214 : _Deuxième mission Flatters, Histor. et rapp. rédigés au Serv. Centr. des Aff. Ind._, p. 164.]
[Note 215 : _Documents_, II, p. 103.]
[Note 216 : _Id._, II, p. 525.]
[Note 217 : _Documents_, II, p. 119.]
[Note 218 : _Id._, II, 115.]
[Note 219 : ROBIN, _Le Mzab et son Annexion à la France_, Alger, 1884.]
[Note 220 : Dr AMAT, _Le Mzab et les Mzabites_, in-8o, Paris, 1888, p. 297.]
[Note 221 : JUS, _Les Forages artésiens de la province de Constantine_, Constantine, 1890. WEISGERBER, _Notes sur l’Oued Rir et ses habitants_, Paris, 1886. Id., _Aperçu sur les conditions sanitaires et hygiéniques du Sahara algérien et de l’Oued-Rir_, Paris, 1885. GEORGES ROLLAND, _C. R. A. Sc._, janvier 1887 ; _Revue Scientifique_, 18 févr. et 2 juillet 1887, 18 mars 1888 ; _Bull. Soc. Géogr. comm._, 1887, p. 663 ; _Afas_, Oran, 1888, t. I, p. 47 (av. carte).]
[Note 222 : G. ROLLAND, _Hydrologie du Sahara algérien_, p. 56. ID., _L’Oued-Rir et la colonisation Française_, in-8o, Paris, 1887.]
[Note 223 : _Gouvernement Général de l’Algérie. Notes sur le pays d’Ouargla et les sondages opérés dans ses Oasis de 1883 à 1888_, Alger, Giralt, in-4o, 1889. — Cf. P. BLANCHET, _L’Oasis et le pays d’Ouargla_, _Ann. de Géogr._, 1900. p. 47.]
[Note 224 : RINN (commandant), _Nos frontières sahariennes_, Alger, 1886.]
[Note 225 : _Documents_, II, p. 145.]
[Note 226 : VUILLOT, p. 201.]
[Note 227 : BAUNARD, _Vie du Cardinal Lavigerie_, p. 201.]
[Note 228 : VUILLOT, p. 213.]
[Note 229 : VUILLOT, p. 219. Cf. FOUREAU, _Excursion dans le Sahara Algérien_ (l’_Exploration_, tome XVI, p. 335 ; _Bull. Soc. Archéol. de Constantine_, 1888, p. 34). _Une Excursion au Sahara Algérien : Rapport au Ministre de l’Instruction publique_, in-8o, Paris, 1883.]
[Note 230 : _C. R. Soc. Géogr. Paris_, 1885, p. 326, 421, 437, et 1887, p. 531.]
[Note 231 : _Id._, 1892, p. 172.]
[Note 232 : La carte donnée par VUILLOT indique un ksar d’Ygrouth ; il n’existe pas de ksar de ce nom : il faut entendre l’Aouguerout ; par contre, Deldoun n’est pas un ksar, mais un district.]
[Note 233 : _Documents_, III, p. 225, note.]
[Note 234 : VUILLOT, p. 227.]
[Note 235 : _C. R. Soc. Géogr._ 1898, p. 52.]
[Note 236 : DELEUZE (Ct), _Monument élevé à l’explorateur Camille Douls_ (_Bull. Soc. Géogr. d’Alger_, 1902, p. 408-412).]
[Note 237 : _Documents_, II, p. 539.]
[Note 238 : _Documents_, II, p. 459.]
[Note 239 : _Carte du Sud-Oranais à 1/400.000_e publiée par le dépôt de la Guerre en 1855, revue et complétée en 1883 d’après les travaux du capitaine de la Croix de Castries, des lieutenants Delcroix et Brosselard, 4 feuilles.]
[Note 240 : _Carte du Sud-Oranais à 1/200.000_e, édition provisoire, héliogravure sur zinc en couleurs, 15 feuilles, 1886.]
[Note 241 : Mentionnée par DEPORTER, _Extrême-Sud de l’Algérie_, p. 1.]
[Note 242 : V. CORNETZ, _Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1896, p. 521.]
[Note 243 : _Carte d’une partie du Sahara septentrional_, dressée par F. FOUREAU, d’après l’Etat-Major, les documents les plus récents, les travaux, cartes et itinéraires de Duveyrier, Parisot, Le Châtelier, Bajolle, F. Bernard, Pech, Teisserenc de Bort, Foureau, à 1/100.000e, 1888.]
[Note 244 : _Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1882, p. 401. Cf. _Documents_, II, p. 461.]
[Note 245 : 3e trim. 1886, p, 364.]
[Note 246 : _Bull. Corr. afric._ (_Publicat. de l’Ec. des Lettres d’Alger_), 1885, p. 266. — Cf. _Documents_, IV, p. 286.]
[Note 247 : _Documents_, IV, p. 286.]